CHAPITRE IX
demandé à l'Assemblée de déclarer la guerre à l'Autriche, qui refusait de dissiper les rassemblements d'émigrés, et qui exigeait que les princes allemands, propriétaires en Alsace, soient rétablis dans leurs droits féodaux. A la suite de cette déclaration de guerre, le roi de Prusse fit ostensiblement partir des régiments pour la frontière. Custine se rendit chez de M. Schulenboure pour lui demander la cause de ces mesures guerrières. Le ministre lui répondit que « la France l'avait voulu, que depuis dix mois les tribunes françaises retentissaient d'injures contre les têtes couronnées, qu'il fallait que cela finît ».
« Ce n'est pas pour la cause des émigrants que les rois prennent les armes, écrivait Custine, c'est l'amourpropre irrité qui les arme; tous consentent que la France disparaisse de la balance européenne, ils pensent que notre ruine peut seule assurer leur conservation, et que tout autre intérêt doit se taire devant celui-là. »
Malgré le peu de succès de ses démarches, Custine avait demandé à Paris qu'on lui conférât le titre de ministre, prétextant que l'ampleur nouvelle donnée ainsi à sa mission ferait bon effet à Berlin, et le gouvernement avait consenti. Mais le ministère prussien fut d'un autre avis; il fit observer que le moment lui paraissait mal choisi pour accroître la situation du représentant d'un pays avec lequel les rapports étaient si tendus, et on avait prié amicalement le chargé d'affaires de ne pas prendre son nouveau titre, de sorte
que Custine continuait de n'être que chargé d'affaires pour le gouvernement prussien, tandis qu'il était ministre pour le gouvernement français. Il se produisit même cette bizarre situation : il fut chargé de communiquer une pièce au ministère prussien, et celui-ci refusa de la recevoir parce que Custine y était qualifié de ministre.
Voyant que ses efforts étaient vains et que, pas plus que Ségur, il n'arriverait à améliorer les rapports des deux pays, Custine demanda à être rappelé. En attendant l'ordre du roi et pour échapper à une situation intenable, il résolut d'aller retrouver Mme de Sabran à Rheinsberg. Mais au moment de mettre ce projet à exécution, il reçut un mot pressant du comte de Schulenbourg le priant de passer chez lui. Le ministre lui exprima ses regrets d'être contraint de s'opposer à son départ, « mais, lui dit-il, les cours de Berlin et de Vienne ont conçu des inquiétudes sur la sécurité de leurs ministres à Paris (i) et elles ont décidé de retenir M. de Noailles à Vienne, et vous à Berlin jusqu'à ce que leurs représentants soient en sûreté ».
Custine dut s'incliner et restera Berlin comme otage; il ne lui fut permis de s'éloigner que quand on sut M. de Goltz arrivé à Bruxelles.
Le gouvernement français ayant autorisé Custine à revenir, ce dernier fit ses préparatifs de départ.
(i) Le ministre de Prusse à Paris t-tait M. de Goltz.