‹ Delphine de Sabran, Marquise de CustineChapitre 71 sur 310 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

lèrent dans toute l'Europe les détails du prétendu suicide de l'ambassadeur, avec toutes les considérations les plus blessantes pour Ségur, ce traître à son parti, etc., etc.

Le chevalier de Boufflers était à ce moment à Berlin. Ségur était son ami de vieille date; le chevalier n'hésita pas et, bien qu'il eût toutes les raisons du monde pour ne pas vouloir s'aliéner le roi, il témoigna avec affectation au malheureux ambassadeur les marques du plus vif intérêt; chaque jour à midi il se rendait chez lui pour le visiter. Frédéric-Guillaume, bien loin d'en vouloir à Boufflers, le félicita de sa courageuse amitié.

Ainsi que M. de Ségur l'avait demandé, Custine fut désigné pour le remplacer à Berlin; il y arriva le 20 février; sans perdre une minute, l'ambassadeur le présenta aux ministres, à quelques personnages officiels et lui-même partit pour Paris le 27. Le lendemain, Custine prenait la direction de l'ambassade.

Frédéric-Guillaume connaissait Mme de Sabran, il avait beaucoup d'amitié pour elle et il avait vu sans déplaisir la nomination de son gendre comme chargé d'affaires; il avait même eu l'amabilité de lui annoncer lui-même la nouvelle.

Custine avait déjà fait un séjour à Berlin en 1786, il y avait beaucoup de relations, et le roi le voyant de bon œil, il fut poliment accueilli de toute la société ; mais néanmoins, on se tint avec lui sur une grande réserve, et il lui fut impossible d'obtenir les moindres

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renseignements. Sa situation n'était donc pas sensiblement plus agréable que ne l'avait été celle de M. de Ségur.

On peut s'étonner que Mme de Custine n'ait pas rejoint son mari à Berlin; c'était une occasion toute naturelle de quitter la France et de se réunir à sa famille; mais Delphine, malgré ses plaintes incessantes, n'entendait pas quitter Paris; elle ne voulait sous aucun prétexte quitter ses adorateurs.

Custine ne se faisait pas beaucoup d'illusions sur les motifs qu'invoquait sa femme pour ne pas le rejoindre. Il écrivait le 4 avril à Mme de Sabran :

« ... J'oubliais devons parler de Delphine. Elle n'est point effrayée du séjour et le serait du voyage. Elle me donne mille raisons pour rester, et la commère y met tant de finesse que je vois bien qu'elle répugne à venir dans ce pays-ci. Au surplus, elle donne quelques assez bonnes raisons que je vous montrerai. »

Custine avait les meilleures intentions du monde, et. comme son prédécesseur, il ne cherchait qu'à maintenir la paix entre les deux pays. Malheureusement, les événements ne furent pas favorables à ses désirs. La révolution de Suède et l'assassinat du roi portèrent à son comble l'indignation de Frédéric-Guillaume; ce tut bien pire encore quand il reçut force lettres anonymes oij on lui promettait le sort du roi de Suède.

Pendant ce temps de graves événements se passaient en France : Louis XVI avait remplacé ses ministres feuillants par des girondins et le 20 avril il avait

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