Demande du rétablissement d'une chaire d'Hippocrate
Sa Majesté a daigné agréer la dédicace de l’édition grecque et la traduction française complète des œuvres du Père de la médecine. C’est vous dire, que cette entreprise confiée à mon zélé est digne de votre attention. Je dois beaucoup regretter que les encouragemens pécuniaires, dont peut disposer le Gouvernement, soient si peu proportionnés aux difficultés du travail et aux frais d’impression trèscoûteuse du grec. Il importe de collationner le texte sur les manuscrits de la Bibliotbèque du Roi : voilà le premier motif de mes réclamations appuyées du suffrage de Sa Majesté , et de plusieurs acar démies.
Je pourrais, il est vrai, sans cesser
eniicremcnl mes travaux, ne songer qu’àla iraduclion française 5 mais celle»ci dépourvue du texte, ne peut être du goût de tous les lecteurs. D’ailleurs, les académies qui m’ont accueilli, ont remarqué l’emploi des encouragemens qui me sont accordés par le Gouvernement ; ce serait lie pas répondre aux vœux des savans , que de renoncer, par économie ,aux résultats utiles d’une saine instruction.
Je dois vous-prier aussi de m’honorer de votre suffrage, pour obtenir le rétablissement d’une chaire d’Hippocrate portée snr le programme et les thèses de l’École de santé en i865 , en vertu des anciens réglemens , non-ahrogés d’après la loi du j 4 frimaire an III , ( art. 5 ), reconnus par l’ordonnance royale du 39 août 1816, qui a rétabli dans la Faculté, la chaire de bibliographie médicale,
Je n’ai pas besoin deprévenir qu’en provoquant l’intervention de l’Autorité, je ne cherche qu’à rétablir l’institution même, et que jene m’attaque pas aux personnes. Sile 5ièlem’entraîne trop loin, la vérité qui doit être mon guide » sera mon excuse ; elle me donnera des droits à votre bienveillance, Car je déclare que c’est en conformité des principes relatifs à l’instruction publique et à la plus stricte justice, que je vais aborder franchement la question qui vous est soumise. Ainsidans aucun casjl’pune peut me
supposer rinteniion d’agir dans la vue de mon intérêt personnel,etencore nioinsavec le désir de faire une démarche qui puisse déplaire à mes très-honorés confrères , puisque leGoiivernement etl’Ecolede médecine, elle-même, m’ont encouragé pour traduire le célèbre auteur, que nous devons-ious reconnaître.Je me crois donc suflisamment autorisé par les précédens témoignages pour solliciter , au nom de la science et de la littérature, le rétablissemen t du Cours de la Doctrine d’Hippocrate :
aucune loi nouvelle, ni aucun acte ministériel ne l’ont abrogé.
Je dirai d’abord, qu’il est impossible de nier vingt-deux siècles d’observations sur les maladies, pour soutenir un système de leur classification subordonnée à toutes les probabilités des théories uouvelles; classification qui compte tout au plus vingt-deux aus d’existence dans l’enseignement actuel, et qui tient lieu des chefs-d’œuvre créés parle plus célèbre des auteurs en médecine.
Il faut remarquer qu’il n’y a pas eu, de notre temps, des constitutions épidémiques de tracées à l’égal du talent du fameux médecin de Cos , dont la supériorité n’est point affaiblie par nos découvertes. Ce fondateur de la médecine semble , dis - je, avoir épuisé tous les calculs de l’esprit humain , par l’observation et le génie de l’expérience la plus corisom-
mée ; car , U n’es.l aucun auteur modeine cjui ne souhaiterait d’arriver à la postérité avec autant de titres d’une juste célébrité. C’est donc l’enseignement spécial de la doctrine fondée par l’un des pères delà science et consacrée par ses chefsd’œuvre immortels, que je vien,sréclamer, dans l’intérêt même de l’art de guérir.
Je citerai pour preuves irrécusables de la sûreté de la pratique de notre illustre maître, ses ^phorismes^ ses Pronostics^ ses Constitutions épidémiques^son admirable traité des Airs , des Eaux et des Lieux , et son livre du Régime dans les maladies aiguës. Ces ouvrages , ou plutôt ces chefs-d^ceuçre f 'oni \.y(i\erèé les siècles au milieu des orages et des révolutions des systèmes, sans cesser de faire l’admiration des connaisseurs et des vrais amis de l’humanité.
Si des principes aussi immuables ont ~pu résister à la faulx du temps, combien ne méritent-ils pas de fixer nos regards à l’époque actuelle, où les sciences et lest arts sont le plus honorés en France, par un Monarque qui réunit les dons d’Apollon au talent d’un Arlstarque? Combien ne dois je pas me féliciter d’avoir embrassé une si honorable carrière , tandis que le nom de Louis est attaché à mesonvrages.^ En effet l’aulenr que j’ai traduit et longuement médilé , est un des plus beaux
modèles Je la littérature ancietine ; tous les érudits en conviennent ; ils placent sur la même ligne Hippocrate et Hérodote.
L’excellente doctrine que ce prince des médecins a fondée dans ses écrits im* mortels,a concouru à réunir le plus puissamment les médecins anciens et modernes divisés d’opinions 5 car en analysant les divers systèmes qui ont paru à toutes les époques , on trouvera toujours à l’appui des théories nouvelles , les sentences de l’Oracle de la médecinej enfin , les meilleurs observateurs puisent constamment à celte source sacrée.
Le désir de faire fructifier des découvertes utiles, a bien pu contribuer à des suppressions momentanées dans des lem[)S difficiles , à cause des guerres désastreuses où il a fallu s’occuper uniquement de chirurgie et de découvertes qui y avaient rapport. Ainsi , on a différé d’expliquer les Aphorismes , en attendant le résultat des nouvelles modifications jugées nécessaires, dans la vue d’augmenter le domaine de l’art de guérir. Mais augmenter ou modifier n’est pas détruire : or . je conçois difficilement qu’on ait pu sérieusement imaginer d’enseigner la médecine , eu bannissant à peu près de t;iOs écoles, le Prince des médecins.
Il est au moins surprenant que dans la capitale, où il y a tant d’hommes célèbres
<ît d’haLiles professeurs , on ne puisse obtenir le rétablissement d’une institution consacrée par une loi non révoquée^, qu’il serait si urgent de faire respecter pour rillnstralion même de la science j car ce serait alors inviter les étudians, à orner leur mémoire , par la lecture des cbels-d’œuvre dont le style laconique , nerveux et châtié , imité surtout par Arétée de Cappadoce , dans la description des maladies , offre le plu» beau modèle aux médecins savans et observateurs.
«c On objecte que Je cours d’Hippocrate , n’ayant pas été fait , on n’a pu se former d’après l’expérience une idée du degré d’utilité, dont il pourrait être pour les élèves; que d’ailleurs les Aphorismes sont ajoutés aux thèses , lesquels donnent Heu à de grands développemens dans les examens publics ».
Il est trop évident , du moins pour nous , qui avons étudié à fond les dogmes les plus précieux et les plus dignes de nos méditations , qu’on ait voulu se promettre de grands avantages dans l’enseignement , en affectant de ne point expliquer, dans un Cours spécial, les sentences du philosophe de Cos ; et en exigeant des candidats de hautes connaissances qu’ils n’auraient pu ainsi acquérir, dans les Facultés.
Cependant M. Thouret, directeur del’é-
€ole de santé, avait pris publlquemeat le litre de professeur^ il assistait,connue examinateur avec. MM.ses collègues, aux examens, aux thèses , pourquoi n’a-t-il point fait cours de la doctrine d’Hippocrate?
Je dis encore que , s’il est vrai qu’un arrêté ministériel n’eût pasété la conséquence directe des principes énoncés daiisle texte de la loi du 14 frimaire an 3 , t^art. 3 )> qui a fondé les Ecoles de médecine, li eu a tenu lieu virtuellement par son exécution , à l’égard de deuoc autres chaires ^ qui subsistent encore dans le ^ même éia- •blissement. Ainsi , nul acte de l’Aulorilé n’ayant fait abroger le cours qui devait être professé par M.Thouret,il est demeuré inséparablement à la charge du Trésor eide l’Ecole de médecine. Le publicne pouvant être frustré, par économie ou autrement, des chefs-d’œuvre de l’art médical.
cc On croit qu’il est bien plus utile d’étudier presqu’en même temps , dans l’espace de quatre ans , i’anatomie , la physiologie, la pathologie tant interne qu’externe , la nosologie, la nosographie, la physique , la chimie , l’histoire naturelle, la bota nique, 1 a matière méd ica le, la chiru rgle et les opérations j encore faut-il ajouter à cette collectionde sciences,(dont,une seule embrasse à peu près la vie d’nn homme , encore qu’elle soit accessoire à l’observation même des maladies ), rexpéricnco
Je leur trailenient, par des méihoi^e»
nouvelles, souvent contradictoires, et offrant des difficvdtés inextricables, mais au moins constatées par une assiduité continuelle aux visites des médecins très-occupés en ville ou attachés aux hôpitaux , où l’on trouve des cours de clinique tant interne cpi’exierne ».
Je n’ai rien voulu soustraire de ce tableau magique : heureux celui qui a un cerveau assez vaste pour pouvoir l’embrasser et obtenir le titre de Docteur en méde-cine et en chirurgie , sans avoir pu disposer d’un seul moment de loisir consacré à l’honorable tâche que j’ai recueillie!
11 resterait, donc à savoir si j’ai eu tort ou raison de m’en occuper? J’objecterais d’abord les suffrages des savans et des académies qui l’ont distinguée, au nom du Père de la médecine. Il me semble qu’on n’accorde pas des titres et des diplômes à quiconque s’est occupé vainement d’objets stériles ; ou bien je disque cette conduite implique contradiction avec le mode suivi aujourd’hui dans l’enseignement, où il n’est nullement question d’expliquer dans un cours spécial, au moins les Aphorismes et de leu commenter.
Dirai-je alois que c’est pour mon propre plaisir que j’ai traduit notre célébré auteur? car, de jiailer de la possibilité d’une spéculation quelconque, taudis que me»
veilles ne sont favorisées, dans la capitale, par aucun cours C[ui ait rapport seulement aux ouvrages du philosophe grecj ce serait supposer un amour de la science, qui ne repose maintenant sur aucune données certaines , au moins à l’égard des textes Hippocrate.
Je soutiens donc en principe, que toutes les sciences accessoires à la pratique de la médecine ne sont pas de nature à fixer assez long-temps rallcniion des élèves sur lès objets matériels de leurs méditations, qui doivent être surtout le diagnostic et le pronosf/c des maladies. La classification des symptômes, ou nohologie o\\ nosographie, devant être subordonnée aux principes immuables fondés par notre immortel auteur; votiloir s’en écarter ce serait pure folie. Boerrhaave, lui-mêrne, qui reprit à Leyde en 1714 > ^ cours de médecine clinique de Sylvius , n’avait pas imaginé d’omettre les chefs-d’œuvre de l’art médical ; au contraire, il avait reconnu que l’étude préliminaire des sentences du divin Vieillard, devait conduire utilement scs disciples dans la vraie roule de l’observation.
D’ailleurs, il faut en convenir, il serait étrange de penser que l’on puisse expliquer au chevet du lit des malades, dans une leçon d’une heure, et pour ainsi dire le pied levé, si j’ose ainsi m’exprimer,
des traitds ex professa: soit le livre «'i'ei: yïirs, des Eaux etdes Lieux, sonies Epidémies , pu meme enoore le Régime dans les maladies aiguës. J’ai suivi les hôpitaux de la capitale : ]e sais par expérience qu’on est bien plusoccupédes principes adoptés d'’après un système le plus en vogue, que de recueillir le fruit des sentences de notre maître. Les éludians qui ont le plus de zèle , négligent d’abord celte solide instruction, qu’ils goûteraient bien plusfruclneusement, s’ils avaieni déjà fait connaissance avec les Aphorismes.
C’est pourquoi il m’a toujours paru si important de se fixer à eetle base fondamentale.
Un cours spécial me paraît donc absolument nécessaire, même dans l’éiai actuel de nos connaissances. Je citerai à l’appui, le rapport d’un savant académicien, iVi. le baron Sylvestre de Sacy, membre de la Commission de l’instruction publique :
« Quand donc même on supposerait , ce qui n’est pas, que le degré de perfection, où sont parvenues aujourd’hui les sciences physiques et mathématiques, dût rendre inutiles, pour nous , les observations des grecs et des' arabes, il resterait encore certain que ce n’est (jue par l’étude de leuis ouvrages qu’on peut espérer de remplir les grandes lacunes qui restent dans l’histoire des sciences. L’Iiislolre des mathématiques
en général, celle de l’aslrononne, celle de la médecine , déposent à chaque pas en faveur de celle vérité : pourquoi donc celle source de connaissances a-t-elle éié si négligée jusqu’à présent f 11 est facile d’en rendre raison ; c’est qu’il est rare que les hommes qui consacrent leur jeunesse à l’élude des sciences physiques et mathématiques, aient le courage de se livrer en même-temps à Vélude des langues , ou qu’ils aient reçu de la nature les dispositions et le goût pour ce genre d’études.
Rarement en trouve-t-on qui aient acquis une connaissance assez approfondie du grec, pour lire dans les originaux Archimède , Ttolemée , Hippocrate , Théophraste. Que conclure de là ? c’est que ce genre de travaux est précisémeiit celui qui a le plus grand besoin d’être encouragé par un Gouvernement éclairé, qui seul peut diriger les efforts de quelques hommes de taleut, vers une parrière qui promet trop peu d’avantages ».
Est - il croyable, dans le siècle des lumières, qu’il faille lutter pour faire rétahlir une chaire d’Hippocrate en France, et surtout dans la capitale ?
Si l’on peut croire, disons-le, d’après Thucydide, que les lois soieutfilles du ciel, on peut être hieia mieux persuadé encore, que l^Oracle de la médecine nous est venu d’Apollon à Esculapc et à Hippo^
crate. N^aurions-nous plus le même respect pour la science la plus utile, dont la source sacrée avait même convaincu les philosophes les pins célèbres de ranticpiité.^ Hé! certes, qui de nous ne se ferait honneur de penser comme les Platon , les Aristote, les Pline, les Cicéron, les Sénèque, les Quintilien, pour faire l’aptlo-' giede noire diuintuteur? Pourrions-nous confier à d’autres qu’à des médecins, l’honorable mission de faire revivre dans la mémoire des hommes , celui qui fut jugé digne d’une couronne d’or par ce peuple, le plus spirituel et le plus célèbre de tous ceux qui, par le courage autant que par les beaux arts et les sciences, ont brillé avec le plus grand éclat sur la scène du monde?
O jour , trois fois heureux celui qui sera témoin du triomphe du Prince des médecins! O capitale trois fois grande, celle qui verra ses écoles décorées à toujours des chefs-d^œwre du philot,ophe grec!
Pour moi, je dirais, si je ne consultais que renthousiasme qui m’anime,en m’éç’airant au flambeau d’une science que je considère comme divine) je dirais qu’un pouvoir surnaturel s’est emparé de moi et m’a in; piréj tant il est vrai que l’amour de l’humanité a fait d’impression sur mon esprit.
Ainsi, entre deux partis qui m’étaient offerts dès mon entrée dans la carrière
médicale, le premier de travailler à rétablir une institution non abrogée et relative d rillustration même de la science , lesecondde Gvdiiver toute autre branche de l’art de guérir j mon choix ne put être douteux. Mais il fallait, par de longue^ éludes, acquérir les connaissances nécessaires pour embrasser à la fois deux branches d'instruction (\n A est extrêmement difficile de posséder. La pratique médicale à laquelle j’avais déjà donné la préférence, me parut trop superficiellement fondée, d’après les systèmes en vogue. Les traités que j’avais sous les yeux, en arrivant dans la capitale, oh néanmoins j’avais entendu professer tant de sciences, firent enfin naître mes doutes. Je recherchai quelles pouvaient être les bases les plus directes et les plus essentielles de l’art de guérir? Sydenham,Boerrhaave, Van-S wieten,Cullen, Stool, s’offrirent tour-à-tour à mon esprit: je voulais trouver les bases de la science, sans aucune complication. Toujours préoccupé de ce que je cherchais, je lus les traductions latines ; celles-ci me parurent être infidèles J je pris donc la ferine résolution d*étudier à/bad la langue grecq ue, afin de mieux entendre l’auteur que j’avais défini livement adopté comme le meilleur guide. Dès-lors, je ne quittai plus le livf'e des Aphorismes. Comme je me persuadai facilement, que les mêm«s avantages s’of-
.friraicTit à mes jeunes compagnons d’éiui- <le, je leur tlcslinai mes premières veilles. Je fus encouragé ; je renonçai à une clienlelle assez lucrative, pour leur aplanir les difficultés qu’ils reuconlreraienl dans leurs études. Je n’ai ])Ourianl recueilli que des fruits Lien amers!! j’ai surtout eu le dessein de mettre de l’uniformité dans la doctrine} car celle qui a été fondée par notre illustre auteur est universelle.
Les motifs qui m’ont fait donc entreprendre ma nouvelle lâche sont sacrés:
î honneur de la science, le bien de mes semblables et leur instruction ; voilà le trépied sur lequel j’ai voulu qu’on assît notre céélèbre auteur, afin de le voir lui-méme prononcer ses oracles; eteertes, ce ne sont pas ici ceux de la Sibjlle de Cumes^ mais ceux du Lieu de la médecine lui-même , qui, comme le Lieu de la lumière , lance des traits de feu sur ses obscurs Lias- phémaleurs.
Nos jeunes gens, malheureusement éloignés depuis long-leiiTps du sanctuaire des sciences , n’ont pu se consacrer de bonne heure à l’étude des langues} on ne pouvait les fixer de suite aux auteurs originaux : comme ces jeunes tiges qu’un vent destructeurmenace dedéraciner ^ demême il fallait leur chercher un appui. Une traduction française des œuvres d’Hippocrat^ avec des commentaires pour éclaircir les
passages obscurs, devenait donc indlspen-, sable, afin de leur faire mieux connaîiio les sources d’une saine instruction.
Cependant l’avidité des théories nouvelles avait été portée si loin, qu’il fut dit publiquement dans un cours , par un auteur qui jouit d’une réputation , comme écrivain, qu’Hippocrate avait été plus nui- , sible qu^uiile à l’humanité; ce qui est vrai pour ceux qui ont le malheur de ne païi bien comprend re le sens de ses^phorisrnes..
Mais je rends hommage à la science de M.
le docteur Portai, dont les immenses travaux sont une mine féconde, qu’on exploitera pendant un grand nombre de siècles, parce qu’ils ont pour base l’expérience la plus stricte, indépendamment de toute théorie vaine. Je me plais également à apprécier le service important rendu à la médecine^ dans ces temps modernes, par notre célèbre professeur Pinel :
sa nosographie a obtenu dans le monde savant et médical, une célébrité méritée.
Notre savant compatrioiene pourraitnéanmoins se prétendre le maître d’Hippocrate ; car le système de nosographie de M. le professeur, est enseigné publiquement dans nos écoles , tandis qu’on a supprimé
Cours de lavraiedoctrineioniiée surdes ouvrages appartenant depuis vingi-dèux siècles à notre auteur. Quand meme les cours de médecine clinique viendraient
à l’appui (lu système de tiosoj'raphie, ce ne serait pas un motif suffisant de prétexter une sorie de double emploi, dans le cas du rétablissement de la chaire j car les nouvelles théories des sciences fjui ont servi de hase à la nosographie philosophique^ n’ont encore qu’une existence é[)hémère, en comparaison des aphorismes, qui sont le fruit de l’expérience d’un grand nombre da générations.
Je dis donc qu’on a eu tort de supprimer le Cours de la Doctrine d*Hippocrate , parce qu’il doit servir de boulevard contre les nouvelles théories , ou au moins servir à faire mieux juger despr grès de la science, soit à présent, soit à toujours. Que si dans ce dessein unique, on m’a accusé d’avoir voulu faire créer une chaire , j’acceple volontiers ce lté responsabilité j j’aime mieux croire, que jusqu’à présent la question dont il s’agit, u’ayant point été ramenée à ses véritables principes , on n’a pu encore se former une idée de l’utilité d’un cours de la doctrine d’Hippocrate. Cependant on a osé soutenir pub\i(juement une thèse , qui a mis en doute l’existence même du fondateur de la médecine! Quand on était parvenu ainsi à entendre retentir jusque dans Ij sanctuaire de la science, de pareilles erreurs, qui par échos se transmettaient d’un bout de la France à l’autre } U xue semble qu’il
était au moins nécessaire de chercher a réhabiliter la mémoire et les écrits de notre célèbre auteur, que l’on voulait restreindre à une existence supposée. Je n’ai donc pas eu loiit a fait tort de m’élever contre une opposition si peu respectueuse , quoique mise au néant par l’opinion même des personnes étrangères à l’arl de guérir , tant elle paraissait impossible : mais celleci a été combattue bien plus eflicacement par la publication mêmedes traités, que j’ai lâché de rendre poptilaires , eu les traduisant en français. Aussi bien , si j’ai eu le bonheur de réussir dans ma pénible tâche, j’aurai l’honneur d’avoir vengé le Père de la médecine de ses détracteurs , en mettant au jour ses traités immortels , comme Sophocle confondit ses fils ingrats, en préaeuce même de ses jug' S, par la leciùre du chef-d’œuvre de sa vieillesse : je m’arrête à l’objet le plus important.
Il semble que l’on veuille ignorer, qu’i\ y avait une chaire pour ^l’explication des Aphorismes, que p* rsonue a la véiilé ue s’est avise de réclamer j mais après être parvenu a ce but désirable , vouloir m’ai* Irihuer la pensée de faire creer expressément, dans la vue de mon iulèrét personnel, uae chairf'de grec, parce que j*ai une connaissance sajjisante delà langue grecque, pour pouvoir explupier les chefsd’œuvre de notre auteur; voda sans doute
un service que je crois pouvoir rendre en-^ core à nos jeunes médecins.
J’aidéjà démontré qu’il était impossible de suppléer à celle connaissance, dans les leçons de clinique. Les grecs , au rapport de Galien qui vivait environ cinq cents ans après notre auteur , ne pouvaient se passer de commentaires. C’est donc dans un cours spécial qu’il convient de s’occuper d’un objet aussi important.
Le célèbre professeur de Leyde , qu’on n’accusera pas d’avoir laissé l’art de guérir dans un état stationnaire, dès qu’il fut })arvenu dans sa vieillesse à une expérience qui l’avait désabusé de ses illusions systématiques , prit le sage parti d’abjurer publiquement ses principes en faveur de la saine doctrine. Ilermani Boerrhaave , oratio i, de commendando studio JHippccraticoFenetiiSf 1786, in- 4 ^.
L’on sait que cet illustre praticien avait fondé un système de médecine, dont la vaste étendue embrassait toutes les sciences connues. Il commence son éloge d’Hippocrate par ces paroles remarquables : qui « de nous ( s’écrie cet oracle de la médecine moderne), est auteur àesAphorismes, des Pronostics , des Constitutions épidémiques ? ïsCetcxorde est sans doute beaucoup plus digne d’être cité que les froidesdéclamalions des Van-Helniont, des Paracelse, et aiilres- soi-disant réformateurs
tle la doctrine qnc Boerrliaave a lomû; par conviction de sou luililé exiréinç’.
îf'aisons donc des vœux , pour c|uo cet exemple mémorable d’un médecin, aussi célèbre , soit à jamais suivi par nos successeurs. Enlin , les Barihès , les Cabanis , les le Roi, les Portai , les Pinel, les Corvisart, les Hallé , les Alibert, les Bosquiilon , les Leroux, les Chaussier, et autres praticiens distingués de la capitale , ont-ils formé d’autres vœux que ceux que j’exprime maintenant ? enfin eu ont-ils calculé les résultats pour eux-mêmes et pour la postérité ? Voilà la question du rétablissement de la chaire d’Hippocrate , ramenée à son véritable principe.
L’Académie des inscriptions et belleslettres s’est prononcée dans le concours des ouvrages soumis au jury pour les prix décennaux , en admettant le traité des Airs, desEaux et des Lieux comme Z^owf^mgô le plus utile, et par conséquent/e plus digne d^étre traduit. Une nouvelle comronne a été décernée, il n’y a qu’un moment, à son immortel auteur. Gomment vouloir aujourd’hui douter del’uiilitéd’ün cours spécial, où il s’agit non-seulement de donner l’explication des traitésqui ont illustré la médecine ancienne , mais qui dans ces temps modernes ont remporté les suffrages des contemporains les plus célèbres. On ne peut ignorer que Cabanis,
dans sôn excellent ouvrage e?e>9 rapports du Moral et du Physique de P homme, n’ait commenté les Aphorismes^ et Vexcellent traité des Airs, des Eaux et des Lieux. Ce clu f-d’œnvrede topographie médicaleaéié ap[)récié par le jnry nommé par l’Académie, qui a dit : « Cet ouvrage authentique du Père de la médecîneesl un de ceux qui fait le mieux connaî re la force de son génie , et la sûreté ainsi que l’étendue de l’expérience, que l’observation lui avait fait acquérir »,
En voilà assez, je crois, pour convaincre les pKisincrédules sur l’utilité d’un Cours d’Hippocrate , et pour réconnaîire une chaire qui, par sa haute importance , »’a pu être abrogée , mais laquelle, eu vertu des études longues et difficiles qu’il fallait créer, a rebuté jusqu’ici h s hommes studieux, possédant d’ailleurs lesconnaissancesles plus vastes dans tou tes les sciences^ en sorte que c’est plutôt un luxe qu’il faudrait restreindre à do justes bornes , que de nouveaux sacrifices qu’d eût été nécessaire de s’imposer. J’ai dû signaler, dans la capitale, l’oubli de cette institution fondamentale, consacrée par les législateurs et les médecins mod'Tnes , dans la vue de voir cultiver avec soin l’une des branches les plus importantes de l’art de guérir, et d'y réuuirune langnesa\ante, qui a fourni à lu médecine et à ses diverses
parties, tin i»rand nombre de termes lechiiiqncs dont la connais.iancc eslabsolnmej.it nécessaire |>onr rapplicaiion même des
Î )rincipes d’une science , dans laquelle e moindre terme écpdvoque peut donner lieu aux méprist's les plus grossières et à des considérations étrangères, les plusdangereuses dans la pratique même de l’art médical. JDixi.