‹ Démétrius Cydonès: correspondanceChapitre 32 sur 101 · SIGLES DES MANUSCRITS · texte numérisé non relu

SIGLES DES MANUSCRITS

Mss. principaux

A (autogr.) Yaticanus gr.

B Burneyanus gr. y5.

L Laurentianus gr. LIX,

0 Oratorianus gr. XXII-I.

P Parisinus gr. 12 1 3.

U Urbinas gr. i33.

U1 Urbinas gr. 80.

1. La description même des mss. et notre étude sur leur importance et sur la classification qu’on peut en faire, donnera au lecteur la raison de cette division en mss. principaux et mss. secondaires : elle était nécessaire aussi pour une raison de clarté, étant donné le grand nombre de mss.

qui nous ont conservé la Correspondance de Gydonès.

2. Ces mss. ne contiennent qu’une seule lettre : nous avons cru opportun de les distinguer des autres par le sigle même.

3. N. A. Béès in Έκθεσις παλαιογραφιών καί τεχνικών ερευνών εν ταϊς ρόναΐς των Μετεώρων, Athènes, 1910, ρ. 43, signale la présence d’un ms. de la bibliothèque du monastère de Barlaam, coté n° 202, du xve siècle. Nous regrettons de ne pouvoir donner sur lui d’autres renseignements. M. Béès déclare ne savoir rien de précis, et toutes mes démarches directes et indirectes ayant échoué m’ont convaincu qu’il s’agit d’un manuscrit inaccessible.

Mss. secondaires l.

c Vaticanus gr. 82.

d Yaticanus gr. 678.

e Vaticanus gr. 939.

/ Vaticanus gr. 1892.

g Vaticanus gr. 61 1.

!a Vaticanus gr. 2g3.

β Vaticanus gr. 481 .

γ Vaticanus gr. 632.

δ Vaticanus gr. 1025.

ε Vaticanus gr. 1086.

h Barberinus gr. 1 81, II, 2 h1 Barberinus gr. 376, VI,

i Vallicellianus gr. F, 83.

i1 Vallicellianus gr. 21 1,

i2 Vallicellianus gr. 217,

k Panormitanus gr. II, D,

l Laurentianus gr. LVII, 1 2 .

ll Laurentianus gr. LXXIV,

m Mosquensis gr. XIII.

m' Mosquensis gr.CCGXXIII.

n Patmensis gr. 471.

p Parisinus gr. i3io.

pl Parisinus gr. 2671.

q Marcianus gr. DIX.

r Baroccianus gr. 90.

s Vindobonensisgr.GCLXI.

(t) Taurinensis gr. B-V-33.

v Angelicus gr. 25 3.

avant i34j.

Cyclones craint qu’Euthymios, envoyé en Italie comme ambassadeur auprès du Pape, ne soit incité par les Latins contre la foi des Grecs : il se dit prêt à le suivre pour lui être utile. La lettre appartient à la première période de la vie de Cydonès, lorsqu’il ne s’était pas encore posé le problème de sa conversion à la foi de l’Église Romaine.

J’ai entendu dire que l’empereur a choisi beaucoup d’hommes, et, qui plus est, des hommes foncièrement honnêtes pour les envoyer comme ambassadeurs au Pape, et l’un d’eux est le brave Euthymios. J’ai admiré, une fois de plus, Aristote qui, parmi tant d’autres vérités, a dit que le destin est inéluctable puisque, sous la pression de celui-ci, les Thessaloniciens eux aussi se sont résignés à envoyer des représentants à Rome. Mais ne parlons pas de la décision de l’empereur : tout le monde concède aux princes le droit de tout oser pour leurs états ; et cependant, bien des gens d’ici et même de ceux qu’il a en estime ne se privent pas de le blâmer de son audace. Parmi les maux, disent-ils, qui nous menacent, aucun n’aurait dû lui sembler assez redoutable pour songer, afin de l’éviter, à pactiser avec ceux qui ont violé les conventions. Quant à Euthymios, personne n’aurait jamais cru qu’il aurait été assez hardi pour s’embarquer dans une affaire qui met en danger son âme ; (on croyait), au contraire, qu’il aurait préféré souffrir tout plutôt que trahir les idées de sa patrie et de ses compagnons avec lesquels auparavant il luttait contre ceux vers lesquels il arrive aujourd’hui en ambassadeur. Il sera contraint là-bas de faire et de dire bien

Anepigrapha.

ante i3£j.

Timet Cydones ne Euthymius, in Italiam ad Pontificem legatus missus, a Latinis commotus a graeca fide deficiat : se paratum igitur profitetur ad iter una cum eo suscipiendum, si quid eum iuvare possit : quae epistula ad primam Nostri juventutem revocanda videtur, cum nondum Cydones ad Romanae Ecclesiae fidem animum intenderat.

Sources AU.

SANS ADRESSE

des choses en opposition avec les idées avec lesquelles il a vécu jusqu’ici. Comment, en effet, s’adressera-t-il au Pape, la première fois qu’il le verra ou lorsqu’il lui exposera chaque jour les raisons de l’ambassade ? Il est clair que, s’il reste attaché à ses idées et met d’accord scs salutations avec cellesci, malheur à lui! Si, au contraire, il cède à la nécessité et que dans l’intérêt de l’ambassade, il lui dit : « Béatitude », « Sainteté », « Pasteur commun », « Père », « Vicaire », c’est une trahison envers la foi, la destruction du symbole, les deux pouvoirs (reconnus) ainsi que les azymes des Juifs, ce qui est le comble du malheur. Pour moi, je crains qu’en disputant souvent avec ces hommes et qu’en se trouvant à court d’arguments, il n’attribue, à son insu, au Père et au Fils les mêmes honneurs, qu’il ne reconnaisse commun aux deux le Saint-Esprit, qu’il ne nous revienne couvrant d’éloges ceux qui soutiennent ces idées (car, je le sais, c’est arrivé à plus d’un de ceux qui se sont rencontrés avec eux) et que nous ne subissions la dernière des hontes, ayant obtenu que celui que nous avons envoyé pour nous défendre soutienne les idées contraires aux nôtres. Aussi nous faut-il examiner l’affaire ensemble, toi et moi (cet homme est notre ami à tous deux), afin qu’il ne lui arrive rien qui puisse nous causer de la peine, à nous aussi. Etant donné toutes ses qualités, il obtiendra des honneurs et des dons, j’en suis convaincu, car il a une belle intelligence et grande est la parure que sa vertu donne à ses pensées ; non moins grande aussi est son habileté oratoire ; en un mot, il paraîtra à la hauteur de ceux qu’on admire le plus là-bas. Mais il est difficile d’éviter l’un ou l’autre des dangers dont je parlais : ou bien, il dira ce qu’il pense et tous ses efforts seront vains, ou, pour éviter ce danger, il mentira et il sera responsable devant les défenseurs des dogmes divins. Arrange-toi donc, toi, pour le soustraire au zèle de ceux qui l'assailleront et prépare-lui les plus grands fleuves, dont les courants, même réunis, pourront difficilement le nettoyer de la crasse des Latins et apaiser en lui les désirs de ceux qui mangent des choses impures, surtout si, comme il est naturel, on l’a invité

SANS ADRESSE

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à manger avec les autres ambassadeurs et s’il a goûté aux mêmes plats et bu à la même bouteille. Quant à moi, je suis prêt à lui porter secours en tout ce que tu peux désirer ; si tu le crois opportun, je n’hésiterai même pas à me rendre en Italie, si je peux être utile là-bas à l’ami en danger. Et j’en suis convaincu, ce qui lui sera le plus utile, une fois auprès de lui, c’est que je lui dirai de se préparer contre la tempête qui vient. Et cela, je le ferai, au printemps, lorsque la mer sera calme.

Sans adresse.

peu avant i347·

A un ami qui est au service de l’empereur. Cydonès est loin et ne peut se rendre auprès de son ami. Il lui demande de l’éclairer sur la controverse religieuse gréco-latine. Cydonès ne paraît pas encore converti, mais son esprit est déjà troublé par les premiers doutes. La lettre date donc probablement de sa première jeunesse, comme la précédente, mais elle est déjà plus proche de la lettre célèbre qu’il écrivit à Barlaam en 1 347 L

lout en admirant tous ceux qui cultivent la science, si quelqu un à la majesté de cette dernière ajoute aussi la parure du caractère et emerveille ainsi par ses connaissances ceux qui le lisent et subjugue par sa vertu ceux qui l’approchent, j appelle cet homme, non pas Dieu mais un homme divin : Dieu, en effet, l’a envoyé sans doute aux cités en cadeau, Pour ainsi dire, commun a tous, afin de montrer le chemin, qui mène à sa connaissance, à ceux qui peuvent le suivre : chacun doit tenir cet homme en plus grand honneur que les héros même, qui ont éleve pour notre sauvegarde des remparts et qui ont défendu notre liberté. Tel tu es, j’en suis persuadé; aussi je t’aime comme moi-même et je t’honore comme on doit honorer les législateurs et ceux qui nous guident vers les choses les plus nobles, et bien grande serait

i. Dans la lettre à Barlaam la crise de conversion semble déjà commencée. Cydonès commence à être convaincu que les arguments des Latins sont plus forts que ceux des Grecs.

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Anepigrapha.

paulo ante i34y.

Amico cuidam qui imperatori inservit. Procul a regia domo est Gydones, nec apud amicum se conferre potest : ei igitur scribit eumque rogat ut aliquod sibi lumen de controversia inter Graecos atque Latinos, quod ad fidem pertinet, liberaliter suppeditet. Nondum ad Romanam Ecclesiam accessisse videtur, sed iam animus eius a primis dubiis excruciatur ; epistula igitur, ut superior, ad primam Cydonis iuventutem revocanda est, sed iam epistulae celeberrimae, quam ad Barlaam anno 1 347 scripsit, propius accedit.

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ma joie si je pouvais jouir de ta présence à mes côtés, car je pourrais gagner chaque jour en vertu et en science. Mais, puisqu’il est des obstacles cjui nous empêchent d’être toujours ensemble, fixe donc les moments opportuns où nous pouvons être l’un près de/l’autre, où je pourrais me rencontrer avec toi et entendre de ta bouche quelque parole utile! Gela, je pense, ne te semblera pas à charge; quant à moi, j’apprécierai plus cjue tout autre bien les courts instants que je passerai avec toi, car je te quitterai meilleur. Tu me feras ce cadeau, quand bon te semblera, car tu voudras faire du bien à un vieil ami. Pour le moment, je voudrais te voir laisser un peu de côté le service de l’empereur pour examiner les points sur lesquels il nous arrive depuis si longtemps de disputer avec les Latins. Et que pourrait-on dire sur cette querelle, qui divise le monde, sans paraître ridicule, car on a à se mesurer avec des hommes depuis bien longtemps maîtres dans l’art de la parole? J’ai été souvent personnellement fort perplexe, à cet égard et, malgré mon vif désir, je ne puis éloigner ma pensée de ce problème, car je ne crois pas qu’il soit digne d’un homme pieux de garder des obscurités relativement à la foi, et je sais, d’autre part, que, lorsqu’on s’accorde à la légère avec ses adversaires, le dommage qu’éprouvent ceux qui ont été trompés est grand. Gomme je ne suis pas encore à même de trouver les moyens permettant d’échapper à leurs pièges (car les longs traités des nôtres contre eux montrent qu’on a mieux aimé avoir recours aux injures qu’essayer de les réfuter1), j’ai, à mon sens, besoin de tes armes, j’entends de tes paroles plus que de celles de n’importe lequel des nôtres contre les coups de ces adversaires. Comme tu es maître dans l’art de la parole et que tu t’es souvent occupé de cette question, tu pourras m’indiquer quelque argument utile pour la bataille et que la plupart ont laissé échapper par inexpérience, cela afin d’éviter, qu’en cherchant à les réfuter par les armes habituelles, loin de les blesser, on ne reçoive personnellement un coup mortel et que l’on ne succombe. Si tu as besoin

i . C’est bien le môme état d’esprit qu’on observe dans sa lettre à Barlaam et surtout dans son Apologie (Cf. Introd., p. xv-xvi).

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ηγεμόνας είκός, ώστε σοι καί ήδιστ’ &ν εχρώμην, [τόν] απαντα τόν χρόνον εχων παρ’ εμαυτω- ήν γάρ άν οότω μοι ττρός αρετήν καί σοφίαν καθεκάστην έπιδιδόναι- επεί ι5 δ’ εστιν ύφ’ ων τδ τής πρδς άλλήλους ομιλίας συνεχές διακόπτεται, τδ γούν ώρίσθαι μοι παρά σοΰ τή συνουσία καιρόν, δτε σοι συγγινόμενος δυνήσομαί τι των ώφελούντων άκοΰσαι, ούτε σοί φορτικόν οίμαι δόξειν, εγώ τε παντός κέρδους άντάξιον τήν μικράν εκείνην συνουσίαν ήγήσομαι, 2ο άφ’ ής (δελτίων γενόμενος απειμι. Τούτο μέν ουν δώσεις όταν δοκή, φίλον άρχαΐον ε3 ποιεΐν προαιρούμενος· νΟν δέ Ιδουλοίμην αν σε, τής τοΟ (δασιλέως διακονίας μικρόν άποστάντα, σκέψασθαι παρά σεαυτώ περί ων ήμΐν καί Αατίνοις τοσούτου χρόνου συνέβη πρός άλλήλους άμφισβη- 25 τεΐν καί τί αν τις λέγων περί τής τήν οικουμένην διελούσης φιλονεικίας, ού καταγέλαστος δόξ,ειε, πρός ανδρας άγωνιζόμενος εκ πολλοΟ τεχνίτας τού λέγειν ; εν πολλή γάρ πολλάκις καί αυτός απορία περί τούτου γενόμενος, οΰτ’ εμαυτόν άποστήσαι, καίτοι σφόδρα (δουλόμενος, 3ο τής περί ταΟτα φροντίδος δεδύνημαι, τό περί τήν πίστιν άδηλον ούκ άνδρός ευσεβούς εΐναι κρίνων, καί τό τοΐς ετέροις προχείρως συνθέσθαι πολλήν έ'χειν (δλάδην τοΐς άπατη θεΐσιν είδώς. Ούπω τοίνυν όπως τις τάκείνων διαφεύξεται δίκτυα εύρεΐν οΤός τε ών, τά γάρ μακρά παρά 35 των ήμετέρων κατ’ εκείνων συγγράμματα λοιδορεΐσθαι μόίλλον προαιρουμένων ή άποδεικνύναι | πειρωμένων 75Τ ενδειξιν έχει, των σων όπλων καί λόγων παντός μάλλον των παρ’ ήμΐν οΐομαι δεΐν πρός τάς εκείνων (δολάς- ος καί τή τοΟ λέγειν τέχνη καί τδ τού ζητήματος πολλάκις 4ο φροντίσαι, δυνήση διδάξαι τι των πρός τόν πόλεμον τούτον τούς πολλούς έκφευγόντων δι’ άπειρίαν, ΐνα μή τοΐς εΐωθόσι δή τούτοις πειρώμενός τις εκείνους ελέγχειν, άντί τού (δαλεΐν καιρίαν (δληθείς καταπέση. Et δέ τί σοι

ι3 [τον] delevi.

Ζη ή A : om. U || πειρωμένων A : om. U.

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aussi de moi pour cet examen et que tu désires connaître ce que j’ai entendu dire par nos adversaires ou ce dont je peux me souvenir de leurs livres que j’ai eus en main, je viendrai aussi me mettre à tes côtés, comme sur les champs de bataille les valets d’armée viennent aider les hoplites : ceuxlà ne participent pas aux couronnes de la victoire, mais ils se contentent de la joie de voiries leurs victorieux.

Sans adresse.

i3bT-i3àQ.

Gydonès écrit à son ami qui voyage en France et en Italie et lui conseille de choisir une ville d’Italie et de s’y fixer. Cydonès viendra le rejoindre, comme il le lui a promis déjà depuis un an, sans jamais se décider à le faire. Mais, s’il n’est pas parti, la faute en est aux soulèvements intérieurs et aux guerres extérieures ; et au moment où enfin il allait se mettre en route la peste l’a retenu. Il s’agit des soulèvements des Zélotes à Thessalonique et de la peste de 1 347 -

Je le sais, tu diras que je t’ai menti, quand je te promettais de me trouver avec toi, l’hiver dernier : aujourd’hui, un an s’est écoulé depuis cette promesse et je ne me suis pas encore mis en route ; mais les troubles dans ma patrie me retiennent encore. Ces troubles et ses monuments, dis-le toi, sont uniquement ce qui reste à ses citoyens de leur félicité passée ; tu y ajouteras, puisque tu n’ignores rien de ce qui se passe ici, les révolutions, à l’intérieur, et, à l’extérieur, les guerres avec les Barbares et, ce qui en découle, les soupçons, les dommages, les jalousies, et, conséquence fatale de ces maux, la pauvreté et la misère pour ses habitants ; aussi vas-tu me traiter de menteur et de fou parce qu’alors qu’il me serait loisible de m’affranchir de si grands maux, je m’y soumets moimême. Eh bien, pour ce qui est de l’accusation de mensonge, je l’admettrai et je dirai même qu’elle est en partie fondée, et cependant je pourrais alléguer bien des raisons à ma décharge. La peste, qui sévissait alors et qui nous atteignit

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Anepigrapha.

Amico suo per Galliam ac Italiam iter facienti hanc epistulam mittit Noster qua eum hortatur ut aliquam ItaKcam urbem eligat ibique suum domicilium constituât. Cydones ipse ad eum se conferet, quod amico suo iam unum annum in diem promittit et adhuc cunctatur ; quod vero sibi in culpam convertendum negat, sedpotiu s internis seditionibus et bellis externis quibus patria conflictatur : pestilentia quoque eum iam profecturum deterruit : de Thessalonicae seditionibus, Zelotarum opéra ortis, atque de pestilentia illius urbis anno 1 347 -

Sources AU.

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nous aussi, ne nous permettait pas de vivre sur le navire « au flanc creux » en promiscuité avec les malheureux atteints du mal et même ceux qui auparavant m’engageaient vivement à m’embarquer, me prédisaient que ce devait être là une chose plus dangereuse que toutes les tempêtes, d’autant plus que même parmi les marins, les uns étaient déjà morts de ce mal et d’autres en étaient atteints; si même certains semblaient pouvoir encore se servir de leurs mains, ils n’étaient pas exempts de toute crainte et la mort de leurs camarades leur ôtait à eux aussi force et courage. Tous donc s’empressaient alors autour de moi, taxaient de folie mon désir de m’embarquer et me conseillaient d’avoir pitié de moi-même et de ne pas préférer à la vie une mort assurée. D’ailleurs, tu n’ignores pas les moyens habiles auxquels l’excellent empereur a recours, lorsqu’il veut empêcher quelque chose qui ne lui plaît pas. En m envoyant alors messager sur messager, en me faisant, d’un côté, des promesses, si j’obéissais, et de l’autre, en me menaçant d’une manière spécieuse, si je désobéissais, il me contraignit à renoncer à mes intentions de départ et, pour le moment, à rester tranquille, en cédant au mauvais temps, à l'épidémie et aux conseils de mes amis, vu qu’il me restait toujours l’espoir de tenir à nouveau dans l’avenir les promesses que je t’ai faites. Personnellement donc en jugeant bon de me défendre ainsi, j’aurai l’air de citer des arguments de valeur et je me laverai, en très grande partie, sinon complètement, de cette accusation. Toutefois, il y a aussi, de ton côté, un motif qui, en toute justice, diminuera ton grief. Alors que tu faisais route vers les Celtes et le lointain Océan, comment n’avoir pas pensé que je m’userais inutilement de fatigue, en cherchant à rejoindre quelqu’un qui volait devant moi? Quelle autre raison aurait pu, en effet, me faire embarquer pour Venise, si je n’allais y rejoindre celui pour lequel je me serais chargé des ennuis du voyage ? Je n’y avais ni mission ni propriété ni commerce pour m'obliger à demeurer là-bas afin de m’en occuper. Les arguments à ma décharge sont donc bien nombreux; aussi n insiste pas et ne t’attache pas trop à l’ac-

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