BIAIS CHE
Quoi donc ?
Ainsi, j'ai oublié cela! Comment peut-on oublier les choses qui vous tiennent le plus au cœur!... (Elle s'assied,
profondément troublée).
BLANCHE Que veux-tu dire"?
LAURE
Je me souviens que ton père avait écrit pour toi un livre, et ce livre contient peut-être le remède à tes erreurs...
BLANCHE
Mon père avait écrit un livre... pour
moi
LAURE
Oui. Il savait qu'il s'en irait jeune, — hélas! son œuvre prenait sa vie! — et qu'il ne pourrait diriger ton éducation... Cette idée lui était infiniment douloureuse. Souvent il songeait avec inquiétude à ce que tu deviendrais, à la personne que tu serais vingt ans plus tard, c'est-à-dire aujourd'hui. Alors, le soir, quoique épuisé par son travail du jour, il écrivait des réflexions, des conseils qui tétaient destinés et qui devaient te guider dans l'avenir. Jentends encore sa plume courir sur le papier... Je vois son visage soucieux où s'exprimait toute sa tendresse paternelle. Il espérait qu'en te
nourrissant de sa pensée, tu pourrais résister aux influences étrangères et que tu deviendrais, malgré sa disparition, sa vraie fille, la fille de son esprit... Comment il se fait que je ne t'ai pas encore donné ces pages qui t'appartiennent ? C'est un mystère inexplicable... (Elle va au meuble.) Heureusement, il est temps encore : le livre est là dans un tiroir secret de ce meuble, avec des lettres que ton père m'écrivit à l'époque où nous étions fiancés... Ah! les adorables lettres!... Je te les montrerai un jour, ces chères reliques. Je ne sais plus ce que je fais... mes mains tremblent... Tu vois, on ouvre ce tiroir... un ressort caché fait lever le double fond... Voilà qui est étrange... La cachette est vide !
BLANCHE La cachette est vide?
LA.URE
Regarde toi-même... Je suis si troublée...
BLANCHE, regardant.
Il n'y a rien...
LU RK
Rien?... Le secret aurait-il été découvert? (Elle boule- \ erse fléi reusemenl 1rs autres tiroirs). Voici l'album !... Pour sûr, il a été changé de place. Après tout, peut-être par moi !... Quant aux lettres, qu'ont-elles bien pu devenir? Oh ! je les retrouverai... (Elle feuillette un moménl l'album avec émotion).
Prends ce livre, mon enfant. Lis ces pages, si exquises, et si tendres, avec la vénération qu'elles méritent... Ton père s'y est peint lui-même, en faisant le portrait moral de la fille qu'il rêvait, avec une vérité, avec un charme inexprimables... Compare-toi à cette image, et prends conscience de ta vraie nature sur laquelle tu te trompes. (Ellelui donne l'album). A tout à l'heure... (Elle l'embrasse). J'ai confiance ! (Elle sort).
BLANCHE, seule, lisant sur le premier feuillet.
« Pour ma fille bien aimée, en qui j'espère revivre. »
(Elle se dirige lentement vers la porte).