‹ Demi-soeurs; piece en trois actesChapitre 11 sur 27 · SCENE VI LAURE, BLANCHE · texte numérisé non relu

SCENE VI LAURE, BLANCHE

BLANCHE

Tu veux me parler, maman?

LAURE

Oui, mon enfant. J'ai des choses très importantes à te dire... Viens t'asseoir près de moi.

BLANCHE De quoi s'agit-il?

LAURE

D'abord, que penses-tu de la famille Monnier?

BLANCHE, étonnée Ce sont des gens charmants.

LAURE

Et quelle est ton opinion, plus spécialement, sur M. Georges Monnier?

BLANCHE, l).ij.ss;inl les yeux.

M. Georges? Que veux-tu que je t'en dise? C'est un jeune homme... très bien.

LAI ItK

Pas plus.'

BLANCHE, souriant.

C'est déjà beaucoup!

LAURE

Il a conçu pour toi une affection très vive. BLANCHE, émue.

Ah!...

LAURE

Et ses parents ont prié ta tante Glaire de s'informer de tes sentiments à son égard...

BLANCHE

Ah ! ils ont prié tante Claire '?. . .

LAURE

Oui. Y a-t-il en toi une sympathie pour répondre à la sienne? Consentirais-tu à l'épouser?

BLANCHE

L'épouser...

LAURE

Ne serait-ce pas tout naturel?

BLANCHE, très troublée.

Peut-être ai-je un peu pensé à lui... peut-être ai-je été touchée de l'intérêt qu'il me porte et que j'avais deviné, mais de là au mariage...

LAI RK

Puisque tu avais pressenti ses intentions, tu dois avoir un peu préparé ta réponse...

BLANCHE

C'est vrai. J'attendais cette demande. Eli bien, il faut lui dire qu'il se trompe sur moi, que je ne suis pas celle qu'il lui faut, et que je lui souhaite tout le bonheur qu'il mérite!... Je ne veux pas me marier.

LAURE

Avec lui?

BLANCHE

Encore moins avec un autre.

LAURE, ne pouvant contenir .sa joie.

Tu veux toujours rester avec moi?

BLANCHE, la regardant aveo chagrin.

Oh! maman, tune me comprends pas!... Hélas! Voilà donc le moment de te dire les idées qui me sont revenues, ou qui plutôt ne m'ont jamais quittée, et qui de jour en jour, deviennent plus impérieuses, plus irrésistibles!...

LAURE

Tu veux retourner au couvent?

BLANCHE

Oui. maman.

I)EMI-S(EURS

LU RE

Non, ce n'est pas possible! Qu'est-ce que je t'ai fait? Tu n'as pas été heureuse avec moi ?

BLANCHE

Aussi heureuse qu'on peut l'être dans le monde.

LAURE

Ah ! voilà ! On a su t'inspirer la haine et le mépris du monde !

BLANCHE

Non, mais il ne m'attire pas, voilà tout. Le bruit m'étourdit. Le mouvement me lasse. Tout ce qu'on appelle plaisir me semble d'une vanité sans bornes. Je ne dis pas que j'aie raison... C'est ainsi. De tout temps, je me suis vue en habit de religieuse et priant... Je ne saurais pas me conduire dans la vie. J'y serais dépaysée...

LAURE

Est-ce toi que j'entends ? Ainsi, voilà ce qu'on a fait. au couvent, de ma petite Blanche ? On lui a appris l'indifférence, le détachement de tout. On lui a appris... la dissimulation! Car enfin, voilà deux ans que nous vivons dans une intimité complète... que nous parlons de tout, à cœur ouvert... moi, du moins! J'aurais juré que les idées de religion étaient à cent lieues de ton esprit! Ah ! tu gardes bien tes secrets!

DEMI-SCKUKS

Je savais que tu aurais une grande peine. De là mon hésitation... Mais pourquoi t' épouvanter?... Toutes mes amies sont religieuses. Si tu savais quelles lettres charmantes elles m'écrivent! Quelles lettres respirant le calme, la gaieté ! Il ne faut pas croire qu'on soit triste au couvent!...

LAURE

Je crois, en effet, qu'on y pleure moins souvent que dans la vie! Mais qu'est-ce que ça fait? N'est-ce donc rien que de fonder une famille, d'avoir des enfants, même s'ils doivent être ingrats et vous faire souffrir? N'est-ce donc rien que de mettre du bonheur autour de soi, de se dévouer corps et âme, non à une idée, ou à son propre salut, mais à des êtres vivants? N'est-ce donc rien que d'aimer, enfin !

BLANCHE

Il y a plusieurs façons d'aimer, de se dévouer...

LAURE

Ah! si ton père vivait encore, il saurait te dire, lui, avec l'autorité d'un grand esprit, la beauté, la noblesse de la vie! Moi, je ne sais pas! Il saurait t'enseigner une autre religion, qui vaut la tienne, la religion de l'amour! Hélas! il n'est plus là pour te convaincre et pour le sauver! (Frappée d'une idée en Qxant les yeux sur le meuble-secrétaire | Mais, j'y pense, je ne t'ai jamais l'ait lire...

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