‹ Demi-soeurs; piece en trois actesChapitre 20 sur 27 · L.VURE, désespérée · texte numérisé non relu

L.VURE, désespérée

GILBEBTE

LAURE

Mes lettres sont brûlées"?

GILBERTE

Oui.

BLAXCHE, s'avanrant.

De quel droit ton père a-t-il commis ce sacrilège"?

GILBERTE

De quel droit? Il était le maître! Tout lui appartenait ici !

LAURE

•Mes lettres sont brûlées! J'aurais mieux aimé ne jamais le savoir!

GILBERTE

Tu le sais ! Quant à ce livre, il me dit d'abord de le détruire aussi, puis il se ravisa. Au moment où j'allais le jeter au milieu des lettres qui flambaient, il s'écria : « Non! je ne puis faire cela! C'est l'héritage de Blanche! » Et sur son ordre, je le rapportai dans ce

meuble. (Voyant sa mère fondre en larmes). Maman... Que

veulent dire tes larmes?... Pour qui sont-elles et contre qui? Réponds, oh! réponds! je t'en supplie! Plains-tu papa de ce qu'il a souffert, ou le maudis-tu de ce qu'il a fait?

BLANCHI

Apres l'émotion que tu viens d'infliger à maman, il serait peut-être bon. Gilbcrte...

GILBERTE, se retournant vers Blanche, avec passion. Laisse-moi tranquille, toi! Je ne te demande pas de conseil! Je ne te parle pas! Tu triomphes aujourd'hui, tu es fière parce qu'on parle de Ion père dans les journaux, parce qu'on exalte sa mémoire, parce qu'on est injuste envers le mien?... Mais ne t'y lie pas! Quoi qu'on l'ail dit et que tu {misses croire, il n'en fut pas toujours ainsi... nous avons connu de meilleurs jours! Si lu avais pu sortir du couvent autrefois, survenir à l'improviste dans ce même salon, el entendre ee qu'on disait...

LAI RE

Gilbcrte, je le défends «le continuer,

GILBERTE

N'ai-je pas le droit d'évoquer mes souvenirs, comme vous les vôtres? Autrefois, j'ai senti bien des choses. On ne se méfie pas d'un enfant, et en effet, il ne comprend rien à ce qu'il voit, à ce qu'il entend... Mais des images, des mots se gravent dans sa petite mémoire et lui reviennent plus tard, quand il est capable de les juger.

LA.URE

Gilberte, si tu dis un mot de plus...

GILBERTE

Eh bien, dans ce temps-là, c'était moi qui avais les douces paroles . . . les tendresses !.. C'était moi la grande

aimée, la seule aimée !..

(Blanche tombe assise, fondant en larmes.)

La colère t'égare et te fait mentir !

GILBERTE

Regarde Blanche ! Elle sent que j'ai dit la vérité... Quant à ton père, on n'en parlait pas comme aujourd'hui, je te le jure '. C'était le mien, le mien seul qu'on admirait et qu'on aimait !

LAURE

Je ne te savais pas si méchante !

GILBERTE

J'use de mes armes !

LAURE

Contre toi-même !

GILBERTE

Tant pis pour moi! mais il faut bien que je prenne la défense de celui qui n'est plus! Il a été infiniment bon, et son souvenir mérite d'être vénéré! Tu ne sais pas, Blanche, jusqu'à quel point il a été généreux? Tu ignores peut-être que nos pères se haïssaient?...

LAURE

Non ! non! pas cela, Gilberte !...

GILBEBTE

Et qu'ils ont failli se battre en duel? Eh bien, cela n'a jias empêché le mien de te prendre sous sa protection, et de te laisser une dot qui te permettra un beau mariage !

(Laure tombe sur le canapé., en proie au plus profond désespoir)

BLANCHE, se lovant et venant à sa mère.

C'est vrai, maman? Ma dot vient du père de Gilberte? Pourquoi ne me l'as-tu jamais dit? (Un silence. Laure pleure).

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