‹ Demi-soeurs; piece en trois actesChapitre 23 sur 27 · SCENE 11 CLAIRE, LAURE · texte numérisé non relu

SCENE 11 CLAIRE, LAURE

CLAIRE

J'allais justement chez toi... pour l'apporter une nouvelle fantastique! Blanche ne s'esl-ellc pas mis en tète de...

LAI RE, : interrompant.

De rentrer au couvent ?

Oui.

ÎOO DEMI-SŒURS

LAURE. douloureusement.

Je m'en doutais !

CLAIRE

Elle ne peut même pas attendre jusqu'à demain, et tient y retourner aujourd'hui même !...

LAURH

Aujourd'hui?

CLAIRE

Je suis chargée de t'en avertir, avec toutes les précautions possibles... (Laure tombe défaillante sur une chaise. Eh bien, qu'est-ce que tu as? Tu te trouves mal? Voyons, ne te retourne pas ainsi... Ça n'est pas sérieux...

LAURE

Pas sérieux?

CLAIRE

Pas sérieux pour un sou! On n'entre pas au couvent ! Ça ne se fait pas, ces choses-là! Ce beau projet lui est venu dans un moment de mauvaise humeur, et tu en auras facilement raison! Je ne t'ai pas attendue, d'ailleurs, pour la sermonner, et pour lui dire des choses... qui ont porté... tu peux être tranquille !

LAURE, revenant à elle.

Ah! mes épreuves ne sont pas finies!... Elles rendissent incessamment d'elles-mêmes! se levant). C'est ta faute, ce qui arrive.

CLAIRE

Gomment, c'est ma faute?

J.\l RE

Pourquoi as-tu raconté à Gilberte des histoires qu'elle n'avait pas besoin de connaître, et qui ont exaspéré sa

jalousie?

CLAIRE

Elle est bien bonne ! Je lui donne un verre d'eau pure, elle se grise avec, et c'est ma faute?... Bon, bon, ne te gêne pas!... Si ça peut te faire plaisir!

LAURE

Mes craintes de tantôt, tu les trouvais absurdes... Tu vois qu'elles étaient fondées... Je ne pensais même pas avoir raison si vite... Mais ce n'est pas L instant de récriminer, ni de perdre courage... Je ne suis pas tout à fait vaincue. Ah! si mes pauvres lettres n'étaient pas brûlées ! Blanche n'aurait pas résisté à l'incomparable tendresse dont elles étaient pleines... Son cœur en serait resté ému et tendre à jamais !

CLAIRE

Tu parles des lettres de Charles que tu cherchais dans ce meuble"?

LAURE

Oui.

CLAIRE

LAURE

CLAIRE

Elles sont brûlées?

Ilélas, oui!

Par qui, brûlées?

LA l RE , avec rancune.

Par qui? Par Darcy! Gilberte nous a appris que son père avait découvert le tiroir secret de ce meuble, violé ma cachette aux chers souvenirs, et fait jeter au feu, par Gilberte elle-même, ces lettres qui m'auraient été aujourd'hui d'un si puissant secours!...

CLAIRE Darcy a eu tort. Deux l'ois tort. D'abord, (rouvrir un tiroir secret sans y être invité : ces imprudences sont toujours punies! Ensuite, de s'en prendre à d'innocents carrés de papier!... Ces maris sont insensés! Mais il faut spnger qu'il t'aimait beaucoup... trop... qu'ila souffert...

LAI RE, durement.

Moi aussi, j'ai soullerl ! II m aimait mal ! l'as comme je devais être aimée! Gombien de fois ai-je dû baisser

les yeux devanl son regard soupçonneux ! Combien de l'ois in'a-l-il tourmentée de sa jalousie rétrospective ! Combien de lois ai-je dû lui jurer que je n'avais jamais. jamais aimé que lui! Pour cet homme, l'amour n'était

DEMI-SŒ1 RS

pas un sentiment de douceur, de bienveillance et de respect, c'était quelque cho^e d'impérieux, .l'absolu, de brutal qui me violentait toujours !

CLAIRE, stupéfaite.

Tu te disais beureuse, pourtant...

LAURE

Je nie croyais beureuse '. Je n'étais même pas libre!

CLAIRE

Ça fait plaisir de voir connue tu te connais'.... Heureusement que tout ça -<• passe entre nous, entre femmes'.... Si des hommes t'entendaient, ils nous en raconteraient sur la mobilité du cœur féminin '.

LAURE

Il ne manquait plus que Gilberte héritât cette humeur sombre et tyrannique '. Elle a exactement avec moi les manières d'être de son père. Elle surveille, comme il faisait, mes moindres pas et démarches. Elle me regarde dans les yeux jusqu'à me gêner! N'a-t-elle pas simulé une sortie pour me surprendre? C'est trop fort! ht. ce qui est plus fort encore, on dirait qu'elle ne peut, toujours comme son père, supporter la présence, dans la maison, de l'enfant qu'elle considère comme étranger!... Mai- je vais lui parler! 11 faudra bien qu'elle se rétracte et qu'elle demande pardon à sa sœur. Veux-tu sonner. je t'' prie?...

If>4 DEMI-SŒURS

CLAIRE

Prends garde à ce que tu vas dire à cette petite effarouchée...

LAURE, changeant de ton.

Tu as raison. Il faut que je la rassure, que je la calme...

Es-tu en état de le faire ?

LAI" RE, respirant.

Oui... (Claire sonne).

CLAIRE, à la femme de chambre.

Priez Mlle Gilberte de venir ici. (La femme de chambre sort). La moralité de l'histoire, c'est que tu as été trop modeste. Il ne fallait pas donner à tes deux maris des enfants qui leur ressemblent tant que ça!...

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