‹ Demifous et demiresponsablesChapitre 103 sur 119 · RÉPONSE A QUELQUES OBJECTIONS · texte numérisé non relu

RÉPONSE A QUELQUES OBJECTIONS

Pendant que j'achevais d'écrire ce livre, les Annales médicopsychologiques ont publié une étude critique aussi courtoise que serrée d’un aliéniste de haut mérite, le D' Paranr!, sur mon article de la Revue des Deux Mondes « Demifous et demiresponsables ». L’argumentation de mon distingué confrère ne tend à rien moins qu’à contester et à supprimer entièrement le sujet même de ce livre. Je ne peux donc pas me dérober au devoir d’y répondre. Ce sera d’ailleurs une occasion de reprendre synthétiquement l’entière doctrine de ce livre et d'en formuler ainsi les conclusions. fs

D'abord je n’exagère pas en disant que le D' Paranr arrive, dans son étude, à la négation des demifous et des demiresponsables.

Il déclare que mon article soulève de « graves objections ». Il craint que cet article « ne donne lieu à des équivoques, à des erreurs susceptibles d'entretenir la fausseté des idées que bien des gens se font sur l’aliénation mentale ». Il ne croit pas que ma « manière de concevoir les choses » réponde « à la réalité » et ne croit pas « exacte » «la conception géné-

4. ParanT. Un article de M. le professeur Grasset : « Demifous et demiresponsables », Annales médicopsychologiques, mai-juin 4906. Voir aussi du même auteur : La raison dans la folie. Etude pratique et médicolégale sur la persistance partielle de la raison chez les aliénés et sur leurs actes raisonnables, Paris, 1888, et De quelques erreurs sur la folie nées des doctrines psychologiques. In Mémoires de l'Académie des Sciences, inscriptions el belles-lettres de Toulouse, t. XI, 1889.

Grasser. — Démifous. 18

rale de l’aliénation mentale prise de cette façon ». « La qualification de demifous, outre son inexactitude, expose, surtout au point de vue de la médecine légale, à de nombreux inconvénients ». En combattant la théorie des deux blocs et en en créant un troisième, j « augmente la difficulté au lieu de la réduire ». « Pour dire où finit la responsabilité et où commence la demiresponsabilité, pour dire où celle-ci s'arrête et cède la place à la responsabilité entière », la détermination du critérium est « tout à fait arbitraire » et « n’aura d'autre règle que l’appréciation fantaisiste des uns ou des autres... La fantaisie se donnant carrière, nous risquons de retomber dans cette anarchie désastreuse qui faillit jadis, dans des conditions de ce genre, être la déconsidération et la ruine de la médecine légale des aliénés ». Et ParanT termine en souhaitant « que la manière dont (je) propose de comprendre et de résoudre les questions de folie et de responsabilité n'ait point les inconvénients et les dangers dont (il la croit) susceptible ».

[est évident que s'il en est ainsi (et je sais que d’autres aliénistes de non moins grande valeur partagent la manière de voir de Paranr) je n'ai plus qu’à déchirer mon manuscrit, au lieu de l’envoyer à l’impression.

Pour ne rien exagérer, Je reconnais tout d'abord que dans mon article de la Revue destiné au grand public (comme le reconnaît PARANT) je n'ai pas suffisamment et assez scientifiquement délimité le domaine de la demifolie. Je n'ai pas suffisamment séparé la responsabilité partielle de la responsabilité atténuée, je n’ai pas assez montré que les anciens monomanes sont de vrais fous, et non des demifous. J'ai essayé de mieux faire et de mieux préciser dans ce livre. Je reconnais aussi que l'expression de demiresponsabilité est vague et ne vaut pas celle de responsabilité atténuée

1. PARANT a donc raison quand il dit : « M. G. prononce une fois, dans son article, le mot de responsabilité atténuée ; ce mot est bien meilleur que celui de demiresponsabilité, parce que, de toutes manières, il répond bien mieux à la réalité des choses et c’est à lui qu’il vaudrait mieux s’en tenir. »

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