‹ Demifous et demiresponsablesChapitre 18 sur 119 · Bücaner. Citat. Navizce, Le libre arbitre, p · texte numérisé non relu

Bücaner. Citat. Navizce, Le libre arbitre, p

2, Fouizzée. Le mouvement idéaliste el la réaction contre la science positive. Bibliothèque de philosophie contemporaine, 1896, p. 267. Paris, F. Alcan.

3. ALgerr Bayer. La morale scientifique.Essai sur les applications morales des sciences sociologiques. Bibliothèque de philosophie contemporaine, 4905. Paris, F. Alcan.

Sa DEMIFOUS ET DEMIRESPONSABLES

«sainte, mais vieillie », « principe et fondement de la morale elassique ». Il lui semble que cette idée « craque » et qu’on en peut, « sans témérité, prévoir la disparition ». « Dès l'instant, ajoute-t-il, qu'on admet dans le monde social l'existence de lois en tout point semblables à celles qui régissent la chute d'une pierre, il est aussi puéril de rendre un individu, quel qu'il soit, responsable de ses actes, que de blâmer l'arbre chétit ou de féliciter l'arbre vigoureux. Toute tentative en vue d’atténuer la rigueur de cette conséquence est foncièrement antiscientifique. »

Voilà la théorle du bloc unique bien complétée, unifiée et poursuivie dans ses dernières conséquences : il ne peut pas être question de demifous et de demiresponsables, puisqu'il n'y a pas même à distinguer les fous des raisonnables et les responsables des irresponsables.

Scientifiquement, on doit placer cette théorie du bloc unique bien au-dessus de la théorie des deux blocs. Elle s'appuie sur des faits vrais, bien observés. Je la crois cependant erronée dans les déductions qui la constituent et dans les conclusions qui la formulent.

L’entière édification de cette doctrine repose sur le développement de cette idée que je crois fausse et antiscientifique : l'existence d’un grand nombre d’intermédiaires entre deux ûtres ou deux phénomènes prouve l'identité de ces deux êtres ou de ces deux phénomènes ; ou encore : deux termes d’une série sont identiques, quand on peut les relier l’un à l’autre par une série continue d’autres termes.

Ceci est vrai des nombres : entre neuf et trois cent, il n’y a qu'une différence de quantité ; c'est encore vrai des grandeurs ou des poids ou d'une manière générale des termes qui varient dans un seul sens, de l’un à l'autre; mais le principe n'est plus du tout applicable aux êtres vivants ou aux phénomènes de la vie.

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Entre un être inférieur et une colonie de ce même être inférieur, il n'y a qu'une différence de nombre et de degré ; mais entre l’amibe et l'homme, on aura beau accumuler les termes de transition, on n'établira pas leur identité. Il ne suffit pas d'ajouter l’amibe à lui-même, de le multiplier par un nombre quelconque pour en faire un homme. Entre l’amibeet l'homme, il n'ya pas seulement une différence de quantité, mais une différence de qualité, qui exclut toute identification.

Il en estde même pour les phénomènes nerveux de l'homme. Entre le réflexe élémentaire qui fait sauter la jambe quand on percute au-dessous de la rotule et le phénomène psychique le plus élevé d’un Shakespeare, d’un Wagner ou d’un Victor Hugo composant un chef-d'œuvre, on peut décrire une infinité de termes de transition, qui établissent une sorte de sériation continue d'un phénomène à l’autre. Qu'est-ce que cela prouve ? Que l’un et l’autre phénomènes sont des phénomènes nerveux,comme la série de tout à l'heure prouvait que l’amibe et l’homme sont l’un et l'autre des êtres vivants. Mais tout cela ne prouve nullement que ce soient des phénomènes ou des animaux identiques et qu’il ne faille pas les étudier à part et séparément l’un de l’autre.

Cela posé, toute la théorie du bloc unique s'effondre.

Depuis CLaupe BERNARD» on admet (et avec moins de preuves scientifiques on admettait même avant lui) que les phénomènes pathologiques sont de même nature que les phénomènes physiologiques : les uns et les autres sont des manifestations de la vie, du fonctionnement du même être vivant. Mais cela n'empêche pas que les phénomènes pathologiques ou morbides soient différents des phénomènes physiologiques ou normaux.

La fièvre est un symptôme tout à fait différent de la précipitation du pouls causée par ure émotion. Entre 36% à 40°, entre 60 pulsations et 140, on constate tous les termes de transition. Il est même impossible de fixer le chiffre absolu à partir duquel l’état physiologique cesse pour devenir état pathologique. Il n’en est pas moins vrai que la fièvre existe

en tant que phénomène pathologique et qu’il y a un fonctionnement pathologique des organes qui ne doit pas être confondu avec leur fonctionnement physiologique et que ces deux fonctionnements doiveni être décrits à part.

La paralysie est autre chose que la faiblesse momentanée d'un muscle fatigué. Le rêve n'est pas l'hallucination, encore moins le délire.

Les frontières de la maladie peuvent être parfois difficiles à préciser, à cause de notre ignorance; elles peuvent être modifiées dans leur tracé, au fur et à mesure que nous savons mieux analyser le sujet et diagnostiquer plus vite son état. Mais ces frontières existent : il y a des malades et des nonmalades.

De ce que des gens très bien portants ont, sous l'influence d’une émotion, un peu de constriction à la gorge ou au thorax, qu’un autre tremble un instant, qu’un troisième s’arrète une minute ou qu’un quatrième vocifère, vous ne pouvez pas conclure que ce sont là des crises d’hystérie en miniature : une crise de boule chez le premier, une crise convulsive chez le deuxième, une crise de contracture chez le troisième et une crise de délire chez le quatrième.

Il peut y avoir des termes intermédiaires dans lesquels le diagnostic hésitera entre le tempérament nerveux et la névrose ; c’est ce que l'on appelle le nervosisme. Mais l'existence de ces faits difficiles de transition ne doit pas faire oublier les cas bien nets d’hystérie, comme nous en voyons tous les jours.

Avec Count et la plupart des neurologues il faut garder l'hystérie comme une maladie distincte, au sens que l’on donne habituellement à ce mot, et la distinguer absolument des états physiologiques. |

Encore moins peut-on rayer du cadre nosologique toutes les névroses pour les confondre avec Duogois dans le groupe flou

1. Couix. Traité de pathologie mentale de Gilbert Ballet, p. S18.

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et confus des psychonévroses. Ce serait supprimer, d’un trait de plume, tous les travaux cliniques de ce dernier demisiècle qui, abstraction faite de toute idée théorique, ont admirablement constitué et séparé cliniquement l’hystérie et la neurasthénie. Comme l’a très bien dit Maurice DE FLEURY, «alors que nos neurologistes français se sont eflorcés, dans les derniers temps, de tirer du vieux chaos du nervosisme les caractères distinctifs de la neurasthénie et de l'hystérie, Dusoïs les y replonge » ; et il renverse ainsi tout l'édifice de l'histoire des névroses sans fournir d'arguments cliniques nouveaux à l’appui de sa manière de voir.

Donc, malgré la sériation plus ou moins continue, il faut continuer à distinguer et à envisager séparément les phénomènes physiologiques et les phénomènes pathologiques, les non-malades et les malades et plus spécialement ceux qui sont atteints de maladie de système nerveux et ceux qui n’en sont pas atteints.

Ceci est vrai également du fonctionnement de notre cerveau psychique : chez les uns ce fonctionnement est normal; chez d'autres, il est anormal ou morbide. Il ne faut donc pas faire un seul bloc des raisonnables et des fous.

Parmi les malades, nous avons déjà vu qu'il faut distinguer ceux qui le sont tout à fait, les déraisonnables ou les fous, et ceux qui le sont à un moindre degré ou qui ne le sont que passagèrement dans de courts accès transitoires, les demifous.

La ligne de démarcation peut parfois être indécise entre deux groupes contigus, le diagnostic différenciel est parfois difficile; il y a des sujets qu’on est tenté de jucher sur la muraille de séparation de deux domaines contigus ou pour lesquels on voudrait jeter un pont sur le fossé qui les délimite. Mais l'existence des trois groupes n’en est pas pour cela.ébranlée : malgré la sériation continue et le nombre d’intermédiaires, il faut distinguer les raisonnables, les demifous et les

fous.

Le même raisonnement peut être fait pour la responsabilrté,

C'est par un étrange abus de mots «u’on veut assimiler à la suggestion hypnotique : l’enseignement, le conseil, la prédication et tous les moyens qu'a un psychisme d’exercer son influence sur un autre psychisme‘.

Quoi qu'en dise Bernueim (dont on n’ose se séparer qu'avec inquiétude sur de pareilles questions) la suggestion vraie — la seule qui entraîne l'irresponsabilité, celle pour laquelle le mot devrait être réservé — la suggestion vraie suppose l'annulation complète du centre supérieur de contrôle du sujet et l'obéissance passive, imposée, de ses centres inférieurs au centre supérieur de l'hypnotiseur. Quand on s'adresse au seul polygone d'un sujet, entièrement désagrégé de son O, on enlève à ce sujet ia responsabilité de son acte; mais quand on s'adresse aux centres supérieurs du sujet, on neluienlève nullement la responsabilité des actes qu'il pourrait commettre sous cette influence. La suggestion est un phénomène pathologique ou tout au moins extraphysiologique et tout le monde ne peut pas être mis en hypnose, c’est-à-dire en état de suggestibilité. Le conseil, la persuasion, l'éducation... sont des moyens d'action absolument physiologiques, auxquels chacun est accessible à des degrés divers.

Si on acceptait,en science médicale, pour le mot suggestion, le sens mondain? et extramédical que défend BERNHEIM, Ce serait une véritable confusion de langage. Alors, comme dit Prerrx JANET, « on voit décrire sous le même nom la leçon d'un professeur à ses élèves et les hallucinations provoquées chez une hystérique... [Il n’est plus possible de distinguer Ja maladie mentale, qui est pourtant une triste réalité, de l’état psychelogique normal ». La distinction est si réelle que, même chez le sujet hypnotisable, tout n'est pas suggéré : à certaines pério-

4. Voir L’hypnolisme el la suggestion, p. 457, 460 et 498. 2. C'est le sens dans lequel on dit qu’une toilette ou un spectacle sont « suggestifs ».

NÉGATEURS DES DEMIFOUS DT des de sa vie, on peut lui donner des conseils ou des ordres, qui ne sont pas des suggestions.

On peut chercher à persuader, à insinuer ou à démontrer des idées à des auditeurs ou à deslecteurs sans désagréger préalablement et annihiler leurs centres psychiques supérieurs. C’est précisément ce que j'essaie de faire en écrivant ce chapitre, cherchant à convaincre le centre O de mes lecteurs, qui gardent leur libre examen et leur faculté de contrôle, et nullement à imposer ma manière de voir à leurs centres polygonaux, à la façon de l’hypnotiseur qui fait manger une pomme de terre crue à sou sujet en lui affirmant simplement que c'est une pêche exquise! Et on ne peut pas condamner au même titre et de la même manière le sociologue dont les écrits ou l’enseignement auront conduit un malheureux à commettre un crime politique et. l’hypnotiseur qui à, dans l'hypnose, nettement suggéré à un sujet endormi l'exécution de ce même crime.

Il faut donc se garder de donner aux divers mobiles et motifs de nos actes la valeur d'une suggestion, au sens médical (le seul que nous gardons) de ce mot.

A moins précisément d'être fou, l'homme a toujours des motifs ou des mobiles pour ses actes mème criminels; cela n'empêche pas qu'il en soit responsable, s’il est sain d'esprit et sil a pu juger la portée de son acte.

Il est donc impossible, en se basant sur la science de l’hypnotisme et de la suggestion (que Bernuemm à tant contribué à édifier, avant de la démolir de fond en comble), de dire qu'il n'y à ni responsables ni irresponsables, qu’il y à seulement un bloc unique de gens tous plus ou moins irresponsables.

Il est également antiscientifique de soutenir que l'homme criminel est aussi peu responsable « que l'arbre chétif ».

J’admets pour un moment que l'homme et l’arbre soient, l’un et l’autre, soumis au déterminisme ; ce caractère les rapprochera, mais ne les identifiera pas. Les lois de ce déterminisme restent différentes pour l'arbre et pour l'homme.

Pour l'arbre, la terre, l’air, l'humidité... sont les seuls éléments de détermination de sa croissance et de ses mouvements. Chez l’homme, il y a des centres psychiques dont l’activité propre intervient pour apprécier, classer et juger les mobiles et les motifs avant tout acte. C’est là un fait brut, scientifiquement établi.

L'acte humain est le résultat d’un jugement entre les divers mobiles et les divers motifs. Est responsable l’homme qui a des centres nerveux sains, qui est en état de juger sainement la valeur comparée de ces divers mobiles et motifs. L'arbre n'ayant pas de centres psychiques, la question ne se pose pas de chercher chez lui la persistance ou la destruction de cette responsabilité.

Donc, même si on les admet rapprochés dans un déterminisme aussi absolu, l'homme et l’arbre ne sont pas comparables pour la question de la responsabilité.

Pour se garantir de l’arbre qui menace de vous tuer en tombant, il suffit d'établir des tuteurs assez forts sous ses branches ; pour se garantir de l'homme qui menace de vous tuer, il faut lui donner des connaissances, lui fournir des mobiles et des motifs qui l’empêchent de commettre l’acte.

Le médecin à à juger si l’homme est ou non capable de sainement apprécier la valeur de ces divers mobiies; il n’a rien à voir dans la question de l'arbre.

En d'autres termes, même en supposant qu’on arrive un jour à supprimer la responsabilité morale devant la cons. cience, à supprimer le mérite et le démérite, la vertu et le vice, l'entière obligation morale, même sous le régime absolu de la « morale scientifique », la question‘ survivrait de la responsabilité sociale devant la loi et la société ; cette responsabilité varierait suivant le psychisme de chacun. Et, pour cette responsabilité comme pour le psychisme, il est scientifiquement impossible de grouper tous les hommes en un seul

4. Voir sur cette question le troisième paragraphe de notre cinquième chapitre.

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bloc dont les divers termes différeraient seulement par le degré du psychisme et le degré de la responsabilité.

De tout ce chapitre, peut-être un peu long mais absolument indispensable pour établir les droits à l'existence du sujet même de ce livre, on peut conclure que :

1° Il est scientifiquement impossible de grouper tous les hommes en un bloc unique d’êtres, tous plus ou moins raisonnables et plus ou moins responsables.

2° Il est scientifiquement impossible de diviser tous les hommes en deux blocs, comprenant, l’un les fous irresponsables, l’autre les raisonnables responsables;

3° Le terrain est déblayé des doctrines dans lesquelles il n'y a pas place pour les demifous; il reste possible d'établir scientifiquement l’existence des demifous.

Cette preuve médicate de l'existence des demifous, je vais essayer de la donner dans le chapitre suivant.

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