‹ Demifous et demiresponsablesChapitre 2 sur 119 · IDÉE ET PLAN DU LIVRE. IMPORTANCE SOCIALE DE LA QUESTION · texte numérisé non relu

IDÉE ET PLAN DU LIVRE. IMPORTANCE SOCIALE DE LA QUESTION

Erreurs générales sur les demifous. Haute portée sociale de la question. Etendue de la question.

Devoirs et droits de la société vis-à-vis des demifous : défense sociale, assistance, traitement.

La notion de la responsabilité atténuée dans l'évolution générale de la question de l’'individualisation de la peine.

Caractère médical de la question.

Plan du livre.

La question des fous n'est certainement pas solutionnée; mais elle est posée depuis longtemps. Sans les avoir suffisamment précisés, la société reconnaît qu’elle a des devoirs et des droits vis-à-vis de ces malades. La loi reconnaît leur existence. On sait qu’on doit, en se préservant de leurs méfaits, les assister et les traiter. Les magistrats reconnaissent l’irresponsabilité, les juges en tiennent compte dans leurs verdicts… Les fous ont leur place dans l’organisation sociale actuelle.

Il n’en est pas de même des demifous. |

Non certes que les demiious soient moins nombreux et moins encombranté Ils existent dans la société, aujourd'hui comme autrefois; 1ls nous coudoient tous les jours dans la rue, où parfois ils gènent ou troublent souvent la circulation, soit par eux-mêmes, soit par l'accueil agaçant que leur font leurs contemporains.

GRASSET. — Demifous. 1

Tout le monde les connaît, mais leur place dans l’organisation actuelle n’est pas précisée.

D'une manière générale, d’ailleurs, on les juge mal.

Les uns traitent volontiers ces pauvres diables de farceurs, de fumistes ou d'imbéciles, ne tiennent aucun compte de leurs dires et de leurs actes, les traitent par l'ironie et les sarcasmes, quand ce n’est pas par les coups. C'est l'attitude des muletiers et des valets du duc d’Osuna vis-à-vis de Don Quichotte et de Sancho Pança. Les autres voient dans tous les originaux et les détraqués des malades irresponsables qu’il faut doucher et enfermer dans un asile, jamais dans une prison. Les premiers enlèvent aux demifous tout le mérite de leurs actes bons; les seconds leur enlèvent toute la responsabilité de leurs actes mauvais.

C’est une égale exagération.

D'une part, il ne faut pas nier la haute valeur sociale de certains d’entre eux et par suite il faudrait se garder de priver la société de tous les demifous. D'autre part, il faut savoir aussi que les demifous sont parfois des êtres nuisibles, qu'il faut pouvoir se garer de leurs méfaits, ne pas leur laisser une impunité absurde et en même temps ne pas les traiter comme des malfaiteurs ordinaires jouissant de leur entière responsabilité.

De divers côtés, la question a été posée. Nulle part elle ne paraît résolue.

Il est d’ailleurs nécessaire de reconnaître qu'elle est fort difficile et j'ai plutôt la prétention d’en bien poser les termes que d'en proposer la solution définitive.

En tous cas, on en comprend immédiatement toute la haute

portée sociale.

Quand, en 1900, j'ai rencontré pour la première fois ! la

4. La supériorité intellectuelle et la névrose. Conférence faite à la Société nimoise des amis de l'Université de Montpellier et à l'Association générale des étudiants de Montpellier (janvier 1900). Leçons de Clinique médicale, 4e série 1903, p. 683.

question des demifous, je ne poursuivais qu'un but : étudier et préciser les rapports qu'il y a entre la supériorité intellectuelle et la névrose, montrer l’existence et la vraie nature de ces rapports, réfuter la théorie lombrosienne du génie névrose et marquer la place de la supériorité intellectuelle anormale dans la famille névropathique.

Après l’apparition du livre de Micuer Corpart, J'ai repris la question ? et montré ce que sont les demifous au point de vue scientifique, prouvé leur existence médicale, indiqué les services qu'ils peuvent rendre à la Société, leur valeur sociale, et aussi le mal qu’ils peuvent lui faire, n’étant qu demiresponsables du mal comme du bien.

Entre temps * j'avais essayé de montrer ce qu'est la responsabilité médicale, en quoi elle se distingue de la responsabilité morale, comment elle peut par suite être envisagée par tous les médecins, quelle que soit leur opinion philosophique ou religieuse sur le libre arbitre.

J’ai essayé ainsi de montrer l’égale erreur des deux théories opposées des deux blocs et du bloc unique, qui nient, l'une et l'autre, l’existence des demifous et ne veulent admettre que les responsables et les irresponsables en deux groupes séparés et opposés ou au contraire une série continue allant du plus responsable au plus irresponsable sans distinction ou classitication possibles de groupes séparés ; et je me suis efforcé d'établir, à côté des raisonnables responsables et des fous irresponsables, les droits à l’existence scientifique et légale d’un troisième ‘groupe formé par les demifous demiresponsables.

Toutes ces idées, on les retrouvera dans ce livre, plus développées et surtout plus scientifiquement étayées qu’elles ne

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