OBSESSIONS
Dans l’obsession il y a surtout, à première vue, un trouble intellectuel et émotif. Les auteurs ne discutent, en général, que sur le point de savoir quel est le principal et le plus important de ces deux éléments.
Il y a en effet, dans l’obsession, d’abord une idée fixe, spontanée ou provoquée, souvent délirante, et pour WesrpHaL « l’obsession est un trouble avant tout intellectuel, dont l’élément idéatif est le symptôme principal. »
4. Voir encore : Prrres et RéGis. Les obsessions el les impulsions. Bibliothèque internationale de psychologie expérimentale, normale et pathologique, 1902. — Voir aussi dans la Province médicale (1906, p.206) le travail de G. Maurice. (Remarques cliniques sur l'anxiété, la phobie et l'obsession), travail dans lequel l’auteur veut bien se servir de mon schéma comme de « guide » pour analyser la pathogénie de l’obsession et spécialement de l'obsession à retour automatique et rythmé (obsessions d'habitude).
Il y a ensuite une émotion : pour Morez et pour Réars l’obsession est « un état pathologique foncièrement émotif ».
Je crois que l’idée fixe et l'émotion ne suffisent pas à faire l’obsession. IL faut que ces deux éléments agissent sur la volition ou tout au moins sur la délibération et le jugement des motifs qui précèdent la décision. Ce qui caractérise vraiment l’obsession, c’est le trouble de la fonction de hiérarchisation des motifs ; l’idée fixe prend sur la volonté du sujet un empire injuste et immérité, incoercible, irrésistible, disproportionné, insensé : c’est alors, et seulement alors, qu’est constituée l’obsession. Ce qui m’a fait classer l’obsession parmi les troubles de la volonté.
C’est l’avis formulé par ArxauD t: « l’obsession, dit-il, est avant tout une maladie de la volonté *?. »
D'ailleurs tout le monde se retrouve d'accord, dans l’analyse clinique, pour admettre, à la base de l’'obsession, comme élément fondamental indispensable, un état particulier, indépendant de l’idée fixe et de l’émotion et antérieur à l’idée fixe et à l’émotion. Le rapportant à sa cause, Macxax l'appelle terrain de déséquilibration et de dégénérescence ; d'autres l’appellent paranoïa rudimentaire. Pirres et Réors déclarent que tout le monde admet un terrain prédisposé, préparé constitutionnellement, sous des noms divers. C’est cet élément antérieur et indiscuté que je précise un peu plus psychologiquement en le dénommant faiblesse de la volonté et plus spécialement trouble de la fonction de hiérarchisation des motifs.
Je diviserai, avec Réais, les obsessions en deux groupes, suivant que « l’anxiété qui en fait la base se manifeste plus spécialement par une craïnlte ou par une ?dée. Le premier
1. Voir, pour les caractères cliniques de l’obsession : ARNAUD, Traité cité de Ballet, p. 680 et suiv.
2. Réais dit aussi (p. 96) : «il n’est pas douteux que l’obsession soit un.
trouble non seulement de l'émotivité, mais aussi de la volonté et ARNAUD a raison d'insister à cet égard, » L
type est l’obsession phobique ou phobie, le second l’obsession idéative ou obsession proprement dite. »
1° Phobies. Peurs morbides.
La phobie n’est pas la peur ; c’est une peur morbide.
La peur‘, qu'il ne faut confondre ni avec l'impression qui la cause, ni avec les actes qui l’expriment, ni même avec les phénomènes physiologiques qui l’accompagnent et qui ont été très bien étudiés dans ces derniers temps ?, la peur est un élément psychique normal, physiologique. Elle est nécessaire à la conservation et à la défense de l’existence. C'est une manifestation de notre instinctive répulsion pour le nuisible. C’est le phénomène psychique que fait naître la connaissance d'un objet dangereux ou nuisible et qui fait naître les actes nécessaires pour éviter ou combattre cet élément nocif. C’est un élément psychique normal de défense.
La peur, même exagérée, reste physiologique et ne constitue qu'un tempérament et non une maladie, tant que, à une intensité quelconque, elle reste logique, parallèle et proportionnée aux impressions qui la causent et n’entraînent pas de réactions anormales, vraiment morbides (angoisse *).
Il y a deux ordres de troubles morbides de la peur : l’hypophobisme * et l'hyper ou plutôt paraphobisme (phobies).
Je n’insiste pas sur les demifous hypophobiques, ce sont les aventuriers, audacieux, fanfarons, téméraires... le symptôme hypophobisme est très net dans l'euphorie, l’optimisme, la satisfaction de soi et la confiance en soi...
1. Voir mon article sur : La peur, élément psychique normal de défense (Journal de psychologie normale el pathologique, 190%, p.265) à propos d'une Conférence du D: M£énarp sur Les maladies de la peur el le phobisme.
2. Voir notamment Mosso. La peur. Etude psychologique. Bibliothèque de philosophie contemporaine, trad. F£cix H£MENT. Paris, F. Alcan.
3. Il est bon de distinguer, avec Brissaur, l'angoisse phénomène physique et Fanæiété phénomène psychique, les deux éléments n'étant pas nécessairement et toujours unis et parallèles.
4. Trop souvent on ne considère la peur que comme un phénomène pathologique ou du moins on ne l'étudie qu'en pathologie et dans ses formes morbides; avec cette notion trop étroite, on ne peut pas comprendre les troubles hypophobiques.
Les phobies jouent un rôle beaucoup plus important dans l’histoire de la demifolie.
Dans ces cas, le sujet a peur à contretemps. L'ordre des phobies n’est en rien l’ordre logique des impressions dangereuses pour l’organisme. Même quand le névrosé a peur de tout, l'émotion n'est pas proportionnelle à la valeur terrifiante de l’objet.
De plus, — et c'est là le caractère capital, — la peur, dans ces cas, est angoissante et paralysante. Au lieu d’être le point de départ de sages mesures de défense, les réactions inconsscientes sur cette peur sont inhibitrices et frenatrices. Cette peur fait suer le sujet, lui serre la poitrine, le fait flageoler sur ses jambes ou le contracture, ou, si même elle lui fait fuir le danger, il le fuira maladroitement et follement. C’est en cela que cette peur est franchement maladive.
En tous cas, le fait important à constater, à étudier et à traiter, chez ces malades, ce n'est pas la phobie particulière d’une chose ou d’une autre, d'une place publique, d’un espace clos, d'une verticalité ou du chemin de fer (la liste s’allongera tous les jours, tant que le grec n'aura pas entièrement disparu de la culture classique des médecins), l'important c’est l'état du psychisme qui fausse la peur et, de cette émotion physiologique, fait une émotion morbide : ce n’est pas la phobie, c'est le phobisme qui l’engendre.
Cela dit, Réis distingue la phobie diffuse et la phobie systematisée.
Dans le premier type (panophobie), c’est, dit Risor, «un état où l’on à peur de tout et de rien, où l’anxiété, au lieu d’être rivée à un objet toujours le même, flotte comme dans un rêve et ne se fixe que pour un instant, au hasard des circonstances, passant d’un objet à l’autre ». Récits raconte l’histoire typique d’une malade chez laquelle « chaque événement, chaque incident, chaque acte de sa vie devenait ainsi matière
à décharge pour son anxiété, momentanément spécialisée par
le hasard ». C’est le symptôme psychisme anxieux soit du passé (regrets, remords, scrupules), soit de l'avenir (indécision, appréhension).
Quant aux phobies systématisées, Régis les divise en :
1° Phobies des objets : couteaux, épingles, armes, allumettes, poussières, saleté, excréments, poison, cuivre, fer. velours, huile, fruits !..
2° Phobies des lieux (grands espaces, espaces étroits et fermés, sommets, précipices, domicile, théâtre, église, cimetières, voitures, chemin de fer), des éléments (air, vent, eau, rivières, mer, feu, terre, orages, tempêtes, tonnerre, éclairs, montagnes, pentes, vide, nuit, obscurité), des fonctions (sommeil, respiration, déglutition, rougeur, sueur, défécation, miction, station debout, marche, parole, écriture, signature), des maladies (anomalies de conformation, syphilis, spermatorrhée, épidémies, cancer, tuberculose, rage, microbes, angine de poitrine, cardiopathies, névroses, psychoses), de la mort.
9° Phobies des êtres vivants (animaux : chiens, chats, insectes, araignées, serpents, rats, souris ; l’homme, la femme, les foules).
2° Obsessions idéatives ou obsessions proprement dites.
Ici « l’anxiété se manifeste surtout par une idée et non plus par une crainte ». D'ailleurs, « par une pente toute naturelle, la monophobie tend peu à peu vers le monoïdéisme »; de là, de nombreux « cas intermédiaires ou de transition entre la phobie et l'obsession ».
« L'idée de l’obsession est une idée consciente, mais involontaire ou parasite, automatique, discordante avec le cours régulier des pensées, enfin irrésistible... Les idées obsédantes
4.11 me paraît inutile de reproduire ici les innombrables mots grecs qu'on a fabriqués comme bélénophobie pour les épingles, rupophobie pour la saleté, aichmophobie pour les objets pointus, cremnophohie pour les précipices, amaxophobie pour les voitures et sidérodromophobie pour les chemins de fer.
GRASSET. — Demifous. 6
ne sont pas généralement des idées absurdes, impossibles ; d'ordinaire, elles sont vraisemblables et n’ont de morbide que leur grossissement, leur domination, leur persistance. » Réais classe ainsi les principales obsessions : 1° les obsessions du doute proprement dit ; 2° les obsessions du scrupule; 3° les obsessions du mot, du chiffre, du langage; 4° les obsessions des sentiments et affections ; 5° les obsessions nosopho-
biques.….
Les obsédés font des actes que Réais et BELLer ont bien étu-
diés sous le nom de moyens de idéfense des obsédés, soit pour prévenir les accès obsédants, soit pour dominer ces accès quand ils éclatent, soit pour en atténuer ou dissimuler les effets émotifs.
Ainsi, « les obsédés du doute paient deux fois un objet quand ils ne peuvent s’assurer s'ils l'ont ou non soldé. Beaucoup d’obsédés de la contamination portent constamment des gants et en changent tous les jours; ils se préoccupent sans cesse de leurs vêtements et de leur linge de corps, veillant avec le plus grand soin, la nuit, à ce qu'ils reposent pliés avec art sur un dossier de chaise méticuleusement propre ; ils font enfin des lavages de mains perpétuels... Citons enfin la répétition plus ou moins fréquente des actes chez les obsédés qui souvent les recommencent jusqu'à ce qu’ils soient certains que leur exécution est parfaite à leur gré ou qu’elle,est contemporaine d’une idée favorable, salutaire, et non d’une idée
mauvaise, fâächeuse. »