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TROUBLES DE LA CÉNESTHÉSIE

« On a donné le nom de cénesthésie, sens de l'existence, au sentiment que nous avons de l'existence de notre corps, sentiment qui, à l'état normal, s'accompagne d’un certain bien-être. Chaque fonction vitale y contribue pour sa part et de cet apport complexe résulte cette notion confuse » qui constitue, en somme, la conscience du moi physique et comprend toutes les sensations endogènes que nous avons de notre corps et de ses organes. « C’est la somme, le chaos non débrouillé des sensations qui, de tous les points du corps, sont sans cesse transmises au sensorium (HEXLE). » C’est « le sentiment fondamental de l'existence (ConpiLLAc) », « le sentiment de l'existence sensitive (MAINE DE BIRAN) », très bien étudié par Jourrrox.

Je diviserai en quatre groupes les troubles de la cénesthésie observés chez les demifous.

1° Phénomènes autoscopiques ?.

Au polygone désagrégé dans le sommeil se révèlent par-

1. Voir Seczas. Trailé cité de Gilbert Ballet, p. 172 ; Risor. Maladies de la personnalité. p. 22. Bibliothèque de philosophie contemporaine. Paris, F. Alcan.

2. Voir Pau Sozuier. Les phénomènes d'autoscopie. Bibliothèque de philosophie contemporaine, 1903. Paris, F. Alcan.

fois, avec une particulière force, certaines sensations cénesthésiques qui donnent au rêve l’apparence divinatoire ou prémonitoire. La choseest plus nette dans l'hypnose (Socuier); dans cet état, les relations deviennent beaucoup plus intimes dans les deux sens (centripète et centrifuge) entre les centres psychiques et les fonctions organiques normalement soustraites à leur influence.

Comar! et SoLLier ont décrit chez certains malades la possibilité de sentir et de se représenter certains de leurs organes (autoscopie interne). SoLcier a rencontré même des malades qui lui décrivaient la « constitution microscopique » de leur ovaire et de leur cerveau !! Des malades de Couar ont suivi des corps étrangers dans leur corps.

Dans d’autres cas, le sujet se représente son corps entier et l’objective ; il le voit devant lui : c’est l’autoscopie externe. C’est l’hallucination autoscopique ou spéculaire de Féré, la deutéroscopie de BRIERRE DE BorsmMoxrT. |

Pauz SoiLrer distingue trois formes d'autoscopie externe : 1° autoscopie spéculaire : le fantôme est identique au sujet actuel ; 2 autoscopie dissemblable : le fantôme est différent du sujet dans ses attributs externes, mais identique à lui moralement ; 3° autoscopie cenesthésique : le double est seulement senti, mais non vu, et reconnu identique au sujet.

SoLLier décrit enfin, sous le nom d’autoscopie négative, les cas dans lesquels le sujet, se regardant dans une glace, ne s’y voit pas.

2 Fausses sensations de maladie. Hypocondrie.

L'hypocondrie, qu'il ne faut pas confondre avec la peur de la maladie (nosophobie), est bien vraiment un trouble de la cénesthésie : le sujet se sent malade ; c'est une erreur de sa cénesthésie, puisque réellement il n’est pas malade. Cest

1. Comar. L’autoreprésentation de l'organisme chez quelques hystériques. Revue neurologique, 1901, p. 491 et Presse médicale, 17 janvier 1903. Voir Pentière bibliographie de la question dans le livre cité de PauL SOLLIER.

ÉTUDE MÉDICALE 93 plutôt une illusion qu'une hallucination, parce que le plus souvent le sujet interprète mal des sensations endogènes vraies. Cette sensation de maladie peut faire naître chez le sujet une émotion, un certain degré d’angoisse et de phobie ; mais le trouble de l'émotion n’est pas indispensable à la constitution de l'hypocondrie.

Avec GILBERT BALLET et SEGLAS, on peut reconnaître trois degrés au trouble hypocondriaque : 1° Ja sensation hypocondriaque (hypocondria minor) ; 2° la sensation hypocondriaque avec émotion (phobie hypocondriaque, nosomanie, nosophobie); 3° la sensation hypocondriaque avec idée délirante (hypocondria major ; idée fausse et absurde, systématisée ; folie hypocondriaque !).

3° Mécontentement et contentement exagérés (euphorie du moi physique).

Un degré atténué de l’hypocondrie est le mécontentement de soi (physique). Sans se sentir une maladie, on se sent mal à l'aise, on s’observe, on se cherche des sensations morbides, on consulte les médecins, on évite les causes présumées de maladie. Ce sont des {imides de la santé. Ce mécontentement de soi peut entrainer (Pierre Jaxer) l’obsession de la honte du corps avec angoisse (sensation d’incomplétude dans l'effort).

De ce symptôme, il faut rapprocher son contraire : l’euphorie, contentement exagéré du moi physique (l’optimisme étant plutôt le contentement exagéré du moi personnel total). Ces malades ne craignent rien, se trouvent mieux que jamais, ne veulent pas consulter de médecin, ni prendre les précautions les plus élémentaires ; ils sont indifférents au milieu physique ou le méprisent ; ils bravent tout et le disent.

Ces troubles se compliquent le plus souvent de trouble

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