‹ Demifous et demiresponsablesChapitre 36 sur 119 · SEGLAS. Loco cil., p · texte numérisé non relu

SEGLAS. Loco cil., p

GRASSET. — Demifous. g

Instinct de propriété :

diminué : indifférence, prodigalité, impulsions destructives ; augmenté : jalousie, crainte du vol, manie des achats. perverti : kleptomanie, collectionnisme. |

Intérêt Juridique : folie processive, manie des querelles.

b) Actes concernant les relations affectives de l'individu avec le milieu social.

Dans la vie sociale : ;

négligence ou excentricité de la tenue, mépris des convepances et des règles du savoir-vivre;

sentiments altruistes : égoïsme, misanthropie, générosité, suggestibilité, tendance aux violences, coups et blessures, homicide ; |

sentiments de justice : calomnie, vol, pyromanie, exagération des intérêts et droits particuliers, réclamations, scandales, actes de vengeance destinés à attirer l’attention publique, pseudochantage, processomanie ;

sentiments de solidarité : nostalgie, zoophilie, pseudoréformateurs, régicides, dispositions testamentaires étranges.

Les plus importants de ces troubles des idées sociales et morales peuvent se grouper sous trois chefs : 1° les délires politiques, anarchistes, régicides ;.. 2° les hypomoralisés : absence de sens moral, folie morale ou idiotie morale, obsession du crime, homicide; 3° les paramoralisés : scrupules,

remords, autoaccusateurs.

2° Troubles des idées religieuses.

Je pense pouvoir dire que SErGi! exagère un peu quand il" considère la religion « comme une manifestation pathologique de la fonction de protection »; il y a des individus religieux, de bonne foi, qui ne sont pas des malades.

1. SErGri. Les émotions, trad. Perruccr. Bibliothèque internationale des psychologie expérimentale, normale et pathologique, 1901, p. 404.

Mais, comme tous les autres actes psychiques, les idées religieuses peuvent être le point de départ ou la forme de certains troubles que Seccas énumère ainsi : folie du doute, superstitions, démonomanie sous ses formes diverses, manie du jeüne, mutilations, suicide, homicide, exagération maladive des pratiques religieuses, amulettes, illuminisme, visionnaires, prophètes et fondateurs de religions extravagantes.

On peut grouper les principaux de ces troubles sous les deux chefs suivants : 1° exagération maladive de l’idée religieuse : extase!, mysticisme, superstitions, pratiques rituelles allant jusqu’à l’automutilation ou même au suicide ou à l’homicide (sacrifices) ; 2° perversion de l’idée religieuse : démonomanie ou démonopathie, démonolatrie, théomanie, délires religieux? et blasphématoires, obsessions® et impulsions sacrilèges.…

Tous ces malades sont religieux, ont l’idée religieuse, mais pervertie. Car l'incrédule vrai et complet n’a aucune tendance au blasphème ou au sacrilège. Ces crimes, n’existant que par leur caractère de profanation, ne se comprennent qu'avec une perversion d’une idée persistante. Il faut avoir encore une idée religieuse troublée pour mieux aimer voler une hostie consacrée que le vase précieux qui la contient.

Tous ces troubles sont donc para plutôt qu'hypo. Car un individu ne doit pas plus être considéré comme malade parce qu’il n’a pas de religion que parce qu’il en a une.

3 Troubles grégaires.

Je comprends sous ce titre les troubles du psychisme individuel dans les collectivités, les troubles psychiques présentés par les individus vivant en collectivité et puisant

4. Voir Murissrer. Les maladies du sentiment religieux. Bibliothèque de philosophie contemporaine, 2e édit., 1903. Paris. F. Alcan.

2. Voir SEGLAs. Loco cil., p. 261, et ArNauD, 1bid., p. 568. 3. Voir Prerre JaneT. Les obsessions et la psychasthénie, t. I, p. 9. Paris, F. Alcan.

dans cette vie collective la cause plus particulière de leur développement ou de leur forme.

La foule*, quia été surtout étudiée dans ces derniers temps, n’est qu'une des formes de la collectivité. Cest un bon exemple à analyser, parce que la foule présente au plus haut degré, même avec exagération, les caractères psychologiques généraux de toutes les collectivités.

Ce qui domine la psychologie des collectivités, c’est que chaque individu constituant abdique plus ou moins volontai- | rement la direction psychique supérieure de son centre O0; son polygone désagrégé fonctionne seul comme dans la distraction, la passion et l'hypnose, et il est dirigé soit par les voisins (contagion des foules), soit par les meneurs. Aussi la responsabilité des actes grégaires doit-elle être le plus souvent reportée, au moins en grande partie, sur le berger.

Ainsi constituée, la collectivité forme une sorte d’individu complexe, mais un, dont on a étudié la psychologie sous le nom d’ « àme des foules », soumise à la loi de l'unité mentale des foules.

La foule peut aussi être éparse, c'est-à-dire que, par la presse, les conférencès, le livre... il peut s'établir une communauté d'opinion, qui forme une grande unité mentale, dont les membres sont séparés les uns des autres, dans l'espaceet dans le temps. C’est ainsi que se forment les partis, les sectes, l’esprit de corps, de caste..

Voici la classification des foules d’après Le Box :

Foules hétérogènes :

1° anonymes : foule des rues, par exemple;

Î. Voir : Gustave Le Bon. Psychologie des foules. Bibliothèque de philosophie contemporaine, 11e édit., 1905, Paris, F. Alcan ; Scipro SIGHELE. Psychologie des Sectes, trad. Louts BRANDiN. Bibliothèque sociologique internationale, 1898 et La foule criminelle. Essai de psychologie collective. Bibliothèque de philosophie contemporaine, 2e édit.. 1901 ; Tarpe. L'opinion et la foule. Mème bibliothèque, 1901. Voir aussi, sur l'imagination des foules: Ducas. L'imagination. Bibliothèque internationale de psychologie expérimentale, normale et pathologique, 1903, p. 181. Voir encore CaBANËs et L. Nass. La névrose révolutionnaire, préface JuLES CLARETIE.

ÉTUDE MÉDICALE 164 2° non anonymes : jurys, assemblées parlementaires.

Foules homogènes :

1° sectes : politiques, religieuses.

2° eastes : militaire, sacerdotale, ouvrières. . 3° classes : bourgeoise, des paysans...

La mentalité de la collectivité est toute différente de celle des individus; mais, comme au fond elle revient toujours à la mentalité des composants, il faut admettre que la mentalité des individus est modifiée, souvent profondément, par le fait même d’être en collectivité. « C’est ainsi, dit Le Bon, que parmi les conventionnels les plus féroces se trouvaient d'inoffensifs bourgeois, qui, dans les circonstances ordinaires, eussent été de pacifiques notaires ou de vertueux magistrats- L'orage passé, ils reprirent leur caractère normal de bourgeois pacifiques. Napoléon trouva parmi eux ses plus dociles serviteurs. »

Donc, comme dit le même auteur, «la foule psychologique est un être provisoire ».

Beaucoup d'auteurs admettent que toujours la collectivité diminue ou abaisse la mentalité des individus composants‘. C’est vrai dans beaucoup de cas. Ainsi, dit Le Box, « les décisions d'intérêt général prises par une assemblée d'hommes distingués, mais de spécialités différentes, ne sont pas sensibleblement supérieures aux décisions que prendrait une réunion d'imbéciles ». L’explication du fait est dans les mots que j'ai soulignés : les individus, dans ce cas, ne sont pas supérieurs pour l’objet de leur assemblée ; ils feraient des choses supérieures s'ils se réunissaient entre hommes de la même spécia-

1. « Dès que les individualités sont peu à peu soumises à la tyrannie de la collectivité, on peut être assuré qu'elles présenteront un affaiblissement certain de leur puissance intellectuelle. Cent citoyens, tous d’une intelligence supérieure et réunis en Chambre législative, prendront des mesures et voteront des motions qu'ils seront les premiers à renier lorsque, rendus à eux-mêmes, ils en pourront peser tout le poids... Inversement, les assemblées peuvent déployer une générosité collective dont presque tous leurs membres, sinon tous, sont incapables isolément : la nuit du 4 août fournit de cette loi une illustration éclatante. » (CABANËS et Nass. Loco cilt., p. 428.)

lité et pour leur spécialité; ils feraient alors plus et mieux en collectivité qu’isolément, à condition d'être bien dirigés. Car, tout est là : la même foule, suivant l'impulsion du moment, éteindra courageusement un incendie et défendra héroïquement la patrie ou brûlera une usine et massacrera bêtement de faux coupables.

« La foule, c’est le peuple ou plutôt une fraction du peuple en délire. Délire d’enthousiasme ou délire de fureur. La foule portera en triomphe l’homme qu'elle vient d’insulter ou égorgera sans réflexion l’homme qu'elle vient d'acclamer et qu’on accuse et qu’on poursuit, impulsive dans l’admiration comme dans le meurtre. SHAKESPEARE l’a peinte admirablement avec ses reflux dans Jules César. Ce n’est pas la vile multitude dont parlait insolemment Tuiers, c’est la bête humaine, fauve et éperdue que la peur trop souvent domine, la peur, cette peur irraisonnée qui sème la panique dans les armées, fait voter les assemblées, arme les agglomérats humains ; la peur qui fait dire à Cambon, résumant en quelques mots les luttes géantes : nous nous redoutions — comme dans la nuit’. » La foule est souvent : demifolle.

De même, « c’est ainsi qu'on voit des jurys rendre des verdicis que désapprouverait chaque juré individuellement, des assemblées parlementaires adopter des lois et des mesures que réprouverait en particulier chacun des membres qui les composent. »

Mais il ne faut pas prendre au pied de la lettre et poser en principe général cette assertion que « par le fait seul qu'il fait partie d’une foule organisée, l'homme descend de plusieurs degrés sur l’échelle de la civilisation. Isolé, c'était peut-être un individu cultivé; en foule, c'est un barbare, c’est-à-dire un instinctif », un primitif. Ceci est souvent vrai, mais pas toujours : le public, qui est une forme de foule éparse, est parfois

Page 1