Juzes CLaRerTiE. Loco cit. p
bon juge, aussi bon, sinon meilleur, dans certains cas que chacun des individus composants.
A ce point de vue, les deux types physiologiques extrèmes et opposés sont :
1° le meneur !, qui non seulement ne laisse pas sa mentalité se déformer par la collectivité, mais qui impose sa propre mentalité à la foule, la dirige, a la vocation et les qualités du berger ; il entraîne les majorités et fait voter le troupeau ;
2 le grégaire, qui subit toutes les influences collectives ; tout seul, il peut être très solide dans ses convictions ; mais un article de journal, une conférence, un meeting le font immédiatement changer.
Entre ces deux types extrêmes est l’indépendant, qui n’est ni meneur ni mené, qui ne demande aux collectivités que des collaborations et des lumières, mais qui les juge, les hiérarchise et les utilise, s’il y a lieu, sans se laisser suggestionner par la foule : il n’a plus le culte du succès, de l'opinion et du nombre ; il fait généralement partie des minorités, vote souvent contre le gouvernement et est quelquefois guillotiné.
Cela dit, je ne crois pas (quoi qu’on en ait dit) que la vie en société, en collectivité, en groupe (vie politique, armée, vie religieuse) puissesuffire à déterminer des troubles psychiques vrais et permanents en dehors des causes ordinaires de l'aliénation mentale. L'hérédité, l’alcoolisme et la syphilis font plus de fous que les collectivités.
Mais on peut dire que certains entraînements grégaires sont des occasions que les demifous saisissent facilement pour manifester leur psychonévrose sous une forme tout à fait spéciale.
Les demifous sont facilement victimes de la contagion” men-
1. Voir, sur le meneur. ses moyens d'action et son prestige : LE Bon. Loco cit., p.105 (tout le chapitre m1) et aussi Pascaz Rossr. Les suggesteurs
et la foule. Psychologie des meneurs, préface MorsezLi, trad. ANTOINE CUN- DARI, 190%.
2. Voir Vicouroux et JuqueLtEer. La conlagion mentale. Bibliothèque internationale de psychologie expérimentale normale et pathologique, 1905.
tale ou psychique. Ils sont naturellement « exposés à accepter comme véridiques les interprétations fausses qu'on formule autour d’eux. Plusieurs formes de délire peuvent ainsi se communiquer : Meyer a cité l'exemple d’un alcoolique dément qui en vint à partager les idées erronées d'un malade atteini de psychose polynévritique. Mais la plus contagieuse des vésanies est le délire de persécution; car c’est lui, dit ARNAUD, qui présente le plus de vraisemblance et de logique, celui qui heurte le moins les idées reçues ».
Ceci appartient plutôt à la folie, mais, dans ce même ordre d'idées, le demifou présente souvent un des deux types suivants : 1° le mégalomane avec idées ambitieuses, conducteur des peuples, faiseur de constitutions, réformateur, fondateur de religions baroques, souvent instrument des foules criminelles ; 2° le timide, phobique des foules et des collectivités quelconques, mélancolique, misonéiste, présentant ce que Pierre Janer appelle des aboulies sociales.