Déséquilibrations ; dégénérés supérieurs
Les dégénérescences ou infirmités d'évolution représentent les anomalies (plutôt que les maladies) de l’organe psychique. Ce ne sont « pas simplement des accidents de la vie psychique »; ce sont « de véritables tares originelles, pesant le . plus souvent sur la race tout entière, c’est-à-dire plutôt familiales qu'individuelles ». Réars les divise en trois groupes (tableau de la page 110).
« Les déséquilibrations forment pour ainsi dire la transition entre l'état normal et l’état pathologique. Ce sont de véritables frontières où vivent des individus intelligents, parfois même brillants, mais incomplets et porteurs d’une tare qui se traduit par un défaut d'harmonie et de pondération entre les diverses facultés et les divers penchants. »
Dans ce domaine, qui est vraiment la grosse province de la
demifolie, Récis distingue : 1° les désharmoniques; 2 les originaux et excentriques.
1° Désharmoniques. — « Dès l’enfance, ils se font remarquer par leur précocité, leur aptitude à tout saisir et à tout comprendre, en même temps que par leurs caprices, leur entêtement, leurs instincts cruels, leurs accès de colère violents et convulsifs. Au moment de la puberté, ils présentent souvent... des crises passagères d’excitation ou de dépression avec exagération de certaines tendances psychiques ou passionnelles (mysticisme, onanisme, aspirations sexuelles vagues, désirs de voyages, recherche d'actions d'éclat, etc.). Devenus hommes, ce sont des êtres complexes, hétérogènes, formés d'éléments disproportionnés, de qualités et de défauts contradictoires, aussi bien doués par certains côtés qu'ils sont insuffisants par d’autres. Dans l'ordre intellectuel, ils possèdent quelquefois à un très haut degré les facultés d’imagination, d'invention et d'expression, c’est-à-dire les dons de la parole, des arts, de la poésie. Ce qui leur manque, d’une façon plus ou moins complète, c'est le jugement, la rectitude d’esprit et surtout la continuité, la logique, l’unité de direction dans les productions intellectuelles et les actes de la vie. Il en résulte qu’en dépit de leurs qualités souvent supérieures, ces individus sont incapables de se conduire d’une façon raisonnable, de poursuivre régulièrement l’exercice d’une profession qui semble bien au-dessous de leurs capacités, de surveiller leurs intérêts et ceux de leur famille, de faire prospérer leurs affaires, de diriger l'éducation de leurs enfants : si bien que leur existence, sans cesse recommencée, n’est pour ainsi dire qu'une longue contradiction entre l'apparente richesse des moyens et la pauvreté des résultats. Ce sont des utopistes, des théoriciens, des rêveurs, qui s’éprennent des plus belles choses et ne font rien... En dehors de leur impondération mentale, les déséquilibrés offrent encore soit un excès de sensibilité émotive, soit au contraire un
manque absolu de sensibilité; de la diminution ou de l’absence de sentiments affectifs ; de la perversion ou du défaut de sens moral ; de l’aboulie avec prédominance visible de la spontanéité sur la réflexion et la volition. D'où leur mobilité, leur instabilité, leur irrésolution, leurs alternatives d’apathie et d'activité, d’excitation et de torpeur, leurs accès d’emportements violents comme leurs crises de désespoir pour les motifs les plus futiles et les plus légers. »
20 Originaux, excentriques. — Degré plus marqué de déséquilibration, ces malades présentent des bizarreries ou des excentricités.
« Ce sont des anomalies isolées, des manies, comme les appelle le public, qui portent soit dans une habitude extérieure, dans la façon de se vêtir, de se coiffer, de marcher, d'écrire, de parler, soit dans un geste bizarre, une locution, un tic, une grimace. Souvent aussi l’originalité se révèle par une tendance impérieuse, obsédante, qui pousse le sujet dans une direction intellectuelle ou morale déterminée à l’exclusion de toute occupation pratique et utile: par exemple à s’entourer d'oiseaux, de fleurs, de chats, à collectionner des objets insignifiants, en particulier des objets de toilette tels que cravates, chapeaux, chaussures, robes de chambre de toute couleur et de toute forme, à s’absorber dans des recherches, des calculs, des inventions ridicules. Ou bien, ce sont des émotivités singulières, des appréhensions ou des attractions invincibles pour tel ou tel animal, ou tel ou tel objet. La prodigalité excessive, l’avarice sordide, l'exaltation religieuse et politique, l'érotisme sous ses modalités, ses perversions, les rites mystiques les plus bizarres, le mensonge spontané, l'esprit d’intrigue et de duplicité, la passion du jeu et de la boisson, l'hypocondrie et la misanthropie sont encore des tendances qui se retrouvent fréquemment chez ces individus que le public désigne vulgairement sous le nom d’excentriques, de maniaques, de toqués. »
Avec ceux qui suivent immédiatement, ce groupe clinique suffirait à prouver l'existence des demifous.