‹ Demifous et demiresponsablesChapitre 66 sur 119 · GeonGe Sanp. Elle el Lui. Edition du Centenaire, p · texte numérisé non relu

GeonGe Sanp. Elle el Lui. Edition du Centenaire, p

suis jeté la face contre terre ; car cet homme... c'était moit/.»

Lerégure” a bien étudié la suprasensibilité de Mosser. Il aurait éprouvé des phénomènes de télépathie et, d'après Me Martellet. aurait, dans sa dernière maladie, tiré un cordon de sonnette sans le toucher (!). Il avait l'audition colorée. « Il raconte à M°° Joubert, dans une de ses lettres (inédite), qu'il a été très fâché, dinant avec sa famille, d’être obligé de soutenir une discussion pour prouver que le fa était jaune, le sol rouge, une voix de soprano blonde, une voix de contralto brune. Il croyait que ces choses-là allaient sans dire’. » A huit ou neuf ans, « dans un seul jour, il brisa une des glaces du salon avec une bille d'ivoire, coupa des rideaux neufs avec des ciseaux et colla un large pain à cacheter rouge sur une grande Carte d'Europe au beau milieu de la mer Méditerranée. Vers dix ou douze ans, il subissait la fascination du cadre doré d’un vieux portrait, qui lui servait à s'hypnotiser lui-même ». Il eut plusieurs fétiches, « et à tout âge : le médaillon armé de pointes de sa première maîtresse, le peigne cassé de G. Sand, la pièce de cinq francs de Fontainebleau, la plume brodée parsœur Marceline ». A Venise, il est « comme fou toute une nuit, à la suite d’une grande inquiétude. Il voyait comme des fantômes autour de lui et criait de peur et d'horreur ». GEORGE Sanp a décrit une série d’hallucinations. Jusqu’à son dernier moment, dit PAUL DE Musser, « sa sensibilité ne fit que s’exalier davantage. C’étaient des agitations, des inquiétudes, des émotions perpétuelles ». Et M" Martellet (Adèle Colin) écrit : «le nervosisme de M. Alfred touchait quelquefois au surnaturel et je me suis souvent demandé s'il n'avait point un sixième sens, comme un don de seconde Vue...»

1. « Les particularités du récit nous permettent de penser que l'incident se passa dans la forêt de Fontainebleau lors du séjour qu'y firent les deux

amants au début de leur liaison, à l'automne de 1833. Musser avait vingtdeux ans. » Pauz Ravmonr. Progrès médical, 1905, p. 38.

2. Lerésure. Musset sensitif. Annales des Sciences psychiques, 1899, t. IX, p'u152et.80-

3. ARVÈDE BARINE. Citat. Chronique médicale, 1906, t. XIII, p. 130, note.

CaBanËs ! à étudié avec soin la dipsomanie de Musser et il commence son travail par cette citation de CnarLes MAURRAS : « 1l n’est guère possible de parler d’Arrrep DE Musser sans mentionner d'abord, pour en tenir compte dans tous les cas, l'espèce de folie qui le marqua depuis l'enfance la plus tendre. Né inquiet, visionnaire, un peu maniaque, sujet à des crises d'épilepsie?, mais devenu alcoolique à l’âge de vingt ans... » Au café de la Régence, continue CaBanës, « le plus souvent, le garçon lui apportait une assiette de cigares et un épouvantable mélange de bière et d'absinthe, qu'il avalait d'un trait, avec cette grimace de dégoût que provoque une médecine répugnante..…. Une fois drogué de la sorte, Azrren DE Mussur s'établissait solidement contre le dossier du divan, allumait un cigare, puis un autre, jusqu’à ce que l’assiette fût vide... À onze heures et demie, le garçon faisait avancer une voiture de louage, menait le poète par le bras, puis l’installait dans le fiacre. Il se laissait mener docilement à la maison; sa vieille bonne l’accueïllait et le couchait comme un enfant. »

S° BERNARDIN DE Saint-Pierre * voyait les objets doubles et mouvants, des éclairs lui sillonnaient la vue et « dès qu'il rencontrait du monde dans les jardins publics ou dans les rues, il se croyait entouré d’ennemis et de malveillants ». Il se figura qu’il était persécuté et calomnié comme J.-J. RocssEAU. Peu s’en fallut, à ce qu'il dit lui-même, que cette maladie morale lui fit perdre la raison. Les biographes ajoutent : «il vini cependant à bout d'en guérir ». Certains penseront peut-être que cette guérison était encore incomplète quand l’auteur de Paul et Virginie écrivait que les puces sont

1. CapanËs. La dipsomanie d'Alfred de Musset. Chronique médicale, 1906, p. 1442. — Voir aussi dans le même Recueil, p. 302, une lettre de Mue Mar- TELLET (ADËLE Cou), la vénérable gouvernante d'Azrreb pe Musser (elle est plus que nonagénaire).

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