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Le mauvais vitrier. Petits poèmes en prose

jusqu à lui. Sans savoir pourquoi, il est « pris à l'égard de ce pauvre homme d’une haine aussi soudaine que despotique ». Il lui crie de monter et réfléchit, « non sans quelque gaieté, que, la chambre étant au sixième étage et l'escalier fort étroit, l'homme devait éprouver quelque peine à opérer son ascension et accrocher en maint endroit les angles de sa fragile marchandise ». Le vitrier paraît enfin. « J'examinai curieusement toutes ses vitres et je lui dis : comment! vous n’avez pas de verres de couleur ? des verres roses, rouges, bleus, des vitres magiques, des vitres de paradis ? impudent que vous êles ! vous osez vous promener dans des quartiers pauvres et vous n’avez pas même de vitres qui fassent voir la vie en beau’ Et, continue BAUDELAIRE, je le poussai vivement vers l’escalier, où il trébucha en grognant. Je m 'approchai du balcon et je me saisis d’un petit pot de fleurs et quand l’homme reparut au débouché de la porte, je laissai tomber perpendiculairement mon engin de guerre sur le rebord postérieur de ses crochets ; et le choc le renversant, il acheva de briser sous son dos toute la pauvre fortune ambulatoire, qui rendit le bruit éclatant d’un palais de cristal crevé par la foudre. Et, ivre de ma folie, je lui criai furieusement : la vie en beau ! la vie en beau! » Il déclare avoir éprouvé, dans ce moment, « l’infini de la jouissance » et 1l n'était pas encore aliéné, au moins officiellement.

Après cela, il est difficile de ne voir, avec Paur BourGer!, dans les poésies de BAUDELAIRE, que des « paradoxes outranciers » ou des « mystifications laborieuses ». Il ne suffit pas de faire dans son œuvre la part de la « mystification ? qui exagère: en agressifs paradoxes quelques idées, par elles-mêmes seulement exceptionnelles ». Il faut aussi faire la part de la psychonévrose et de la demifolie.

1. Pauz BourGer. Charles Baudelaire, in Essais de psychologie contemporaine. (Æuvres complètes, 1899, t. I, p. 8.

2. Pour MicHaur aussi, « CHARLES BAUDELAIRE n’a jamaisété qu'un esprit très original, épris de dandysme et aimant à myslifier le bourgeois ».

BaupeLatRE paraît être mort d'un ramollissement cérébral avec hémiplégie droite et aphasie ; il n'avait plus que trois mots : non, cré non, non.

1° ALFRED DE Musset était un toxicomane. « Après un fougueux départ passionnel, après avoir brandi un programme frénétique de jouissance surhumaine, (il) s’abat, échoue dans l'ennui si tôt, si profondément, si piteusement, que l’épuisement organique chez lui n’est pas contestable ?. »

Il présentait de l’autoscopie interne (voir plus haut p. 91). C'est une hallucination de ce genre qu’il décrit dans La Nuit de décembre :

Devant ma table vint s'asseoir

Un pauvre enfant vêtu de noir Qui me ressemblait comme un frère.

GEORGE SAND° a bien décrit une de ces crises de Musser. « Couché dans l'herbe, dans le ravin, Laurent (ALFRED DE Musset) avait entendu l'écho chanter tout seul et, ce chant, c'était un refrain obscène. Puis, comme il se relevait sur ses mains pour se rendre compte du phénomène, 11 avait vu passer devant lui, sur la bruyère, un homme qui courait, pâle, les vêtements déchirés et les cheveux au vent. « Je l'ai si bien vu, dit-il, que j'ai eu le temps de raisonner et de me dire que c'était un promeneur attardé, surpris et poursuivi par des voleurs et même j'ai cherché ma canne pour aller à son secours; mais la canne s'était perdue dans l'herbe et cet homme avançait toujours vers moi. Quand il a été tout près, j'ai vu qu'il était ivre et non pas poursuivi. Il à passé en me jetant un regard hébété, hideux, et en me faisant une laide grimace de haine et de mépris. Alors j'ai eu peur et je me

4. Micnaur. Comment est mort Baudelaire. Chronique médicale, 1902, p. 186. Voir : CaBAnès. Le: sadisme chez Baudelaire. 1bidem, 1902, p. 725 et Micaaur. Un dernier mot sur la maladie de Baudelaire. 1bidem, 1903, p. 27.

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