‹ Demifous et demiresponsablesChapitre 7 sur 119 · OO ET PTT OR · texte numérisé non relu

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que le comte de Mortsauf ne reconnaît rien de supérieur à lui et n’admet aucune contradiction à ses absurdes théories... pour un motif futile, son humeur change d’un instant à l’autre; tout à l'heure il était gai et oubliait les persécutions qui l’accablent ; le voici maintenant taciturne, sombre, son front se plisse, l'œil se fait plus dur, d’une froideur haineuse ; la crise couve, elle va éclater : c’est une colère terrible qui le secoue comme un ouragan imprévu. Alors il ne se connaît plus : c’est un fou furieux en proie à un accès où sombrent les derniers vestiges de son intelligenee; il bave un torrent d’injures grossières, d’imprécations ordurières, qui iont oublier son aristocratique naissance ; ses nerfs s’exaspèrent, ses poings se crispent, bientôt ils s’abattent et brisent les meubles ; sa bouche écume, ses yeux chavirent ; et soudain. la détente se produit, il s’abat sur un fauteuil, inerte, sans énergie, brisé... En bon neurasthénique et en parfait égoïste, le comte est un malade imaginaire qui n’a rien à envier à M. Purgon... Il est littéralement obsédé par cette prétendue maladie... Il étudie des livres scientifiques et croit avoir toutes les maladies dont il lit la deseription.…. »

J'ai cru devoir insister sur cette observation si précise et si juste qui a une grande valeur documentaire à cause de l’époque où elle a été écrite, en 1835, c’est-à-dire bien avant que les neurologistes aient fixé « d’une façon définitive, la nosologie de l’hystérie, de la neurasthénie, de la dégénérescence mentale ». Les types, cités plus haut, de BJürNson prouvent simplement le rayonnement extramédical de l’œuvre de Cunarcor jusqu’en Norvège. Les types de Bazzac prouvent la réalité de l’existence de ces demifous qui s’imposent à l'observation du romancier psychologue avant leur description médicale régulière.

FLaugerr! a puisé, pour constituer ses types de nerveux, à

1. DE Lasrric. La pathologie mentale dans les œuvres de Gustave Flaubert. Thèse de Paris 1906.

lafois dans l’observation directe personnelle et dans l’œuvredes médecins de son temps avec qui il a eu des relations plus ou moins directes ou personnelles : B.-A. Morez, TRrezar, F. Vorsix !. On trouvera l’analyse très détaillée de ces types dans la thèse de Lasric.

La légende de saint Julien l’hospitalier est une œuvre absolument complète au point de vue psychiatrique « et à ce titre est peut-être unique dans la littérature. On y trouve l'observation d'un obsédé impulsif, avec son étiologie, l’origine de l’idée, son développement, son exécution et la terminaison de la maladie ; et tout cela est décrit dans des termes qui collent si bien au sujet, suivant une expression chère à l'auteur, que le lecteur sent défiler en lui les états d'âme du malade ». Le héros de la Tentation de saint Antoine «est d’abord un dégénéré mystique, c’est un persécuté religieux, mais à manifestations intermittentes, dont le délire ne se systématise pas, chez qui les idées de grandeur sont peu marquées. C’est ensuite un auto-intoxiqué et plusieurs de ses hallucinations ont bien les caractères de celles des délires de surmenage et d’inanition… Fcausert nous à laissé, dans Salammb, une autre belle description d'hallucinations dues exclusivement, celles-là, au délire d’inanition ». Dans Un cœur simple, il décrit le débile mental. Dans l'Éducation sentimentale on trouve « quelque chose comme une clinique spéciale où défilent tous ceux qui furent atteints de ce mal du siècle dont le nom serait plutôt maladie de l’adaptation; ceux dont Réars caractérise les stigmates globaux les plus apparents par ces mots : leur existence, sans cesse recommencée, n'est pour ainsi dire qu'une longue contradiction entre l’apparente richesse des moyens et la pauvreté des résultats ». Enfin Madame Bovary est une dégénérée hystérique caractérisée par «l'impuissance à s'adapter à la réalité». Comme dit pe GAuLTIER qui a bien analysé le bovarysme, «rien

4. Pour la description de la faim, Duuas a dit à pe Lasric que FLAUBERT

« aurait emprunté largement aux souvenirs personnels du docteur SAVIGNY un des naufragés du radeau de la Méduse ».

LES DEMIFOUS DANS LA LITTÉRATURE ET AU THÉATRE 25 n’a d'action sur elle qui ne soit image, qui n'ait été préalablement déformé et transposé à son usage par un acte de son imagination. Que l’on suppose Madame Bovary transportée en réalité dans le milieu qu’on lui voit rêver, qu’au lieu d’être la fille du père Rouaut elle soit issue de parents aristocrates et millionnaires... et la voici toujours la même, prenant en aversion les réalités voisines... rèvant de quelque vie cachée au fond d’une province et des joies simples d’une intimité heureuse ».

« La Renée du roman la Curée de Zora est de la même famille» queMadame Bovary. « Elle évolue bien dans la société riche et élégante, à laquelle la destinait son éducation, et pourtant, pas plus que les autres, elle n’arrive à jouir de la réalité. » Dans la Bête humaine, le même romancier a tenté «la peinture d’une obsession homicide, allant jusqu’à l’accomplissement.de l'acte ! ».

D'ailleurs la plupart des personnages de l'Histoire naturelle et sociale d’une famille sous le second Empire sont « plus vicieux encore que détraqués ? ».

Dans l’Assommoir la description « du délire alcoolique hallucinatoire est assez fidèle, dit Régis, bien qu'elle n'échappe pas, pour si naturaliste qu’ait voulu être l’auteur, à certaines invraisemblances forcées * ».

C'est une scène de demifolie grégaire sadique que Zora « a admirablement décrite, dans cette page fameuse de Germinal, pleine de brutal réalisme, mais d’une observation profonde et d'une vérité navrante, où il inontre la foule, après avoir tué celui qu’elle haïssait, profanant son cadavre * ».

D'ailleurs les types neuropathologiques dans l’œuvre de

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