Prophylaxie
1° Possibilité d’une prophylaxie individuelle, familiale et sociale de la demifolie.
Les cas de demifolie sont si nombreux, ils menacent tellement d'envahir la société et ils sont si difficiles à guérir quand une fois la maladie s'est développée, que le principal devoir de la société pour organiser sa défense contre les mala-
1. DÉJenne a installé à la Salpêtrière un service d'isolement, qui pourrait servir de modèle. Voir Camus et PAGniEz. Isolement el psychothérapie. Traitement de l'ryslérie el de la neurasthénie. Pratique de la rééducation morale et physique, Paris, F. Alcan, 190#, p. 99.
2. Il va sans dire que ceci est distinct des asiles spéciaux pour demifous criminels dont je parlerai-plus loin.
3. Voir : L'organisation de la défense sociale contre les maladies nerveuses; prophylaxie individuelle, familiale et sociale. La Revue des idées, 45 mars 1906.
dies nerveuses est avant tout et surtout la prophylaxie, prophylaxie qui partirait de la connaissance exacte des nombreuses causes susceptibles de développer les maladies nerveuses et concluerait aux moyens à indiquer et à répandre pour prévenir le plus grand nombre possible de ces psychopathies.
Cette entreprise de préservation sociale contre les maladies du système nerveux n’est pas impossible. Elle est réalisable parce qu'aucune des causes de ces maladies, quelque puissante et redoutable qu’elle puisse être, n'est absolue et inéluctable.
L’hérédité elle-même, qui joue un rôle certain, si anciennement et si universellement reconnu dans cette étiologie, qui est « la pierre angulaire de l'édifice » (Pauz Raymonn!), « la grande force qui gouverne le monde » (DucLaux) et « la cause des causes » (TréLAT), lhérédité, qui est donc l'exemple le plus démonstratif à choisir, l'hérédité elle-même n'est pas certaine et constante dans ses résultats. « Les partisans les plus convaincus de lhérédité morbide reconnaissent que la transmission des caractères pathologiques n'est pas fatale » (FÉRÉ). Le fils d’un épileptique ou d’un aliéné peut échapper à la loi de l’hérédité, qui n’est pas inexorable et il peut y échapper grâce à des moyens et à des précautions sur lesquels le médecin n’est pas sans action : le croisement des familles, l'éducation, l'hygiène personnelle...
La demifolie est habituellement une résultante, exigeant pour se développer la collaboration ou Ia complicité de plusieurs causes, c'est-à-dire qu'aucune des causes habituelles de psychopathie, qu’elle vienne des ancêtres, du milieu ou du sujet lui-même, ne suffit, prise à part et isolément, pour faire naître cette maladie. Ainsi l’hérédité a le plus souvent besoin d'une contagion nerveuse, d'une mauvaise hygiène morale ou physique, d’une infection ou d’une intoxication, pour réaliser la maladie.
À. Pauz Raymoxp. L'hérédilé morbide, 1905.
De plus, ces diverses causes, dont le concours est nécessaire, n’agissent pas toutes au même moment. Ainsi l’hérédité est bien antérieure à toutes les autres. Le médecin peut donc, pour chaque sujet donné, connaître, avant le développement de la maladie, les causes qui ont agi ou qui agissent déjà pour en préparer le terrain. Il connaît les sujets qu'il doit plus particulièrement surveiller, il sait ceux qu'il faut tâcher de préserver et ce dont il faut les préserver ; il pourra ainsi adapter et mesurer son effort dans un sens et avec une énergie déterminés dans chaque cas particulier.
La direction du médecin pour cette lutte prophylactique doit surtout se marquer dans deux périodes de la vie sociale: le mariage et l'éducation de l'enfant et du citoyen.
2° Surveillance médicale du mariage (fondation de la famille).
« Au lieu de vous borner, dit TRÉLAT à compter dés écus, examinez avec soin la constitution, la santé, l’intelligence, la valeur morale de la famille avec laquelle vous vous proposez de contracter alliance. Que ferez-vous de cette dot, qui n’est que matière, si, avec cette matière, vous recevez à côté de vous et avec vous un esprit désordonné, insociable, destructeur, qui dérange votre existence, fait de l'association un combat, rend impossible la paix, la tendresse du ménage ? Pour que le mariage soit possible, pour qu'il soit prospère, ne mêlez pas la maladie avec la santé, cherchez, avant tout, non une maison riche ou titrée, mais une race pure, une bonne santé physique et une bonne santé morale. »
Et ailleurs : «les fous lucides se trouvent dans les familles viciées dont on saura mieux s'éloigner quand on verra plus clair, quand on aura échappé à l’idée fixe qui domine encore toute vue de mariage, quand on aura compris que l'argent, beaucoup d'argent, sans qualités personnelles, sans raison, c'est la pire de toutes les pauvretés. En attendant, et sans qu'on ait besoin de plus de lumière que les lumières actuelles, nous demanderons au législateur d'interdire formellement et
GRASSET. — Demifous. 14
sûrement le mariage aux incapables. En tête des incapables nous placons les imbéciles et les épileptiques qui doivent vivre en tutelle... C’est une faute que de laisser aux faibles les droits qu’ils ne savent exercer, des devoirs dont ils ne peuvent sacquitter.… même mode, même traitement, même liberté pour tous, pour les malades comme pour les valides, c’est une injustice. Il faut pour le bien commun que la société se protège et soit protégée. La liberté des incapables est un danger pour tous, peut être une liberté homicide... La tyrannie, c'est l'oppression des forts, c’est l'oppression de ceux qui sont valides. »
Pour des raisons indiquées ailleurs !, je crois que le législateur ne peut pas intervenir dans ces questions et je conseille que les deux familles provoquent une conférence de leurs deux médecins, en les déliant du secret professionnel, l’un vis-à-vis de l’autre et en s’engageant à accepter et à exécuter leur sentence, sans leur demander et sans connaître les motifs de ce jugement. Les familles ignoreraient ainsi la tare qui empêche ce mariage. Car il s’agit toujours d’un cas particulier. À cause des dangers des hérédités convergentes bilatérales, un jeune homme et une jeune fille peuvent voir leur mariage interdit, alors que chacun d’eux pourra se marier avec un autre conjoint dont l'hérédité, faisant du croisement, diminuera les risques au lieu de les aggraver. Il va sans dire que je pose en principe l'honnêteté des deux familles et des deux médecins. En dehors de cela, il n’y a rien à faire ?.
On a fait de sérieuses objections à cette manière de procéder. Mon distingué confrère, le D' MiGxox de Romorantin notamment, ne voudrait ni une sentence ni un jugement sans attendu (comme au conseil de guerre). Il n’admet que des conseils, qu'il admet parlois absolus (ce qui me suffit, puisque je ne
1. Le mariage doit-il être réglementé? Enquête à propos d'un roman médical La Graine d'ANDRÉ Couvreur. Chronique médicale, 1903, p. 463.
2. Voir le beau livre, Science et Mariage du Dr HENRY CazaLis (JEAN LAHOR).
LES DEMIFOUS DEVANT LA SOCIÉTÉ 211 veux pas d'obligation légale). Et il ajoute : «le jour où l'on ne se mariera plus que par amour, la nature voudra, le véritable amour, l’amour pur voudra que les jeunes gens viennent d'eux-mêmes demander conseil à leur médecin en si grave occurrence et ces conseils, ils les suivront ou l'homme n’est qu'une brute qu'il faut abandonner. » Dieu vous entende, mon cher confrère; nul ne fait plus de vœux que moi pour la prochaine réalisation de cet âge d’or des fiançailles idéales !
« D'autre part, ajoute le même confrère, ne pensez-vous pas que l'influence d'un être aimant, délicat, instruit, ne puisse redresser bien des tares morales personnelles et mieux donc des tares morales familiales, héréditaires. Quelle femme aimante et instruite ne ferait pas, d’un ivrogne, un homme sobre ? Quel homme — vraiment homme — ne peut pas faire de la petite pensionnaire un peu écervelée et qui semblait destinée à n être qu'une jolie poupée bien habillée mais bien creuse, une vraie femme, si elle est seulement bonne et intelligente ? » Rien de plus juste; mais il faut se garder de la théorie du mariage-remède. Nous n’avons pas le droit de sacrifier une jeune fille ou un jeune homme bien portants sous prétexte qu'ils pourront guérir un demifou ou une demifolle en l’épousant.
Ces jours-ci, je recevais la longue visite d'un jeune homme affolé, marié depuis deux ans à une femme charmante, atteinte d’une épouvantable demifolie du doute et du toucher : sa famille l’avait criminellement mariée pensant que le mariage la guérirait.... la situation est devenue aussi navrante qu'insoluble.
Même soumise au jugement des médecins, la question de la demifolie dans le mariage reste difficile et délicate, parce que la demifolie n’est pas comme laliénation mentale une maladie univoque qui entraîne nécessairement et toujours l’interdiction du mariage. C'est une question d'espèce que le médecin résoudra en se basant sur les éléments suivants : la présence de certains symptômes comme l'impuissance, l'intensité de
la maladie, son ancienneté, les traitements auxquels elle à résisté, ses racines héréditaires, la santé et l'hérédité de l’autre conjoint...
En se basant dans chaque cas particulier sur ces diverses considérations, les médecins pourront se prononcer d’une des manières suivantes : autorisation pure et simple, interdiction absolue, ajournement sine die, conseil d'abstention (en donnant les arguments à l’appui), permission en montrant les dangers possibles de ce mariage et en demandant, pour la vie ultérieure du jeune ménage, des précautions et une surveillancé médicale tout à fait particulières !.
3° Surveillance médicale de la formation de l'enfant et du citoyen (éducation physique, intellectuelle et morale).
Médicalement surveillé ou non, le mariage a eu lieu. L'enfant venu au monde n'est pas malade, mais il a une hérédité névropathique lourde ou qui tout au moins attire l’attention sur lui. Dès lors, son éducation ne doit pas être celle de tous les enfants. Le médecin doit être consulté pour la diriger au double point de vue : physique, intellectuel et moral.
a) Pour la formation physique 1 faut envisager les quatre périodes suivantes : première année, un à sept ans, sept à treize, treize à dix-huit ans.
4. La première année est l’âge de l'allaitement. La nourrice n’a aucune part dans l’'hérédité. Une mère n'’accroît donc pas son influence héréditaire en nourrissant son enfant. Cependant je crois qu’il vaut mieux qu'une mère névrosée (je ne dis pas nerveuse) ne nourrisse pas son enfant et qu’il vaut mieux ne pas choisir une nourrice névrosée pour cet enfant prédisposé. Ceci parce que les troubles d'ordre nerveux ont une influence sur la sécrétion lactée: les
Â. Je n'admets pas la permission du mariage avec interdiction de la maternité. Voir le Referendum sur la prophylaxie anticonceptionnelle à propos d'un livre de KLorz Foresr. Chronique médicale, 1905, p. 401.
émotions et particulièrement les émotions dépressives peuvent diminuer ou même tarir (pour un temps tout au moins) la sécrétion lactée. Mon distingué collègue Puecn m'a cité des enfants, observés par MesLier, qui ont présenté de l'agitation ou même des phénomènes convulsifs, après avoir pris le sein de leur nourrice qui venait d’éprouver une vive émotion ou ayant eu des attaques épileptiques!.
5. De un à sept ans, un enfant prédisposé aux maladies du système nerveux doit être particulièrement surveillé aux quatre points de vue suivants : sevrage, dentition, vers intestinaux, convulsions. — Sans dire que les convulsions de l'enfance * sont toujours le prélude d’une comitialité ultérieure, sans en faire toujours une hystérie de la première enfance, sans nier les cas de convulsions urémiques à cet âge, il est certain que, d’une manière générale, les convulsions dénotent chez un enfant une disposition névropathique dont il faut tenir compte pour son avenir et que le médecin doit traiter et prévenir de son mieux, particulièrement dans les périodes les plus favorables à leur éclosion : sevrage, dentition, vers intestinaux, gastro-entérite, début d’une maladie aiguë (fièvre éruptive ou autre).
7. La période de sept à treize ans est spécialement l’âge de la chorée, des tics et alors se pose la question des exercices du corps, du gymnase et des sports dans l'éducation des enfants prédisposés aux maladies nerveuses. Le surmenage physique est mauvais, affaiblit le corps au lieu de le fortifier et par conséquent facilite le développement des maladies du système nerveux. Mais l'exercice régulier, modéré, par petites tranches. l'entrainement aux promenades régulières, progressivement
1. Voir aussi la thèse de Prerre Loyer. Les émotions morales chez Les nourrices el Leur relentissement sur le nourrisson. Paris, 1904,
2. Sur les convulsions infantiles, voir la thèse d'OcTAvE Moxop, Paris 1904 et le travail de Moox. The Lancet, 1904.
3. Voir MAURICE DE FLeury. Le corps el l'âme de l'enfant. Nos enfants au Collège.
prolongées, la gymnastique rationnelle, bien surveillée et dirigée, le jeu dans les récréations, le jeu actif (barres, ballon, tennis...) sont excellents pour les enfants chez lesquels on peut redouter le développement d’une névrose.
à. De treize à dix-huit ans c’est la puberté; chez la fillette le début de la menstruation. C’est l’âge du développement de l’hystérie, des mauvaises habitudes.
b):Pour la formation intellectuelle et morale le médecin n’est plus seul comme pour la formation physique. Il doit collaborer avec l’instituteur, le prêtre ou le pasteur, le père et la mère.
Là se pose d’abord la question discutée du surmenage scolaire. CHarcoT, RABIER n'y croient guère et BERGSON s’écrie : « l’avenir est à ceux qui se surmènent ». Non; parce que {e surmenage est une maladie, que seuls contractent les prédisposés. Le surmenage est une question de réaction individuelle. On ne se surmène pas pour une telle dose de travail. Cela dépend de la quantité et de la qualité intellectuelles du sujet qui travaille. C’est donc pour chaque enfant en particulier que le médecin décidera s’il est surmené ou non, en tenant compte de son hérédité, de son tempérament, de son état physique actuel... En d’autres termes, le surmenage n’est pas une question de pédagogie générale, mais une question de médecine individuelle.
Souvent les programmes généraux et les règles générales seront inapplicables aux enfants nerveux et alors, chez certains sujets à prédisposition lourde, le médecin devra interdire le lycée et prescrire l’enseignement particulier qui, s’il est intelligemment dirigé, proportionne mieux Île travail au tempérament particulier et même à la disposition journalière de l’entant. Aux enfants à grosse disposition névropathique le médecin interdira les écoles à concours d'entrée avec limite d’âge et conseillera plutôt la préparation des carrières dans lesquelles, dès le début, le travail cérébral est coupé par une
LES DEMIFOUS DEVANT LA SOCIÉTÉ 215 Vie physique et active au grand air (agriculture). L'interdiction absolue de tout travail cérébral peut être nécessaire comme traitement chez certains enfants malades (épileptiques). Je ne crois pas que ce soit jamais un moyen nécessaire de prophylaxie pour des enfants simplement menacés de maladie nerveuse.
Au point de vue moral, il faut surtout combattre chez les enfants prédisposés la tendance au mensonge et à l’égoïsme. Par cette action, sur la formation morale, la prophylaxie des maladies nerveuses devient vraiment la prophylaxie du
crime.
Une fois les études secondaires terminées, la question se pose du milieu à choisir pour ce prédisposé.
Tout prédisposé nerveux doit avoir une carrière, une profession. Rien ne lui serait plus préjudiciable et plus dangereux que l'oisiveté.
Il n’y à pas d'une manière générale de profession qui dispose plus spécialement aux maladies du système nerveux ou qui en hâte l’éclosion (je ne parle pas des intoxications attachées à certaines professions). Tout dépend de l’adaptation particulière de chaque profession à chaque individu, en ajoutant cependant que, d'une manière générale, une profession à vie extérieure (agricole), qui ne nécessite pas des efforts intellectuels trop continus et trop intenses, qui n’entraîne pas des responsabilités trop préoccupantes, vaut mieux pour le prédisposé nerveux.
Le mariage, le célibat, la vie religieuse ne font que du bien s ils sont dans les goûts et la vocation du sujet et ne font que du mal s'ils sont imposés ou ne réalisent pas l'idéal espéré.
Le service militaire fait en général plutôt du bien aux prédisposés nerveux. Si la prédisposition est forte et si les stigmates du nervosisme sont déjà très nets, il faut en prévenir le médecin militaire en le priant de vouloir bien surveiller cette
recrue et en le mettant au courant des renseignements partieuliers que l’on a.
La vie politique doit au contraire être formellement déconseillée et interdite à ces prédisposés.
Le changement de milieu et l’extraction momentanée de Ia famille s'imposent souvent pour certains prédisposés, surtout quand les parents sont eux-mêmes nerveux, les nerveux étant de déplorables éducateurs.
4° Quelques règles d'hygiène générale pour les prédisposés aux maladies du système nerveux.
Toute la prophylaxie des maladies nerveuses repose sur la eonnaissance exacte des causes de ces maladies, causes qui viennent des ancêtres (hérédité), du milieu (contagion) ou du sujet lui-même.
L’hérédité directe (père ou mère à enfant), atavique (directe en sautant une ou plusieurs générations), ancestrale (collatérale), bilatérale convergente (consanguinité) peut être nerveuse similaire (épileptique engendrant un épileptique), nerveuse non similaire ‘ (épileptique engendrant un hystérique), non nerveuse ou dissemblable (tuber- eulose ?, alcoolisme, état moral, arthritisme; diabète des parents).
Quant au sujet, il faut faire jouer un grand rôle étiologique : 4° au tempérament et au caractère; 2° au sexe, à la vie sexuelle, aux excès ; 3° à l’éducation et au surmenage ; 4° à la profession et au genre de vie; 5° à la vie morale, aux émotions etaux passions ; 6°aux maladies antérieures, infections, intoxigations, diathèses et maladies diverses.
Cela dit, ce n’est pas seulement dans les grandes circons-
1. Comprend les vices et la tendance aux crimes d'une part, la supériorité intellectuelle et le génie de l’autre.
2. Voir mon article sur les rapports de l'hystérie avec les diathèses tuberculeuse et scrofuleuse, Montpellier médical, 1884, p. 220 et Campana. Hérédité luberculeuse et névropalhies. Manifestalions nerveuses chez les descendants de luberculeux. Thèse de Lyon, 1903, ne 105.
LES DEMIFOUS DEVANT LA SOCIÉTÉ 217 tances étudiées plus haut, lors de la fondation de la famille par le mariage, dans l'éducation scolaire et postscolaire et dans le choix d’une carrière qu'il faut surveiller les prédisposés ; c'est pendant toute leur vie.
Le médecin doit faire comprendre et répéter souvent à ces prédisposés qu'ils ne peuvent pas vivre comme tout le monde, qu'ils n'ont pas le droit de citer des exemples de bien portants qui ont fait impunément ce qu'ils désirent faire. Les prédisposés ont, toute leur vie, besoin d’une hygiène spéciale.
Ainsi les nerveux feront bien de s'abstenir d'alcool! et de tabac.
Leur vie génitale doit être très surveillée. Non seulement la première instauration menstruelle, mais chaque période de règles, chaque grossesse, la ménopause peuvent provoquer l'éclosion d’une névrose. Chez l'homme, ce sont les exagérations et les anomalies de la vie génitale qu’il faut surveiller ; et dans les anomalies je vise non seulement les excès, mais aussi les agitations et secousses morales qu’entraîne le plus souvent la vie génitale ainsi comprise.
Au point de vue de la vie professionnelle et sociale, les prédisposés doivent être prévenus du danger qu’ils courraient à affronter cette vie d’arrivisme, cette vie à outrance, qui risquerait d'entraîner chez eux les névroses et même les psychoses les plus graves, voire même la paralysie générale proeressive. Il faut interdire aux prédisposés de s’user par tous les bouts dans cette agitation fiévreuse qui entraine chacun dans ce tourbillon vertigineux de tous les jours. Notez que la vie peut être à outrance non seulement pour le mal (jeu, plaisir), mais aussi pour le bien : dans l’industrie, dans le commerce, dans la science même, quand il faut arriver avant les autres et plus haut qu'eux, faire une grosse fortune, faire parler de soi dans les journaux et se chamarrer de beaucoup de décorations avant quarante ans. S'il n'est pas arrivé avant
4. L'alcool, dit Féré, est la pierre de touche des fonctions cérébrales.
cet âge, l’ambitieux devient persécuté : c’est la demifolie, si ce n’est pas pire.
III. —— LES DEMIFOUS DEVANT LA JUSTICE. D'EMIRESPONSABILITÉ RESPONSABILITÉ LIMITÉE OU ATTÉNUÉE
Nous voici arrivés à la partie la plus grave et la plus difficile de ce chapitre et même de tout ce livre.
La demilolie s’est déclarée et le demifou a commis un délit ou un crime. Il n’est plus nuisible à la société seulement en théorie. Il est devenu, en pratique et en fait, un dangereux. La société lui doit toujours assistance et traitement, puisque c’est toujours un malade; mais elle à le droit en plus de se défendre contre ses nouveaux méfaits, puisque c’est un criminel!.
Comment la société doit-elle et peut-elle combiner ces droits et ces devoirs vis-à-vis des demifous ? C’est toute la question de la demiresponsabilité, de la responsabilité limitée ou atténuée que je suis obligé d'aborder et de résoudre.
Pour mettre le plus d’ordre possible dans mon exposé, j'étudierai d'abord ce qu'il faut entendre par responsabilité au sens médical ou médicolégal, puis ce qu’il faut entendre par responsabilité atténuée; enfin je donnerai quelques exemples de cas de demifolie à responsabilité limitée.