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DISCOURS SUR LE DÉCRET DU 24 NOVEMBRE

(14 mars 1861)

Je commence, messieurs, par remercier M. le président du conseil d'État de la franchise, et aussi, qu'il me permette de le lui dire , de la modération avec laquelle il a répondu au discours de mon ami Jules Favre. Je m'efforcerai de suivre le double exemple qu'il m'a donné. Telle est, je crois, messieurs, la vraie manière, la manière sincère et efficace de témoigner notre reconnaissance pour le décret du 24 novembre, dont nous désirons certainement l'extension, mais dont nous reconnaissons le courage, la générosité et le bienfait. (Très-bien! très-bien!)

Nous avons, dans cette assemblée, une situation difficile qui nous donne à la fois une force et une faiblesse : une faiblesse, car nos paroles sont aisément accueillies avec défiance; une force, parce que, dans notre isolement, ne pouvant avoir la prétention d'influer sur les votes, nous ne saurions être suspectés de manquer de franchise quand nous exposons des principes ou que nous faisons des professions de foi.

Ainsi, messieurs, je n'hésite pas k affirmer, avec toute la force de la conviction, pour répondre à la dernière observation de M. le président du conseil d'État, que, dans notre pensée, examiner des lois, rechercher si elles ne sont pas susceptibles de réformes, ce n'est pas faire acte de sédition : c'est profiter loyalement, sincèrement d'une occasion unique qui nous est offerte d'indiquer au Souverain ce que nous considérons comme les vœux du pays et de lui signaler les institutions que, selon nous, il y a lieu d'améliorer. Ne serions-nous pas, en effet, des insensés, alors que le suffrage universel est la base de nos institutions, ce suffrage universel dont pendant tant d'années ceux qui nous ont précédés dans la lutte ont poursuivi le triomphe; ne serionsnous pas insensés d'avoir d'autre désir, d'autres intentions que de le perfectionner, de le développer, de l'élargir? Comment pourrions-nous songer à le détruire, à le saper, à le miner? Je crois donc que nous avons le droit d'être entendus chaque année, lorsque, dans des formes que nous tâcherons de rendre le plus respectueuses possible pour la loi, en les maintenant très-fermes, nous viendrons dire ce que nous pensons sur les grands intérêts du pays.

Ceci bien établi, je ne répondrai pas au très-habile discours que vous venez d'entendre, la tâche serait trop lourde; je concentrerai mes observations sur un seul point qui me parait fondamental : la question de la presse.

Je sais bien que sur cette question je suis en dissentiment, dans la Chambre, avec des esprits loyaux et sincères qui défendraient la liberté s'ils n'étaient sérieusement effrayés des dangers dont on les menace; c'est à ces esprits que je m'adresse ; c'est à eux que je demande quelqu3s instants d'attention.

D'abord, messieurs, quand on s'engage dans une discussion et qu'on veut la mener à des conclusions utiles, la première condition, c'est de bien déterminer le sujet de la controverse, de façon qu'aucune équivoque ne soit possible, et que celui qui attaque, comme celui qui répond, soit parfaitement fixé sur la pensée de son adversaire. Eh bien !

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