XXXII
SUR LE DISCOURS DE L'EMPEREUR (25 mars 1866)
Il y a quelque temps, nous eussions accueilli ce discours comme une promesse, à cause de ces paroles : « La France veut ce que nous voulons tous, la stabilité , le progrès et la liberté. -
Aujourd'hui, nous n'y voyons qu'un nouvel ajournement de la liberté, aussi indéfini que les précédents.
Pourquoi, d'ailleurs, ne l'avouerions-nous pas? Des actes seuls pourront désormais nous rendre l'espérance que les dernières déclarations de M. Rouher , au corps législatif, ont décidément déconcertée.
Objectera-t-on que nous sommes des impatients?
Sans doute, l'impatience est le premier péché mortel du politique; toutefois, autant que de l'impatience, il faut se défier de cette patience molle et complaisante, dont Tacite a dit : Patientia servilis. Cette patience, nous ne voulons pas l'avoir. Quoi qu'on dise et quoi qu'on fasse, nous ne nous écarterons pas de la voie légale, constitutionnelle; mais dans cette mesure, nous serons persévérants, infatigables, impatients, si on le veut, jusqu'à ce que nous ayons obtenu ou conquis la liberté.