‹ Démocratie et libertéChapitre 57 sur 68 · EXPOSITION UNIVERSELLE · texte numérisé non relu

EXPOSITION UNIVERSELLE

(8 mai 1867)

Messieurs ,

Quoique de nobles paroles aient été déjà prononcées, je désire nf associer aussi à cette imposante manifestation. Je voudrais résumer par un toast les pensées, les sentiments, les émotions, les désirs qui vous animent tous : A la paix ! — Non à la paix que les politiques préparent, — laissons la politique à la porte de cette enceinte , — à la paix dans ce qu'elle a de plus nécessaire, de plus doux et de plus auguste, à la paix sociale, à la paix entre ceux qui travaillent et ceux qui les dirigent; à la paix entre le capital et le travail, entre le patron et l'ouvrier.

Notre siècle, a-t-on coutume de dire, est tout en proieaux intérêts matériels ; il marche la tète courbée vers les richesses qui sont à nos pieds ; il ne sait plus rechercher ni. obtenir celles qui descendent d'en haut. L'illustre et savant M. Liebig vient , dans des paroles lapidaires, de protester pour notre siècle. Son caractère parmi les siècles, vous a-t-il dit, c'est qu'il a été le dompteur de la matière.

Pendant longtemps la nature avait dominé, subjugué l'homme; aujourd'hui, l'homme a dit à la matière : Courbetoi sous ma volonté et obéis. Oserai -je ajouter que cette réunion même est une preuve que les inspirations élevées, que les aspirations désintéressées font encore battre bien des cœurs? Que font vos collègues des autres groupes? Ils passent leurs jours penchés sur des machines et sur des objets inanimés. Que faites-vous? Vous passez vos jours penchés sur des âmes ; vous les examinez, vous les parcourez pour célébrer le bien qui les ennoblit, pour signaler le mal qui les dégrade. Et si le mal l'emporte, vous n'en triomphez pas avec ironie, mais vous touchez la plaie d'une main pieuse et vous lui appliquez le baume adoucissant.

La condition de l'homme sur cette terre est pleine d'angoisses, de difficultés et de faiblesses. De quelque côté qu'il se dirige, qu'il se voue à la science, à l'art, à la philosophie, son destin est le même. Il part avec une espérance sans bornes, avec une confiance absolue, comme un enfant plein d'ignorance qui s'élance pour saisir les étoiles ; mais bientôt les difficultés s'accumulent , et il ne tarde pas à toucher de ses mains impuissantes les limites des choses, et à voir se dresser devant lui des problèmes immenses, effrayants. Les faibles alors se désespèrent et détournent la vue ; les vaillants continuent à contempler, à mesurer l'obstacle; mais, hélas ! personne ne le renverse.

De tous les problèmes qui depuis l'origine des temps occupent et tourmentent l'humanité, il n'en est pas de plus poignant que celui de l'inégalité des conditions , de Ja misère.

L'antiquité l'a résolu par la force. Le pauvre est un esclave , un paria. Quand Spartàcus se lève , on le terrasse , et ceux qui l'imitent sont chargés de chaînes ou jetés en pâture aux murènes.

Le christianisme fit tout autrement, et sa doctrine s'est incarnée dans un des hommes les plus vraiment divins qui aient rayonné sur cette terre, par le doux, charmant, héroïque mendiant d'Assise, par saint François : • Je ne puis,

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