TOAST PRONONCÉ AU BANQUET DU 10* GROUPE
dit aux malheureux cet homme au cœur de flamme , je ne puis ni ne sais, comment détruire votre souffrance, mais je veux la consoler en la partageant. » Et il se revêtit alors de la robe de bure , et autour de ses reins délicats il ceignit la corde du misérable. Et les multitudes en détresse tendirent les mains vers lui et lui répondirent : « Oh ! vraiment, tu es un homme de Dieu, que ton nom soit béni ! »
La science, sans détruire, sans nier reflîcacité toute puissante de l'œuvre chrétienne, tente aujourd'hui un effort nouveau et bien héroïque et dans lequel je reconnais aussi tous les caractères de la sainteté. Elle essaye, non de consoler la misère, mais de la détruire en partie du moins; elle essaye, non d'adoucir, mais de guérir; elle a l'ambition sublime d'appeler aux bienfaits du bien-être intellectuel, moral et matériel un nombre tous les jours plu* grand de créatures du Seigneur. Quelle soit bénie aussi !
Vous tous, appartenant aux diverses nations, vous êtes les ouvriers de ce beau labeur. Courage et persévérance ! Nous avons déjà traversé bien des heures tristes, et nos épreuves sont loin d'être finies. Il nous arrivera plus d'une fois encore de sentir, retombant sur notre tète , le rocher que nous espérions avoir soulevé pour toujours ! Nous triompherons néanmoins. Que de résultats nous avons déjà obtenus !
Il a fallu des siècles aux plus éminents parmi les hommes pour comprendre et admettre, qu'atome entraîné dans le mouvement grandiose des sphères célestes, la terre n'est pas le pivot immobile autour duquel le monde se meut. Il y a quelques années à peine que les ouvriers sont arrivés à la vie politique et sociale , et déjà ils commencent à comprendre et à accepter les lois du monde économique et social. Ils les avaient d'abord niées et maudites. La concurrence, la division du travail, la nécessité des machines, les droits du capital, toutes ces lois leur avaient paru conventionnelles, oppressives, et ils avaient voulu les détruire.
Les imprudents ! ils s'y sont brisés.
On ne détruit pas plus les lois de Tordre social que celles
4qj3 DÉMOCRATIE ET LIBERTÉ
de l'ordre physique, et tenter quelque chose contre la loi de la concurrence ou du capital n'est pas plus raisonnable que d'essayer de détruire la loi de la pesanteur et de la gra- Titation. Les lois de la nature physique ou morale sont fatales, indestructibles. Que peut l'homme en leur présence ? se révolter, lutter? Non, se soumettre, puis les étudier pour s'y accommoder et en tirer parti, les combiner surtout, car le vrai n'est pas, comme le croient les faux logiciens, dans le prolongement d'un rayon quelconque; il est dans le point central où tous les rayons se concentrent et se contiennent.
Ne nous abandonnons pas trop cependant aux illusions décevantes. Nos épreuves ne sont pas au bout et nos erreurs non plus. Nous aurons encore à soutenir des retours offensifs de l'ignorance, et nous nous égarerons nous-mêmes plus d'une fois. Que cette certitude ne nous décourage pas et n affaiblisse pas notre bonne volonté , qu'elle en redouble l'activité. Violenti rapiunt , les persévérants emportent tout.
Continuons à aimer, à secourir, à assister le peuple, non pas en le trompant par de basses et coupables adulations, mais en le reprenant, au contraire, et en l'éclairant. Ne cessons pas d'étudier et de tenter ce qui nous paraîtra praticable. Qu'importe que nos systèmes soient quelquefois déconcertés ! L'effort désintéressé d'un honnête homme ne reste jamais stérile. S'il ne trouve pas précisément ce qu'il cherchait, il trouve du moins quelque chose de bon. Christophe Colomb partit avec sa boussole tournée vers l'Occident, pour chercher quoi ?... Des mines d'or?... Non; cela n'eût pas suffi pour le lancer à travers l'Océan, alors sans limites. Il partit pour chercher le paradis terrestre. Il ne l'atteignit pas, mais il trouva un monde nouveau !
LES RÉFORMES OU 19 JANVIER 1867 (26, 28 février, 13 avril et 11 mai.)
I. — Paroles prononcées dans la séance du 26 février 1867 à la suite d'un discours de M. Rovher.
Messieurs,
Je remercie d'autant plus rassemblée d'avoir consenti à la continuation de ces débats, que mon intention n'est pas de la retenir longtemps.
Lorsqu'il y a quelques années la discussion commença dans cette Chambre sur le décret du 24 novembre 1860, je me levai du milieu du groupe auquel j'appartenais pour exprimer mon adhésion et ma gratitude. Les actes indivisibles du 19 janvier m'ont semblé de nature à provoquer l'expression d'un sentiment identique.
Je voulais expliquer comment, dans ce qui s'est réalisé et dans ce qui se réalisera, il y avait pour nos libertés publiques un progrès sérieux et digne d'approbation. Je voulais examiner les diverses objections qui ont été opposées aux diverses mesures décrétées le 19 janvier. Je crois, messieurs, que de pareilles discussions seraient, à cette heure, superflues. M. le ministre d'État a ressenti combien la liberté est une grande et puissante inspiratrice; il a prononcé des paroles nobles, des paroles libérales, des paroles loyales (Oui! oui!>, des
paroles loyales , et je déclare , quant à moi , qu'après les déclarations qu'il a fait entendre, je n'ai qu'un désir, c'est celui de réunir mon vote à ceux qui expriment leur confiance et leur satisfaction en votant l'ordre du jour. (Très-bien ! très-bien !)
II. — Lettre adressée le 28 février 1867 à AT. Emile de Girardin.
Mon cher ami,
Vous dites que j'ai eu tort de ne pas devenir ministre, et de me faire ministériel.
Permettez-moi de ne pas examiner la question de savoir si j'ai raison ou tort de ne pas devenir ministre; mais laissezmoi me plaindre sans amertume de ce que vous m'avez appelé ministériel.
Rien de plus simple que ce qui s'est passé dans la dernière séance du corps législatif : M. Rouher ayant reproduit les idées que j'avais développées l'an dernier contre lui, et y ayant même ajouté une parole d'admiration pour ce groupe des cinq, auquel je serai éternellement fier d'avoir appartenu, j'ai cru qu'il était loyal d'exprimer une adhésion qui m'a d'autant moins coûté qu'elle était sans aucune arrière-pensée d'aucun genre.
Quant à des réserves, je n'avais pas à les formuler : elles étaient implicitement contenues dans mes paroles, et dans mon passé plus encore que dans mes paroles.
Si les lois sur la presse et sur le droit de réunion sont conformes à mes espérances, mon adhésion deviendra définitive. Si elles sont aussi draconiennes que l'ont dit les journaux, je ne laisserai à personne le privilège de les combattre.
Mais dussé-je adhérer définitivement, je ne serai pas devenu pour cela ministériel : à tort ou à raison, ministériel signifie un approbateur systématique. Or, jamais je ne m'é-