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DIPLOMATIQUE DANS LES DÉMOCRATIES

On présente comme un avantage de la monarchie qu'il y a un personnel diplomatique de naissance, par conséquent particulièrement bien préparé à la mission importante qu'il est appelé à remplir.

Pour ma part, je ne verrais qu'avantages à ce que toutes les forces de la France fussent utilisées ; j'espère voir triompher cette conception de l'égalité d'après laquelle chacun doit être traité d'après ses capacités, d'après sa bonne volonté et d'après ses aptitudes à servir le bien public. A condition bien entendu qu'on ne leur fasse à ce titre aucune faveur, je ne trouverais aucun inconvénient à ce que ceux qui, à la charge d'un ancien et grand nom, joignent la compétence el le loyalisme nécessaire, soiept admis à servir la France dans une branche, qu'ils considèrent comme exclusivement nationale et non politique, de la vie publique. C'est ce qu'avaient compris Thiers pour la diplomatie et Gambetta pour l'armée. Le premier disait des représentants de l'ancienne noblesse : « Il faut les utiliser dans les

ambassades. » Ce n'est pas d'ailleurs par application <ixcliisive de ce système qu'il envoya à Londres le duc de Broglie ; il voulut aussi essayer, sans y réussir d'ailleurs, de neutraliser un adversaire dangereux. En même temps qu'il nommait ce grand seigneur ambassadeur en Angleterre, il envoyait le maïquis de Banne ville à Vienne, le duc de Noailles à Saint-Pétersbourg, le marquis de Vogiié à Constantinople, (e marquis de Bouille à Madrid, le comte de Bonrgoing à la Haye, le comte d'Harcourt au Vatican, et à Berlin le marquis de Gabriac, qui y fut remplacé (de 1872 à 1877) par le vicomte de Gontaut-Biron. Quant aux personnalités éminentes de la bourgeoisie, il les employa à l'intérieur : il appela M. Léon Say à la préfecture de la Seine; et dans les préfectures de province, il envoya Charles Ferry, Valentin, Tirman, Foucher de Careil, et aussi des personnages qui devaient plus tard marquer dans la diplomatie; Poubelle, A. Decrais, Paul Cambon... Cène fut pas une mauvaise époque de la diplomatie française. Plus tard, à mesure qu'il inclinait vers la gauche, M. Thiers commença la démocratisation du personnel français à l'étranger. Cependant, durant de longues années, la lecture de l'Annuaire diplomatique pouvait faire découvrir dans notre personnel diplomatique les noms de fils de chambellans de Napoléon III ou de petits-fils de pairs de la Restauration. Le représentant actuel de la France à Bucarest, M. de Saint-Aulaire, a passé comme secrétaire à Vienne, où son grand-oncle avait tenu l'ambassade. Cette conception de la neutralité politique de certaines carrières a commencé de se faire admettre sous le second Empire : le duc de Gramont était fils d'émigré ; son père était parti avec Charles X; cependant, dit Emile Ollivier, son esprit actif se lassa de se repaître dans l'oisiveté d'une espérance jamais assouvie. « Il accepta l'ambassade de Vienne » et ses amis légitimistes ne rompirent avec lui que lorsqu'il accepta le ministère des Alîaires étrangères. Certains hommes politiques ne jVoient pas sans quelque mauvaise humeur cette poussée vers la carrière diplomatique de personnalités aux opinions poli-

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tiques douteuses. Un romancier a lancé cette formule pittoresque qu'on « émigré » dans la diplomatie ; on va chercher à l'étranger une cour, une étiquelte, un milieu d'ancien régime. Cette thèse a trouvé un écho dans un rapport parlementaire: « On n'entache pas la pureté d'hermine de sa foi en représentant au dehors une démocratie, fille de la Révolution, pas plus qu'en exerçant en son nom le commandement de ses troupes ^ » Le même document exprimait le vœu que, tout au moins dans leurs paroles et dans leur attitude extérieure, les représentants de la France républicaine à l'étranger veuillent bien lui faire la grâce de ne pas affecter envers elle un dénigrement systématique et ne desservent pas le régime qu'ils servent. « La matière est délicate à traiter, étant toute en nuances, et s'agissant parfois de gestes, de demi-mots, de silences éloquents, presque autant que d'actes ou de paroles... Il suffit d'avoir un peu voyagé et d'avoir recueilli l'écho de l'étonnement des étrangers pour savoir qu'il est encore, ici. ou là, des fonctionnaires qui mangent le pain de la République en la traitant de haut en bas, et qui affectent volontiers, dans les salons de la bonne société, de gémir ou de ricaner, selon les tempéraments, sur les crimes ou les ridicules de la démocratie. Le plus amusant, c'est que ce ne sont pas toujours les rejetons authentiques de l'ancienne aristocratie qui se livrent à ce petit jeu trop longtemps sans péril. Notre siècle, qui a vu force de petits-fils de conventionnels ou même de régicides l'édifier par l'ardeur de leur foi religieuse ou politique, ne s'étonne pas trop si, pour certains bour^ geois fortunés, la diplomatie sert de savonnette à vilains, surtout agrémentée d'une attitude de persiflage ou de semi-hostilité... Encore une fois, il ne s'agit pas de se livrer à des généralisations injustes ^. ))

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