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Rouard de Gard, les Annexions el les plébisciies

Pourquoi? Si vraiment ils étaient sûrs de l'approbation populaire, de quel droit ont-ils rejeté pour leur parti en majorité l'occasion d'un nouveau triomphe ?

Le plébiscite qui eut lieu en vertu de l'article i^' du traité du 24 mars 1869, relatif à la cession de la Savoie et du comté de Nice, reste une belle page de l'histoire du second Empire : « Il est entendu entre Leurs Majestés que cette réunion sera effectuée sans nulle contrainte de la volonté des populations et que les gouvernements de TEmpereur des Français et du roi de Sardaigne se concerteront le plus tôt possible sur les meilleurs moyens d'apprécier et de constater la manifestation de cette volonté. » C'est pour la première fois que l'on voyait consacrer dans un acte diplomatique le principe démocratique du droit pour les peuples de disposer d'eux-mêmes. Le vote eut les apparences d'une fête ; les abstentions furent rares; la majorité dépassa les espérances de Napoléon et les prévisions de Gavour '.

La France n'a pas prétendu abolir l'histoire, supprimer par la force le culte du souvenir, et considérer comme un crime la reconnaissance à l'ancienne patrie : elle s'est seulement efforcée de rallier les cœurs, et si la Savoie et Nice se souviennent parfois encore — de plus en plus rarement — qu elles ont été italiennes, elles sont incontestablement françaises de sentiment et de volonté.

Les populations ont été consultées au moment de cet achèvement normal de la France; elles l'ont été aux divers stades de la constitution de l'unité italienne; 'elles ne l'ont pas été au sujet des remaniements divers qui ont abouti à la formai ion de la Prusse et la constitution de FEmpire allemand. La Prusse s'est annexé, sans consulter les populations, le Hanovre, la Hesse électorale, le duché de Nassau, la ville libre de Franc-

1. A Nice, 257.430 oui se prononcèrent pour l'annexion à la France contre 160 non.

En Savoie la proportion fut de 130.533 oui, contre 235 non.

Il y eut 11 p. 100 d'abstentions, mais il y en avait eu 21 p. 100 aux dernières élections de Garibaldi.

La réunion respectait les frontières naturelles, en nous donnant le versant français des montagnes.

LA LIBERTE DES NATIONS Ul

fort. Elle a arraché au Danemark les duchés de Slesvig^ et Holstein sans s'occuper du vœu des habitants : et c'est une des pages les plus honteuses de son histoire puisqu'elle violait ainsi, non seulement le droit naturel des peuples, mais encore le droit positif des contrats, le traité de Prague (28 août 1867) lui faisant une obligation formelle de cette consultation K

L unité de l'Allemagne s'est faite par la violence, igné et ferro, comme s'en vantait Bismarck. Cette tache originelle s'est profondément imprimée dans l'àme du peuple allemand, dans ses institutions, dans ses doctrines de politique interne ou internationale. Combien plus belle et plus conforme aux principes démocratiques fut la formation de l'unité italienne au cours de laquelle plus de 3 millions et demi de citoyens (3. 526. 000) contre moins de 3o.ooo (29.572) affirmèrent expressément,, dans des plébiscites solennels, la netteté de leur conscience nationale !

Le dernier et le plus grave des crimes commis par l'Allemagne contre le principe des nationalités est celui qu'elle a commis en arrachant à la France deux provinces dont elle s'est obstinément refusée à consulter les populations. Ce crime était depuis longtemps prémédité : lastuce avec laquelle Bismarck amena la France à tirer la première son épée n'enlève rien à sa responsabilité d'agresseur. 11 était en réalité superflu de consulter formellement les populations; la protestation unanime, douloureuse, déchirante, des députés alsaciens-lorrains à l'Assemblée nationale ne pouvait pas laisser le moindre doute sur leurs sentiments. La séparation d'avec la France aurait été rejetée avec une

1 . L'article 5 du traité de Prague était ainsi conçu : « Les populations des districts du nord du Slesvig seront de nouveau réunies au Danemark, si elles en expriment le désir par un vole librement émis. » Les premiers membres danois de la diète allemande Kriiger et Ahlmann firent la déclaration suivante : « Nous sommes Danois, nous resterons Danois, et nous voulons être traités comme des Danois, selon le droit international. » Celte déclaration, avec l'article précité, est en exergue à côté du tllre du journal danois Sonderjyden « le Jutlandais méridional ».

unanimité qui aurait souligné la brutalité des desseins allemands, sans pouvoir les modifier.

Le jour où sera réparée cette violation du droit, faudra-t-il consulter les populations intéressées sur l'opportunité de cet acte de justice? Non, évidemment. L'Alsace et la Lorraine nous ont été enlevées par la force, par la seule fprce; le droit de la France sur l'Al- «ace-Lorraine n'a jamais cessé d'exister; son exercice a été paralysé par la force : le jour où la force s'efface, le droit recommence de s'exercer de piano sans aucune formalité. Le plébiscite est justifié au moment d'une annexion, mais nous ne prétendons pas a/i/iexerl' Alsace- Lorraine. Nous prétendons recommencer à exercer un droit momentanément paralysé par la violence. Voilà les principes; examinons maintenant les faits.

Depuis quarante-quatre ans, nos frères séparés souffrent sous l'oppression; ils vivent sous des préfets, des policiers, des officiers qui ne parlent pas la même langue, qui sont d'une autre race qu'eux, qui n'ont sur eux que le droit d'une force plus grande. Sous ce régime dont on arrive difficilement à se figurer l'horreur, les populations d'Alsace-Lorraine sont restées irréductiblement françaises. Elles ont affirmé leur volonté de rester françaises en subissant stoïquement toutes sortes de souffrances et d'humiliations. Le régime d'exception et de brutalité que l'oppresseur n'a cessé d'imposer à ces provinces, qui n'ont jamais été considérées comme des terres allemandes, des incidents comme ceux de Saverne constituent autant de preuves irréfutables de l'inébranlable fidélité des Français d'Alsace-Lorraine. Certains de ces Français n'ont pas pu se résigner à vivre sous un joug, aussi lourd : ils ont émigré. Ils ont été remplacés par des Allemands. Metz est peuplée pour les <leux tiers de ces immigrés; va-t on consulter ces spoliateurs sur le retour des terres spoliées à la nation victime de la spoliation ? Quelques-uns de ces idéologues qui inclinent devant les abstractions, au plus grand profit de l'Allemagne, les droits les plus certains de la France, ne seraient pas éloignés d'accepter sur ce point les injonctions de la sozial-demokratie et des

théoriciens allemands saisis tout d'un coup d'un grand respect pour la souveraineté du peuple ^. En réalité, la réparation du droit ne s'obtiendra que par le retour sans condition de l'Alsace-Lorraine dans le sein de l'ancienne patrie. Metz et Strasbourg doivent revenir à la France au même titre que les villes françaises actuellement occupées, telles que Lille ou Mézières. La séparation imposée par la seule force, au traité de Francfort est nulle et de nul effet.

§ 3. — BrULAISTE ACTUAf.fTÉ DU PRir«GIPE DES NATIONALITÉS.

Jamais, dans l'histoire du monde, le problème des nationalités ne s'est posé d'une façon à la fois aussi générale, aussi aiguë et aussi complexe que dans la guerre actuelle. On rencontre d'abord le principe des nationalités à l'origine de l'étincelle qui a mis le feu aux poudres : l'archiduc héritier d'Autriche ayant été assassiné à Serajevo, dans une partie de l'Autriche de race et d'aspirations serbes, l'Autriche prétend entreprendre contre la Serbie une u expédition punitive » ; la Russie intervient, comme protectrice des populations slaves des Balkans, et dans l'espèce, en fait, quelles que soient les récriminations rétrospectives de ses en^ nemis sur son passé, comme protectrice d'une petite nationalité contre les prétentions arrogantes d'un grand État. Voilà le prologue du drame.

Alors, du moment que le cataclysme gagne rapidement toute l'Europe, les peuples veulent du moins que tant de sang répandu fasse lever une moisson nouvelle de justice et ouvre une ère durable de .paix : que désormais il n'y ait plus aucun peuple qui souffre sous une domination étrangère ! Que toutes les aspirations nationales soient satisfaites, et dès lors, il semble qu'il n'y aura plus de motif de conflit.

Naturellement, les aspirations nationales se manifes-

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