Benjamin Vallotton, loc ciL
2. Il faut éviter de faire du romantisme diplomati<iue autour des petits États : à Algésiras, ils n'onl pensé qu'à « se défiler » et à voter avec La majorité Tardieu, Algésiras, p. 448). — Pendant la guerre actuelle, la plupart ont surtout pensé à se mettre à l'abri: l'appel du président Wilson, après sa rupture diplomatique avec l'AUemagne, n'a trouvé parmi eux qu'un faible écho, et un écho nul en Suède. La politi(iue d'un grand nojnbrc de peiils Htats a consisté souvent àc(mduire une i>eiite barque au milieu de grands navires et non loin de gros écueils: ils sont habitués à des transnctions, et à des transactions qui surprennent parfois les grands États.
l'égalité des états 497
adaptés ^ Toute cette discussion pourrait avoir quelque intérôt philosophique, sociologique, académique; mais, dans la doctrine démocratique, elle ne doit pas aboutir à des conclusions dans Tordre pratique et politique. Toute nation qui veut se donner la peine d'être un État a le droit de vivre comme telle. C'est la volonté, la conscience, l'âme de l'Etat qui seule doit entrer en ligne de compte ; l'âme d'une nation ne se définit pas par la grandeur de son territoire ou par le nombre de ses habitants, pas plus que l'âme d'un individu ne se définit par la hauteur ou par la largeur de son corps. Dans la société des États, un petit État doit être juridiquement égal aux grands. Les États sont des personnes. Les sociétés humaines — d'individus ou de groupements — ne doivent pas être dominées par la loi iDiologique, par la loi matérialiste, par la loi fataliste, mais bien par la loi humaine, par la règle de droit. Le petit État a le droit de vivre parce qu'il a la volonté de vivre : et il a dans la société des nations les mêmes droits que l'État le plus puissant. Tous les Etats sont libres et égaux en droit.
Cette idée de l'égalité juridique de tous les États, quelle que soit leur force, est une de celles que l'esprit allemand éprouve les plus grandes difficultés à admettre. Nous sommes bien loin de la généreuse ambition des bommes de la Constituante : ceux-ci voulaient dégager des principes juridiques supérieurs qui s'appliqueraient à tous les individus dans l'ensemble de l'humanité et à toutes les nations dans la société internationale. Le droit public de l'Allemagne est exclusivement allemand, forgé en vue des intérêts de l'Allemagne. Et ce serait justice, car (c'est^au moins l'affirmation de la doctrine allemande) l'humanité ne se réalise (|uc par certains peuples : ce sont, à divers moments de l'histoire,
1. En 17.S1, Montes(iuicii écrivait: « Il y a aujoui-d'luii une telle disproportioH dans la puissance qu'il n'est pas possible qu'un petit État sorte par ses propres forces de l'aliaissenient où la Providence l'a mis. » {Considérations $iir la décadencé el la (jrandenr des Romains, chap. in.) Huit ans après, le monartiuc d'un tout petit pays de deux millions et demi d'habitants s'annexait la Silésie : ce petit pays, celait la Prusse...
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\e peuple juif, le peuple grec, le peuple allemand. C'est aujourd'hui le peuple allemand qui esl « élu des sièc!e& qui vont venir^ », et il dépasse les autres peuples,, comme l'aigle dépasse les autres volatiles.
Lasson est prêt à concéder que tout patriotisme est louable, puisqu'il tend à faire sortir l'individu de son égoïsme^. Mais il y a, dans le patriotisme, plusieurs degrés, et le plus élevé est naturellement celui du patriotisme allemand. — Au bas de 1 échelle est le patriotisme des nations qui n'ont apporté qu^une contribution médiocre au progrès général de rhumauité : ces nations n'ont que leur unité, que leur vie à défendre, et, en s'enfermant stupidement (thôricht) chez elles, elles empêchent les véritables Kiilliirtràger, les missionnaires de la civilisation, les Allemands en un mot^ de développer leur puissance là où elle serait le plus nécessaire. — A un degré un peu plus élevé, Lasson place le patriotisme des nations qui ont exercé une influence sur l'évolution historique de Thumanilé; et il cite — dans cet ordre — rEspagne, l'Italie, la France^ l'Angleterre. Leur patriotisme a son fondement profond, mais il est limité par la particularité. L'Anglais est anglais, le Français est français... et leur civilisalion n'est qu'une des formes dans lesquelles s« sont manifestés les efforts culturaux [Kulturstreben). Le patriotisme allemand est plus haut que ce patriotisnm de la particularité, et il a u-ne essence <et une signification supérieures, a Notre patriotisme n'e&t pas limité par la vanité de la particularité. L'Allemagne est le pays du milieu {(kis Land der Mitté)^ le centre du monde, et la civilisation allemande occupe une place centrale. L'ensemble de la culture européenne s>e concentre comme en un foyer (BretinpnnM) dans ce sol allemand et dans le cœur allemand. îl serait stupide de s'exprimer sur ce point avec modestie et retenue.
1. « Dieu, reconTiait Treitschke, ne parle plus aux princes par des prophètes et des songes; mais il y a vocalion divine partout où se présente une occasion favorable d'attaquer un voisin et détendre ses propres frontières. »