‹ Démocratie, et politique étrangèreChapitre 93 sur 134 · Vicloi' IIui^o, Aux soldais de l'an II · texte numérisé non relu

Vicloi' IIui^o, Aux soldais de l'an II

lions s'immiscent dans le sien » (119). C'est un prin^ cipe démocratique fondamental que toute nation a le droit absolu de choisir son gouvernement, c'est ce principe que proclamait la constitution girondine. C'est, d'autre part, un autre principe que, les nations étant juridiquement égales, aucune ne peut intervenir dans les affaires intérieures d'une autre K

Ces principes sont d'accord avec la vérité politique : la république est le mode de gouvernement des peuples majeurs ; elle n'est pas nécessairement bonne dans tout pays et à toute époque ; elle arrive, comme un fruit mûr, lorsque les circonstances le réclament, à moins que, pour faire l'économie d'une révolution, le peuple n'aime mieux démocratiser sa monarchie jusqu'à en faire l'équivalent d'une république^. Il aurait fallu être royaliste sous Louis XIV avec la même conviction que l'on doit être républicain aujourd'hui. M. Venizelos a donné un grand exemple de la véritable sagesse et du relativisme politique lorsqu'il a dit que « la démocratie grecque avait encore besoin de la royauté pendant un siècle ou deux ». Notre gouvernement, sous le prétexte qu'il est républicain, n'a donc pas à favoriser les mouvements républicains; il n'a pas à se hâter plus qu'un

1. Il y a eu, à ce principe, des exceptions célèbres : la déclaration de Pillnitz, menaçante pour la France révolutionnaire; la politique du président Wilson à Tégard du gouvernement mexicain de Huerta ; la politique des Alliés en Grèce à l'égard du ministère Gounaris et du roi Constantin : mais, dans ce dernier cas, les Alliés avaient Je devoir impérieux de protéger leur armée, et, d'autre part, ils ont réclamé des élections» venant ainsi au secours d'un peuple pour lui permettre de se donner un gouvernement. On ne saurait craindre de répéter, parce qu'il y a une tendance regrettable à l'oublier : l» que les troupes des Alliés sont allées à Salonique sur l'invitation formelle du gouvernement régulier de la Grèce ; que, en outre, l'article 8 du deuxième traité de Londres (3 février 1830) permettait aux alliés de se passer de cette invitation: «Aucune troupe appartenant à l'une des trois puissances contractantes ne pourra entrer sur le territoire du nouvel État grec sans lassentiment des deux autres cours signataires du traité » ; 2° que les traités de 1827, 1830, 1863 et 186i nous confèrent le double devoir de maintenir en Grèce « un État monarcbique constitutionnel et d'assurer à la Grèce son indépendance ».

2. Voir Robert Meynadier, l'Idée républicaine dans les pays monarchiques d'Europe, Alcan, 1910.

autre pour reconnaître les républiques naissantes, en Chine, en Portugal ou en Russie; il ne doit pas, pour des prétextes de doctrine constitutionnelle, s'exposer à se tromper d'heure. A chaque peuple de conquérir lui-même sa liberté. Qu'on ne s'exclame pas que c'est la faillite de la diplomatie démocratique, car la faillite dépend des engagements qui ont été pris, et la diplomatie française n'a jamais pris et ne devait jamais prendre qu'un engagement : celui de défendre les intérêts de la France. Or, en intervenant dans les affaires d'un pays, elle risquerait de travailler contre la France et de faire l'affaire de ses rivaux: si la. République française menaçait les trônes, elle grouperait toutes les monarchies autour de l'Allemagne, qui tend déjà à se donner comme le boulevard des idées conservatrices; elle provoquerait contre elle la formation d'un nouveau Drei Kaiser Biind^ d'une nouvelle Sainte-Alliance. Le devoir du gouvernement et de l'opinion française est de faire l'union sacrée avec tous les gouvernements, quels qu'ils soient, à condition qu'ils soient amis de la France et ennemis de l'Allemagne. Les relations internationales, les alliances ne doivent pas être subordonnées aux sympathies doctrinales que nous inspire leur régime intérieur. Le 4 juin 1793, au milieu des menaces de la guerre étrangère et de la guerre civile, la Convention proclamait ce principe, consacré par l'article 118 de la constitution montagnarde : « Le peuple français est ' Tami et l'allié naturel des peuples libres: » C'est dans la même séance qu'elle adopta l'article 121 : « Le peuple français ne fait point la paix avec un ennemi qui occupe sonterritoire. » Mercier demanda: « Avez-vous donc fait un pacte avec la victoire? » et Basire lui fit la réponse célèbre : « Nous en avons fait un avec la mort. » On nageait en plein idéal, on planait dans le sublime. La Convention mérite notre admiration reconnaissante, parce qu'elle ne s'est pas bornée à prêter ce serment magnifique, mais aussi parce qu'ellel'a tenu, et qu'elle n'a traité à Baie qu'avec un ennemi brisé, vaincu, chassé du territoire qu'il souillait. Elle n'eut pas l'occasion de mettre à l'épreuve la première partie de sa déclaration, car il n'y

avait pas alors de peuple libre; mais, peut-être, si î'on regardait les choses de près, s'apercevrait-on que cet article 1 18 n'était qu'une manifestation de ce prosélytisme démocratique dont nous avons parlé tout à l'heure ; qu'il cachait une tendance à faire les peuples libres mal^é eux, et à leur inoculer, à coups de canon, le goût delà liberté; qu'il y avait par conséquent, dans cette doctrine de la détermination des amitiés françaises par le régime politique des peuples étrangers, le germe delà déviation militariste et nationaliste de la Révolution qui a trouvé son couronnement dans le régime napoléonien; et par <3onséqiient les démocrates qui mettent un faux point d'honneur à ne pas admettre les alliances avec des gouvernements dont la nature leur déplaît restent en réalité fidèles à la plus mauvaise et à la plus dangereuse partie de l'héritage révolutionnaire.

Il y a eu la Sainte-Alliance; il y a eu le système de Melternich, qui était une entreprise de garantie des trônes contre la fermentation révolutionnaire. Mais, d'une façon générale, l'histoire diplomatique ne dégage aucunement une loi de concordance entre les alliances et les institutions constitutionnelles d'un pays; on ne relève même pas une loi de concordance entre les idées directrices de la politique interne et celles de la politique étrangère.

Pour briser le plan monstrueux de monarchie universelle conçu par Charles-Quint, François I", roi très chrétien, n'a pas hésité à s'allier avec les princes luthériens d'Allemagne, avec Henri VIH, fondateur du schisme anglican, et avec Soliman le Magnifique; Richelieu écrasait le protestantisme en France, mais le favorisait à l'extérieur commi3 élément d'opposition à la maison d'Autriche. « La France n'est pas le champion delà cause catholique; elle n'est pas le champion de la cause, protestante ^ » Elle ne peut être que le champion de la cause française, qui se confond d'ailleurs avec celle de l'Europe. Mazarin travaillait à l'établissement de la monarchie absolue en France^mais intriguait avec Crom-

1. Hanotaiix, Uisîoire du cardinal de Richelieu, t. II, p. 487.

well contre le irône d'Angleterre et contre un gendre d'Henri IV el , au risque de se faire appeler « Turc et Sarrazin déguisé en prêtre », il restait fidèle aux alliances hétérodoxes de ses prédécesseurs. Louis XIV lui-même, dans ses instructions pour le dauphin, se vante d'avoir a soutenu les restes de la faction de Cromwell ». La politique des rois n'a pas été m déductivfe ». Elle a été française.

Guillaume II traite avec la « République irlandaise » de sir Roger Casement; il lance contre 1' « absolutisme tsariste » ses socialistes domestiqués; les journaux qui soutiennent son tronc paraissent bien aises lorsque des circonstances exceptionnelles leur permettent d'alimenter la rubrique de la « fermentation en Russie ». Parlout oîi se manifeste un germe d'anarchie, on voit accourir, pour le développer dans l'intérêt du roi de Prusse, un représentant de la monarchie la plus conservatrice du monde. (( Ce que nous demandons de la part des autres puissances, dit M. de Bethmann-Hollweg, c'est le respect des droits allemands et des intérêts allemands. Peu nous importe le régime sous lequel ces puissances vivent ^ »

L'explosion de la Révolution russe a fait naître chez les impérialistes allemands des espéran<:es nouvelles : ils s'affirment partisans d'une « orientation vers l'Est » el d'une réconciliation avec la Russie démocratique. Ils prévoient que deux grands groupements se partageront le monde : le groupement anglo-saxon et un groupement germano-slave ayant pour foyer principal l'Allemagne et comprenant l'Autriche-Hongrie, la Turquie,. les Balkans et le monde slave '^ Contre ces vues réalistes, positives, délibérément allemandes, n'essayons pas de lutter avec des idées a priori, abstraites et qui ne seraient pas délibérément françaises!

François-Joseph d'Autriche, pendant un règne de plus d'un demi siècle, n'a obéi qu'à l'opportunisme le plus

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