EPILOGUE
SIBYLEL A CARRLNGTON.
• e\v-York, 1" mai.
« Mon cher monsieur Carrington,
c J'ai promis de vous écrire , et je vous envoie cette lettre pour tenir ma promesse, et aussi parce que ma sœur désire que je vous informe de nos projets. ISous avons quitté Washington, pour toujours j'en ai peur, et nous partons pour l'Europe le mois prochain. Il faut que vous sachiez que, il y a une quinzaine de jours, Lord Skye a donné un grand bal à la Grande-Duchesse de quel<|ue part dont le nom est inorthographiable. Je n'ai jamais pu faire de descriptions, mais c'était très-beau. J'avais mis un amour de robe neuve et j'ai obtenu un très-grand succès, je vous assure. Madeleine aussi, quoiqu'elle ait été forcée de rester assise presque toute la soirée auprès de la Princesse... Quel paquet!... Le Duc a dansé avec moi'plusieurs fois; il ne sait pas changer de pied, mais il parait que cola ne fait rien chez un Grand-Duc. Eh bien! à la fin de la soirée le moment critique est arrivé. J'ai suivi vos instructions et, après que nous fûmes rentrées à la maison, j'ai donné votre lettre à Madeleine. Elle dit qu'elle l'a brûlée. Oc ne sais ce qui est arrivé après, une scène épouvantable, je le crains, mais Victoria Dare m'écrit de Washington que tout le monde parle du refus de M. R. par M..., et de quelque chose de tei^ible qui s'est passé sur notre perron
il ' DÉMOCRATIE. 8l$
même entre M. II. et le baron Jacobi, le lendemain du bal. . Miss Dare dit (|u'il y a eu là une véritable bataille rangée [ -et que le baron l'a frappé au visage avec sa canne. Vous I vous souvenez comme Madeleine avait peur qu'ils ne fissent quelque chose de ce genre-là dans notre salon même. Je suis heureuse (|u'ils aient attendu qu'ils fussent dans la rue. Mais n'est-ce pas horrible .', On dit que le baron doit être renvoyé, ou rappelé, ou(|uolque chose comme cela. J'aime ce vieux gentilhomme et je suis ravie à cause de lui que le duel soit passé de modf, quoique je ne croie pas beaucoup liue M. Silas P. Ratcliffe pui>se toucher quoi que ce soit. l.c baron a passé par ici il y a trois jours, il va faire son voyage d'été on Europe. Il nous a laissé sa carte, mais nous (lions sorties et nous ne l'avons pas vu. Nous partons en juillet avec les Schneidekoupon, et M. Schncidekoupon a t promis d'envoyer son yacht dans la Méditerranée, de sorte que nous narguerons par là, après en avoir fini avec le Kil, cl nous verrons Jérusalem, Gibraltar, et Constantinople. Je me figure que cela sera tout à fait charmant. J'ai horreur des ruiner, mais je m'imagine qu'on peut acheter des choses délicieuses à Constantinople. Bien entendu, après ce qui est arrivé , nous ne pouvons plus jamais retourner à Washington. Nos promenades à cheval me manqueront horriblement. J'ai lu La Dernière Promenade, de Browning, comme vous me l'aviez dit; je trouve que c'est très-beau et parfaitement clair, sauf un petit passage. Auparavant je n'aurais jamais pu comprendre un mot de cet auteur, aussi je n'avais jamais essayé. Qui croyez-vous qui soit fiancée?... Victoria Dare, à une couronne de comte et à une tourbière, et à Lord Dunb(;g par-dessus le marché. Victoria dit qu'elle ne s'est jamais trouvée si heureuse dans aucune de ses autres liaisons; aussi pense-l-elle que celle-ci est là vraie. Elle dit (|u'clle a trente mille dollars de rente gagné.« sur les pauvres dAnx'riquc, et qu'ils pourront tout aussi bieu servir au souhigemenl d'un pnu\re Irlandais. Vous sav.cz que son père était agent de réclamations, ou quelque
chose de ce genre-là, et on dit qu'il a gagné son argent a trompant ses cHeuts. L'idée de devenir comtesse <n ~er* absolument folle et elle se promet de faire petit à petif d château de Dunbeg un séjour délicieux et de nous y rec< voir tous. Madeleine dit qu'elle a tout ce qu'il faut pou avoir un grand succès à Londres. Madeleine se porte très bien et vous envoie ses bons souvenirs. Je crois qu'elle \ ajouter un post-scriptum. Je lui ai promis de lui laisse lire ceci, quoique je doute qu'une lettre chaperonnée soi quelque chose de très-amusant à' écrire ou à reccvoii J'espère avoir bientôt de vos nouvelles, t Votre très-sincère ,
a Sibylle Ross. »
Un petit bout de papier, sur lequel se trouvaiei encore écrits quelques mots de Sibylle, fut ajouté, a dernier moment, à la lettre, à l'insu de Mrs. J^ee.
» Si j'étais à votre place, j'essaierais quand elle sei revenue. »
Le post-scriptiim de Mrs. Lee était très-court : —
'' Le plus triste de cette horrible histoire, c'est qi les neuf dixièmes de nos compatriotes diront que j' eu tort. »
PAKIS. TVPOGRAPHIE A»E E. PLON ET C'*, KUE GAR&NCIÈRE:, 8»
nnnnrmmw
UNI V E R9ITY or ILUNOIS-UNBANA