Bouard de Gard, les Annexions et les plébiscites
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Pourquoi ? Si vraiment ils éiaietti &ùrs de l'approbation populaire, de quel droit ont-ils rpjeté pour leur parti eu majorité Toccasion d'im nouveau tdomplie?
Le plébiscite qui eut lieu en vertu de larticle i^ du traité du 2$ n&ars 1869, relatif à la cession de la Savoie et du comté de Niœ, reste une belle page de Thisloire du second Empire : « 11 est entendu entre Leurs Mafestés que cette réunion sera effecluée sans nulle co«trainte de la volonté de» populations et que les g^oiivemements de TEmpereur des Français et du roi de Sardaiçne se concerteront le plus tôt possible sur les meill^ars moyens d'apprécier et de constater la manifestatian de cette volonté, w C'est pour la pi-emière fois que l'on voyait consacrer dans un acte diplomatique le pt incif e démocratique du droit pour les peuples de disposer d'eux-mêmes. Le vole eut les apparences d'une fête ; les abstentions furent rares; la majorité dépassa les espérances de Napoléon et les prévisions de Cavour ^
La France n'a pas prétendu abolir l'histoire, supprimer par la force le culte du souvenir, et considérer comme un crime la reconnaissance à l'ancienne pairie : elle s'est seulement elVorcée de rallier les cœurs, et si la Savoie et Nice se souviennent parfois encore — de plus en plus rarement — qu elles ont été italiennes» elles sont inconteslal)lement françaises de sentiment et de volonté.
Les populations ont été consultées au moment de cet achèvement normal de la France; elles Tout été aux divers stades de la constitution de l'unité italienne; elles ne Tont pas été au sujet des remaniements divers qui ont abouti à la forma» ion de la Prusse et la constitution de l'Empire allemand. La Prusse s'est annexé, sans consulter les populations, le Hanovre, la Hesse électorale, le duché de Nassau, la ville libre de Franc-
1. A Nice, 257.430 oui se prononcèrent poin* l'annexion à la France conlre 100 non.
En Savoie la proportion fut de 130.533 oui, contre 235 non.
Il y eut 11 p. 100 d'abstenlions, mais il y en avait eu 21 p. 100 aux dernières élections de Garibaldi.
La réunion respectait les frontières naturelles, en ooas donnant le versant lançais des montagneB.
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fort. .Elle a arnaché au Danenaark les duchés de Slesvigr et Holstein sans s'occuper du vœu des habilanls : et c'est une des pagres les plus honteuses de s Ai histoire puisqu'elle violait ainsi, vycm seulement le droit naturel des peuples» nuns eiioore le droit positif des contrats, le tcaité de Prague (ii3 août \8lij) lui faisant une obligation fornetle de <^eUe consultation ^
L'unité de l'ÂUemagne s'e^t faite par la violence^ ig^œ Hferro^ comme s'en vantait Bisn)aiH:k. ('.etle tache onginelle s'est profondément imprimée dans Tàme du peuple allemand, dans ses institutions, dans ses doctrines de poJitique interne ou internationale. Combien plus belle et plus conforme aux principes démocratiquesfut la foroMlion de Tuoité italienne au cours de laquelle plus de 3 millions et demi 4e citoyens (3. 5a6.ooo) contre moins de 3o.ooo (29.572) affirmèa^ent expressément, dans des plébiscites solennels, la netteté de leur conscience nationale I
Le dernier et le plus grave <Ies crimes commis par TAllemagne contre le priiicipe des nationalités est celui qu'elle a commis en arrachant à la France deux provinces dont elle s'est obstinément refusée à consulter les populations. Ce crime était depuis longtemps prémédité : l'astuce avec laquelle Bismarck amena la France à tirer la première son épée n'enlève rien à sa responsabilité d'agresseur. Il était en réalité superflu de consulter formellement les pop\ilatiou$; la protestation unanime, douloureuse, déchirante, des députés alsaciens-lorrains à rAssemblée nationale ne pouvait pas laisser le moindre doute sur leurs sentiments. La séparation d'avec la France aurait été rejelëe avec une
1. L'article 5 du Irailé de Prague était ainsi conçu : « Les popu- UtioDs des districts du nord du Slesvig seront de nouveau réunies au Danemark, si elles en expriment le désir par un \ oie librement émis. » Les premiers membres danois de la diète allemande Krûger et Ahlmafin firent la déclaration suivante : « NoQS sommes Danois, sous resterons Danois, et «eus voulons ' être traités comme des Danois, selon le droit international. » Celte déclaration, avec Tarticle précité, est en exergue à côtédo tilre du journal danois Soitderj§den a le Jutlandais méridional «.
unatiimilé qui aurail souligné la brutalité des desseins allemands, sans pouvoir les moilifier.
Le jour où sera réparée cette violation du droit, fau<lra-l-il consulter les populations intéressées sur l'opportunité de cet acte de justice ? Non, évidemmenl. L'Alsace el la Lorraine nous ont été enlevées par la force, par la seule force; le droit de la France sur TAlsace-Lorraine n'a jamais cessé d'exislei»; son exercice a été paralysé par la force : le jour où la force s'efface, le droit recommence de s'exercer de piano sans aucune formalité. Le plébiscite est justifié au moment d'une annexion, mais nous ne prétendons pas a/i/2é?a;^rr Alsace- Lorraine. Nous prétendons recommencer à exercer un droit momentanément paralysé par la violence. Voilà les principes; examinons maintenant les faits,
De])uis (junrante-fjunlre ans, nos frères séparés souffrent sous Toppression; ils vivent sous des préfets, des policiers, tlos officiers qui ne parlent pas la même langue, (|ui sont d'une autre race qu'eux, qui n'ont sur eux que le droit d'une force plus grande. Sous ce régime dont on arrive difficilement à se figurer l'horreur, les [)upulalions d'AIsnce-Loiraine sont restées irréductiblenienl françaises. Elles onl affirmé leur volonté de rc-lrr fiMucaises en subissant sloïciuenienl toutes sortes de souIlVances et d'iiuniiliatiuns. Le régime d'exception et de l)rulalilé que l'oppresseur n'a cessé d'imposer à ces piovim-es, cjui n'onl jamais été considérées comme des lerrcs allemandes, des. incidenls comme ceux de Saverne consliluent autant de preuves irréfutables de rinél)ranlal)le fidélité des Frmiçais d'Alsace-Lorraine. Certains de ces Fran<^ais n'ont pas pu se résigner à vivre sous un joug aussi lourd : ils ont émigré. Ils onl été rem|)lacés par ilcs Allemands. Mel/. est peuplée pour les deux tiers de ces immigrés; va-t on consulter ces spoliateurs sur le retour des terres spoliées à la nation victime de la spoliation? (Quelques-uns de ces idéologues qui inclinent devant les abstractions, au plus grand profit de l'Allemagne, les droits les plus certains de la France, ne seraient pas éloignés d'accepter sur ce* point les injonctions de la sozial-deraokratie el des
théoriciens allemands saisis tout d'un coup d*un grand respect pour la souveraineté du peuple ^ En réalité, la réparation du droit qe s'obtiendra que par le retour sans condition del'Alsace-Lorraine dans le sein de l'ancienne patrie. Metz et Strasbourg doivent revenir à la France au moitié titre que les villes françaises actuellement occupées, telles que Lille ou Mézières. La séparation imposée par la seule force au traité de Francfort est nulle et de nul effet.
§ 3. — Brula.^te actualité du principe des nationalités.
Jamais, dans l'histoire du monde, le problème de.s nationalités ne s'est posé d'une façon à la fois aussi générale, aussi aiguë et aussi complexe que dans la guerre acluelie. On rencontre d'abord le principe des nationalités à Torigine de Tétincelle qui a mis le feu aux poudres : l'archiduc héritier d'Autriche ayant été assassiné à Serajevo, dans une partie de rAulriche de race et d'aspirations serbes, l'Autriche prétend entreprendre contre la ^Serbie une « expédition punitive »; la Russie intervient, comme protectrice des populations slaves des Balkans, et dans l'espèce, en fail, quelles que soient les récriminai ions rétrospeclives de ses ennemis sur son passé, comme protectrice d'une petite nationalité contre les prétentions arrogantes d'un grand État. Voilà le prologue du drame.
Alors, du moment que le cataclysme gagne rapidement toute l'Europe, les peuples veulent <lu moins que tant de sang répandu fasse lever une moisson nouvelle de justice et ouvre une ère durable de paix : que désormais il n'y ait plus aucun peuple qui souffre sous une domination étrangère ! Que toutes les aspirations nationales soient satisfaites, et dès lors, il semble qu'il n'y aura plus de motif de conflit.
Naturellement, les aspirations nationales se manifes-