‹ Démoctatie, et politique étrangère;Chapitre 13 sur 137 · Pressensé, rapport du 4 juillet 1903, p · texte numérisé non relu

Pressensé, rapport du 4 juillet 1903, p

2. Dix ans plus tard, écrivant cette fois-ci dans un journal, Tauleur de ce rapport semblait ne pas reculer devant cette généralisation : « La diplomatie de la République française, non contente de répudier tout sot esprit de zèle missionnaire, croit devoir prendre une attitude trop souvent humiliée et humiliante. Elle demande pardon pour la République de la liberté

Ces récriminalions soulèveat de simples questions de tact, de mesure. C'est un fait que, tout au moins par en bas, le personnel diplomatique se recrute dans des couches sociales différentes de celles qui alimentent les préfectures et sous-préfectures, les contributions indirectes, l'enregistrement, les postes ou les chemins de fer.

Pour entrer dans la carrière diplomatique, il faut avoir une certaine forlune; « la carrière, dit M. de Pressensé, n'est ouverte qu'à des aspirants abondamment pourvus des biens de ce monde », le budget n'étant pas assez riche pour payer les fonctionnaires, au moins pour leur permettre le train de vie qui passe pour être imposé par les mœurs et les traditions du milieu. Le fameux article 8 du décret du lo juillet 1902 le «lisait à demi-mot ; il n'y a pas expressément une cote dC amour à la fortune, mais en fait personne ne l'ignore. L'article 3 du décret du 17 janvier 1907 maintient la note de stage ^ Et dans le programme du grand établissement scientitique qui s'est acquis le monopole presque exclusif de la formation intellectuelle des futurs diplomates, on peut lire : « A chacune des carrières auxquelles l'École prépare, répondent des conditions, des aptitudes et des vocations différentes. Celles qui qualifient les futurs diplomates ne sont ignorées de personne. Il faut, dans la diplomatie, une certaine fortune, des

grande d'exister. Il est de bon ton et de bon goût d'afficher le mépris, non seulement du régime, mais de foute cette partie roturière de notre histoire qui s'est permis de se faire sans ou contre la maison de France. Singulière façon de respecter l'histoire que de ne pas en reconnaître le courant continu et que la vieille France a enfanté la Révolution tout comme la Révolution enfanta la France nouvelle ! » {Humanité, 9 octobre 1913.)

1. Pour l'admission dans le corps diplomatique de l'Angleterre, il y a une « property qualification « définie avec la précision positive qui caractérise ce pays : il faut avoir un revenu annuel de 400 livres (lO.O(X) francs) au moins (Ponsonby, Democracy and Diptomacy, p, 188). I.e président Wilson, comme on le verra plus loin, n'aurait appelé aux grands postes diplomaticfues que des hommesayant contribué pour des sommes relativement importantes à sa campagne électorale, et jouissant par conséquent d'une certaine fortune (I\'orth American Heview, nov. 1916, p. 787).

m DÉMOCRATIE BT DIPLOMATIE

relations, le goût et Thabiludè du monde, de l*empire sur soi-même, le don de se plier sans trop cFeniHH à un certain formalisme. La fortune est moins nécessaire dans les consulats et dans les carrières administra!tives*. ))

Ce recrutement irrito quelque peu l'humeur naturellement jalouse delà démocratie. Elle s'imagine volon^ tiers ks diplomates comme des personnages titrés, galonnés, hautains, secrets, distants, vivant en dehors du peuple, dont ils seraient les naturels ennemis, se mou* vaut, comme dans leur élément naturel, dans la duplicité et le mensonge. On leur attribue une sorte de pouvoir absolu et on croit qu'ils disposent des destinée&des peuples. En réalité, Albert Sorel,qui les avait observés de près, dans l'histoire et dans le présent, disait qu'ils sont seulement « les notaires » de 1 histoire universelle. Cette expression s'appliquait aux diplomates d'autrefois» qui jouissaient d'une liberté d'action assez grande ; mais aujourd'hui, avec la facilité et la rapidité des moyens de communication, ils sont de plus en plus réduits au rôle d'instruments techniques. Ils ne font pas la politique étrangère, ils la servent. La politique étra»*gère est déterminée par le gouvernement responsable : Metternich a imposé à ses agents diplomatiques son plan de conservation antidémocratique; Gàvour, son ardeur nationaliste ; Gladstone, son zèle de moralité ; Bismarck, son plan d'unité et de grandeur allemande... Certains journalistes, certains parlementaires avancés ne sont pas loin d'insinuer ou de laisser croire que, plus démocrates, les diplomates auraient pu éviter la guerre. C'est une erreur absolue contre laquelle le devoir de tout Français est de s'élever avec vigueur : la seule cause de la guerre, c'est l'ambition pangermauisle.

On ne semble pas, dans le public, la presse et même le Parlement, se rendre un compte suffisant de la complexité des qualités souvent contradictoires que Ton exige des diplomates*. Réprésentants des intérêts d'un

1. Bpoctiure annuelle de l'École libre des sciences politiques.

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