L'École libre des sciences politiques
2. M. Seignobos, dans une conférence à l'École de hautes •études sociales.
l'aptitude de la démocratie a la diplomatie 48
nouaient à terre, notamment au conclave de 1829, et sa •carrière d'ambassadeur se caractérise par de magnifiques inattentions ^
Il faut jalousement maintenir, comme grande porte d'entrée du service, le concours qui peuple les ambassades d'un personnel d'une culture étendue, approfondie et vérifiée, laborieuse et capable. Mtiis il ne faut pas, pour cela, priver la diplomatie des grandes intelligences qui viendraient d'ailleurs. C'est la démocratie américaine qui a donné l'exemple; elle ne se fait pas représenter nécessairement dans les grands postes par des personnages de la carrière; elle envoie en Europe des hommes qui se sont distingués ailleurs : des hommes de lettres, des publicistes, des universitaires, des hommes politiques, des jurisconsultes^. De môme, la République française a été amenée à confier à des outsiders certains des postes importants où se brasse la grande politique^.
Parmi ces diplomates arrivés aux hauts emplois sans
1. Je n'ose pas invoquer mon trop modeste témoignage. Autrement, je dirais qu'ayant une expérience déjà longue des examens à la Faculté de droit, une certaine expérience de» examens de licence à la Faculté des lettres, et aussi une certaine expérience des examens à l'École des sciences politiques, j'ai été surtout Irappé, chez les futurs diplomates, par une manière plus concrète de considérer les problèmes, par une connaissance plus vivante de l'histoire, par une éducation générale sentant moins les livres et davantage la vie.
9. Malheureusement, les considérations de parti jouent un rôle trop considérable dans les choix. Et si par ailleurs on généralise l'appel aux hommes distingués étrangers à la carrière, on décourage d'y entrer des jeunes gens de valeur «t légitimement ambitieux. On s'interdit ainsi d'avoir un« corps diplomatique » spécialisé, comme on a une armée et une marine (M. P. Brovvn, Democraey antl diplomacify dans Norlh American Beview, novembre 19Uî, p. 691). M. Myron Herrick, ambassadeur à Paris dans les premiers temps de la guerre, est un historien distingué ; M. Henry Morgcnthau est un homme d'affaires qui a passé à l'ambassade de Conslanlinople ; M. F. 0. Penlield. ambassadeur à Vienne, est journaliste et historien ; M. Brand Wbitlock, qui a fait preuve de tant d'énergie pendant l'invasion allemande, est un écrivain, journaliste, maire d'Urbana(Obio), que son ami, le président Wilson, avait envoyé à Bruxelles, comme à un poste de repos...
8. Les nominations au-dessous du grade de ministre de seconde classe sont réservées au personnel issu du concours.
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éire de la carrière, on peut signaler ramiral Touchard^ ambassadeur à Pelrograd ; Poubelle, ambassadeur au Vatican, ancien préfet, ancien professeur des facultés de droit; M. Revoit, avocat dorigine* que le hasard d*un cabinet ministériel amena, après seize ans de barreau, au quai d'Orsay, qui y est resté et y a laissé une trace brillante ; parmi les vivants, M. Decrais, ambassadeurà Londres (189*3), et qui avait fait une partie de sa carrière dans ladministration préfectorale ; M. Jules Cambon, ambassadeur à Berlin, qui n'est entré dans les ambassades qu'en 1897 après un quart de siècle d'administration; son frère, M. Paul Cambon, ambassadeur à Londres, qui a également administré plusieurs départements avant de commencer ses trente ans d'ambassade; M. Barrère, journaliste, que M. Waddington fit entrer dans la diplomatie après le Congrès de Berlin, etc. Je ne parle pas des personnalités éminentos de la politique pour lesquelles le passage dans la diplomatie n'a été qu'un accessoire, quelque brillant qu'il fût : Jules Ferry à Athènes, Challemel-Lacour à Londres, Conslans à Constantinople, Delcassé à Petrograd. Ainsi, la carrière s'enrichit d'unités d'élite empruntées aux branches les plus div(»rses de l'activilé nationale.
Oiiello que soit d'ailleurs leur origine, on peut rtMidre cette justice à nos diplomates qu'au cours de ces dernières années ils ont bien servi le pays '. Est-ce que je veux nier qu'il y ait eu des erreurs? (Jucl est le régime qui n'en a pas commis? M. Raymond Uecouly écrit dans In He vue politique et parlementaire que, dans les monarchies, le souverain est \t\ pour exercer une surveillance, un contrôle incessant sur les choix, et (pie la démocratie doit par conséquent redoubler de soins et d'attention pour la désignation des ambassadeurs. Je ne sais si cette vue a priori est confirmée par l'expérience ; en fait, ce contrôle du souverain n'a pas paru plus efficace que celui du gouvernement démocratique. 11 y a en des
1. M. Ernest Uaudet a publié dans le Figaro, du 30 octobre 1915 jusqu'au u; juillet 1916, une série d'études très attachantes sur* les diplomates de la guerre »; voir aussi Jules Cambon^ par Paul Louis {Revue Bleue, V^20 novembre l!il5, p. 561).
erreurs ; certains personnagcd qm avaienli par exemple rendu des services éminents dans la direction cenirale de» affaires extérieures, à qui tout le inonde reconnaissait, avec une expérience consominée des problèmea, uneaplitude remarquable à démêler les solutions justes^ se sont trouvés, par leurs goût& et parleurs caractères, déplacés dans certains poste» importants où ils avaient été appelés. Il y a eu peut-être certaines épaves de la politique, recueillies <lans des postes qu'on croyait secoiidaire&,et qui ne sont pas apparues à la hautcnir lorsque le& circonstances ont appelé sur ces postes Taltention du monde. Il y a un fâcheux favoritisme démocratique, comme il y a un regrettable favoritisme royaj^ Mais pourquoi s'hypnotiser sur ces erreurs? Et pourquoi ne pas reconnaître qu'auprès des gouvernements alliés* comme auprès des gouvernements ennemis #u neutres, la diplomatie française, qui n'a pas toujours pu s'appuyer sur une attitude absolument netto de son gouvernement, a fait tout son devoir? Puis-je citer des noms sans ^tre injuste- pour ceux que je serai obligé d'omettre? Le 11 avril 1906, à la Chambre des députés, le ministre des AflTaires étrangères lisait une déclaration dans laquelle il rendait cet hommage à nos représentants à la -conférence d'Algésiras : k Je tiens à nommer devant vous notre premier délégué, M. Revoil, dont l'activité, la présence d'esprit, la droiture avisée, ont, ainsi que la compétence hautement appréciée de son collègue, M. Regnault, si puissamment servi notre cause. »
On ne peut pas penser à l'alliance russe sans rendre hommage à l'un de ses bons ouvriers, M. deLaboulaye, <p]i se fit admirer par sa fermeté, son tact, sa finesse, et eut l'initiative de la visite à Cronstadt. Un juge difficile, et qui se vante d'avoir « l'esprit critique * »,.déclare qu'il y a « quinze ans de l'obstiné labeur » de \L Barrère dans « la tâche, ingrate parfois, du rapprochement de la France et de l'Italie ». M. Barrère arrive à Rome en 1697. A ce moment, il y a dix ans que Tltalie, par là volonté de Crispi, s'est alliée aux empires du Centre.