‹ Démoctatie, et politique étrangère;Chapitre 73 sur 137 · Goiiinraigne, Uiûoire cantemparaine^ p · texte numérisé non relu

Goiiinraigne, Uiûoire cantemparaine^ p

Iransigeance de ses principes permit à la ConventioD <le traiter à Bâle, et d'annexer la Belgique, qui formera jusqu'à la Restauration neuf départements français; 3« Enfin, les guerres de la Révolution se proposent de consolider la situation de la France et de la protéger contre les tentatives des grandes puissances par une ceinture d'États secondaires maintenus sous son influence. En dépit du très large idéalisme qui Ta inspirée, «t auquel nous gardons notre fidélité admirative, nous sommes obligés de reconnaître que la Révolution fran- •çaise n'a pas été pacifiste. Et la conclusion qui se dégage impérieusement de ce rapide coup d'œil sur rhistoire, c'est que, à aucun moment de révolution de rhumanité^nidansTanliquité^nidansles temps modernes, ni dans la période contemporaine, la forme démocratique n'est apparue comme ayant une vertu particulièrement pacifique. En i863, le duc de Broglie résumait ainsi les leçons de l'histoire : « De grandes monarchies sincèrement en paix, cela s'est vu rarement, mais quelquefois : de grandes républiques voisines sans être ennemies, jamais ! »

« Démocratie signifie paix. » Quelle est donc la valeur de ccUoaflirmalion? C'est une vue théorique, un axiome de logique abstraite, un vœu pour Tavenir ; oui, puisque la démocratie se réclame d'un idéal de justice et de raison, il est logique qu'elle travaille à la suppression de la force comme moyen de résoudre les conflits inlernalionaux. Nous souhaitons que, pour l'avenir, elle s'allache à celle grande œuvre; mais l'expérience du passé ne nous permet pas d'affirmer que la démocratisalion t,n''ii.'irale des iusliUi lions dans tous les pays aurait pour conséïjuence nécessaire d'inaugurer l'ère de la paix universelle.

Je ne denian^le pas nn"eux que craccueillir les o])jeclion< couti(i celle conclusion cpii déiuenl des croNances (]Uo j'ai eii(\< el ex[)riniées avanl un exauuMi tip;'r<)ron(li de la uue>li<)n. On pourra dire par exeni]»le (pie, njème dan-^ U s eoustiluli(.)ns (pii se (h'clarenl lontié(\s sur la somiMMiu* [r lia peuple, Uii^iue dai.s celKs qui -^'inlilulenl républicaines, la démocratie n'a pa?? eiicoie com-

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plèlement triomphé «ur }e domaine xies relations ext^ rienres, «t«p!ie, |yair conséqoetit, respérience du passé ne peut pas être inroqué« en vtie de rAvenir. Si les p«rieiiient6 éins araient en véritablement ia matlrise et la f^iitiqoe extérieure, si les coastitulions aTaient eu u«e réalité diémocraiicfoe carre8pox»dant à }e«r titre, les guerres auraient élé beaia^oup plus ranes. C'est la th'^se<{ue soutient en Angleterre VUmon oféemocratic ^a/ifro/. Le 3 août i^\\, lorsque le Parlement anglais fut appelé à se piM>nonceT sur Tattitade de TEmpire britannique, une série de discours affirmèresit la ' croyance que la paix étafl la politique du peuple, tandis que la guerre était le secret désir de ses gouvernants. Mr. T. Edmuftd Harvey, M. P., paVla en ces terrwes : « Je suis convaincu que cette guerre, pour la grai>de masse des pays de T-Europe, et non pas seulement pour notre pays, n^est pas la guerre du peuple. C'est une guerre qui a été décidée... par les fiommes qui occupent de hautes situations, par des diplomates travaillant en secret, par des bureaucrates «juin^onl pas de <x>nlact avec les peuples du momie, qui sont les résidus d'une vieille cl mauvaif^e civilisation qui est en trai« de disparaître gi-aduellemcnt devant les méthodes pacifiques. ») Il est toujours très délicat de discuter sur la tournure qu'auraient prise l(*s grands événements hum'unssi (elle hypollièso s'était réalisée : c est le jeu puéril de refaire riiistoire. Dans le domaine de la thèse, tout d'abord, on peut se demander si le contrôle jwrlementaire ne constituerait pas dans bien des cas un danger pour la paix : si, dans la majorité du peupJe et du Parlement, règne un préjug('' solidement enraciné ou une haino vivace pour une autre nation, rinlerveulion parlemeu taire pourra ^Kiralyscr les efforts du gouvernement en vue d^évitcr le con'lil à main année. Aux époi^ucs d'eirervesccnce chanvim*. c'est dans le |)f». iplc et dii< ?5 1 représcnlalion, ,dim particulièremcnl .caJK)sésa iK im;)alsious soud \itr»sr.l aux vagues d'émolioris, quo risquiuit de cir 'uler iv ' • io |)!us de promptiMu- les formules ciinammécs :' .\fi('h P-u'ik! A Berlin! ncnirniber thr « Moine ».' « L(î I«'uj) 'rament populaire, dirait

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le duc de Broglie en i863, a toutes les vertus, sauf la patience, et la diplomatie sur la place publique a tous les mérites, excepté la discrétion et la prudence... Partout où elle a régné, la démocratie s'est montrée sous les mêmes traits: susceptible, exigeante, prompte dans sesrésolutions et impatiente dans ses désirs, très sensible à tout ce qui touche Thonneur national...^ »

Et si l'on considère l'histoire, on acquiert la conviction qu'il y a eu peut-être autant de guerres populaires que de guerres royales. A des époques qui paraissent à jamais abolies, le gouvernement anglais a été poussé parTopinion populaire à déclarer la guerre à la France ou à prolonger une guerre en cours; au moment de Fachoda, le gouvernement anglais a dû résister à une poussée populaire pour éviter avec la France une guerre qui aurait été désastreuse pour les deux pays et pour Tavenir du monde*. Sous la Révolution, c'est la Législative q.ui prend l'initiative des mesures dont la conséquence inévitable sera la guerre contre l'Autriche, et c'est le roi qui essaie de les paralyser par son veto; la Convention a servi, par la guerre, la grandeur de la France et a mérité ainsi le fameux hommage de Bcrryer; le Corps législatif du second Empire a voté dans renlhousiasrae la guerre à la Prusse; le président Mac Kinley aurait peut-être évité la guerre avec l'Espagne, et c'est le Congrès qui lui a forcé la main. Enfin la Grèce ne nous donne-t-elle pas depuis bientôt deux ans le spectacle d'un peuple qui veut combattre tandis que le gouvernement dépense une extraordinaire ol)sliiiation à vouloir rester neutre?

1. Si d'ailleurs ral)solutisinec«llcninn(l e«l direclenient respongable de Ui guerre, c'est j)eut-ètre à cause du démocratisme anglais (lu'elle n'a pas pu êlre évitée. Si le gouvernement britanniipio avait eu la libcrlé de prcn<lre à lonij^s une attitude nette, s'il n'avait [)a6 tergiver>é en tàtant le puuls de l'opinion et du Parlement, la situation de l'I-^urope aurait été clarifiée et peut -être rAl]eniaL:ne n'aurait pas conmiis l'irréparaMe (G. Murjay, dans Coniemporanj Jiei\cu\ février ll'lT), p. 19u).

2. Croiner. Democnv'ij and Diplomacij, dans Nineleenlh Ceniurij, juin PJIO, p. 12^^.

C'est sans perdre de vue ces éléments historiques qu'il faut considérer un des problèmes capitaux qu'a fait naître la guerre actuelle. La préoccupation légitime des penseurs, des publicistes et des hommes d'État est de rechercher les moyens de préserver l'avenir de l'humanité contre le retour possible du fléau qui jsévit en ce moment sur elle. Et alors s'offre aussitôt, dans cet ordre d'idées, un raisonnement dont voici le schéma : c'est l'absolutisme allemand qui a déchaîné la guerre; supprimons l'absolutisme allemand et nou» aurons la paix*. Je ne dis pas qu'il n'y ait quelque parcelle de vérité dans cette affirmation. Il est possible que, si TAllemagri^ avait été en démocratie, si même elle avait eu un parlementarisme véritable, si par conséquent elle ^vait été gouvernée par uu ministère sozialdemokrale, la guerre aurait pu être évitée. Je dis que c'est possible; je n'en sais rien; je suis loin d'en être sûr, surtout quand je pense aux tendances impérialistes d'une bonne partie de la sozialdemokratie. Mais je crois qu'il importe principalement de mettre en garde contre les illusions dangereuses que pourraient faire naître de pareilles conjectures. Et d'abord, elles me semblent se rattacher à ce qu'on pourrait appeler a la doctrine de la main fraternelle ». Il faudrait distinguer entre le peuple allemand, innocent, et son gouvernement, cou-

1. Le 27 décembre 1916, le congrès du parti socialiste français adoptait une résolution dans laquelle il affirmait sa foi dans la démocpalisation générale des institutions pour assurer la paix. « Pour surveiller les intrigues des diplonriatcs, pour refréner les ambitions des gouvernements et des castes de militarisme, pour limiter les appétits des fabricants d'armements, pour contrôler les engagements pris, il faut partout des parleinent!^ issus du sulTiage universel et dos gouvernements responsnblcs devant les peuples. » Comment imposerait-on ces parb^mcnls issus du suffrage universel cl ces gouvernements responsables aux empires de proie ? Et est-on bien sur d'ailleurs que ce régime garantirait le monde contre de nouveaux accès de folie collective, comme celui qui a atteint les Allemands de 1014 aspirant à la domination politique universelle et à l'hégémonie économique?

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pable. C'est là une erreur à laquelle les faits ont infligé le plus formel démenti : le peuple allemand n'est pas seulem'ént stupidement asservi, il est encore crimineltemenl ««mpljce. On éii tyaelqoefois que Ite rapt de TAfeac^-Lorraintîaélé t'erpcTur «l la faille -et Bismarck: &r noaibrcTrx soni tes lémoigtiages tte ceuic qui Técarent en AM«raiagne vers i^to et desquels H ressort que le<iét»erabrement de la Franchi, était projeté çu réalftô pur tout le peuple alîemairf. it Votis avez rai-soti, disait en 1869 uu paysan badeis i un jeune Messin, «rapprendre rallemand : on en aura bientôt besoin ehc* votts. *> Dans un pays «d'ime eertaine « culture », iî n'est pas de gonTernement si absolu tj^ll ne soîl obfig* ^ans «ne large mesure de refléler Topinion puMique et les aspirations nationales. La diplomatie allemande» q«oî<!fue dirigée par un gourernement absolu, peuf êtne qualifiée de démocratique en ce sens qu'elle représente vraiment f opinion publique aH-emande ; elle reflète l'esprit d'agression, Tarrogance, Tinsolence, la cupidité, le mépris de la moralité p\iblique qui sont les principales caractéristiques de la pensée' aHemande moderne. Nous sommes véritablement en guerre, non pas seulement avec «ne clique de hobereaux et de militaristes, mais avec le peuple allemand tout entier. Qioe la chute Au parti militariste allemand soit infiniment désirable, ce n'est pas doutewx; que cette clique ait intoxiqué le peuple, c'est certain. Mais le peuple portait en lui-même les germes de cette intoxication. Et son tempérament n« serait pas nécessairement modifié par la vertu magique d'une réforme constitolionnelle. Ce n'est pas une démocratisation de la forme des institutions qui délivrem l'Allemagne de la folie annexionniste de ses « barons de choux et de cheminées »>, des aspirations « expansionnistes » de ses masses populaires, du rêve sozialdemokrate de -la Mitleletiropa sous Thégémonie prussienne. C'est un Allemand qui Ta dit : « Appliquer un régime démocratique à un j^euple à l'esprit dominateur n'ailèg(* eu rien les chaînes des nations opprimées*. »

1. l)o!teur Rœsemeier, ancien rédacteur de la Morycn Post^ Temps du 11 juillet 191(>.

APTITUMI DC LA. DéUQCJtAJOB A LA CUERRE ^T

Je laieBe é'aiUeiurs de côLé vtn. aspect cependttni imporUni da proMèooe : coninetii le&ÂiHés poarraieBl-iife tarcer k penp^ aUemand à éUe libre? Le despotîsn»e peut ve«r dans un pays sur les fo<il*gons derélrangef^ ma» von poinl la Hberlé polilique. Le peuple aUeinaiicl ift*est paa iibrev parce qu'il ae y&ai pas rôire. Il se oomplaU daaâ la seffYÎLude. lia lotuL subordoïkné à sa fesûon de crotLre» U se vanle de s*èlre bb^ement donoé des mslituiietDS aksolulifites. Les palrioies aUemaRds^ disaiien. 18711e nikiliste Bakouniike dans le livre pcopbéiique qu'il inlitulail k'Empire kKmto-çermamque^ se proposent de it eonsiiiuer désorinais, de leur prapre aveu, libremeAl, une puissanle nalion^ un formidable État ei un peuple esclave ». L'Allemagne est librement esclave. L'erreur profonde trop souvent comjnise à regard diQs Allemands est de leurallribuernoe propres senti menis el dos manières de penser. Or, dans tous les sens de celte expression, nous ne parlons pas la BaAme langue. Nous désignons par les mêmes mois^ qui semblent se correspondre exactement dans les deux idiomes, des objets difl'ércnts. Nous n'arriveroos JADiais à nous euieudre avec ces gens-là ^ Certes^ je crois qu'il vaut mieux, pour la paix du monde, que TAllemagne se démocratise; mais le résultat reste tellement hypothétique que la préoccupation de réformer ^'Allemagne ne vaut pas qu'elle nous détourne un seul instant de Timpérieuse nécessité de la vaincre, u Si, a dit an publiciste éminent% si l'Allemagne avait eu un gouvernement et un Parlement comme les nôtres, ni meilleurs^ ni pires, cette guerre elTroyabte aurait-elle jamais surgi? « -Non, si ce gouvernement et si ce Parlement avaient eu Tesprit pacifique ae la démocratie française. Ce fut, à toutes les é[)04ues de Thisloire de la pensée, le rêve des faiseurs de conslilulions que d'iuiaginer un mécanisme, une machinerie, diraient les Américains, qui dispense de bonne volonté et rende

1. C'est ina réponse $\ la question que m'adressait M. Jacques Bainviire, à propos de mon livre sur les Insiihitions poliiique& de V Allemagne, dans V Action française, 24 août 1916.

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