II. — Les A4PPORTS dbb pouvoirs publics
▲TEC I.B COVMAIIDEHBNT HII^ITAIRE.
SOJIMAIAE^
OiTûcultéâ spéciales de rorgaaisalion du corn mandement militaire dans la démocratie.
SECTJON I
I«e rAle d« Farlement.*
5 1. — Doctrines qui réclament, pour le temps de guerre, l'effacement plus ou moins complet du Parlement. S 2. ^ Doctrines opposées de la délégation directe^ § 3. — Rôle véritable du Parlement.
' SECTION II
La commaiideineiit militaire direotpar le ohelde rËtat. Théorie littéraire de la constitution.
SECTION III
Rapports entre le gouvernement et le conimandement militaire.
Étude des divers systèmes adoptés depuis le début de la guerre sur les rapports respectifs du généralissime, du gouvernement, du ministre de la Guerre.
Le gouvernement de la démocratie est orienté ver^ la liberté, la justice^ Tégalité ; ce n'est pas lui faire injure que de constater qu'il se heurte à des difficultésparticulières lorsque le moment arrive pour lui de se^ tourner vers l'action et surtout vers cette action inten* sifiée, avec tous les ressorts tendus jusqu'au point de rupture/ que doit être la direction d'une grande guerre^ Il y a longtemps qu'un glorieux doctrinaire constatait que « le régime représentatif n'est pas une tente faite pour le sommeil » et que « les régimes de liberté sont obligés d'acheter leur existence tous les jours ». Rie» n'est simple comme le despotisme ou Tanarchie. Le progrès se traduit toujours par une complexité croissante et par une difficulté grandissante de problèmes plus nombreux dont il faut chaque jour trouver ou improviser la solution.
La monarchie absolue ignore naturellement les problèmes de l'organisation du commandement militaire. C'est dans son armée que le roi exerce le plus pleinement son absolutisme. Il est le chef de guerre, comme disent nos ennemis. Louis XIV, à son gré, conduit sesarmées en Flandre, en Franche-Comté, en Hollande, ou bien, quand « sa grandeur l'attache au rivage », il délègue ses pouvoirs militaires à un Turenne, qu'il met au dessus des autres maréchaux, en dépit de la mauvaise humeur de ceux qui arguent des privilèges^ de leur titre et répugnent à obéir à un camarade qui ne les surpasse qu'en génie. — Môme dans la monarchie constitutionnelle, le domaine militaire semble souvent un domaine réservé où se maintiennent des restes de l'ancien absolutisme. Le roi est le chef de l'armée; il est d'ailleurs depuis sa plus tendre enfance préparé à ce rôle: A peine est-il sorti des langes qu'on lui met un uniforme; à peine a-t-il l'âge de raison qu'on lui confère un grade. Quand il aura atteint une maturité convenable, il suivra les cours des écoles militaires, on lui confiera même souvent un commandement efTectif ; ainsi, avant d'accéder au trône, il est préparé à exercer le métier militaire; il est donc assez naturel qu'il l'exerce après son avènement. En cas de guerre, le
monarque prendra le commandement en chef de se» armées, et chacun Texercera, plus ou moins réellement, suivant les tendances de son tempérament per* sonnel. On peut observer ce fait non seulement dans; les monarchies absolues comme Tancienne Russie, mais encore dans les monarchies semi-constitutionnelles comme les monarchies allemandes, et même dans les monarchies parlementaires comme la Roumanie et l'Italie. Il y a le plus souvent d'ailleurs, à côté du monarque, un soldat de métier, chef suprême de Tarmée, mais celui-ci n'apparaîtque comme le lieutenant du roi.
Dans le gouvernement démocratique au contraire, les attributions de chacun doivent être fixées d'après ses aptitudes et ses mérites, non d'après des traditions plus ou moins respectables. Si le gouvernement est collégial, comme en Suisse, on ne saurait le charger de la conduite de Tarmée, dont la responsabilité doit peser sur un seul homme; ailleurs, ce sera peut-être un homme sans aucune éducation militaire qui sera porté par Télection à la tête de TÉlat; si c'est un soldat de métier, un général par exemple, il aura pu être choisi comme le plus digne de gouverner l'État, et non comme le plus capable de diriger les armées. Ce sont là des obstacles de fail, il en est de plus graves.
C'est d'abord que, au point de vue juridique, l'activité entière du chef de l'État peut être réglementée suivant des principes incompatibles avec l'exercice d'un commandement militaire. Par exemple, le chef de l'État serait assujetti à un contreseing, qui ne se conçoit pas pour les responsabilités rapides et complètes que doit assumer un chef militaire.
II y a aussi une autre objection : c'est que, pour des motifs historiques, la démocratie se méfie de la réunion dans les mêmes mains de la qualité de chef de TÉlat et de celle de chef militaire; elle considère cette confusion comme menaçante pour la liberté. Elle ne veut pas que le pouvoir civil se pénètre d'esprit mililarisle; elle veut qu'il soit au-dessus de l'ordre militaire tout en en restant séparé. Il y a ainsi une nouvelle sépara-
SID tJi Dà^IOGRATLE JET Ul «UERRE
lion des |>oiiV'Oirft,»oeiUe4uipouvoir civil ^t du pouvoir militaire, qui est en dehors de la forrauJe de Mouiesqvieu, nobais qui fK>urr&»t s'accorder avec la concefitiDa en, pouvoir sfédératif mise ^n avant par JLocke. 11 £aut donc, dans une certaine conoapiion démocratique, que le chef 'de rËtai.aoii le supérieur au pouvoir tmiliiaire» sans être lui-même un pouvoir militaire. Et nous aurons à rechercher comment peut, dans la pi;atique, se réaliser cette forumle en apparence paradoxale.
€es considérations ne concoraient que le commandement mililaine proprement dit, c'est-à-dire cette prérogative qui consiste à mettre les troupes en mouvement et à diriger le combat. Matjs ce n'est là qu'une partie de la condnite de la guerre. D'abord, la préparation du temps de paix en hommes et en matériel aéra ie plus souvent insuffisante. Toute l'activité de la nation dans l'intérieur du pays comme dans la zone des armées, toute son influence à l'étranger, toutes ses forces matérielles et morales doivent être mises «n «euvre vers le but suprême à atteindre. Les mesures (financières, économiques, industrielles, diplomatiques, doivent collaborer avec les opérations militaires proprement dites au résultat de la guerre. Une guerre moderne, comme on l'a souvent fait remarquer, est une guerre de préparation autant qu'une guerre d'opérations, une guerre de gouvernements autant qu'une guerre d'armées, et la victoire apparjtiondra non seulement aux plus braves, mais aussi aux plus intelligents et aux mieux gouvernés. Dans cette œuvre d'une complexité formidable, quelle va ôlre la part de chacun des pouvoirs publics? Suivant quels principes voat-ils être mobilisé}; ? (Vest là une question qui, en fait, ne se pose avec acuité devant lopinion publique qu'aux heures d'anxiété ou tout au moins d'incertitude nationale. Car si le problème académique demeure tqujours dans son intégralité, il est singulièrement dominé par le succès; l'action Teinporto ici sur toutes les théories; celui qui réussit avait raison, la victoire est le meilleur dt*s arguments.
Pour ces motifs précisément, le problème se trouve
souvent posé en pratique dans des termes assez confus; il se complique parfois en effet de manœuvres plus ou moins avouées contre le gouvernement ou contre le commandement général. Est-il besoin d*affirmer que nous le dépouillerons ici de ces éléments parasites?
Le problème s'obscurcit encore par Peffetde préjugés de doctrine ou, si Ton trouve ce mot trop holennel» d'opinion politique. Des préjugés démocratiques influeront sur Torganisation du commandement suprême : ils empêcheront par exemple qu'il soit confié à un seul chef, ou que ce chef jouisse du degré voulu d'indépendance; ou bien des préjugés du même ordre tendront à exagérer le rôle de Torgane constitutionnel qui passe pour être le plus démocratique, c'est-à-dire du Parlement, risquant ainsi de provoquer l'irruption de la démagogie dans la conduite de la guerre; au contraire» des préjugés inverses tendront à réduire à néant le rôle de la « représentation nationale », risquant de livrer le pays à l'inertie bureaucratique. — Or les considérations théoriques, le doctrinarisme pas plus que les préjugés ou les passions politiques, n'ont leur place dans ces problèmes. Il s'agit exclusivement d'une question pratique d'organisation; dans quelle condition toutes les forces de la démocratie seront-elles tendues vers le but suprême de la victoire?
Certains ne craignent pas d'exagérer, et avec les tendances les plus opposées, les difficultés du problème constitutionnel de la guerre. Il en est qui gémissent sur « rioadaptation » de notre constitution à l'état de guerre, et vont même jusqu'à affirmer qu'elle ne s'adaptera (juo par une sorte de révolution: mais, pour les uns, cotte adaptation se ferait par l'exaltation des droits du Parlement; pour les autres, par leur suspension plus ou moins complète. — Pour nous, qui n'avons jamais pensé que la constitution de 1875 exigoAt une révolution, nous avons toutes raisons d'estimer (jue ce n'est pas en présence de l'ennemi que cette révolution doit (Mrc failc. Il no s'agit pas de détruire, mais do construire; do brisor, mais d^améliorer. La pralitjue a révélé quelques défectuosités qui sont réparables avec un peu
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sa LA DÉMOCRATIE ET LA GUERRE
de bon sens et de bonne volonté. Avant d'aborder des problèmes de cette importance capitale, il faut se dépouiller de toutes les superstitions, se méfier des généralisations hâtives, des prétendues lois qui ne sont souvent que des créations arbitraires de l'esprit, et se laisser déterminer seulement par des considérations réalistes.