Joarnal officiel, 3 décembre 1915, p
Que devient, en présence Je rinstilutlon du généralissime, le rôle (lilribuè au (joueernement pnr rurticle 3 de la loi consiitutionnelle du '25 février 1870?
Dans la doclriae coiislilulionnelle, le Président de la République est le chef des années; mais, si nous doaiionïi ce lilre à un ^généralissime, n'allons-nous pas ■conlre la conslilulion ? Ne dé[)oiiiUons-nous pas le chef <le riilal, el ceux qui agissent avec lui ou en son nom, le gouvôrneniènl, le minislie de la Guerre, d'une allribulion qui leur est assurée f)ar notre texte fondamenlal ?
Je ne crois pas, pour ma j)arl, à l'inconstitulionnalilé de rinslilulion du géiiéialissime. D'abord, parce que ce personnage — et noloiis-le dés maintenant, sauf à y revewir — n'est pas le représentant d'un « pouvoir » militaire dont la création par la loi n'est pas reconnue par la constitution; il est un simj)le agent d'exécution, auquel, pour des raisons de la plus haute opportunité, le bon sens impose de concéder la liberté la plus grande. Une comparaison avec un autre ordre d'idées aid(u*a ii conq)rendre ces i)roposili()ns : c'est le Président de la République qui, par un décret, opère la délimitation générale du domaine })ublic fluvial et maritime; ce[)endant ce n'est pas lui ipii fait les opérations technicjues dont ce plan est l'aboutissement. La liberté reste entière [)Our la meilleure oi'ganisation du service tecliui(|ue et on peut mettre à sa tète un ingénieur en chef général. En ^^e^ond lieu, cet'e institution est constilutiunnelle parce (]ue le gouvernement ne sedépouille pas en réalité, au prolitdu généralissime, de la part qui doit èlre normalement la sienne dans la conduite de la guerre.
(JiuA est d abord le rùle du ministre de la Guerre? Tau<lis qu'il confie au généralissime la direction gêné* raie des opérations, le ministre de la Guerre reste Vadniinistnitcur de l'armée, il en est le porte-parole devant le Parlement, lorsque s'y discutent les crédits, les
voies et les moyens. Il est un chef d'approvisionnement et d'informations. Selon l'expression du maréchal de Moltke, il est celui qui forge les traits; les diriger et les lancer, c'est le rôle du généralissin^ * I
Quant au rôle du gouvernement, considéré dans son ensemble, il a été défini avec une précision admirable dans celte formule de M. Briand, président du Conseil : « Le gouvernement a la direction politique de la guerre et le contrôle des opérations militiiires^. " Le gouvernement conserve d'abord la direction politique de la guerre. C'est l'attrîbulion (pie lui confie la constitution et cpi'il n'a pas le droit d'abdicpier et qu'il n'abdiquerait pas sans compromettre gravement les chances de la victoire. « Le gouvernemenl, qui assume la charge de& intérêts vitaux du pays, a seul qualité pour fixer le but politique de la guerre. » (Décret du 28 octobre I9i3.) La direction polili(piQ de la guerre ne peut pas élre confondue avec la direction des opérations. Son utilité ap{)araît principalement dans la guerre contre une coalition; c'est an gouvernement qu'il appartiendra de donner les grandes idées directrices conformes à ses desseins politiques; il désignera l'ennemi principal, prescrira de prendre TolVensive sur tel point, de garder la défensive sur tel autre, de transporter i\i'<> trou[)es dans telle 011 telle région. 11 fixera les-objeclifs, laissant aux techniciens militaires le soin de prend le les mesures
1. Certains onl voulu présenter reUe conrcplion du nMe du mini^L^e de la (.îiitM're comnjc uno r()ncoj)ti()n répiililir.'iinc, cl cet exemple nous appren<l roin!)n'n il faut nous drtier d«' remploi abusif de celle 6li(juelle. « On a toujours juMisé en France, et nolamnienl dans le parli répiihlicdin, jusqu'A ce jour tout au moins, rjue le ministre de la (iuerre n'était (pi'un préparateur, qu'un administrateur, et (|u'il y avait à côté de lui, pour la cofiduite, pour la direction de«^ armées, un liomme, (pie vous l'appeliez vice-président du Conseil si||)(i rieur de la truerre ou que vous lé pariez de tout autre titre, qu'il y avait un chef suprême chai-gé de la direclion des opération-. Nou^ avons toujours cru que, dès le début des hostilités, tout le monde, y comiiris le ministre et le gouvernement, s'inclinerait devant l'autorité d'un chef suprême, désigné à l'avance, et surtout — j'insiste sur ce point — préparé à J'avance à la tAche formidable qu'il doit accomplir. »: André liesse, 23 juin V.i\\,Journat officiel, \t. 2414.)