‹ Démoctatie, et politique étrangère;Chapitre 91 sur 137 · février iyi6, Journal officiel, Ch., p · texte numérisé non relu

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propres à les atteindre. U appartiendra au gouveraement de prescrire une oiFensire afin de soulager les alliés d*Hne pression trop forte, d'ordonner de défendre une place forte coûte que coûte, parce qiie la chute de ila place pourrait avoir une répercussion fâcheuse dans l'opinion du pays et du monde (Verdun). C'est au gt)uvernement qu'incombera la décision sur le grave problème de savoir si la capitale doit être défendue comme une ville' quelconque ou s'il vaut mieux la livrer pour sauvegarder ses richesses artistiques, historiques ou monumentales (instructions du gouvernement au général Gallieni avant la bataille de la Marne); c'est au gouvernement qu'il appartiendra de décider de dégarnir un front pour tenter une expédition dont le succès militaire est douteux, mais dont la nécessité au point de vue diplomatique est certaine; c'est au gouvernement, et au gouvernement seul, que revient la responsabilité et l'honneur d'avoir décidé l'expédition de Salonique; les militaires pouvaient critiquerTopération, qui dégarnissait un front qu'ils considéraient comme principal, mais le gouvernement avait cependant le devoir de leur imposer sa volonté sur ce point, parce que cette expédition pouvait paraître nécessaire diplomatiquement comme susceptible*de décider des neutres encore hésitants. Il appartiendra au gouvernement de décider que, pour des considérations d'ordre général dont il est seul juge, l'offensive doit se déclancher aux environs de telle date, laissant aux autorités techniques le choix de l'heure et des moyens. Le gouvernement a le devoir de contrôler les doctrines militaires : notamment celle-ci que les objectifs géographiques importent peu, et qu'il faut seulement que l'armée reste intacte; c'était peutêtre vrai pour les guerres anciennes, ce n'est plus vrai pour les guerres formidables des temps contemporains: si la ligne de notre front avait été fixée dans la région de Lens, à 20 kilomètres à l'ouest des points où elle passe, nous économisions 2 milliards par an, nous pouvions « tenir n sans gêne, nos usines de guerre étaient largement approvisionnées... Le gouvernement doit prendre ses responsabilités, il doit gouverner \a guerre. On voit

<{aelle est Timportance de son rôle à ce point de vue ^ Mais ce n'est pas tout : le goavernein«iit a encore le contrôle des opérations militaires. Il est responsable^ visà-vis du Parlement et d a pays, des opérations tech* niques elles-mêmes. C'est lui qui désigne le chef de l'armée et les autres généraux ; il leur a donné sa confiance, ils doivent la conserver. Cette confiance ne doit pas être aveugle ; elle doit être le résultat d'un contrôle des opérations techniques elles-mêmes. Le contrôle du technicien par le non spécialiste, par Thomme simplement intelligent, de culture générale, est toujours infiniment délicat, mais il y en a des exemples courants dans la vie quotidienne : le propriétaire contrôle son architecte; Findustrie], son ingénieur; la famille, son méde* cin. Ainsi le gouvernement doit contrôler le commandant militaire; si les chefs qu'il a choisis viennent à lui apparaître comme insuffisants, il doit en appeler de pins capables. Sans doute, c'est une œuvre d*une énorme difficulté, mais personne n'a jamais prétendu que les tâches du gouvernement ne supposent pas une grande somme d'intelligence, d'activité et de volonté, personne n'a jamais douté qu'il ne soit appelé à prendre parfois des responsabilités formidables. C'est son rôle, c*est sa mission, il doit s'en acquitter évidemment avec infiniment de tact et de mesure, sans prétendre empiéter sur

1. M, André Hesse n'avait pas aperçu ce côté capital du problème lorsqu'il déclarait inutile la conception de la direction poliiique de la guerre ; il n'admettait que cette instruction : « Soyez victorieux !... ^)uand le canon parle, il vaut mieux que les hommes politiques se taisent. » (23 juin 1911, JourntU officie!^ €b., p. 2.513.) Bismarck, dans ses Soiwenin, indique bien le rôle respectif de Tautorité civile et de l>utorité militaire en temps de guerre : « La tâche de la direction de l'armée se propose l'anéantissement des forces ennemies ; le but de la guerre, c'est d'obtenir la paix à des conditions en rapport avec Ta poliiique poursuivie par l'Etat. Le soin d'établir et de limiter les résultats qui doivent être atteints par la guerre, la préoccupation pour le prince de délibérera ce sujet est et demeure, pendant comme avant la guerre, un problème politique. Les voies et moyens employés dépendront toujours de cette question: a-t-on voulu atteindre le résultat finalement obtenu ? ou plus ou moins t Veutron exiger des cessions de territoire ou y renoncer? Veut-on obtenir la possession d'un gage et pendant 4^ombien de temps? »

le domaine réservé des techniciens, et surtout sansporter atteinte à l'autorité et au prestige nécessaire des chefs. « Celte double action du gouvernement, disait M. Briand, direction politique de la guerre, contrôle des opérations militaires, s'exercera d'une manière consciencieuse, mais de telle sorte qu'elle ne puisse en rien préjudicier au prestige nécessaire et à rautorité des hommes qui ont la charge de mener nos soldats à la bataille*. »

Tout le monde paraît d'accord sur ces principes évidents, et pourtant il y a eu, à certains moments de la guerre, un malaise impossible à nier : il y a eu une question des rapports du gouvernement et du haut commandement^. Quelques hommes polili<iues, au patriotisme inquiet, se sont alarmés d'un certain nombre de faits que l'on peut grouper en deux catégories : i" cmpiéleuients du commandement militaire sur le rôle du ministre de la (luene; '2" conception exagérée de l'autonomie du commandement.

1. Ch. (iép., 28 janvier llUr», Journal officiel, p. \7>^K — \ous avons ciileiidu nous hMimn' ici à IrliKh' «In rôle du g(»uvorncincnl on co <iui conroriio ]<^s ()p('r.'iti<»n> do trucrro {)i()pi'o nient diU\ rn.'iis nous n'avf>ns i)ns prclciidu exposer In toLdilé de laclion gouveiinMuentale en ca*^ de guerre, la direelion générale (h' la guci-re, W rn\ ilaillrn^ent en lioinines. \ivu'~. armes, muni! ion.-, ni/déricl de toule nalure, le- coininunit-ation'^ a\ec l'aiTJèie, ele. ; toute celte niiso en ni()u\ement de cet énorme niécaiii.>Mu^ ((u'e'^l une armée mmlerne su}tpo>e une rtdialxïration parlicuiicrement aeli\e et spéciale de lou> K\s départements niini-lôiii'ls.

2. Demandes d inlei'pellalion de MM. Ar-î-amlir.iy el P.rizon, 28 jjinit'r li'H); interpellation de M. Altel l-"erry, Is février 11U(>. La démoeralie franrai.-e nesl i)as la ^eule à ronnaîh'e les difficullés des ra]»porls enli-e le gouvern''nn'nt rt Taiiloi ile militaire. La démocratie sui>se en conn.iit d'aussi graves en simple temps de neutralité. Voir le Tt'injui,:^ mars VMy\: Journal de Gendre, 2> mar- liUr, ; (inzclh' de Lausanne, 2'1 mars T.'K*» : rélalmajor suisse, craignant des ti-nuldes t\ propos de l'acquiUcment de^ c(doncds cpii avaient livré des ^ecnds à l'Allemagne, ordonne ae sa propre autorité la prépai-ation dé trains en vue de transports de troupes dans la Sui^'se romande. Ouoi([ue ce tran>-port n ait pas été elTeetué, la préparation a engagé des frais qui sont retombés à la charge de ri:tat. Or le maintien de l'ordre en Suisse n'api)artienl aucunement à l'autorité militaire, mais an pouvoir polili(iue : dahord à la commune, en second lien au pouvoir cantonal, et en cas d'impuissance ou de réquisition de ce pouvoir, au Conseil fédéral.

i<* Personne n'avait prévu et d'ailleurs n'aurait pu prévoir ce que devait être làguerre formidable qui désole aujourd'hui l'Europe et le monde. Les règlements ont été faits en vue d'une guerre de mouvement, d'opéralions qui devaient se dérouler loin de la capitale, et en considération d'un système de communications beaucoup moins rapides que celles d'aujourd'hui. On prévoyait qu'à mesure que la guerre se déplacerait, elle devrait être suivie par un organisme complet susceptible de faire face à tous ses besoins. Une expédition comme celle du Mexique, ou m^me celle dé Crimée, doit être autonome, son commandement doit pouvoir trancher quantité de questions administratives sans recourir au ministère delà (iuerre, éloigné de plusieurs milliers de kilomètres. Mais actuellement, comme on l'a dit, .un taxi pris place de l'Opéra pourrait, en moins d'une matinée, conduire aux lignes allemandes telles qu'elles sont fixées depuis près de trois ans ; dans ces conditions, le grand quartier général n'a besoin d'être qu'un posie de commandement, el, en fait, il était devenu dans la première période de la guerre un véritable minislère qui se dressait en face de celui de la rue Saint-I)ornini(iue ; c'était le ministère de. la zone des armées, par opposition au ministère de l'arrière. Dans ce minislère de la /one des armées, (\m fonctionnait à une soixantaine de kilomètres de l'autre, on aurait trouvé, d'après les .interpcllaleurs, le double dr la plupart des bureaux du ministère de l'arrière...; il en résultait naturellernenl des déperditions de forces, par suite des doubles emplois, et aussi des perles de temps et d'autorité à raison de l'incertitude des compétences. Bien plus, des services (pii étaient de la compétence du grand quartier général auraient été mieux à leur place au ministère de la. (juerre : le battage du blé dans la zone des armées, l'administration des vallées reconquises de rAlsace...

Ces froissements, ces pertes d'hommes, de forces et de temps étaient le moindre inconvénient de cet état . de choses; ce n'est pas seulement pour le vain souci de revendique!' des compétences que 1 on réclamait l'admi-

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nijîtra.tion poar le ministère de la gnerre, en laissant le commandement au général en chef; c'est que la tâche propre da général en chef est déjà formidable : il doit mener une armée géante, dans laquelle le nombre des seuls morts dépasse déjà le chiffre des armées napoléoniennes ; il doit assurer la liaison avec les alliés, se tenir en rapports constants avec ses généraux, diriger l'ensemble sans perdre de vue les détails, se porter sur les points où sa présence matérielle est nécessaire sans oublier la bataille qui se déroule sur des centaines de kilomètres! Et cette tâche déjà formidable, on l'alourdirait, sans utilité, des mille soucis mesquins d'une administration quotidienne. Il était urgent de porter remède à cette boursouflure évidente d'un organe de commandement qui, par l'effet de textes désuets, s'était laissé envahir d'administration I

2° Le malaise est provenu en second lieu d'une conception exagérée de l'autonomie laissée au commandement. Ce n'est pas assez que d'appeler le Grand Quartier général : le ministère de la zone des armées ; car c'est un ministère qui a manifesté, et cela sans doute à l'insu du général commandant en chef, de véritables prétentions à l'indépendance. Il y a^une sorte de syndicalisme militaire. Hâtons-nous de rendre cette justice aux militaires, qu'ils ont le plus haut idéal de leur mission et qu'ils s'y consacrent avec un admirable dévouement; il n*en reste pas moins qu'ils ont, depuis longtemps, cette tendance à vouloir s'acquitter de leur tâche propre avec rindép(?ndance, que réclament pour eux-mêmes les fonctionnaires syndicalistes, à l'égard de l'autorité du gouvernement qui incarne l'autorité de l'État. Il y a eu de la part du Grand Quartier général une velléité d'établir le long de la zone des armées un mur infranchissable pour les autorités de l'arrière, c'est-à-dire poiur les autorités gouvernementales. On arrivait ainsi à une dualité de pouvoirs et de gouvernement.

Nous pouvons, sans entrer dans les détails, relever -quelques traits caractéristiques de cet état de choses. Il y a des agents qui sont l'œil direct du ministre, c'està-dire du gouvernement, surTadministration de Tarmée :

4ce sont les contrôleurs. Dans les premiers temps de la guerre, ils n'ont pas pénétré dans la zone des armées. Il y aurait eu d'autre part, dans la même zone, une «résistance aux ordres du minisire tendant au renvoi à Tarrière des ouvriers pour les usines d.e munitions *.

Bien plus, deux sous-secrétaires d'État militaires, le sous-secrétaire d'État à Tlntendance et le sous-secrétaire d'État du Service de santé, ont rencontré 'des obstacles à l'accomplissement de leur mission dans la zone des armées. La lettre du sous-secrétaire d'Élat à rintendance, en date du 20 janvier 1916, annexée au rapport de M. Abel Ferry, est particulièrement instructive et caractéristique: « En ce qui concerne la vérification de ceJt distributions de vêtements... l'étude sur place, que j'ai tenté de faire à ce sujet, na pas été autorisée par le Grand Quartier général. » Ajoutons d'ailleurs -qu'un troisième sous-secrétaire d'État militaire, celui de l'Aviation, M. Besnard, a officiellement motivé sa -démission par les résistances qu'il rencontrait de la part de ses subordonnés militaires, déclarant qu'il ne pouvait conserver une responsabilité à laquelle ne correspondait pas une autorité suffisante.

Ces faits paraissent certains, ils sont bien regrettables, non pas seulement au point de' vue, secondaire <lans la circonstance, des principes constitutionnels cl <lu respect des compétences, mais au point de vue de la bonne utilisation des forces nationales. Ils ne peuvent plus se reproduire depuis que le général Lyautey a étendu l'autorité du ministre dans la zone des armées {décembre 1916). Le commandement militaire doit jouir d'une grande liberté dans la conduite des opérations militaires, mais il faut se garder des erreurs de principe sur la nature de cette liberté. Ce n'est pas une indépendance analogue à celle du pouvoir judiciaire; la loi et le droit constitutionnel coutumier autorisent par -exemple la Cour de cassation à exclure de ses délibérations le ministre de la Justice et le gouvernement et

1. QuestioQ de M. Accambray et réponse du général GaUieoi, 28 janvier 1916.

ceux-ci ne sont pas responsables de ses décisions. Au con* traire, le gouvernement demeure responsable des acte» du commandement militaire; celui-ci ne saurait dope aucunement revendiquer à son égard une indépendance analogue à celle d'un pouvoir ronslitulionnel. L'indépendance reconnue au commandement militaire, c'est celle du technicien à l'égard d'un supérieur dépourvu des connaissances techniques ; le supérieur s'incline devant le spécialiste, mais il n'abdique pas^

S'il en est ainsi de la direction technique des opéralions de guerre, à i)lus forle raison l'autorité du gouvernement, du ministre et des sous-secrétaires d'Étal doit-elle subsister complèlement dans le domaine des matières purement administratives à propos desquelles les froissements se sont produits. Kl sans doute, il eût mieux valu (jue ces froissements fuissent réglés dans le silence; ils ont été aigris par les amours-propres excités des bureaucralies en conllil, gonflés par le zèlc(^\agéré de quelques-uns, peut-être inconsciemment envenimés par les i);issions poIili(iues de quehpies autres. Ils n'en consliluent pas moins le syinplome d'un vice dont je me garde d'exagérer la gravité dans le fonclionnement de la machine -.

El sans doute, on est tenlé dans ces problèmes où tout est question de nuances, de <k'dicat équilibre, de doigté, de mesure, de mise au point, d'exagérer dans un sens ou <lans l'autre. Je ne suis aucunement de l'avis de cr liaut j)ersonnnge ^ (jui disait il y a quehpies mois : « Le gcuéralissiuie doitcMrc le doinc.-ticjue du ministre

1. Au momiMil de Ja visil»' do- /oj»p(dins sur l'aiis, los journaux avaitîMl annoncé que M. Ii('-.iiar(J, sons-socrctaire d'iitalà l'a\iali(jn, avail j)ris les niesiirc-i n(*MM'.->aiios, mais nne note d'alIuio.ofli«-iiMise en 4* paLre an 'fenijni recUiiait : <• Celle information er^t erronée, c'est à l'anlorilé niihtaire (ju'il appartient de prendre les mesures convenal)Ie>. »

2. M. Abel Ferry, sous-<ecrélaire d'Klal dans un des précé-^ dents ministères, a déjiosé une projjosilion de résolution « tendant à inviter le i^'ôuvernemenl à exercer son droit de contrôle* sur l'ensemble des forces nationales mobilisées, c'est-à-dire sur la zone des armées aussi bien que sur la zone de l'intérieur » (Ch. dép., 18 février 191(5, Journal officiel, p. 320].

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