‹ Démoctatie, et politique étrangère;Chapitre 95 sur 137 · Discours (lu 25 septembre lî · texte numérisé non relu

Discours (lu 25 septembre lî

2. Voir la longue étude parue, les 20 et 22 mai 1917, dans la Kœlnische Zeilung, soufà ce titre : Ziele und Wege der Wellpolit ik.

Joseph-Barthélémy. 2.>

3m LA DÉMOCRATJE DBS NATIONS

sysiémalique. Après être devenu. rami, ou plufôt le vassal de son vainqueur de Sadowa, il a oublié toutes le» rancunes et aussi toutes bes doctrines que devait avoir le souverain du pays de Metlernîch pour rechercher ralliance de Tltatie de la Révolution, de la Démocratie, de la Nationalité *.

II ne parait aucunement que les amitiés de la France aient jamais été en raison directe du degré de liberté politique des nations avec lesquelles elle avait à traiter. Avant de faire entendre, sur ce point, les froides leçons de rbistoire, proclamons que personne plus que nous n'éprouve de confiance, d'admii'alion, d'enthousiasme pour le magniTique bloc, actuellement constitué, de l'Occident libéral. C'est pour nous un fait capital, susceptible de marquer un tournant de l'histoire et de produire un bouleversement dans la physionomie de la société des nations que la réunion, dans la môme lutte sacrée, des trois nattons démocratiques dont les idées fondamentales ont trouvé leur expression définitive" dans la Déclaration des Droits de l'homme et du citoyen. Mais combien ce présent certain et cet avenir que nous espérons diffèrent d'un passé encore récent! Ce n'étaient pas toujours des sentiments de tendre affection familiale qu'éprouvaient les enfants de la libre Angleterre pour ceux que Gladstone appelait leurs cousins d'outre-mer. 11 n'est pas douteux que les ana* logies existant entre les mœurs politiques de la France et celles de TAngleterre ont constitué une sorte de ciment sentimental qui a singulièrement resserré l'alliance, mais après combien de siècles de rivalités et de guerres ! Les Anglais ont occupé Calais ; ils ont régné trois cents ans à Bordeaux; ils nous ont pris l'Inde et le Canada; nous avons favorisé contre eux la révolte de leurs colonies d'Amérique; ils ont brûlé Jeanne d*Arc et t'ait mourir Napoléon à Sainte-Hélène. Le niiracle de noire amitié actuolir a été oporé surtout par la vertu des crimes allemands. Tout semblait nous séparer d'avec

1. \ oir le beau portrait de IXené Piiion, François-Joseph : Essai d'histoire psychologique, 11H7.

INTRODUCTION dST

la Russie : l'histoire, le climat, la race, la façon de sentir, de penser, de pleurer, de riire : nous sommes surtout la France de la Réyolulion, et la Russie était le pays par excellence de l'autocratie. L'alliance franco-russe devait donc paraître, d'après la logique a priori, contre nature : cependant la Révolution, qui lui réserve peut-être un avenir de plus grande intimité^ ne semble pas lui avoir apporté, jusqu'ici, une force nouvelle I Par contre, la France de la Révolution a toujours trouvé une amie Qdèle dans làTurquieautocratique; mais» lorsque le gouvernement ottoman passa entre les mai^s de certaina hommes qui se réclamaient des principes de la Révolution, qui prétendaient afficher les Droits de l'homme dans les mosquées, faire alterner les articles de la Déclaration avec les versets du Coran, et refoudre tout l'Islam d'après les principes de la philosophie d'Auguste Comte, alors la Turquie s'est jetée dans les bras de l'Allemagne autocratique et contre-révolutionnaire. Ce n'est pasTanalogie des institutions politiques, mais la seule concordance des intérêts qui doit déterminer les alliances. La diplomatie française doit poursuivre exclusivement la grandeur de la France ^ Elle doit faire complète abstraction d'un dogmatisme politique qui pourrait nous (aire manquer l'occasion d'une alliance avantageuse et nous livrer iso. lés à des adversaires auxquels une notion plus saine de leurs intérêts véritables aurait permis de se concerter. Cependant, comme toutes les idées politiques, celle de la séparation de la politique intérieure et de la politique extérieure deviendrait fausse si on prétendait lui donner un caractère absolu. Comme il y a eu desFran- » çais qui essayaient de dresser des obstacles h l'alliance russe au nom dés principes démocratiques, il y a eu des Russes, et jusque dans le gouvernement, qui n'ont pas dissimulé leur répugnance pour nos institutions démocratiques. En faisant valoir auprès des représentants de l'autocratie russe les dangers de contagion de la liberté républicaine, les agents de l'Allemagne ont peut-être

1. Voir \o.A ol)!5ervalions très snges de M. Rouanel, Revue sociaîhle, lîMM, t. I, p. 100, cl le «liscours de M. Jaurès, le 23 janvier ltK)3.

réussi à retarder Talliance. Les pourparlers ont été momentanément refroidis par certains actes de la politique française, de caractère interne, mais de répercussion internationale : le projet de gracier Berezowski,Ie refus d'extrader Hartmann, la grâce de KropotKine, etc. D'autre part, Talliance fut favorisée par l'arrestation à Paris d'une bande de nihilistes qui ourdissaient un complot contre la vie de l'empereur *.

C'est précisément la Grande Catherine qui a dit: «Le premier devoir d'un roi, c'est d'être royaliste. » On ne peut nier que certains actes de la politique internationale aient été, jusqu'à un certain degré, inspirés par la solidarité des trônes : la Sainte-Alliance de i8i5 était dirigée contre les aspirations nationalistes, mais aussi contre les idées libérales; l'alliance des trois empereurs (Autriche, Allemagne, Russie) au lendemain de 1870 tendait à défendre le statu quo territorial, mais était basée aussi sur la crainte de l'esprit révolutionnaire ; Bismarck y avait attiré la Russie en prétextant la défense en Europe du « principe monarchique^ ». L'histoire dira peut-être un jour si certaines hésitations de la politique des Alliés en Grèce ne pouvaient pas s'expliquer par la volonté des gouvernements anglais et russe de ne pas faire subir au trône grec un ébranlement qui se serait peut-être propagé aux autres trônes de l'Europe. Mais, en somme, cette détermination de la politique internationale par la nature du régime intérieur ne présente qu'un caractère accidentel : Guillaume II est rallié des Jeunes-Turcs qui ont violé, en Abdul Hamid, le principe de légitimité^ et quant à sa solidarité avec les rois, il en a donné une idée par sa conduite envers Albert de Belgique et Pierre de Serbie,

Ce serait encore une erreur de croire quo, toujours et dans tous les cas, la politique interne n'ait aucune in»

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