‹ Démonstration de l'authenticité de la GenèseChapitre 19 sur 43 · Chapitre XIII · texte numérisé non relu

Chapitre XIII

Les chap. xxix, xxx et xxx, si frappants de vérité hislorique dans les tableaux qu'ils nous donnent des mœurs ie ce temps patriarcai, embarrassent beaucoup la critique rationaliste. Elle ne sait comment concilier leur unité qui est évi- dente el que Vater avoue { avec l'emploi alleruatif qu’on y remarque des noms de Dieu. La chose n’est pourtant pas si difficile. Voyons d’abord le ch. xxix.

Nous y trouvons le nom de Jéhovah à l'occasion de la naissance des quatre premiers fils de Lia (v. 31-35). Cela doit être, puisque le rapport de Lia avec Rachel était de telle nature que Lia devait voir dans sa fécondité un événement qui la vengeait de la haine qu’elle endurait de son entourage (v. 31).

Dès lors son langage devait se ressentir de l’état de son âme, elle devait faire intervenir le nom de Jéhovah, le Dieu per- sonnel et vivant, le vengeur de l'injustice. Mais ensuite, et à mesure que les rapports hostiles s’affaiblirent, la conscience religieuse de la présence de Jéhovah dut s’affaiblir aussi, de sorte que les naissances de ses 5° et 6° fils rentrèrent purement ét simplement peur elle dans l'attribution de la Providence; elles sont donc mentionnées avec le nom d’Elohim?. Le langage d’£ve, à l’occasion des naissances de Caïn et de Seth, nous a présenté cette même différence:

! Commentar üb. den Pent., 1, 724.

? Genèse, xxx, 17-20; cf., C. 1V, 1, 25.

Quant à Rachel, il né pouvait lui venir à l'idée d'avoir recours à Jéhovah, elle qui portait envie à sa sœur !. Avec des dispositions pareilles, avec une conscience troublée par de vives passions, elle devait craindre de prononcer le nom redoutable de Jéhovah, et ce n’est que lorsqu'elle croit que Dieu l’a regardée dans sa miséricorde en lui donnant un fils, qu'elle ose le faire et espérer qu’il continuera à lui être favo= rable {v. 23,24, Pour l’auteur, il suit les dispositions intérieures des deux sœurs; il dit Jéhovah ou Elohim, selon que l’exigent ces données objectives. Le seul endroit où le non d’Elohim pourrait paraître singulier, c’est lorsque Jacob dit : « Suis-je à la place d’Elohim qui l’a refusé des enfants ??» On s'attendait à lire Jéhovah, puisque Jacob devait avoir la concience que ses fils, comme pères d’une postérité bénie, étaient un don de Jéhovah. Mais toute perplexité disparaît quand on lit ce qui précède. Rachel äit à Jacob : « Donne-moi des enfants.» À cela Jacob répond : Suis-je Elohim ? Le mot est juste, car il fait ressortir l’exigence de Rachel qui oublie la dis-

tance qu'il y a entre le pouvoir humain et la PUS

divine.

Le nom de Jehovah dans la bouche de Laban (v. 27) trouve |

son explication dans ce que nous avons dit déjà à l'occasion “4 même fait, relaté au ch. xx1v, 31, 50.

Dans le chap. xxx1 c’est Jéhovah qui dit à Jacob de retourner au pays de ses pères el qui lui promet de veiller sur lui. C’est en effet Jéhovah sous la protection duquel il y était allé$. Mais ensuite Jacob, en parlant à ses femmes, se sert toujours du mot Elohim. Il semblerait que l’eniploi de ce nom manque quelquefois de justesse, surtout dans le v. 1 (13), où Jacob dit que c’est l’ange d’Elohim qui lui a ordonné de retourner

au pays, tandis que cet ordre, d’après le v. 3, est venu de

Jéhovah. Mais il ne faut pas perdre de vue la qualité des personnes avec qui Jacob fait la conversation. Il est vrai que le nom de Jéhovah, comme nous l'avons vu, n’était pas inconnu

aux femmes de Jacob, cependant leur conscience religieuse

1 Genèse, xxx, 1.

2 Jbid., xxx, 2.

+ Jbid., xxvi, 15.

sn TRE ne

lainsi que le dit Hengstenberg), ne les élevait vers lui que dans des moments solennels ; habituellement elles ne le connaissaient que comme Elohim. Eh bien, Jacob se mel à leur portée, comme aussi à celle de Laban, dans le v. 42. On peut dire que Dieu même observe cette condescendance ; il apparaît à Laban comme Elohim (v. 24), tandis que ses paroles, qui se rapportent au voyage de’Jacob, montrent qu’il parle en sa qualité de Jéhovah. Cependant Laban se sert du nom de Jéhovah en disant à Jacob : « Que Jéhovah voie entre mai et toi, lorsque nous nous serons l’un l’autre perdus dé vue» (v. 49). Sans doute, car Laban sait fort bien que le nom de ses dieux (v. 30), les Teraphim (v. 19), n'aurait fait aucune impression sur Jacob, et il lui importait de produire une forte impression sur son gendre. Qu'immédiatement après (v. 50} il emploie le nom d’Elchim, cela ne saurait surprendre, car Elohim, Dieu, est ici par opposition à tsch, l'homme.

L'emploi des noms de Dieu n’offrant donc pas la plus petite brèche pour entamer lPunité de ces chapitres, la critique ralionaliste ne pouvant se résoudre à le reconnaître, cherche,

pour s’en dispenser, midi à quatorze heures. Il y a, dit-elle,

deux étymologies différentes du nom de Joseph; donc le morceau 1 à 23 du ch. xxx est un document différent de celui du reste du chapitre. Les versets qui servent d’argument, les

voici : « Ellé (Rachel) conçut et enfanta un fils; elle dit : Elohim a enlevé mon opprobre. Elle l'appela Joseph, en disant : Jéhovah me donnera encore un fils.» Ainsi, suivant le v. 23, le nom de Joseph (nov) est dérivé de la racine ADN ôter, enlever; suivant le v. 24, de la racine nù° ajouter. Est-ce qu’il y a là une raison contre l’unité du chapitre? Non, certes ; car ces deux racines sont congénères et on peut les considérer comme un seul et même verbe ?. Cela résulte en outre de leur signification, puisque ñoN a aussi bien le sens de joindre que d’enlever ; c’est même son sens premier et principal. La chose s'explique aisément, et on s’en assurera pour peu qu’on veuille réfléchir à ces paroles de Rachel :« Dieu a enlevé mon opprobre. — Dieu me donnera encore un fils. » Les deux significations se confondent dans le sens philosophique en une seule et même

* Haevernick, Handbuch der h.-kr. Einl., 1, 1, 228.

signification, comme les sentiments, que ces mots expriment, se confondaient dans le cœur de Rachel en un seul et même sentiment, le sentiment de la grâce de Bieu qui est le don par excellence, soit q'ril ôte, soil qu’il ajoute. Loin donc d’appar-

tenir à deux documents différents et de scinder le chap. xxx,

ces deux versets en sont au contraire le lien Le plus solide, et une des preuves les plus fortes, les plus positives de son unité.

Et c’est en vain que, pour rendre suspecte l'authenticité de ces chapitres, de Wette se rejettesur les autres allusions étymologiques qu'ils contiennent en grand nombre et qu’il dit : «Les étymologies des nomsdes fils de Jacob sont en partie très-forcées — sehr geziwungen—et, certainement, toutes sont inventées!. » Ce qui est cerlainement très-forcé, c’est celle conclusion. De Welte prouve-til au moins en partie ce qu’il avance pour

le (out? Nullement, il ne cite qu’un seul exemple, etson mal- :

heur veut que par cet exemple il prouve précisément ce qu’il conteste, la solide authenticité du texte. En effet, en disant que le mot F3N° s’expliquerait plus naturellement par « regardez (N°) le fils,» il abonde dans le sens dæ texte, qui dit?: «Elle l’appela Reouben, car, dit-elle, c’est que Jeboyah a vu (nn) ma peine, » et la preuve : voyez le fils (reou-ben) qu’ilm’a donné.

Maintenant, pour ce qui est de la vérité historique de la narration même, elle saute tellement aux yeux qu’il suffit d’une simple lecture pour en acquérir la certitude la plus entière. Ua auteur préoccupé du soin de la gloire nationale d'Israël, un faiseur d'histoire, par conséquent, n’aurait certes pas raconté tout ce que nous lisons dans ce chapitre, et la preuve c’est que Josèphe le regarde d’assez mauvais œil 5. Comment, en effet, les Juifs n’auraient ils pas été mécontents de voir que plusieurs de leurs patriarches étaient le fruit du concubinage? Mais l’auteur de le Genèse ne songeait pas au «qu’en

» dira-t-on?» Ce qu’illuiimportait de faire connaître c'était la

part de Dieu dans l'éducation de la race élue, qui, pour être élue, n’était pas impeccable.

Passons au chap. xxx.

! Beitrüge s. 128.

? Genèse, xXXIX, 32, + Josèphe, Antiq. Jud,, 1, 19.

. La critique adverse ne comprend rien à ce chapitre; elle en fait donc un mythe, ou, comme dit Hartmann, une imagination de la folie humaine, eine Erfindung menschlichen Aberwilzes.

Cependant il ne saurait y avoir une narration qui présente de plus forts motifs de crédibilité que celle-ci. Jacob retourne dans son pays; il doit craindre la rencontre d’Esaü qui avait dessein de le tuerf. Mais Dieu veille sur son élu?; Jacob le sait 3, Il peut donc s'attendre à ce que Dieu lui manifeste la manière dont il doit se conduire avec Esaü. Lors donc qu'il rencontre des messagers célestes, des anges d’'Elohim, malaké

Elohim (v. 1), ce lui est un trait de lumière. {l se conforme à Pindication, et après qu’il a établi son camp à la station des anges, d’où le nom de Hachanaïim, «les deux camps,» il envoie des messagers (malakim), v. 3) vers son frère pour se réconcilier avec lui. La possibilité des manifestations de Dieu étant admise, je ne vois pas ce qu’il y a de raisonnable à objecter contre ce commencement de notre chapitre, et si on ne l'admet pas pour soi, il fant du moins l’admettre dans l’esprit de l’auteur du Pentateuque.

Quant au second fait, la lutte de Jacob avec un homme (en) #, c’est-à-dire un ange Nm, il est, si toutefois cela est possible, d’une vérité historique encore moins contestable, puisque, indépendamment des preuves intrinsèques, que j appellerais les preuves divines, la narration en fournit destémoignages matériels, un nom de lieu, Peniel, « face d’Elohim $, »et une coutume immémoriale (v.32). Le nom de Peniel témoigne de l'authenticité du récit, puisque le lieu qui le portait se distinguant fort tristement, dès le temps des Juges7,

ilest évident qu'aucun des auteurs que la critique suppose à

la Genèse, n’aurait pu choisir un endroil aussi mal famé pour

y rattacher un événement qui constituait le titre d’honneur

1 Gen., XXVII, 41 8.

3 Jbid., xx VIN, 19.

> Jbid., xxxi, à.

4 {bid., xxxur, 24.

5 Jos., xii, 5.

# Gen., xx, 30.

* Jud., wir, 4 8; Cf, LIT Reg., xu, 25,

pour le père d'Israël!. Et pour ce qui est de la coutume que mentionne le v. 32, comment aurail-on pu lui attribuer lPori- - gine qu’on lui attribue ici, si réellement elle était fausse? En soutenant une pareille hypothèse, on ne songe pas que le fait de la lutte, avec les circonstances qui s’y rattachent, était trèsconnu en Israël, ainsi qu’on le voit par le prophèle Osce. Et, certainement, l’importance de cet événement dans l’histoire d'Israël devait à jamais la garantir de loute altération ou de toute‘addition. Le prophète, en disant que Jacob vainquit par des larmes et des supplications, n’ajoute rien au fait tel qu'il

est raconté ici, il ne l’amplifie en aucune manière. En effet, notre chapitre fait clairement entendre que c'était la prière

qui conslituait la nature du combat de Jacob?; c’était un combat spirituel qui se termine par la bénédiction d'Elohim$. Maintenant le craintif patriarche était rendu fort contre son frère Esaüu et contre tout autre ennemi; il pouvait considérer le Canaan comme conquis à sa race“. En vainquant son adversaire céleste, il s'était soumis du même coup tous ses ennemis terrestres, avec ce qu’il appelle son glaive et son arc, \M2pP 22.

L emploi des noms de Dieu dans ce chapitre n'offre pas de

difficultés. L'usage linguistique de la Genèse demandait ici

machané Elohim, comme il demandait beth Elohim dans le

ch.xxvur; l'expression decamp de Jehovah aurait prêté à l'ana-

chronisme comme celle de maison de Jehovah. — Les maleaké d'Elohim formeñt un parallélisme caractéristique avec les maleakim de Jacob, les messagers de Dieu appellent les messagers de l’Aomme. C'est encore par la même raison d’opposition dans les idées qu’il y a Elohim au v. 28 ; le verset même l'indique: « Tu as combattu avec Dieu (Elohim) et » avec les hommes. »Que Jacob appelle le lieu de lapparition la face d’El (Peniel), et non la face de Jehovah, quoiqu'il sente, comme le prouve sa demande (v. 29), que celui qu’il a vu

n’est pas simplement Elohim, c’est parce qu'aucun nom ne

lui est expressément révélé à ce sujet; le moment de l'inau-

1 Gen., XXX11, 28.

$ V. 29, 30. * V. Gen., xLvIN, 22.

Page 1