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him qui fera que les peuples le servent et que les natiôns se prosternent devant lui? Et ce Haélohim qui opérera de telles merveilles n'est-il pas identique à Celui qui dit à Jacob : « Mot, » Jehaovah (ant Jehovak), V’Elohim de ton père Abraham et » l’Elohim d’Isaac; la terre sur laquelle tu es couché, je la don- » neral à loi el à La postérité 1?» Il me semble qu’il suffit de poser ces questions pour les résoudre dans le sens de Pabsolue unité des textes dont il s’agit ici,et, vraiment, je croirais faire injure à l'intelligence du lecteur en insistant davantage. Cependant il pent sembler à plusieursque Permloi des noms de Dieu dans ce chapitre xxvim laisse place encore à quelques difficullés. et comme nous ne voulons pas avoir l'air d'en esquiver aucune, nous allons les examiner.
.. Dans le récit du songe de Jacob, songe que De Wette trouve trop philosophique pour qu’il ne doive pas être attribué à un poèle, Dichler, des temps postérieurs, tändis que Hartmann, le champion du culle épuré äe Dieu, le trouve indigne, unwürdig (que ces messieurs s’arrangent de lindignité de leur philosophie), dans ce récit les anges d’Elohim (malaké Elohim) montent et descendent l’échelle. Sans doute, car les anges ne pouvaient être considérés ici que dans leur qualité générale dé messagers du Ciel, comme des êtres qui font la correspondance entre le ciel et la terre. Mais quand l'auteur vient à l’applivation speciale du songe, au rapport qu'il a avec Jacob fils d’Isaac, fils d'Abraham, la famille élue, et qu’il s’agit de préciser ce rapport par les propres paroles de Dieu, alors c’est Jehovah qui paraît, le Dieu personnel et révélé. Le mot Elohim aurait élé un contre-sens, el c’est pourquoi Jacob s'écrie en se réveiilant : « Vraiment, Jehovah est en ce lieu {v.16). S'il en est ainsi, dira-t-on, pourquoi alors Jacob dit-il peu après: «C’est ici la maison d'Elohim ? (Beth-Elohim) ? — Parce qu'eil nomma ce lieu Beth-El. » — Mais pourquoi ne le | nomma-t1l pas Beth-Jehovah?— C’est pour le coup que nous aurions un anachronisme des mieux articulés el que l’authenticité du texte serait une chimère. Maison de Jehovah! Y°
1! Genèse, xxvilt, 13.
3 Genèse, xxViIT, 17.
pensez-vous? La maison de Jehovah n’était pas encore prête à être bâtie; entre la maison d’Elohim et la maison de Jehovah, il y a des siècles. Au fond, cependant, ces deux maisons forment une seule el uniqne maison, la maison d'Elohim est la maison de Jehovah, et c’est pourquoi Jacob au lieu de dire : « C'est ici la maison d'Elohim, » aurait pu dire : c’est ici la maison de Jehovah, si ce terme n’était exclusif et ne s’appliquait à une maison spéciale, à une maison unique, le tabernacle, le temple,
Par cet exemple comme par mille autres, on voit avec quelle intelligence tout se coordonne dans la Genèse, et ce n'est pas à une des moindres preuves de l'identité de son auteur et de Pautbenticité du texte, par conséquent.
Une dernière difficulté et qui à première lecture paraîl être fort embarrassante est contenu dans le passage que voici : « Si Elohim est avec moi et qu'il me garde dans le voyage que je fais, qu’il me donne du pain à manger et des habits pour me vêlir ; que je relourne en paix à la maison de mon pere : Jehovah sera mon Dieu, el la pierre que j'ai dressée pour monument sera une maison d'Elohim, et je donnerai fa dime de tout ce que tu me donneras (v. 20-22). La difficulté de justifier ici Pemploi des noms de Dieu vient en grande partie, comme Pa fait voir Hengstenbergt, de la traduction inexacte en ce qu’on commence lapodose à « Jehovah sera, » tandis qu’elle commence réellement à « la pierre que j'ai dressée. » La différence des temps verbaux exige qu’elle commence à « la pierre que, elc., » et il faut lire’: Si Elohim est avec moi... que je retourne en paix à la maison de mon père et si Jehovah m'est (NY) un Dieu: alors la pierre que j’ai dressée pour monument sera (NT) une maison d’Elohim et je donnerai (IPN) la dime, elc. » — Outre la raison grammaticale, il y a encore une autre raison qui exige cette rectification. Jehovah avait dit à Jacob: «Je suis Jehovah, le Dieu de ton pere Abraham et te jeu d’Isaac (v. 13). » Jacob ne pouvait donc pas dire ici : .. « Jehovab sera mon Dieu,» coinme s’il s'était agi pour lui d’un . choix à faire; mais il pouvait dire : « Si Jehovah nvest un
| Beitrigeetc., 11, 370.
Dieu (DH ?N?) 1, » comme il Va été pour Abraham et pour Isaac, « alors la pierre, etc. » |
Eclairé par cette rectification, le Elohim du v. 20, qui parait d’abord si étrange, s'explique. C’est une sorte de parallélisme, Le « si Jehovah m'est Elohim (DH 2N?) » nous dit que ce qui précède est équivalent à «si Elohim m'est Jehovah. » Les deux termes s'appellent. C’est comme si Jacob disait : Si Elohim accomptit ce qu’il vient de me promettre, s’il me ramène à la maison de mon père, c’est un signe qu’il est le Dieu de mes pères, Jehovah ; et si Jehovah est cet Elohim, c’esl une preuve qu’il est mon Dieu D'HON? 1? 2: alors la pierre que j’ai dressée deviendra une maison d’Elohim.
Ainsi Punité du cb. xxvut et son rapport d'unité avec l’ensemble de la Genèse, de quelque côté qu’on les attaque, restent choses inattaquables, et ces preuves d’authenticité sont corroborées encore par d’autres, par celles qui ressortent des v. 18et 19: «Jacob se leva de bon matin, prit la pierre qu’il avait placée sous sa tête, la dressa pour monument, et versa de. l’huile sur le sommet. IL nomma ce lieu Bethel, au lieu de. Lous, qui fut d’abord le nom de la ville. »
Vater# voit dans ce dernier passage un anachronisme; il contesle l’antiquité du nom de Betkhel,en se fondant sur Josué, XVI, 13, C’est tout à fait à tort; car que dit ce passage? Il dit : « De là, la limite se dirigeait vers Lous.… c'est Bcthel : » Peuton conclure de ce que Bethel était encore connu sous le nom. de Lous au temps de Josué, que le nom de Bethel ne date pas du temps de Jacob? Une telle conclusion serait plusquehardie.
Dans l’origine, la ville de Lous n’était pas Bethel proprement dit; Betbel était « l'endroit où Dieu... avail parlé» à Jacob. La montagne de Bethel n’était donc pas identique avec la ville de Lous, élle était près de là, ainsi qu’on le voit clairement par ce passage de Josué : «S'étendant de Bethel à Louss$. » Mais ce qu’on voit non moins clairement, c’est que ce nom de
1 Cf., xvit, 7, 8.
2 V,28, cf.:xvir, 7, S.
% Qu. cit., p. 632.
‘ Gen., XXXV, 15.
PDA: XVI; 2:
DÉFENDUE CONTRE LE RATIONALISME ALLEMAND. gi
Bethel, appliqué principalement à un lieu sacré près de Lous, ful étendu à Ja ville de Lous, el cela non pas à une époque postérieure à Moïse, mais au temps de Jacob, et qui plus est par le patriarche lui-même. Lisez : «Il nomma ce lieu Bethel, au lieu de Lous, qui fut d’abord le nom de la ville f. » Ainsi il y eut dès ce temps reculé un endroit nommé Bethel, qui se réduisait à la place où Jacob « passa la nuit... une des pierres de cet endroit... sous sa tête (v. 11), et où il consacra cette | pierre qui » sera Beth-el (ohim) la maison de D:eu (v.18, 22); puis, unc ville, nommée Lous, que Jacob appelle Bethel par extension du nom de l'endroit où Dieu lui avait apparu.
Rien n’est plus clair; la vérité historique de l'antiquité du nom de la ville de Bethel se dégage toute seule du simple rapprochement des textes, et nous pourrions en rester là. Cependant quelques remarques encore ne seront pas inutiles. -
- Le nom de Lous subsista concurremment avec le nom de Bethel, tant qu'Israël n'eût pas conquis la ville?, ce qui arriva avant la mort de Josué. Alors le nom de Lous disparut. Pourquoi? Parce que c'était le nom indigène de la ville? Non, car nous ne voyons nulle part que le changement de nom des villes ait été la conséquence de la conquête du pays de Chanaan. Il y avait donc une autre raison. Était-ce parce que tous les habitants de Lous avaient été passés au fil du glaive (v.25)? I y a des exemples dans l'histoire qui nous montrent que le nom d’une ville à été changé par suite de la destruction de ses habitants; le lecteur a déjà nommé Jérusalem dont le nom fut converti en Ælia Capitolina. Oui, mais ces exemples ne sont pas applicables au eas qui nous occupe ; il n’y à pas ici de changement de nom proprement dit. Le nom de Lous disparait de lui-même; il ne se trouve plus personne qui s’intéresse à sa conservation. Cela paraît étrange, un nom si ancien.
En effet, cela serait plus qu’étrange, cela serait inexplicable, si le nom de Bethel n’avait offert des souvenirs historiques du
“plus haut intérêt pour les nouveaux habitants de Ja ville. Hl avait donc des racines dans le passé. A quel autre titre aurait-
Ü Gen., xxvinr, 19.
? Jud., 1, 22 seaq.
il pu effacer le nom de Lous? Évidemment le nom de Bethet devait être ab antiquo le nom israëlite de la ville. Comment ce nom se serait-il trouvé soudain sur toutes les lèvres, si Israël n'avait pas connu par son histoire que c'était en cet endroit que Jehovah avait apparu à Jacob? Que c'était là qu'il avait changé son nom en Israël et qu’il l'avait béni, lui et sa postérité!. Cominent Israël aurait-il choisi Bethel pour y placer le sanctuaire national?, s’il n'avait attribué à ce lieu une sain: teté fondée sur des événements historiques? C’est ce que montre du reste le récit des chap. xx et xxr des Juges. Le souvenir du fait de la Genèse y estévident. «Le peuple vint à Bethel; ils y restèrent jusqu’au soir devant Haélohim; ils élevèrent la voix et pleurèrent amèrement. Et ils dirent : Pourquoi, Jehovah, Dieu d'Israël, cela est-il arrivé en Israël qu’une tribu entière manque aujourd’hui en Israël$!» Que veut dire cette plaintedu peuple devant Haélohim à Bethel, sinon qu’il s'aperçoit de la triste contradiction qu’il y a entre lPétat présent d'Israël et celui que Jehovah promit jadis à Jacob en ce même endroit?
Je crois qu’il nous est permis maintenant de regarder la question de lantiquité du nom de Bethel comme entièrement résolue, et d'affirmer de nouveau qu’il date du temps où le place l’auteur de la Genèse, du temps de jacob.
Une dernière preuve de la vérilé historique de notre chapitre est ceile qui résulte du v. 18, où il est dit que Jacob dressa une pierre pour monument (ñ2xn) el qu'il versa de l'huile sur elle en signe de consécration religieuse. Le récit de cette action garantit invinciblement l'authenticité du chapitre; il ne pourrait s’y trouver si la Genèse élait un ouvrage apocryphe, puisqu’ériger des stèles était considéré en Israël comme un acte d’idolâtrie bien caractérisé. «Brise leurs stèles (ny). et ne t'élève pas de stèle (ñ2%) », tel est l’ordre constant de la loi6, Présenter un patriarche comme ayant pra-
1 Genèse, xxVII, 13, 143 Gen, xxx, 11, 12.
3 Jud., xx, 18, 26.
3 Jud., xx1, 2, 3.
Ÿ Gen., xxvII, 143 xxxV, 11. V. Hengstenberg, Beitrage etc., 111, 47. OE, CXXXV, 14. 4
4 Ex., xani, 24; Xxx1v, 13: Lev., xxvi, 15 Deut., x11, 35 xvI, 27.
tiqué un rile idolâtre, n’était certes pas le moyen pour accréditer la Genèse, et dire une telle chose c’eüt été pour un auteur, autre que le véritable, un insigne acte de folie. Mais le véritable auteur pouvait le dire. Pourquoi? Parce qu’il écrivait l’histoire. C’est la vertu de la vérilé qu’elle met toute chose à sa place, et les esprits de bonne foi la reconnaissent à ce signe. Le véritable auteur pouvait donc raconter cet acte du patriarche sans craindre que la postérité regardât Jacob comme un idolâtre. Mais, encore un coup, lui seul avait le secret pour opérer ce prodige.