‹ Démonstration de l'authenticité de la GenèseChapitre 21 sur 43 · Chapitre XIV · texte numérisé non relu

Chapitre XIV

L’authenticité du ch. xxx1n est attaquée par Bohlen, parce qu'il voit dans les versets 18-20 la prétention de l’arrangeur théocratique dn Pentateuque, de fonder le droit des Israélites Sur le pays de Sichem, sur lPachal d’un terrain qu’y a fait un de leurs patriarches. Le nom de Sichem étant mentionné, l’auteur de Bobhlen en profite pour y rattacher le récit du chap. xxx1v, qui, par conséquent, est aussi inventé. Et inventé dans quel but? Pour servir de commentaire à un passage d’un ancien poème qui dit : « Siméon et Lévi sont frères, les » instruments de violence sont leurs armes, etc.3. » L’invention se prouve par l’esprit d'intolérance religieuse que respire celte narration et qui ne peut appartenir qu’à l’époque des rois de Juda; puis, par l'impossibilité du fait que Siméon et Lévi aient pu prendre toute une ville ct en passer les habitants au fil de l’épée; enfin, parce que Dina, qui est le motif de tout l’événement, ne pouvait pas l’être, étant encore dans un âge qui exclut pour elle l’idée de mariage.

Autant de critiques, aulant d’absurdités, et, pour s’en apercevoir, il faut, ce que la critique adverse ne fait jamais, se” placer dans le point de vue du Pentateuque.

Premièrement, aucun auteur ne pouvait avoir l’idée de fonder le droit d'Israël sur la terre de Canaan sur n'importe quel. droit de propriété acquis par achat ou par alliance à n’importe quelle époque de son histoire, parce que tout Israël savait bien que son droit sur le pays de Canaan était d’une toute autre nature, qu'il procédait directement de Dieu, que le Ca-

! X Reg., 1, 20.

2 Die Genests, etc., 320.

3 Gen., xLIX, 5-7.

400 . L'AUTHENTICITÉ MOSAÏQUE DE LA GENRSE naan était la Terre Promise. Le caractère religieux du droit d'Israël sur Ja terre de Canaan ressort de mille passages de Pen-

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tateuque, et il se prouve historiquement avec la derniere évi-

dence par le fait de la conquête même, en ce qu’il a tous les

signes de la justice divine‘. Et non-seulement c’est Dieu qui -

frappe tous les grands coups qui aplanissent à Israël son entrée dans ce pays, qui fait tomber, par exemple, les murs de la ville, qui était la clef de tout le Canaan; non-seulement c’est Israël qui reconnaît dans son œuvre Les grandes actions de Jehovah ? et avoue que ce n’est pas lui qui a fait la conquête du pays?, mais encore les Cananéens eux-mêmes ont le sentiment de la certitude de l'intervention directe de Dieu dans les faits qui s’accomplissent sous leurs yeux et à leur détriment : « C’est Jehovah, ton Dieu, disent-ils à Josué, quie » ordonné à Moïse, son serviteur, de vous donner tout le pays » et de détruire devant, vous tous les habitants du pays #. »

Ainsi, la première objection de Bohlen est un contre-sens historique; voyons la seconde.

Comment le récit du ch. xxxiv peut-il êtreinventé,etinventé dans le but d'expliquer les versets 3-7 du ch. xux? N'est-ce pas plutôt ce passage qui présuppose l'événement qui fait le sujet du ch. xxxiv? Évidemment, oui; car si ce récit avait été fabriqué à l’époque où Bohlen veut qu'il l'ait été, à l’époque de la théocratie, on ne s’expliquerait pas que lauteur fût allé contre le but politique qu’ii devait avoir en vue, et qu’il eût présenté sous un mauvais jour, non pas les habitants de Sichem, mais les patriarches Siméon et Lévi/ D'ailleurs, comment ne pas voir la vérité historique du récit par action même que commeltent les deux fils de Jacob? Elle indique une époque toute autre que celle de la Loi écrite, et qu'on n'aurait pu imaginer alors. D’après la loi, ce que fit Sichem n’était point un méfait qui méritait la mort, ce n’était pas même un crime proprement dit. « Si quelqu'un, dit la Loi”,

1V. Gen., xv,16; Lev., zvin1, 24, 28; xx,23, 24; xXANI, 7, 8; Num, AXXI,

53, 55, 56; Deut., vit, 16, 18; vint, 19, 20 : x11, 29, 30. 2 Jud., 11,7 5 Psaim., XLIX, 2-4.

4 Jos., 13, 24.

5 Ex., xl, 15; Deut., xx11, 28, 29.

» séduit une vierge qui n’est pas fiançée et couche avec elle, il » faut qu’il la dote en la prenant pour femme. » Comment, avec ces idées, qui étaient celles d’Israël depuis des siècles, lorsque écrivait le prétendu auteur de Bohlen, cet auteur aurait-il pu qualifier de crime ou de scélératesse, n?2) (57), l’action de Sichem, d’autant plus que Sichem s'offre à faire loutes les réparations possibles et qu’il consent même à se faire circoncire, lui et ses sujets, pour satisfaire pleinement la religion du fils de Jacob? Il ÿ a là une contradiction flagrante dès qu’on accepte l'hypothèse de Bohlen, et il y en a encore tout autant, quand ce critique prétend prouver la nonauthenticité du récit par la vengeance du fils de Jacob, parce qw’elle présente, dit-il, un exemple remarquable d’une intolérance religieuse telle que ne pouvait la concevoir qu’un temps relativement moderne, die späteste Zeit. La vérité est que l'esprit d’intolérance religieuse n’a rien à faire ici? Sur ruoi se serait-il exercé ? Sur les Sichémites? mais ils étaient circoncis? Ou était-ce un signe d'intolérance dans les fils de Jacob qu’ils firent à Hémor et à Sichem la proposition de se faire circoncire? Il ne paraît pas, « puisque leurs paroles plu- » rent amv» (v. 48) à Heinor et à Sichem », qui, en outre qualifient les fils de Jacob « de gens paisibles, nmbri (v. 21.) L’intolérance ne plaît à personne, ni n'est paisible nulle part, à Mais la vengeance? N’avait-elle pas sa source dans un sentiment d’intolérance religieuse ? Siméon et Lévi pouvaient l’a- . voir dissimulé.— D’après la facilité que mirent les Sichémites à se soumettre à tout ce que leur demandèrent les fils de Jacob, la dissimulation de ceux-ci aurait vraiment manqué de ionut motif; mais supposons que néanmoins ils eussent dissimulé, ils l’auraient fait avant l’exécution de leur projet, ils n'auraient pas gardé cette dissimulation une foisleur vengeance accomplie. Que répondent-ils cependant aux reproches de Jacob? Ils répondirent: « Devait-on traiter notre sœur comme » une prostituée (v. 31 et 27)!»

Ainsi l’objection de l'intolérance est une chimère, et celle qui consiste à prétendre que Siméon et Lévi ne pouvaient prendre, massacrer et piller toute une ville, que l'auteur mo-

derne se trahit ici involontairement parce qu’il est préoccupé des tribus de Siméon et de Lévi, celte objection est également dépourvue de toute valeur. Bohlen est dupe de l’idée qu’il se fait de celte ville, Il se pourrait bien que a (v. 20), fût simplement un lieu retranché, une ville naissante, ne renfermant encore qu’un pelit nombre de familles, et c’est ce que le texte du reste nous fait assez sentir par la promptitude avec laquelle il nous montre que s’accomplit l'opération de la circoncision. Nous savons d’ailleurs que la ville de Sichem n'existait pas

encore au temps d'Abraham, puisque l’auteur, au chap. x, 6,

ne parle par anticipation que de la contrée de Sicheim; si la ville avait déjà existé alors, il Paurait certainement mentionnée en celte circonstance. Puis, il résulle assez clairement du livre

des Juges, 1x, 28, que la ville de Sichem tirait son nom de

Sichem, fils de Hémor, les personnages mêmes de notre récit. Puisque donc la ville était encore fort peu importante et qu’en outre, par suite de l'opération, tous les habitants mâles étaient malades, pourquoi Siméon et Lévi, aidés sans doute par plusieurs autres hommes, n'auraient-ils pas pu accomplir l'acte atroce que le récit met à leur charge? Il n’y a certes pas là de

quoi suspecter l’authenticité de notre texte.

Voyons enfin la dernière objection que Bohlen tire de lâge

-de Dina. Rien n’est plus mal imaginé, car de ce que Dina fut

encore dans un âge tendre lors de l'entrevue de Jacob et d’Esaü!, il ne s'ensuit pas qu’elle ne fût déjà nubile lorsque Sichem l'enleva. Bohlen ou ses successeurs voudraient-ilsnous dire, quel intervalle de temps sépare l’entrevue précipitée de l'enlèvement de la fille de Lia? Jacob alla en Mésopotamie à l’âge de 77 ans, il y resta 20 ans, et Dina lui fut née dans la 43° année de son séjour environ chez Laban?, lorsqu'il avait 90 ans, par conséquent. Or, ayant 97 ans lorsqu'il partit de chez son beau-frère, et élant de retour chez lui à l’âge de 108 ans, puisque ce fut alors qu’il perdit Joseph 3, il resta en route 41 ans. Donc, puisque Dina avait 7 ans au départ de son père, rien n'empêche qu'elle n’eût 45 ans au moinent de son

Ü Genèse, xxxlI, 13.

2 Cp., xxx, 21-26.

5 V. le Tableau chronologique, à la fin de l'ouvrage.

enlèvement. Je dis 45 ans, elle pouvait en avoir 16, n’importe; ce qui est certain, c’est qu'il y a dans ces onze années toute l’étoffe nécessaire pour y couper à Dina un âge convenable et pour empêcher le seigneur Sichem de prendre pour femme un enfant à la nourrice. |

On le voil, les objections de Bohlen contre l’authenticité du chap. xxxn1 et xxx1v ne soutiennent pas l’examen; elles s’évanouissent comme des ombres vaines.

Quant aux noms de Dieu, il n’y en a point dans le chapitre xxxiv, el le ch. xxxux ne présente que celui d’Elohim. Pourquoi? Par une raison analogue à celle qui fait que Jacob se sert de ce nom avec ses femmes et avec Laban. Esaü s'était rendu en quelque sorte étranger à Jehovah. N’avait-il pas renoncé au Dieu d'Abraham lorsque, méprisant son droit d’ainesse, auquel étaient attachées les magnifiques promesses de l’avenir, il lavait vendu pour un plat de lentilles?

Dans le verset 10, le nom d’Elohim ne pourrait d’ailleurs en aucune manière être remplacé par celui-de Jehovah. Jacob, en disant à Esaü: « J'ai vu ta face comme on voil la face d’un » Elohim, » ne veut marquer par à que la distance qu’il ya entre la face d’un homme et celle d'un être supérieur. Enfin, au v. 20 : « IL y dressa un autel et le nomma El {est }) Elohim d'Israël ; » le El, dont l’intention est identique à Jehovab, est par rapport à IsraEl, et le &elohim» va de soi, puisque « El » est le Jehovah d'Israël » aurait été un non sens grammatical aussi bien qu’un non sens religieux.

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