II
« Rosellini, Monumenti civih, pl. xxxvu, Lxxxir. — Wilkinson, Manners
and cust.,11, 146, 151. — Lepsius, Denkmüler etc. 8 Artis Amator., lib. 1, v. 648, sq.
8 Apollod. II, €. v, $ 11. — HE Fabularum liber., fab. Lvr. Justin.
Hist., À XXXVI, C2.
être fait une intrépidite égale à celle des Harbnann : et des Bohlen. Bohlen, en effet, s'inscrit en faux contre ce cha-. pitre en disant que le débordement du Nil, représenté par les :
fl.
bué à une ville de la Basse-Égypte dans laquelle les Égyptiens célébraient tous les ans une fêle de lamentations en meémoire de la mort d’Osiris, on peut affirmer, sans être téméraire, que les neuf années que dura le fléau, d’après les auteurs précités, rappellent réellement la longue calaïmité dont notre chapitre nous à conservé la relation bistorique ?. En effet, Osiris, dieu de la force productrice et comme tel identifié à Ra, était aussi le dieu de la force nourricière et comme tel identique au Nil ?. C’est pour cette raison que le Nil avait ses prêtres (Herod. 11, 90.) et ses temples (Chimpollion, l'Égypte s. les Phar., 1, 321.) Quant à la vache elle était le symbole du sol, étant consacrée à Isis, l'épouse d'Osiris et la déesse de la Terre que fécondait le Nil# Un dieu étranger, venu dela Syrie, le dieu d’un peuple odieux aux Égyptiens, les Hyksos ?, qu'ils invoquaient sous le nom de Seth 2%, 56 le Typhon des Grecs, le tout-puissant dicu des dieux qui détruisait et qui ren lait désert 7, — s’empara d’Osiris, le tua, coupa son corps en quatorze parties et les dispersa sur tout le pays. Isis, ayant soif de son époux, le chercha et le retrouva. Osiris revint à la vie el la terre reprit sa fertilité. Alors la fête de deuil avait cessé et l’on pétrissait de terreau mélangé d’eau une image en forme de croissant qu’on couvrait de parures et d’ornements, et les assistants s’écriaient : Nous l'avons retrouvé! ô bonheur®!
. Tout cela est fort iransparent. On ne voit vraiment pas à quoi on puisse appliquer ce mythe et cette fête, et cette complainte sur la mort d’Osiris, nommée Manéros ?, le seul chant national qu’eussent les Egypliens, si ce n’est à été calamité - extraordinaire et inouie dont parle le chap. 41 de la Genèse.
Il fallait nécessairement qu'il y eut une raison locale et physique, pour que les Egyptiens, ennemis des étrangers, recon-
‘ Champollion, L'Égypte ete., 11, 190.
2 Cf. Creuzer, Symbolik, 111, 8.
8 Plutarch., 1sis et Osiris. Oper. omn., 11, 363. 4 1b., 16, Herod., n, 41. Héliodor., Æthiopic., Liv. Ix. 5 Lepsius, Die Chronol. d. Ægypt., 1, 842.
6 Plutarch., L. cit, p. 316.
? Reuvens, Lettres sur les papyrus, L. 1, p. 39. 3 Plut., Isis et Osiris.
- ? Du mot probablement qui la commençait.
nussent ainsi à un dicu étranger et ennemi la victoire sur leur dieu indigène et une domination absolue sur leur pays.
Une autre objection de Bobhlen ‘ est celle qu'il élève contre le v. 6, où il est dit que les épis étaient flétris par le vent d'Orient. Il dit que le vent d’est est doux et rafraichissant, mais il remarque lui-même qu’il ne se fait point sentir en Egypte. Donc l’autéur n’entendait pas parler du vent d’est de Bohlen. I parle d’un vent d'Orient capable de brüler les moissons. Or ce vent si redoutable souffle en Egvple dans cerlaines parties de l’année, surtout en mars et avril, c’est-àdire au temps des moissons, et comme il souffle des déserts de lPArabie c’est bien un vent d’Orient?, et il égale en malignité celui de la Libye. Les anciens Egvyptiens le considéraient comme l’haleine de Typhon qui, selon eux, s'était caché entre le mont Casius, limile de la Syrie, et la mer Rouge®. Cependant il est vrai de dire, mais ce n’est pas un triomphe pour Bohlen, que ce vent ne vient pas de l’est en ligne droite; il vient du sud-est ou du sud-est-est. Ne faut-il pas mettre les points sur les 1? Mais est-ce que l’auleur de la Genèse ne savait pas qu'il soufftait de là? Comment ne l’aurait-il pas su? Mais comme la langue hébraïque ne nomme que les points cardinaux et qu’elle manque d'expression pour les points intermédiaires, l’auteur pour désigner le sud-est ne pouvait employer d'autre mot que D" Orient. Le mal n'est pas grand, et on n’a pas le droit de crier pour cela à l’inexac-
titude. Il vaudrait mieux étudier lPhébreu, mais lPétudier à
fond, ce qui s'appelle étudier. Nous aurons occasion, &u chap. x de l’Exode, de revenir sur ce vent d’est.
Hartmann proteste contre l'authenticité de notre texte, parce que «Pharaon dit à ses serviteurs : Trouverons- -nous » un homme comme celui-ci, un homme en qui se trouve l’es- » prit de Dieuf?» Cette exclamation qui,après ce qui précède,
1 Die Genesis, Eïnl., Lvi1, et p. 381.
? Voy. Volney, Voyage en Égypte, p. 50, seqq.
$ Herod. 111, 5. — W. Drumaon, Historisch antiquarische Untersuchungen über Ægypten, p.139.
4 Hist.-krit. Forsch., 438.
est si naturelle dans la bouche du Pharaon qu’on ne comprerdrait pas comment il ne Peñt pas faite, paraît à Hartmann un signe évident de la rédaction relativement moderne du chapitre. Cela est étrange. Est-ce que par hasard les idées religieuses des Egyptiens ne leur permettaient pas l'expression « unhomme en qui se frouve l’esprit de Dieu? » Mais on sait qu'à côté de leur religion matérielle, les Egypliens avaient des doctrines ésotériques très-antiques et très-spiritualistes qui enseignaient un Dieu non-engendré ! ; on sait encore qu'ils connaissent ce que c’élaient que les prophèles, et que ces prophètes étaient considérés par eux comme les premiers en dignité de la castle sacerdotale. lis avaient pour charge principale d'interpréter les dix livres hiératiques. Ajoutez que le roi, chez les Egypliens de la haute antiquité, avait un caractère sacerdoial, qu’il était grand-prêtre. Et voilà plus qu’il ne faut pour que le langage que lui attribue notre texte soit parfaitement placé dans sa bouche.
La véracilé historique de notre texte se révèle d’ailleurs par un grand nombre d’autres circonstances. indiquons- en quelques unes.
Joseph, étantappelé devant le Pharaon, se rasa?. C’est un trait de mœurs tout égyptien, ainsi qu’on le voit par les monuments et par Hérodote®. Remarquez que l’auteur dit tout . Court «il se rasa, MAN, » sans dire quoi? Elait-ce seulement la barbe? Ou la barbe et les cheveux? La barbe et les cheveux sans nul doute; mais l’auteur ne songe pas à le dire, parce que quand il écrivait son livre, fous ceux pour qui il Pécrivait savaient ce que cela voulait dire. I écrivait donc en Egvpte, . Où tandis que ceux qui étaient sortis d'Egypte vivaient encore. Un auteur des temps postérieurs aurait dit comme Hérodote : il se rasa les cheveux.
Mais, dira-t-on, Hérodote ne remarque e cela que des prêtres. D'accord; aussi quand Joseph fut appelé auprès de Pharaon, y futil appelé pour remplir des fonctions sacerdotales, puis- -que c'était pour interpréter des songes. Celle fonction était
: De Rougé, Revue archéologique, vin, 54; et Annales, t. 111, p. 343 (4° série), ? Verset 14.
CN
celle des prophètes et des scribes sacrés ee Li les Uxégètes et les Sages. ;
Puis, remarquez cette DR relatée au v. 42, que le Pharaon en faisant de Joseph son premier ministre, « le fit » revêtir d’habit de lin fin,» ou de byssus. C’est encore un trait tout égyptien?. II n’était pas permis aux personnes sacrées d’avoir d’autres habits, et Joseph était devenu un personnage sacré. Aussi le Pharaon lui fit-il épouser la fille de Potiphera, grand-prêtre d’On, ou Héliopolis, c’est-à-dire qu'il Pintroduisit dans la famille du premier dignitaire ecclésiastique de l'Egypte. Non qu’il yeut en Egypte une subordination hiérarchique des divers colléges sacerdoteaux, mais le collége d’On était réputé pour primer les autres en science *, et c’est sous ce rapport que l’autorité de son grand-prêtre élait supérieure à celle des autres grands-prêtres. nn.
-Bobhlen# trouve invraisemblable cette alliance du grandprêtre avec un étranger qui, en outre, élait pasteur. Maisil oublie que Joseph n’était plus ni pasteur, hi étranger, quand il épousa Asnath. Ne venait-il pas d’être naturalisé et naturalisé aussi complétement que jamais étranger fut naturalisé ? il avait même changéson nom contre un nom égyptien (v. 45), nom qui siguifiaiten langue égyptienne: le sauveurdu monde à jamais 5. Le grand-prêtre, quelque difficile qu’on veuille se le figurer, ne pouvait donc plus rien avoir à objecter contre cette alliance, d’autant plus qu’elle se fit par la volonté du roi, que en Egyple, était toute-puissante. :
Mais, objectera-t-on, comment le Pharaon pouvait-il accorder à Joseph tous ces honueurs et celte grande puissance avant qu’il n’eût vu, par les événements, l'exactitude de linterprétafion de Joseph, avant même qu’il n’en eût eu un commencement de preuve? Peul-on raisonnablement croire que le Pharaon, le roi d’une nation savante, se soit ainsi prodigué
! Drumann, Inschrift von Rosette, p. 130.
2 Herod. 11, 37, 81. — Plin. Hist, nat., x1ix. 2,
* Herod. 11, 5.
4 Die Gen., 388. | Fe
5 Ungarelli, dans Annales de philosophie, t. Vu, 340 (2° eérie) et ap. Drach, Le Yaschar, note 1338. f
en aveugle? Que pour faire d’un étranger et d’un pasteur son premier ministre, il se soit payé des paroles de cet étranger, et rien que de ses paroles? — Pardon, le Pharaon ne se payait pas de paroles, il avait des preuves du meilleur aloi de la sciènce de Joseph, des preuves palpables. Il les avait dans la personne de son échanson, qui vivait, et dans la personne de son panelier, qu’il avait faié pendre, Aussi, lui dit-il, en l’abordant : « J’ai appris sur ton compte que tu sais bien interpréter »un$songe (v.45.).»Puis, dans Le faitmême de l’interprétation;il fallait bien que Joseph eût satisfait aux règles de la science égyptienne, qui régissaient le chapitre des songes et des prédictions, et qu’ainsi sa science fût chose avérée pour tous ceux qui l’écoutaient, puisque, après avoir achevé de parler, « sa parole plut au Pharaon et à {ous ses serviteurs (v. 37). » Et quels étaient ces serviteurs? Des esclaves ignorants? Non des personnes libres, appartenant toutes aux familles sacerdotales les plus élevées, rüv éripaveotétev tepéwv viol mévres !.
La critique rationaliste, débusquée ainsi de tous ses postes, essaic de se camper dans les derniers versets du chapitre, et prétend que, parce que l’auteur fait régner simultanément la famine en Egypte et dans les pays environnants, il trahit son ignorance, unkunde. Pourquoi? Parce que les conditions qui régissent le sol de l'Egypte n’ont aucune connexion avec celles qui prévalent en Palestine ?. à
Il est vrai que la Palestine ne doit sa fertilité aux inondations d’aucun fleuve; ce sont les pluiès qui fecondent son sol. Mais quelle est la cause des inondations du Nil? Ne sont-ce pas les pluies? Hérodote #,/en donnant au Nil l’épithète de
. Arinerñs,grossi par les pluies, le dit positivement ainsi que Strabon #, et la science moderne est d’accord avec lui. « On sait »-très-bien aujourd’hui, dit-elle, que les pluies périodiques de » l'Abyssinie sont la seule cause des inondations du Nil$. » Eh
! Diodor. Sic, 1, 70.
1 Bohlen, Die Gen., 421.
‘ Strab. Géogr., XVH, 3, 4.
5 Description de V'Egypte, t. xx, p. 326. — Quatremère, Mémoires géogr. et hist. sur l'Égypte, 1, 21. —Champollion, L'Égyptesous les Pharaons, 1, 126.
bien, ces plüies qui causent linondatiou du Nil, et qui se forment par les évaporations de la Méditerranée ou par celies des grands lacs de l'Afrique centrale, portent aussi la fertilité en : Palestine où elles sont produites par une cause analogue, de sorte que lorsqu'elles viennent à mauqüer, le Nil ne déborde pas, et les pays qui environnent l'Egypte sont livrés à la sécheresse. Nous ne prétendons cependant pas dire qu’il doive toujours y avoir coïncidence entre ces phénomènes; la Palestine peut manquer de pluie et l’inondation du Nil peut. venir à souhait; cela dépend de la direction des vents. Ce que nous voulons constater seulement, pour jusüfier notre texte, c’est que cette coïncidence peut exister, et exister tout naturellement. L’an 444 de lhégire, dit Macrizy, la crue du Nil. ne s'étant élevée qu'à une hauteur médiocre, la ,disette cominença à se faire sentir, ef se répandit dans la Syrie el jusqu'à Bagdad *.
Pour réluter l’hypothèse des Jehovistes ei des Elohistes, il nous reste à établir l’emploi rationnel des noms de Dieu dans les chap. xL et xr. Le premier passage qui se présente est le v. 8 du chap. x£. Le Elohim y est à sa place, non-seulement parce que Joseph parle à des personnes qui ne connaissent pas le nom de Jéhovah, mais aussi parce que l'interprétation des songes n'est pas une science humaine, mais un don surnaturel. C’est cette même opposition dans les idées qui amène le mot Elohin au v.16 du chap. xLr. Joseph dit : «Ge n’est pas moi » l’homme, c’estElohim, Dieu, quirépondra.» Dansson entretien avec le Pharaon, Joseph? se sert du mot Haelohim qui,comme nous le savons déjà, est identique à Jéhovah; le Pharaon dit ElohimS. Cela est encore dans les règles. Le Dieu de Joseph est un Dieu défini; celui du Pharaon une divinité. — Le nom d’Elohim pourrait surprendre au v. 51, 52. Pourquoi Joseph l’emploie-t-il? Pourquoi ne dit-il pas : /ehovah m'a fait oublier toute ma peine. Jehovah m'a fait fructifier au pays de ma misère? N'est-ce pas parce que l’idée qui prédomine ici est celle de la Providence? Mais cela est visible.
1 Voy. Quatremère, Mém. géog. et hist. sur l'Egypte, u, 818.
3 Verset 25, 28, 32.
5 Verset 38, 39.
. Chapitre XX.
Les chapitres xuur et xzini n’ont fourni à la critique que ré-
sume l'ouvrage de Kuenen aucune objection qui vaille beaucoup la peine d’être relevée. Qu'on en juge.
… Stachelin { voudrait attribuer le ch. x1ix à un autre rédacteur que le ch. xzur, parce qu’au ch. x1ir, c’est arrivés à la maison que les fils de Jacob retrouvent leur argent ?, tandis qu’au ch. x, c’est à l'hôtellerie, en route, qu’ils font cette découvertes.
T1 nous semble qu’au lieu de faire de cette relation divergente un casus belli, on devrait plutôt y voir une preuve de l'identité de l’auteur et de la scrupuleuse fidélité avec laquelle il rapporte toutesles circonstances de son histoire. Au ch. xLir, ilraconte la chose telle qu’elle est arrivée; au ch. xLuE, ce sont les fils de Jacob qui parlent. Si donc il y a quelqu’un à justifier ici, ce n’est pas l'historien, mais les fils de Jacob. Cependant eux aussi ne sont pas bien coupables, puisque le point essentiel pour eux était de dire à l’intendant de la maison de Joseph qu’ils avaient retrouvé leur argent en ouvrant leurs sacs. Or, comme la chose était en partie arrivée en route, à l'hôtellerie, et que c'était alors qu’ils s'étaient le pluseffrayés, ils pouvaient fort bien, l’impression première étant la plus vive, confondre les deux événements et dater le tout de l'hôtellerie. L’objection de Stachelin est ce qu’on appelle une vétille. Cependant nous la mentionnons, parce qu'il ne s’en tient pas là. Il en débite . encore trois autres. ;
Juda, au ch. xzux, dit-il, rapporte à son père de toutes autres paroles de Joseph que celles qu’on lit au ch. x1ir. — De toutes autres paroles? soit ; mais si le sens est identique. Staehelin même en convient, un peu à contre cœur, il est vrai, mais il en convient. Donc il n’y a pas de motif pour attribuer les deux chapitres à deux auteurs différents. N'est-ce pas d’ailleurs pousser l’exigence un peu trop loin que de demander à Juda qu’ilredise, aunan d'intervalle ou environ, les paroles de Joseph,
{ Krut.-Untersuch. über d. Gen. p. 81.
telles que celui-ci les avait dites?-C’est alors que la narration serait suspecte et on pourrait soupconner Pauteur d’avoir arrangé son récit suivant les règles de la rhétorique.
La seconde objection porte sur le v. 25 du ch. xzir, où Joseph commande qu’on emplisse les sacs de blé, tandis qu'ait v. 16 du ch. xLuL, il commande par lintermédiaire d’un intendant. Comment peut-on voir à une difficulté! Puisque Joseph commaude au v. 25 ch. xzut de remplir les sacs, il conte die à quelqu'un. et si l’on tient à savoir qui était ce quelqu'un, on o’a qu'à lire lé v.1 du ch. xuiv oùil y a en toutes lettres qu'il le commanda à l'intendant de sa maison. Tous les Egvptiens de rang avaient un intendant. Ceux pour qui l'auteur écrivait savaient cela, et si l’intendant de Joseph n'élait intervenu ailleurs encore que éans la distribution du blé, l’auteur se serait probablement abstenu de faire mention de lui. La preuve, c'est qu'il ne l'introduit que lorsque d’autres circonstances surviennent et qui vendent absolument nécessaire la mise en scène de ce personnage. Voyez le v. 16 et suivants du ch. XLHL. | |
On peut en dire autant, en sens inverse, de l’interprète qui paraît au v. 23 du ch. xu, et que Slaehelin.s’étonne de ne plus retrouver ensuite. Ne suffit-if pas qu’il soit nommé une seule fois? Eucore cela aurait été inutile, si une circonstance toute varticulière n'en eût fait une nécessité à l’auteur.
La contradiction que Bohlen remarque entre le ch. x et le ch, x£uui, c’est que là famine étant si grande dans le Canaan que Jacob envoie acheter du blé en Egvyple pour ne pas mourir de faim, il se trouvé, au v. 11 du ch. xzux, que le pays produit encore des raisins, des amandes et des pistaches. — Oui; mais essayez donc de vous nourrir uniquement de raisins, d’amandes et de pistaches, et vous verrez que C’est un régime de poitrinaire et que vous finirez par tomber de la poitrine, D'ailleurs il ne paraît pas que Jacob eut en abondance de ces fruits, qui peuvent bien venir encore quand le sol ne donne déjà plus de blé, puisqu'il commence par dire de lui en apporter un peu, UD. Du reste, vouloir inférer, des passages précités, une contradiction entre les deux chapitres est d'autant moins perinis que la crainte de mourir se trouve exprimée
encore au v. 8 du ch. xx, c'est-à-dire à deux versets de distance du passage où Jacob parle du présént de fruits qu'il destine à Joseph. L'auteur se serait donc contredit d’une,seule haleine. N'est-ce pas le comble de labsurdité que de supposer pareille chose ?
Pour ce qui est de l'emploi des noms de Dieu dans ces deux chapitres, nous remarquons que Joseph, qui ne s’est pas encore fait connaître à ses frères, se sert envers eux du nom d'Elohim et même de Haélohim ‘. Quoique les fils de Jacob vissent en Joseph un Égyptien, le mot Haélohim ne devait point les étonner dans sa bouche. En effet, les Egypliens croyaient à un Dieu personnel et suprême ; ce Dieu était Phthäh ?, le Dieu un par excellence : ha Elohim.
Ce qui paraît plus difficile à expliquer, c’est que ies fils de Jacob emploient le nom d’Elohim là où celui de Jéhovah paraît être lé seul convenable, au v. 28, ch. x£u. « Le cœur leur de- » faillit, ils furent épouvantés l’un envers l’autre, et dirent : » Qu'est-ce qu'Elohim nous a fait? » Les frères de Joseph reconnaissent dans ce qui leur arrive la punilion de Dieu; or, sous ce rapport, Dieu pour eux était Jehovah ÿ. FL paraît Cgalement singulier que Jacob dise, v. 14, ch. xint: « El Schaddaï | » vous fasse trouver grâcedevant cet homme, afin qu’il relâche » votre autre frère, ainsi que Benjamin. » Ne fallait-il pas Jéhovab, le Dieu protecteur de la race élue? La chose ne parait pas douteuse, et néanmoins ces noms d’Elohim et d'El Schaddaï sont ici à leur place ; ils ont leur raison d’être en ces endroits. Nous le dirons au ch. z, parce que d’ici là cette même substitution en apparence anormale revient encore plusieurs fois.
Je voulais ne rien dire de Ja prétendue ignorance dont Bohlen # accuse l’auteur de la Genèse, parce qu’il fait préparer ei manger de la viande 5 à Joseph qui était naturalisé égyptien ét appartenait à une famille sacerdotale. Cependant, toute réflexion faite, je peuse qu’il n’est pas bon de passer sous si-
1 Gen., xLN, 18; XLUI, 29.
2 De Pougé, Revue archéologique, vtt, 51.
3 Heugstonberg, Besträge, etc., 11, 888.
s Die Genesis, LV, 397.
5 Gen., XLHI. 16.
lence cet échantillon de la science sceptique. Bohlen dit done que « les castes élevées et surtout les prêtres, avec lesqnels » Joseph était allié, s’abstenaient entièrement de la nourriture » animale.» Il faut n'avoir jamais lu Hérodote, n’avoir jamais ouvert aucune collection de monuments égyptiens { hour débiter d’aussi énormes bévues. Non-seulement les Egvyptiens, n'importe de quel rang ou de quelle caste, mangeaient de la viande quand et autant qu’il leur plaisait et que leur fortune leur permettait, mais encore il y avait chaque jour des distributions de viande d'office pour les prêtres et les guerriers 2. La seule chair dont ils s’abstenaient rigoureusement était la chair de vache #, parce que la vache, le premier des animaux sacrés, était considérée comme l’incarnation du dieu Phthah et aussi du dieu Osiris. Ils mangeaient même la chair de porc, quoique le porc fût un animal impur. Cependant il est vrai de dire que de cetie chair-là ils ne mangeaient que dans le seul repas sacré qui suivait le sacrifice de l’animal à Isis et à Osi- Lis GR Le chapitre xziv n'offre à la critique matière à aucune ob> jection. Ilest vrai que Bohlen ne cesse de parler d'invention et de mythe, au sujet de ce chapitre comme au sujet de tous les autres. Mais que voulez-vous? C’est sa marotte. Je ne sais où j'ai lu qu’il y a dans lintérieur de lAfrique un peuplé qui maudit chaque jour un soleil importun; ainsi fait Bohlen, La Genèse est le soleil qui l’importune; ilest offusqué de la vérité historique qui rayonne de chacune de ses pages, et il s’acharne contre une lumière qui Pinonde. L'esprit le plus distrait, si d’ailleurs il n’est pas systématiquement prévenu,:c’est-à-dire . ignorant de propos délibéré, est forcé de convenir, à la lecture de ce chapitre comme à celle des chapitres qui lentourent, que l’auteur était un homme familier avec.les choses de PE- #ypte comme on l’est avec les choses au milieu desquelles on est né et élevé. C’est qu’il l'était en effet. Mais c’est un sujet qui est réservé à une autre section de notre travail.
‘ V. Rosellini, Monum. civil., pl. 83, 8%, £B; Wilkinson, Mann. and Cust. u, pl. n° 276, p. 368, sq, 380 seqq.
3 Hérod., 11, 37, 168.
? Jbad., 18.
* Ibid., 47, 48.
L'unité:du ch. xuv et son rapport d'ensemble avec ce qui précède n'étant pas ne nous prises aux LADA TES XLV, XLVI et XLVIL.
La critique rationaliste préténd que ces chapitres 8e contredisent en divers points. Premier point : Joseph annonce au Pharaon Parrivée de Jacob lorsque Jacob est déjà’arrivé t, Ceci a l'air d’une plaisanterie, Cest pourtant à ces termes qué revient l’objection de de Wette. H paraît, dit-il, ‘que Pharaon ignore encore complétement arrivée de Jacob, lorsque Joseph la lui annonce. — Mais pouvait-il l'apprendre plutôt? EE qui pouvait la lui annoncer le premier, si ce n’est son premier ministre, son conseiller intime, son père, 2N, comine dit le texte ?. Si de Wette veut dire que les paroles de Joseph au Pharaon % donnent à supposer que Jacob était venu en Egvpte à Pinsu et sans la perräission du Pharaon, il se trompe. Ce que dit Joseph dans le verset précité ne contredit en rien le passage du ch. xiv“, où le Pharaon ordonne à Joseph defaire venir Jacob et sa famille. Car voici ce qu’il dit: «Mon bère, mes -» frères, sont venus du pays de Canaan, avec leurs brebis, leur
» #ros bétail et toutce quileur appartient, et sont dansla con- » trée de Gosen.» Si le roi avait ignoré le voyage de Jacob, ce n’est pas ainsi que Joseph aurait pu s'exprimer.
Second point : Les frères de Joseph demandent au Pharaon la permission de demeurer dans le pays de Gosen, tandis que, ayant déjà, d’après le ch. x£v, v. 48, la permission du Pharaon de s'établir dans le meilleur éndroit de l'Egypte, ils n'avaient pas à la demander, il ne fallait que la lui rappeler. — Dans le meilleur endroit de l'Egypte, oui; mais ce meilleur endroit pouvait être ici ou là, suivant la convenance des occupants: le Pharaon ne l’avait pas désigné spécialement. C'est Joseph qui l'avait fait et qui pouvait le faire, en connaissance decause, sachant que ses frères étaient pasteurs. IL paraît que Le Pharaon ne le savait pas 5. Les fils de Jacob devaient donc demander
1 De Wette, Beiträge etc., 11, 152.
? Gen. xXLY, 8.