‹ Démonstration de l'authenticité de la GenèseChapitre 36 sur 43 · XLVII · texte numérisé non relu

XLVII

5,10;; XLVIt, 8.

au roi une permission qui, d’après la permission déjà accordée, ne souffrail pas de difficulté, mais qui cependant. 1 avait bescin d’être accordée d’une manière explicite. Quant à rappeler au roi la permission qu’il avait déjà donnée en termes généraux, il n’y avait aucune nécessité; c’eût été douter en: quelque sorte de sa parole. La demande que font les cinq frères la suppose, elle en découle, — Il me semble que ces pâtres avaient plus de tact que n’aurait eu, dans une circonstance analogue, notre superbe critique. :

Troisième point : Le nom du pays qui est assigné à Jacob et à sa famille, est tantôt Gessen (Gosen) 1, tantôt Ramsès ?; ce qui est différent. — Ce n’est pas différent du tout. L'erreur de Champollion, qui place le Ramsès, dont il est question ici, à | l’ouest de la branche Canopique du Nil ?, c’est-à-dire tout à l'opposé de Gessen, est rectifiée depuis longtemps. Le pays de Gessen et le pays de Ramsès était un seul et même pays. Il ne s’appelait pas encore Ramsès au temps de Joseph ; aussi n'est-ce ni lui ni le Pharaon qui l'appelle ainsi, C’est l’auteur. Or, au temps de l’auteur, la ville de Ramsès qui a donné son nom à la contrée à l’est du bras Pélusiaque, existait déjà, puisque ce fut de Ramsès, de la contrée où ils demeuraient depuis Joseph, que partirent les Israélites #. Donc l’auteur pouvait donner à Gessen le nom de Ramsès. Il est contumier de ce procédé ; nous l'avons déjà remarqué à l’occasion des noms d’Eden, d’Amalek, de Kiriath-Arba et de plusieurs autres. Quant à l’époque où fut bâtie la ville de Ramsès 5, elle est précisée par un monument, une stèle en granit, qu'on a trouvé dans ses ruines et que Wilkinson a reproduit . Ce monument présente Ramsès IT, c’est-à-dire Ramsès Meiamoun ou Sésostris-le-Grand, assis entre les dieux Ra et Toum (Mout), et lapreuve, que c’est Ramsès, est donnée par linscription hiéroglynhique qui se trouve au revers de la stèle.

* XLVIL, 6.

? Jbid., v, 11.

3 Champollion, L’Égypte sous les Phar., 11, 248.

4 Exod., x, 37; Num., XXXINI, 3, 5.

5 Exod., 1, 11 ss NRA ® Mataria hierogliphyca. Malta, 1828, Appendiee, 4.

Ramsès recevait donc un culte dans la ville de ce nom, il en était le dieu tutélaire, et dès lors aussi c’est lui qui la fit bâtir {. Elle date dite du xiv° siècle av. J.-C., et c’est ainsi qu'avec la certitude que la contrée de Ramsès est identique à celle de Gessén, nous avons en même tempsla dislance exacte de la ville de Ramsès de la mer Rouge, puisque lé lieu où la stèle a été déterrée, et qui est nomnié Abou Késcheb par les Arabes, est à 13 lieues au nord-ouest de cette mer, sur le tracé du canal qui jadis allait du Nil au golfe Arabique?, el que ce même Ramsès II commença :.

On le voit; les tentatives de de Wette pour morceler l’ensemble de ces chapitres ne sont pas bien redoutables, et si nous en parlons, c’est seulement à cause dé l'autorité qu’on à faite à de Wette. |

Pour Hartisann, c'est à l'avenant. Ce grand critique voit dans la loi que fil Joseph et qui dure «jusqu’à ce jour {,» l'imagination de quelque lsraélite gonflé de vanité nationale et qu’il débite pour glorifier le peuple Hébreu. Il n’y a qu’un orgucilleux de cette espèce qui pouvait entreprendre de faire accroire à lui d’abord puis à ses lecteurs, qu'un petit Hébreu avait donné des lois à lPempire des Pharaons, et encore des lois comme celles dont parle le texte qui durent jusqu'à ce jour 5. — Si la bien du savant Hartmann n’était déjà faite, l'argument qu’on vient de lire, lé ablirait d’ure manière

solide : aere perennius.

Le fait de la loi dont il est question dans notre texié remonte, au dire même de l’histoire profane, à Ja plus haute antiquité, ét il dure encore aujourd’hui. C'est à la lettre. Hérodote attribue: cette loi à Sésostris & Cela ne doit pas étonner : la figure de Ramsès II domine toute l’ancienne histoire du pays dont it fut le Pharaon le plus illustre et le plus puissant, et ce fut une raison pour les Egypliens de mettre

! Lepsius, Die Chronolog. der Aegypt., 1, 348, 8q.

? Hiérod., n, 158; Description de l'Égypte, 1, 145, in-fol.

3 Strab., Géogr., 1. xvux, c. 1, 12.

# Gen., xLVII, 26.

* Hist. krit. Forsch., 438, 8q.

k sur son compte, surtout quand ils racontent leurs histoires À des étrangers, toutel’organisation constitutive de PEgypte, Car. ils lui attribuent aussi la première: division territoriale en nomes où départements ?. Qu'il aitété le premier à diviser l'E: gypte en départements; c'est possible ; Champollion en doute cependant. Il dit que cette division remonte plus haut? Mais ce qui n’est pas possible, c’est que ce: roi ait établi la loi dont il s'agit ici. Qu’on y songe bien. Pour prendre leurs propriétés. aux possesseurs du sol, afin de s’en constituer le propriétaire unique et absolu, il ne suffit pas d’être un grand roi, un roi puissant. Cela est au-dessus de la: puissance humaine ; il faut une force majeure, c’esi l’œuvre d'une révolution faite par d’autres mains que par celles des hommes. D'ailleurs Sésostris: dut la tenter moins que personne, parce qu’il passa la plus grande partie de son long règne à faire des guerres lointaines; il lui importait d’avoir la paix et la tranquillité chez lui. L’époque qui vitle roi d'Egypte s'établir le seul possesseur du. sol est donc antérieure à Sésosiris, et comme cette possession absolue n’a pas pu exister de tout temps, attendu qu’on est d'accord pour lui assigner une date, quel autre événement élait plus propre à l’effectuer qu’une calamité dans le genre de celle dont parle notre texte, une famine prolongée ? Elle seule pouvait opérer cette révolution inouïe dans la constitution. historique d’un grand Etat, et l’opérer sans effusion de sang, par la dure nécessité qui laccompagnait. Et c’est aussi parce que les hommes n’y furent pour rien, que l’état de choses qui sortit de cette calamité: s’est perpétué jusqu’à nos jours $. Le cultivateur d'Egypte ne s’est plus jamais relevé du coup que lui à porté cette horrible famine de 7 ans : «La terre. ie à » Pharaon“: » la terre est au Pacha.

IL semble d’ailleurs que le fait n’avait‘pas manqué d'être enregistré dans les Annales égyptiennes. Car vraiment quand on lit dans Manethon Ÿ que le premier roi des Pasleurs,

Diodor. Sic., 1, 73.

2 L'Égypte sous les Phar., 1, 11, sq.

3 Cahen, la Bible, 1, 203, note 24.

‘ Gen., XLVII, 20.

$ Ap. Joseph, Cont. Apte. E. 1, ©. 14.

SALATIS, avait établi des impôts sur toutes les terres (rñy te äve xat xdro ywpav acuokoyov) qu'il avait bâti la ville dAvaris où Abarim Le ville des Hébreux, comme Ewald 1 la démontre), et, qu’il s’y était principalement occcupé à mesurer où à distribuer du blé (civoueroüv), la pensée sé porte instantanément au v. 6 du ch. xurr, où il est dit que Joseph était le Sarur ?, le dominateur, le sultan de l'Egypte et que c'était lui Gi faisait distribuer du blé à tous les peuples.

Maintenant, on ne voit pas que quelque auteur Israélite ait pu croire qu'il pourrait tirer vanité et gloire pour sa nation de Paetion de Joseph en faveur du pouvoir du Pharaon: Estce un titre qu’on fasse sonner que celui qu'on acquiert en contribuant à mettre un peuple sous le joug du despotisme ? En tout cas ce ne serait pas avec le langage simple et franc de notre texte. Plus on relit ce texte, plus on s'assure qu’il'est authentique, et que l'auteur,'en rapportant cette histoire ne la rapporte que parce qu que fait partie Pure de l’histoire de Joseph.

Quant au rapport de l’histoire de Joseph avec lénemblé de ta Genèse, il consiste surtout en ce qu’elle donne la raison de la transplantation d'Israël en Egypte, annoncée en termes généraux dès le temps d'Abraham $. Ceile transmigration étant àison tour en rapport avec l'Exode, l’auteur donné au chap. xivi les noms des enfants d'Israël qui accompaguèrent le Patriarche, et dont nous retrouverons les familles (misckpechotk) au livre des Nombres #, car les enfants d'Israël « se » multiplièrent beaucoup dans la contrée de Gosen 5. » On voit de quelle importance est ce tableau généalogique du cb. xzvi pour l’ordre des généalogies à venir, et avec quel discernement l’auteur le place où il doit Pêtre. Puis aussi il était necessaire de le donner pour terminer les générations (toledoth) de Jacob qu'avait promises le v. 2 du ch. xxxvir. Si

‘ Geschichte des Voik. Israël, 1, 451.

2 pos Schalit, la langue égyptienne remplace volontiers le sch hébreu par la sifflante simple, s.

3 xv, 13, 14.

4 Num. C. XXVI.

5 Gen., XLVII, 27.

l’on ne regrette pas la peine d’Y réfléchir un peu, on verra que tout s’enchaîne, ici comme partout, de la manière la plus heureuse. Rien de plus arbitraire que de dire, comme Île fait Bohlen t, que l’auteur n’étale ici cette grande énumération de noms que pour relever léclat du voyage de Jacob. C'est à cause de cela, ajoute-t-il, qu’on a placé dans ce tableau les noms des anciennes familles de chaque tribu et aussi pour reculer l’origine de ces tribus dans la plus haute antiquité. — Mais on peut demander à Bohlen, pourquoi, puisque tel était le but de cette généalogie, l’auteur y a placé des noms comme Ohad, Yischva, Becher et autres qu’on ne retrouve ni dans les généalogies postérieures, ni dans l’histoire? On ne les y retrouve pas, parce que ceux qui les portèrent n'avaient pas. laissé de famille. Gependant ils sont nommés ici. Le tableau n’est donc pas fait pour satisfaire la vanité de famille ou l’orgueil de tribu, mais dans un but historique. Il est évident, pour quiconque n’a pas noyé l'esprit dans les brouil= lards du mythe, que eette liste ne fournit l’énumération la plus complète de la famille du patriarche, que parce qu’elle est un document authentique ; donc elle est contemporaine du temps de Jacob. |

Mais cependant, continue à objecter la critique, comment ce tableau peut-il être authentique, puisqu'il compte :au nombre des personnes qui vinrent en Mitsraim avec Jacob quatre fils de Ruben, deux fils de Pérets et dix fils de Benjamin, tandis qu’il est évident, par le texte même, que Ruben n’avaitalors que deux fils?, que Benjamin étaitencore un jeune homme, naar #, et que Pérets devait être pour le moins encore à la mamelle. — Très-bien ; seulement votre objection, toute spécieuse qu’elle est, tombe à faux, parce que vous, n’avez pas saisi le caractère du document. L'auteur ne dit pas que tous ceux qu’il place dans cette généalogie fussent nés déjà au moment où Jacob se transporta en Egypte, et il dit encore moins qu'ils fussent nés en Canaan. La preuve, c'est qu'il compte au nombre des personnes de la maison de Jacob,

t Die Gen.,p 418.

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