CHAPITRE X
La seule indéfectibilité, entendue dans le sens de nos advenait ■ >t avoir été l< f,n-
di incu.t de In favorable pi n qui fai-
sait, srhiit Tamburini, que leê Parti s'adressaient OU Siège apostolique.
1. Tamburini a bien prévu que le systi par lequel il veut abaisser le pape au ni \ de tout autre évéque pour les jugements en matière de foi, rencontrerait de terni objections dans l'usage habituel et universel où l'on a été de tout temps de recouril toules les parties du monde catboliquc au souverain pontife; aussi, toujours fertile eu evpédients, s'efforce- t-il, à la suite de l'autturde la Défense, etc., de concilier des monuments si éclatants avec la faillibilite absolue du Siège apostolique; il dit donc quesnu indéfectibilité dans la foi inspire pour ses jugements une prévention favorable, qui lui donne le privilège, ou le droit d'avoir une part principale dans les décidons dogmatiques, et constitue pour les fidèles une obligation fondée sur les règles de la prudence (1) de le consulter de préférence à toutes les autres Eglises dans les questions qui s'élèvent au sujet de la foi (Par. 2, c. 4, § 17). Il faudra donc, conclurai-je , regarder le jugement dogmatique du pape comme plus probable que celui de tout autre évéque, el cela par la nature de la primauté, et par conséquent en verlu de l'institution divine. Donc la nature de la primauté a une influence intrinsèque sur ce même jugement. Mais qui pourra se persuader, par exemple, que le jugement d'une question astronomique, prononcé par un prince appliqué à ce genre d'étude, tire uniquement de sa dignité nue prévention favorable, el que, par celle seule considération, les règles de la prudence fassent un devoir de le préférer au jugement porté sur le même objet par un de ses sujets élevé à la même école? La raison en est que la qualité de prince ou de sujet n'influe pas intrinsèquement sur le degré plus ou moins grand de probabilité de leurs jugements respectifs sur la même question. Entre le maître et son disciple, la présomption sera bien en faveur du maître; mais uniquement part qu'il esl censé être plus verse que son disciple dans la science qu'il enseigne. Si donc ,
(I) Il se contredit ici, selon sa coutume, en faisant dériver celte obligation d'une simpl alion do prudence, sai) n de force eitérieure et t laquelle elle corresponde ; et cependant (.m 5 3, c. 4 de l.i H' partie) il avait avoué avec saint I ônée qu'une rais u bien plus forte obligeait de recourir à l'&use de Rome 1 our la consulter , que c'était un devoir tonde sur le caractère et la nature d i la primauté. Si donc cette primauté est permanente, et que cette obligatiou soit ;
sssenoa, l'obligauon devra être aus>i durable et a. lue . jne la primauté elle-même, et ne sera plus seulei appuyée sur lis règli - de la prudence qui pourraient *a lier selon le c.y lice dea lioumies.
TRIOMPHE DU SAINT-SIEGE ET DE L'ÉGLISE
dans les jugements en matière de foi, on présume plus favorablement du pape que des évéques, cela ne peut être qu'à raison de sa primauté, qui lui donne, dans les choses de la foi, plus de science que les évéques ne peuvent en avoir. Mais d'où peut lui venir cette science plus grande, qui doit faire préférer ses jugements à ceux de tout autre? 11 est vrai que la surveillance universelle dont il est chargé sert à son instruction, par le devoir qu'elle impose à chaque Eglise particulière de lui faire part de tout ce que sa tradition propre renferme d'intéressant pour le bien de l'Eglise (1) ; mais cette instruction ne peut suffire pour donner plus de probabilité à ses décisions, vis-à-vis de celles, je ne dirai pas seulement, d'un autre évêque un peu versé dans la théologie et dans l'histoire ecclésiastique, et capable d'apprécier les circonstances des temps, mais même d'un simple théologien; d'autant plus que nous savons, et les novateurs ne nous le rappellent que trop, qu'il y a eu des papes qui n'étaient pas de grands théologiens, et ne se mettaient pas beaucoup en peine d'examiner la tradi-
pa
tion des diverses Églises. Il suffit de lire làdessus, quoiqu'il y ait beaucoup d'exagération, ce que dit d'Innocent X et d'Alexandre VII Guadagnini, dans ses Observations contre les Faits dogmatiques de Bolgeni. Et pourtant on n'en recourait pas moins à ces papes, et quelques-uns d'entre eux décidèrent des questions de foi. Leur jugement jouissait-il d'une présomption favorable? ils étaient papes, et cela suffisait.
2. Cette présomption favorable donnait aux saints Pères tant de confiance dans les décisions du Siège apostolique, qu'un saint Jérôme, organe des sentiments de tous les autres, n'aurait pas hésité à reconnaître en Dieu trois hypostases, s'il en avait reçu l'ordre de saint Damase, avec qui il se faisait gloire d'être en communion, non d'une manière vague et abstraite, mais par un attachement réel et personnel. Si donc celte présomption est fondée sur l'indéfectibililé, qui ne permet pas à l'erreur de jeter dans le Saint-Siège des racines durables, il y aura lieu d'en conjecturer que le pape ne doit pas faillir dans la foi ; et les Pères en auront argué pour croire que les papes n'y avaient pas failli , et que ceux qu'ils consultaient n'y failliraient pas. Cela posé, je raisonne ainsi : S'il est juste et conforme au bon sens de consulter ce siège, maintenu dans son indéfeclibilité, il doit être pareillement juste et conforme au bon sens de le supposer fidèle à conserver le dépôt des doctrines révélées, et à l'ouvrir à ceux qui désirent de s'instruire.
(I) C'est à cela que les novateurs réduisent le droit de primauté ; a ce sujet, l'auteur des Béflexiotu contre l'Idée véritable (p. 73) observe que ïamlmnni se contredit l< >vsuue, api' ^ avoir enseigné que la puissance Je primauté est d'un., autre nature que la puissance é| iscopale, il l'ait ensuite consistée la première dans la surveillance el l'attention sur loui ce qui intéresse l'Eglise universelle, imposant aux évéques le même devoir de vigilauce el de sollicitude. ! rai que celle do pape serait plus étendue que celte
des évéques, mais le. plus ou le moins ne change pas la mure de la chose.
Mais en le consultant on suppose non-seulement qu'il y a été fidèle jusque-là , mais encore qu'il l'est actuellement. Donc l'indéfec-. tibilité actuelle du Siège apostolique implique sa fidélité actuelle à conserver et à communiquer le dépôt de la foi.
3. De là il résulte que si Jésus-Christ avait établi le tribunal de Pierre indéfectible, et que cependant il l'abandonnât actuellement à l'erreur, il ne lui aurait pas accordé ce qui est regardé comme juste et conforme au bon sens par ceux qui recourent à lui, en conséquence des privilèges qui en font le centre de la communion de l'Eglise et le préservent de persévérer dans l'hérésie. Mais qui ne voit à l'instant que, si l'on croit devoir attribuer à une institution divine des choses que Jésus-Christ n'y ait réellement pas mises, on accuse d'imperfection l'institution elle-même? El qu'on ne me dise pas qu'autre chose est une certitude absolue de trouver la vraie foi dans les jugements du pape, autre chose une confiance pieuse, ou une favorable présomption. Car si cette présomption et celte confiance sont fondées sur la nature de la primauté, elles se rapportent à une institution divine; par conséquent on en vient toujours à supposer qu'il y, a quelque raison de croire que celui qui ne faillira pas pour toujours, ne faillira pas actuellement.
k. Si les monuments historiques de l'antiquité nous présentent des faits qui attestent une semblable prévention, si les expressions énergiques et animées qu'ils nous ont conservées n'ont pu être inspirées que par la plus vive confiance aux Pères et aux docteurs, tels que saint Jérôme, saint Basile et tous les autres, que nous voyons dans les annales ecclésiastiques recourir au pape, et cela sans s'informer auparavant de sa science théologique; il faut nécessairement en conclure qu'ils s'accordaient tous à supposer que le privilège de l'indéfeclihilité était accompagné d'une assistance spéciale, pour que les papes, de leur côté, ne fissent pas une chaire d'er reur de celle dont Dieu avait fait la chaire indéfectible de la vérité. Vraiment on ne concevrait pas une confiance si particulière aux décisions du pape, sans la présomption d'une particulière assistance; car il n'y aurail absolument aucune raison de le consulter de préférence à tout autre évêque, si l'on ne croyait pas , non-seulement qu'il est plus près de la source où les autres évéques vont puiser, mais encore qu'il en lire des eaux et plus pures et plus abondantes. Or, cette source ij ne^'iut pas la chercher dans le dépôt de la loi que nous offrent, dans de nombreux volumes, les actes des conciles et les traditions des diverses Eglises : s'il en était ainsi, ce ne serait pas le pape, mais bien plutôt ses théologiens ou son bibliothécaire qu'il faudrait consulter; nous la trouverons, celle source, dans le fondement sur lequel repose immédiatement noire soumission aux jugements qui en sont émanés, et qui n'est autre que l'assistance divine. Donc, si l'on présume plus favorablement des jugements du pape que de ceux de tout autre évêque,
DÉMONSTRATION M w.ï.u il i CRI GOIRE \M.
et que relie présomption soit motivée, non sur son érudition el u doctrine personnelle, mais sur le rang éminenl qu'il occupe et iur les privilèges <] u i le distinguent, cela ne lient être qu'à cause de l'opinion ou l'on est que cotte assistance lui est particulière. Il faut donc conclure que les Pères regardèrent toujours celle assistance comme convenable box privilèges de la primauté. Ce fut cette
idée qui les porta à recourir au pape plutôt
qu'à tout autre évêque, même plus savant el plus sainl; car les plus savants et les plus saints recouraient également au Vatican.
L'assistance attachée à la nature de la primauté est, comme toutes les autres prérogatives, permanente; mais si on la fait dériver de l'ihdéfectibilité, elle est relative au privilège de ne pas faillir dans la foi; et comme elle est le motif des recours actuels dans des cas déterminés, on la suppose aussi actuelle et déterminée; l'on attend que, par son inlluence, le pape donnera la règle de la véritable croyance. Elle se confond donc entièrement avec le privilège de l'infaillibilité. Donc les Pères de tous les siècles présumaient que, par la nature même de la primauté, les papes jouissaient du privilège de l'infaillibilité; et c'était là la prévention favorable qui leur inspirait tant de confiance dans les décisions du Siège apostolique.
5. Si nos adversaires , dans les moments où ils se piquaient de défendre la primauté en termes ampoulés, n'avaient eu la maladresse de nous rappeler les recours au pape et les noms de ceux qui les pratiquèrent, je pourrais m'imposer la tâche immense de les énumérer ici. Tamburini (Yera Idca, p. 2, c. 1, § 14 ) m'en dispense en rapportant luimême deux traits importants : le premier est un passage de la lettre du concile de Sardique au pape Jules (1) : Hoc optimum et valde congruentissimum esse videbitur, si ad cap ut, id est ad Pétri sedem, de singulis quibuscumque provinciis referont Domini sacerdoles; le second est la célèbre déclaration de saint Jérôme à saint Damase, que nous avons rapportée plus haut ; l'auteur assure que presque tous les Pères , tant grecs que latins , s'expriment généralement de la même manière. Je ne veux rappeler que le fait de Théodore!, évoque d'Asie, placé à la tète de 800 Eglises; il prouve a posteriori la primauté juridictionnelle du Saint-Siège dans toute l'Eglise, et entre autres preuves, il dit qu'il a toujours été préservé de l'hérésie : Tenet ista sedes gubernacula regendarum cuncti orbis iïcclesiarum , cum propter alia, lum quia semper luv~ retici fœtoris expers permunsit (Ep. ad lien, presb. rom.). Il ajoute ailleurs que c'est à cause de cela qu'on en appelle à saint Léon, dont il attend la sentence; il le supplie, il le conjure qu'il lui soit permis de lui présenter les preuves de l'orthodoxie de sa doctrine qu'on a calomniée; et il appelle juste et droit le jugement que prononce un tribunal si élevé (Theod., ep. ad Leonem). Si la décision
(I) Pour apprécier la doctri lu concile de Sardique
oit peut voir le savant opuscule du docteur MaruheUi comme aussi sainl Léon, Èpisl M ad Alliai.