‹ Démonstrations évangéliques (volume 2)Chapitre 141 sur 167 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

On a tort de distinguer dans les jugements dogmatiques le siège de celui qui siège, et l'indéfectibilité de l'infaillibilité.

1. Pour éluder les preuves tirées des promesses que Jésus-Christ fit à saint pierre et des témoignages des Pères qui s'y rapportent les novateurs ont imaginé une distinction chimérique entre la chaire et le pape, et ils attribuent à celle-là les magnifiques prérogatives que l'Ecriture et l'antiquité la plus vénérable ont toujours réservées à celui-ci. C'est manquer, dit Tamburini, de notions exactes, que de dire que le Saint-Siège n'est pas autre chose que le successeur de saint Pierre ; que la chaire le suit partout , que le Saint-Siège se trouve à Avignon quand le pape se trouve à Avignon, et qu'il esta Rome quand le pape réside à Rome : par un tel langage on mêle deux idées tout à fait disparates. Le siège étant une Eglise, ne peut être une personne, un évéque particulier ou une propriété quelconque, un privilège de cet évêque. Il semble impossible qu'une distinction si frappante, qui saute aux yeux par la nature même des choses , soit traitée de distinction chimérique , et qu'on n'y voie que l'invention bizarre des ennemis du Siège apostolique ( Vera Idea, p. 1, c. 1, § 13 ). Ailleurs (p. 2, c. k, § 15), il assure expressément que dans tous les siècles il a été enseigné qu'il fallait rapporter les promesses divines à l'Eglise de Rome, en sa qualité de siège du successeur de saint Pierre. Donc, suivant cet auteur, 1° le siège est distinct du pape; 2° le pape peut se trouver dans un lieu, elle siège dans un aulre ; 3° les promesses faites à saint Pierre regardent principalement le siège. Voilà les trois principes fondamentaux qu'ctablil Tamburini pour ôter au pape tout pouvoir de primauté. Par le premier, il érige un

m DÉMONSTRATION F.V \NGf.l .101 K. GRÉGOIRE XVI

tribunal distinct du pape, lui attribue des

privilèges spéciaux, le reconnaît Indépendant du pape

l'élève même au-dessus du

< omme distinct du pape , mais bien au pape, comme étant ane^ménse chose

pape; par l<- second, il invente un cas où l'un serait séparé de l'autre, el il enseigne qu'alors c'est au siège el non au pape qu'il faut recourir; enfin, parle troisième, il dépouille, entièrement le pape des prérogatives de si primauté d'autorité, et ne lui laissé que la ligure, la représentation de ce siège. Examinons-les un à un et en détail.

2. Parlons d'abord du premier. Quoiqu'un ne puisse nier qu'il n'existe réellement et dans un sens vrai quelque différence entre le siège et celui qui siège, il est cependant trèsfaux que l'enseignement de l'un ne soit pas entièrement l'enseignement de l'autre : ainsi cette distinction est inadmissible en fait de doctrine et d'autorité. Notre théologien n'en est pas convaincu, et, pour soutenir son sentiment, il a recours, selon sa coutume, aux témoignages des Pères. Mais ces témoignages sont plutôt une preuve du contraire. Ainsi, par exemple, saint Jérôme écrit à saint Damase -.Bealitudini tuœ, id est cathedrœ Pétri communione consocior; saint Léon IX dit que la foi de Pierre ne peut manquer m throno iUius : plusieurs autres parlent ainsi de la chaire, du siège, du trône. Donc, conclut hardiment notre adversaire, donc la chaire et le pape sont deux objets distincts. Mais on peut conclure avec autant de droit : donc les Pères n'en faisaient qu'une même chose. En effet, qu'on dise : Bealitudini tuœ, id est cathedrœ Pétri, ou bien : Cathedrœ Pétri, id est Beatitudini tuœ, le sens n'est pas altéré, car il est clair qu'on peut de l'une et de l'autre manière substituerindifféremmentlcsiégcaupape,etle pape ausiége;cequi neseraitpaspermis,sile pape et le siège étaient deux objets distincts quant à l'enseignement et à l'autorité. En voici l'explication naturelle : Saint Jérôme, en communiquant avec le pape, communiquait avec la chaire de saint Pierre; le centre de la communion ecclésiastique doit être un; donc dans l'esprit du saint docteur, le pape et le siège étaient un seul et même objet. Que répond à cela notre adversaire? Dira-til que c'est le siège de Pierre, distinct du pape, et non le pape, gui est le centre de la communion de l'Eglise ( lhid., p. 1, c. 2, § 1 )? Donc, à ses yeux, c'est le siège, et non saint Pierre, qui est le centre de l'unité ; donc aussi ce sera le premier et non le second qui sera la source et le principe de l'unité. Qu'il m'explique donc comment saint Cyprien a pu dire , que Jésus-Christ unitulis origincm ah uno incipientem sua auctoritale disposait ( Lib. de Unit. Eccles.); qu'il m'explique comment saint Jérôme a pu écrire à saint Damase : Qui tecum non colligit, spargit ; gui tecum non est, Antichristi est (l) : car là il ne parle

(1) Que les novateurs remarquent que ^-aint Jérôme parle ici de la nécessité d'être en Communion avec le ripe , non-seulement in decim, mais encore in deeidendis, et que c'est dans r.e dernier sens aussi qu'il appelle vaine la lui qui diffère de celle du pape, et partisan de l'Antéchrist relui qui n'est pas pour lui ; car i! mi demaoda.H lui-même ,1,. décider la question , si l'on peut dire qu'il y ail trois uypostases eu Dieu. Le commentateur de Terlullien (S !-)

avec le siège. Enfin qu'il m'explique comment toute 13 tradition a pu placer toujours le centre de l'unité dans là primauté. Si elle

l'a placé dans la primauté, donc elle l'a placé dans relui à qui la primauté a été donnée par Îésus-Chrisl ; or c'est le pontife romain qui en a été investi : donc C est dans le pontife romain que la tradition a constamment placé le centre de l'unité, c'est-à-dire de la communion de l'Eglise. Je voudrais donc non me dît avec précision, et sans

tours qui ne servent qu'à dissimuler l'erreur, et tout à li fois à montrer l'embarras où se trouvent nos adversaires :Le il distinct du pape? Est-ce uutriliun.il distinct? Kst-ce là le centre de la communion de l'Eglise? S'il en est ainsi, donc il faudra dire : 1' que saint Jérôme s'exprima mal. et même qu'il trompa les fidèles, en uni tellement l'un à l'autre le pape et l'Eglise-, qu'on ne peut les distinguer qu'en faisant subir à tout le contexte le travail d'une construction captieuse et forcée ; 2 qu'il est faux, ou que le centre de l'unité soit établi dans la primauté, ou que la primauté appartienne à la personne seule du pontife romain.

3. Qu'on nous présente la parole célèbre de saint Léon : Aliud sunt seaes, aliud sunt prœsides : on ne pourra pas en conclure que l'enseignement du siège ne soit pas |*( gnement du souverain pontife, et réciproquement. Pour le conclure, il faudrait 1 que. saint Léon parlât en cet endroit d'autorité et de doctrine; 2° que tout ce qu'il y dît de l'évêque et de son siège lût applicable au pape et à la chaire apostolique. Mais il traite ce tout autre chose que de la doctrine. Il écrit à Anatole, évéque de Conslanlinople . qui avait profité de la chute de Dioscore. évêque d'Alexandrie, pour usurper, malgré les canons du concile de Nicée, lesecond rang, appartenant à Alexandrie ; et, pour lui prouver que la chute de son évéque ne pouvait effacer l'éclat que saint Marc faisait rejaillir sur cette Eglise, il lui dit : Mihil alexandrins sedi, cjus, quam per sanetum Marcum (rangehstam bcati Pétri discipulum mrruit, perçut dignitatis ; nec Dioscoro, impictalis suœ perricacia, corruenfe, splcndor tantœ Lcclesiœ tenebris obfuscctur; il ajoute : Àliud enim

se trompe donc quand il restreint « notre communion avec le pape au point où les autres Eglises communiquei Rome, et Rome avec elles. « Saint Jérôme ne sai si l'Egjise d'Orient ou même celle d'Occident - : avec Rome en ce point, et il est certain quilles ne |»uvaient pas s'accorder avec elle tout semble.

Ce n'était qu'une question de mois. , s'écrienl n res;cela est vrai, mais qui poavail cacher l'arianisme : c'était pour cela qu'il demandait le jugement do pape, déilaiant uu'il ne savait pas qttid vemni in syllabis lutet. Quo les novateurs apprennent de là qi nsPi

i i .1 se eux-mêmes ne consultaient pas leur caprice, n'em- •i pas des exceptions > t des disUoeiMlDS arbitraires pour déterminer le sens catholique d'un mot , mais recouraient a l'autorité du Taie. Combien de foi> n'a-t-oi pas eu besoiu de cette autorité pour les termes des cinq fameuses propositions ! D'ailleurs a même tout à lais que ce ne fut qu'une qu mots: la rai! i détermina saint Jéiôme a recourir an pape *»*en moins générale, parce que : qui tecum non colligit, spargk.

TRIOMPHE DU SAINT-SIÈGE ET DE L'ÉGLISE

sunt sedes, aliud sunt prœsides, II parle donc d'une simple prééminence d'honneur, attribuée par une institution ecclésiastique à l'Eglise d'Alexandrie; ce n'était pas un privilège en vertu duquel elle possédât proprio jure une autorité plus étendue sur d'autres Eglises ; on pouvait donc en cola la distinguer de son évéque, qui, loin de l'honorer, était honoré par elle. Les évêqucs succèdent originairement aux apôtres quant à la puissance l'ordre, qui est essentiellement attachée à l'épiscopat ; mais le pouvoir de juridiction leur vient de l'Eglise, qui le leur transmet. Ainsi l'honneur que les Eglises apostoliques reçoivent de leurs fondateurs n'appartient pas à la puissance d'ordre, et il leur est tellement propre, que les évêques n'y participent pas parce qu'ils sont évêques, mais parce qu'ils sont évêques de ces Eglises : au contraire, le pouvoir qui passe des apôtres aux évêques appartient à ceux-ci tellement en propre, que les sièges n'y ont aucune part. Ainsi ni l'autorité épiscopale, ni la doctrine ne sont pour rien dans le passage qu'on nous oppose. Mais quand même saint Léon eût voulu parler d'autorité et de doctrine, nos adversaires ne pourraient encore en rien conclure qui leur fût favorable et qu'on pût appliquer au pape et à son siège. Car le pontife romain, en succédant à saint Pierre dans l'épiscopat et dans la primauté, réunit en lui tous les privilèges conférés à Pierre en conséquence de cette double dignité; de manière que saint Pierre n'eut rien ni comme évêque, ni comme chef de l'Eglise, qui, par droit de succession, ne se trouve également, non dans le siège, mais dans la personne du pape :1e même saint Léon l'atteste, en disant que dignitas ( Pétri ) eliam in indigno hœrede non déficit : c'est donc le pape qui honore son siège, et non le siège qui l'honore. Aussi nos adversaires reconnaissent-ils eux-mêmes que l'Eglise de Rome doit ses prérogatives moins à l'honneur d'avoir été autrefois le siège de saint Pierre, qu'à l'honneur d'être actuellement le siège de son successeur. Mais , si le pape est investi, par droit de succession, de la dignité de saint Pierre, pourquoi ne le serait-il pas également de son pouvoir ? Il cumule tout ce qui fut conféré à saint Pierre ; c'est donc une chimère que ce siège dont on voudrait former un objet réellement distinct de lui, ou pour l'honneur ou pour l'autorité ; cette distinction supposerait que le siège ait quelque privilège qui manque au pape. Ainsi, de même que, du vivant de saint Marc. l'Eglise d'Alexandrie n'avait aucune prérogative qu'il n'eût lui-même, et qu'il était lui-même la source de toute la dignité de son Eglise; de même la chaire apostolique ne possède aucun privilège qui ne se retrouve en un degré éminent dans le successeur de saint Pierre (1). 11 faudrait donc, pour que le passage de saint Léon pût paraître de quelque

(t) Ce raisonnement n'a pas basoin de plus longues discussions, ni de développements plus étendus pour prouver qu'on ne peut généralement appliquer tu Siège apostolique les notions que les novateurs modernes nous donnent des sièges épiscopaux.

secours à nos adversaires, que le saint pape comparât la dignité et l'autorité de l'Eglise d'Alexandrie avec saint Marc lui-même, et qu'il conclût ensuite : Aliud sunt sedes, aliud sunt prœsides ; puisque c'est là la seule chose dont il soit question par rapport au Saint- Siège et au successeur de saint Pierre. Mais distinguons le siège du pape; quel avanlage en reviendra-t-il à nos adversaires, qui n'ont jamais su et ne sauront jamais déterminer avec précision les privilèges de ce siège, ni même dire avec cerlilude en quoi il consiste essentiellement (1)? Ils les exaltent par les plus magnifiques éloges, et puis ils n'en marquent pas l'origine et n'en déterminent pas l'étendue. Les Pères , disent-ils , appellent l'Eglise de Rome, Y Eglise principale, la source de l'unité sacerdotale, V Eglise mère et maî^ tresse, etc., etc. Voilà ses privilèges, la voilà indépendante, la voilà supérieure aux papes eux-mêmes. Mais, pour raisonner ainsi , ils devraient bien, et tout le monde le sent, prouver d'une manière convaincante que les Pères attribuaient originairement au Saint-Siégo tous ces avantages, sans les faire dériver des prérogatives mêmes de saint Pierre. Et comment pourraient-ils le faire? Dans quel endroit de l'Ecriture le siège est-il nommé? Peut-être la nature même des choses sufûl-elle pour le faire entendre? Donc il était impossible que Jésus-Christ réunît toute l'autorité dans saint Pierre; donc il ne pouvait se dispenser d'établir ce siège dans son Eglise, de le doter de tous ces magnifiques privilèges , de le rendre indépendant de saint Pierre, et même de l'élever au-dessus de lui. Tamburini doit nous prouver tout cela, pour nous obliger, par la nature des choses, a suppléer au silence de l'Ecriture sainte.

k. Toutefois je ne lui crois pas assez de présomption pour supposer que le système qu'il a imaginé comme ayant été établi par Jésus-Christ dans l'Eglise, lui paraisse le seul possible. Le nôtre aussi sera donc au moins absolument possible. Donc toute la question roule sur le fait et non sur la nature de la chose. Il doit donc nous prouver, par des témoignages positifs de l'Ecriture, la divine institution de ce siège et les promesses divines qui lui assurent ses privilèges. Mais rien

(1) Tamburini soutient formellement que le Saint-Siège doit être une Eglise particulière (Vem Idea, p. i. ci, §o); ensuite il remarque {p."2,c. 4; §14) «que, par le Siège apostolique on entend quelquefois l'Eglise universelle) ouje concile œcuménique. ainsi que, <lil-il, le coi\cile de Constance eut la sagesse de le manquer eh condamnant les erreurs de Wiclèff. » D'autres entendent par le S iint-Si6ge le collège des cardinaux , d'antres les congrégations de Koine. Au milieu de la diversité d'opinions de ceux qui distinguent le siège du pape, comment le fidèle pourra-l-il s'assurer qu'une définition SOlt véritablement, sortie du Saint-Siège et ayge son approbation? Et si l'on n'est pas bien fixé sur sa nature , on ne le sei i pas davantage sur ses privilèges ; autres sont ceux de l'Eglise parlieuli Te , autres ceux de l'Eglise universelle. Nous avons déjà dévoilé Parlilice de nus :id\ers;iii'es dans lt; chapitre sur la prétendue obscurité de l'Ecriture ; ici ds ne raisonnent pas avec plus de sincérité. Quand on leur oppose des Pères qui évidemment, ou par le fait, ou par les conséquences de lcurdoctrino.enseigncnirinlaillibilitédu Saint-Siège, il faut entendre par le Saint-Siège l'Eglise universelle: et quand on leui présente ceux quiex&LLenl lesdroitsde la primauté, il faut l'appliquer a l'Eglise de Home, mais jamais au pope.

DÉMONSTRATION KV ANGELIQUE. GRÉGOIRE XVI

de tout cela ne s'y trouve : donc il faul conclure que les Pères, qui oui distingué l'Egli île Home de toutes 1rs autres par dis traits si sublimes, oui emprunté tous leurs éloges aux prérogatives 'le saint Pierre. El en effet Tamburini parait en convenir, lorsqu'il avoue que r Eglise de Rome a le singulier avantage a être la première entre toute» lei «f alises, et d'être le rentre de la communion de l'Eglise, à cause de son évéque, (/ni est le successeur île saint Pierre (Vera Idea, p. 1, c.% § 4). Donc le Saint-Siège a reçu ces privilèges ou immédiatement de Jésus-Christ, ou immédiatement de saint Pierre : c'est-à-dire, ou Jésus-Christ en considération des éminentes prérogatives de saint Pierre qui devait y siéger l'enrichit lui-même des droits qu'on lui attribue ; ou saint Pierre les lui communiqua lui-même. Ils ne viennent pas immédiatement de Jésus- Christ, puisque l'Kcrilure ne présente aucune promesse spéciale à ce sujet, et que tout s'y rapporte à la personne de Pierre. Donc il faut en chercher l'origine dans cet apôtre. Mais cela ne sert de rien aux jansénistes, parce que saint Pierre ne pouvait communiquer des droits qu'il n'aurait pas eus, ni donner ceux qui lui auraient été propres de manière à s'en dépouiller lui-même : toute comparaison devenant donc impossible, dans cette hypothèse, entre son autorité .et celle de son siège, la distinction qu'on a imaginée du pape et de la chaire devient elle-même inutile et ridicule. Accordons encore que la chaire ait ses privilèges distincts de ceux de Pierre ; ils seront ou plus grands, ou moindres que ceux de Pierre. S'ils sont plus grands, comme Tamburini le suppo-e, donc saint Pierre ne sera pas le chef de l'Eglise, puisque ce titre n'appartient qu'à celui dont l'autorité est la plus étendue ; il n'aura pas la plénitude de puissance, qui lui est cependant accordée parce théologien. S'ils sont moindres, donc l'autorité du pape sera la prédominante, et par conséquent la seule à suivre en cas de division. Pour échapper à la force de ce dilemme , nos adversaires diront peut-être que le Saint-Siège et le pape ne forment qu'un tribunal, où le pape ne peut rien sans le siège, ni le siège rien sans le pape ; et que par conséquent les prérogatives de la primauté d'autorité ne conviennent qu'au siège uni au pape et ne formant avec "lui qu'un corps moral, qui aurait hérité delà primauté de saint Pierre. S'ils répondent ainsi, nous en revenons à ce que nous avons demandé plus haut : en quel endroit l'Ecriture fait-elle mention de ce siège, cl en quelle circonstance saint Pierre s'est-il adjoint cette espèce de sénat, pour délibérer sur les aflaires de l'Eglise catholique? Pour établir l'institution divine de ce tribunal, il faudrait pouvoir l'appuyer ou sur les Livres saints, ou sur la pratique de l'Eglise naissante, comme on cite, pour les conciles, le concile des apôtres. Mais Tamburini n'apporte aucune de ces autorités, et il avoue indirectement qu'il ne peatrien citer ; car, en disant que le Saint- Siège a hérité de la primauté de suint Pierre, il paraît supposer que la primauté était, dans

sa première institution, concentrée dans la personne de saint Pierre ; que par conséquent saint Pierre l'exerçai! seul et par lui-même, sans s'associer «eiie prétendue chaire dans ses jugements; et enûn que celte chaire n'est entrée eu exercice qu'à une époque postérieure aux temps apostoliques, c'esl-a-oire > saint Pierre. Confluons donc que le lu apostolique distinct île Pierre, n'ayant .incurie prérogative originaire. D'étant point nommé dans l'Kcrilure, n'existant pas aux temps des apôlres, est une pure invention des ennemis du Vatican, une chimère, un véritable néant. Mais cependant les pères eu parlent expressément; que laudra-t-il donc entendre par là? C'est ce que nous explique le savant abbé Cuccagni, l'auteur des Réflexions contre l'Idée véritable, etc. Le siège, dit-il, dans le langage ecclésiastique, est le dénié d'autorité, qui donne à celai qui en i^t investi te droit d'instruire et de gouverner une multitude de /utiles. On l'appelle siège, au figuré, du poste filas élevé qui < st le signe de la dignité, et qu'on prépare dans l'assemblée pour celui qui en est le chef (Rifless. 1, p. 3). Voilà la signification naturelle. Siège et Trône expriment la même idée, ces deux mots peuvent se prendre l'un pour l'autre pour désigner un souverain quelconque . même un despote absolu ; et il est reçu de dire l'autorité du trône pour l'autorité du monarque. Mais c'est assez pour le premier des trois principes fondamentaux de Tamburini; passons au second.

5. Notre théologien ne se contente pas d'inventer une distinction entre le Saint- Siège et le pape; il va plus loin encore, et enseigne que le pape peut être dans un lieu, et le Siège dans un autre. C'est manquer, dit-il, dénotions exactes, que de dire.... que la chaire suit partout le pape ; que le Saint- Siège se trouve à Avignon quand le pape < st à Avignon, etc. Il est clair que, en supposant possible une telle séparation, il nie qu'il y ait entre le Saint-Siège et le pape une intime liaison, une liaison essentielle. En effet, -i cette union était essentielle, elle devrait subsister toujours aussi nécessairement que le siège lui-mè ne qui, de son aveu, ne peut jamais manquer. Par conséquent il y aurait de l'absurdité à supposer que le pape ne fut pas là où serait le siège, ou que le siège ne se trouvât pas là où le pape se trouverait . l'un et l'autre formant pour l'autorité un seul tout, ils devraient toujours rester inséparablement unis. Un corps vivant a, outre saleté, des membres qui aussi sont iii'ir»>, lires aux fonctions vitales. Quand dîne Tamburini fait du Saint-Siège et du pape deux objets non-seulement distincts, mais srparables, il regarde le pape comme n'étant pas essentiel à la constitution du Saint-Siège; et, si quelqu'un en doute, il en renouvelle l'assurance plus expresse encore, en rappelant la constance de l'Eglise romaine, aux temps delà prétendue prévarication de Libère et d'Honorine, dont ou ne fera certainement pas les chefs d'un corps, qu'il suppose faussement leur être contraire. Ainsi, toutes

tréo

TRIOMPHE DU SAINT-SIÈGE ET DE L'ÉGLISE

lois que les novateurs modernes parleront des droits du Saint-Siège, il faudra toujours l'entendre du siège séparé du pape, et mis en regard du pape. Cela posé, que les adversaires me permettent de leur adresser les trois questions suivantes : 1° Pourquoi dans les occasions si fréquentes qui se sont présentées, à la mort des papes, ou en cas de négligence de leur part, le Saint-Siège n'a-t-il jamais prononcé aucun jugement solennel, même pour des causes très-urgentes, pendant que les papes en ont eux-mêmes rendu un si grand nombre et avec tant de solennité, dans lesquels on ne remarque pas son suffrage? Ce siège aurait-il donc toujours manqué à son devoir, et constamment ignoré ses privilèges et son autorité? Où en est donc la vie et l'action? Et s'il n'en a pas, comment peut-on dire qu'il ne manquera jamais? 2° Pourquoi ce siège a-t-il lui-même répondu à saint Cyprien dans la cause de Lapsis, qu'il ne pouvait rien décider avec autorité, par la seule raison que, post excessùm nobilissimœ memoriœ viri Fabiani, propter rerum et temporum difficultates , nondum est episcopus constitutus, qui omnia ista moderetur,et eorum, qui lapsi sunt,possit cum auctorilale et consilio habere rationem (Ep. 3, Cl. Rom. ad Cypr. éd. Baluz.)? 3, Pourquoi, dans l'affaire de Montesson, lorsque Clément VI siégeait à Avignon, la Sorbonne s'est-elle adressée par ses envoyés à lui, et non au siège de Rome? Pourquoi la cause a-t-elle été traitée en sa présence? Pourquoi est-ce à lui qu'on a demandé le jugement ? Et enfin pourquoi cette assemblée s'est-elle justifiée auprès de lui, et non auprès de ce prétendu Siège, d'avoir provisoirement prévenu sa décision? Je pourrais citer bien d'autres faits ainsi que plusieurs témoignages des Pères : mais ceux-ci me paraissent suffire ; ce sont des monuments, où est empreinte en caractères vivants là pratique de tous les siècles ; ils nous ont donné l'exemple de ne pas supposer que le siège , sans le pape, puisse avoir quelque autorité, et de ne pas considérer ces deux objets comme pouvant être séparés.

6. Le troisième des principes de Tamburini, c'est que les promesses faites par Jésus- Christ à Pierre regardaient principalement le Saint-Siège. Il est vrai que, parle moyen de quelques expressions vagues , de quelques privilèges insignifiants, il a réussi auprès des personnes simples à se faire passer pour un homme plein de vénération envers la primauté du pape : mais à quoi se réduit à la fin cet appareil d'expressions spécieuses? A laisser au pape le droit exclusif de représenter le Saint-Siège : et il compte avec cela lui assurer la primauté. Ensuite on attribue à la chaire de saint Pierre de nombreuses et sublimes prérogatives, on lui applique les magnifiques promessesdu Rédempteur, qu'on dit, à la vérité, avoir été faites à Pierre en général, mais seulement en sa qualité de type du Saint-Siège. Et voilà saint Pierre, qui, comme un nouveau Protée, revêt toutes les formes selon le caprice des novateurs du jour; le voilà tout à la fois figurant deux ob-

jets distincts : le Siège apostolique et l'Eglise universelle : voilà en même temps sa primauté anéantie. Car, avec un système qui met en principe que tout ce que saint Pierre a reçu de Jésus-Christ comme représentant de l'Eglise ne s'arrête pas en lui, mais passe par son intermédiaire à l'Eglise représentée, il ne gardera pas davantage les droits de sa primauté exprimés par ces belles promesses; ils devront aussi passer tous par lui au Saint- Siège, et avec eux la primauté elle-même; puisque celle primauté doit être active, efficace, laborieuse , et qu'elle ne pourrait être tout cela sans les droits qui y sont attachés. Tamburini lui-même semble confirmer celte funeste conséquence de son triste système, lorsqu'il appelle le Saint-Siège Vhérilier de la primauté de saint Pierre. Si le siège est l'héritier, et que d'ailleurs il doive être distingué du pape, le pape sera donc privé de cet héritage, et ce sera sans raison qu'on l'appellera le successeur de saint Pierre, sans la primauté ; ce titre appartient à celui qui la possède en héritage. Ici tout détour, tout subterfuge est impossible. La prétendue distinction du pape et du Saint-Siège pour l'enseignement et l'autorité nous mène droit à la terrible nécessité de refuser au pape la primauté de juridiction.

7. 11 n'y a pas plus de justesse dans l'autre distinction que les novateurs voudraient établir entre V infaillibilité et iindéfectibililé du pape, ou bien du Siège apostolique. Je remarque, dit Tambuzini, que ce sont des idées très-différentes que celle de l'indéfeclibililé et celle de l'infaillibilité; et par conséquent c'est mal raisonner, que de conclure avec certains théologiens, de ce que les Pères ont attribué à l'Eglise de Rome (1) le privilège de ne jamais manquer dans la foi, de conclure, dis-je, que le pape ou le Siège apostolique soit infaillible dans lotis ses jugements lltj a entre l'infaillibilité et l'indé-

fectibilité une connexion nécessaire, quand il est question de V Eglise universelle. Car si l'Eglise pouvait errer dans ses décisions de foi, il lui manquerait , ainsiqu'aux fidèles, unerègle sûre pour distinguer l'erreur de la vérité.... par conséquent elle ne serait pas indéfectible Au lieu que, dans la supposition même

que l'Eglise romaine, ou le Siège apostolique rendit une décision contraire à la foi, il resterait toujours dans la doctrine de l'Eglise, et dans le jugement du concile œcuménique, une escorte sûre à la vérité et une règle dont l'Eglise de Rome devrait se servir pour se corriger et s'amender, comme elle s'en servira toujours , tant qu'elle conservera le siège du successeur de saint Pierre (Vera Idea, p. 2, c. k, § 14, 15). Il n'est pas rare de surprendre Tamburini en contradiction avec ses propres principes : c'est souvent inévitable pour celui qui suit la voie de l'erreur. Ici celte opposition avec lui-même est frappante ; carlarai-

(l) Nous avons déjà prouvé que l'Eglise de Rome n'a d'avantage sur les antres Eglises , que par le* priviWgei que le pape lui communique par rapporta la doctrine, et c'est pourquoi les Pères attribuent indistinctement le privilège de l'infaillibilité tantôt au pape, lotôt au siège,

son |>;ir laquelle il prouve que l'indéfectibilité de l'Eglise est inséparable de son mfaillibi- 1,1 . milite également en faveur du apostolique. Pourquoi, dil-il, que i indéfectible? parce que, Bans jcela, il man qucr.iii a l'Eglise catholique une partie principale ft essentielle llbid.). C'est donc, conclurai-je, parce que, sans le Saint-Siège, l'Eglise catholique ne pourrait subsister!, cYsl-a «lire parce que, sans lui, il n'y .aurait plus de véritable Kglise. 11 s'ensuit donc é\ idemment el net essaircment, que le Saint- Siège devra essentiellement porter son suffrage dans toutes les définitions de l'Eglise. Or, quand même ses chutes ne seraient que passagères et non perpétuelles, quand même il n'aurait erré qu'une Ibis, il ne fora plus, en ce point de doctrine, un seul corps avec l'Eglise. Donc il est faux qu'il restât entore, dans ce cas, la doctrine de l'Eglise catholique pmr se corriger et s'amender, puisque l'Eglise elle-même n'existerait plus, privée qu'elle serait de l'une de ses parties essentielles; et par conséquent il est également faux que l'Eglise conservât encore un moyen infaillible pour le rappeler à la vérité. C'est précisément par cette raison que l'auteur établit que l'Eglise serait défectibie, si elle était faillible; alors, dit-il, il n'y aurait plus de moyen de la rappeler à la vérité. Or la même chose arriverait au Saint-Siège, puisque, sans lui, il ne peut y avoir d'Eglise qui le ramène; donc, par la même raison, s'il pouvait errer dans ses décisions, il ne serait plus indéfectible. Déplus, notre théologien nous assure que le Siège apostolique sera toujours soutenu et dirigé par l'immobilité de l'Eglise universelle. Comment donc pourrat-il tomber? Celui qui est soutenu ne tombe pas, car on ne le soutient que pour ne pas le laisser tomber ; autre chose est soutenir, autre chose est relever après la chute. Si donc le Siège apostolique tombait dans ses décisions, même une seule fois, il ne serait plus vrai qu'il fûl toujours soutenu et maintenu par l'Eglise. Enfin l'influence du Saint-Siège sur l'Eglise, et de l'Eglise sur le Saint-Siège, ne peut ne pas être continuelle, et par conséquent perpétuelle. En effet, cette influence ne peut être démontrée que par les promesses divines ou par la perpétuité de l'Eglise; si l'on consulte les promesses divines, elles nous présentent Pierre comme le fondement, et l'Eglise comme l'édifice, et par conséquent elles supposent, entre l'un et l'autre, une connexion intime, constante, inaltérable. Si on en appelle à la perpétuité de l'Eglise, elle a besoin, pour subsister, de l'union perpétuelle et de l'action réciproque de ses parties essentielles. Si donc on ne peut se dispenser de convenir que l'influence réciproque de lEglise et du Saint-Siège doive être perpétuelle, il faudra aussi regarder comme nécessaire que le Saint-Siège soit constamment soutenu dans ses décisions par l'Eglise, et par conséquent comme impossible qu'il tombe jamais dans l'erreur. Que Tamburini cesse donc d'appeler te Siège apostolique une partie essentielle de l'Eglise, et d'affirmer qu'il

DÉMONSTRATION ÊVANGÊUQl I . GRÉGOIRE IVT

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qu'il |ue l'indéfeclibilitt est. eu lui,

inséparable de l'infaillibilité : autrement il est convaincu de; contradiction ( Voyez le

cltap. 5, vers le milieu).

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