‹ Démonstrations évangéliques (volume 2)Chapitre 144 sur 167 · Pour apprécier au juste la doctrine d'un · texte numérisé non relu

Pour apprécier au juste la doctrine d'un

écrivain, il faut qu'elle soit expos h- manière à ne laisser aucune équivoque sui véritable pensée ; il ,\ a incertitude lors.; dans un endroit, il semble pencher à recon naître une chose qu'il nie dans un autre, et qui, par elle-même, est susceptible d'être envisagée contradictoiremenl , selon les divers points de vue sous lesquels peuvent élrc considérées et la chose elle même et les disp lions antérieures de l'écrivain. Or, si l'on nous accorde ce que nous venons de prouver : que les saints Pères, en recourant au pape, ainsi que nous le montrent leurs ouvrages, aient paru, par une si grande confiance, pencher à lui supposer une assistai spéciale qui ne diffère pas du privilège de l'infaillibilité; c'est assez pour nous aulôri*. r à croire qu'ils n'étaient pas fermes ni bien établis dans la doctrine contraire; à plus forte raison si les jugements du pape peuvent être considérés sous divers rapports, comme on le verra plus bas. Si donc ils ne nous font pas connaître clairement qu'ils aient résolu leurs doutes, nous serons fondes à les regarder comme balançant encore; nous devrons peser d'après cela toutes leurs expressions et ne jamais les prendre à la rigueur dans quelque sens que ce soit, parce qu'il n'est pas possible d'allier dans l'intellect un jugement absolu avec une incertitude actuelle. Je n'aurais pas établi ici ce principe, si je ne le voyais servir continuellement 'le base aux modifications et aux interprétations que les novateurs font subir aux paroles les plus décisives, par lesquelles les Pères prolestent de leur soumission aux décisions du pape, et montrent qu'ils y reconnaissent la voj\ de Dieu. C'est précisément ainsi qu'ils

(I) Qnoi de plus présomi>toeux que il e>olu-

menl au pape ce que unis les Pères supposaient aver tant de confiance lui avoir été donné par Jésus-Christ f On ne peul certainement sans l'aire violence .u. I • ima-

giner qu'une oonfi ince m i

iivi' ci m efficace ail pu exister sans ce qui en était l'objet, surtout quand il s'a^u d'une institution divine destiné* bien géuéral et h servir de règle commune u tous des. On ne peut donc voir dans celle confiance pieuse des Pères qu'une preuve très-forle en laveur de l'infai)u> bilité du papa.

TRIOMPHE OU SAINT-SIEGE ET DE L'ÉGLISE

prétendent prouver que le mot de saint Augustin, après les décrets d'Innocent I contre l'hérésie do Pelage -.Causa finita est, ne signifie pas, dans la pensée de ce Père , un jugement infaillible et sans appel, parce que, dans la question des rebaptisants, il dit que la cause n'était pas encore finie par les décrets d Elienne (1). De même, pour ces paroles de saint Jérôme à saint Damase : Quicumque tecum non colligit , spargit : hoc est, qui Chrisli non est, antichristi est, ils ne veulent pas qu'elles prouvent qu'il crût à l'infaillibilité de ce pape, et cela parce qu'il dit ailleurs : Si auctoritas quœritur, orbis major est urbe. Ils ne trouvent que l'expression d'une pieuse confiance dans cette magnifique déclaration de Messence au sujet de la lettre d'Hormisdas : Absit ut ex quolibet parte catholicœ professionis romanus episcopus contradicat [Resp. Mon. ad ep. Horm. t. 9, Bibl. Patr., p. 539) : la raison, c'est qu'il a dit plus haut : Si romanus episcopus prohiberet Chrislum Filium Dei confileri unum ex sancta et individua Trinitatc, nunquam eidem Ecclesia acquiesceret. Enfin c'est encore d'une

et ensuite de cette hypothèse, ils s'appliquent à ramener tous les autres passages au même sens; au moins cherchent-ils à les expliquer avec ce grain de sel , que les novateurs modernes tiennent toujours en réserve. Qu'ils nous disent donc comment ils procéderaient, s'ils voulaient soutenir le contraire ? Ne commenceraient-ils pas par apporter la célèbre profession de foi : Super illam petram œdificatam Ecclesiam scio, etc.? Ils placeraient donc comme texte fondamental cette proposition, en apparence, contraire à la première, et puis ils se mettraient l'esprit à la torture pour expliquer celle-ci avec le secours de celle-là. Mais quel avantage les novateurs ont-ils sur les hérétiques, qui combattent avec les mêmes armes? Si les hérétiques expliquent la seconde proposition d'après le sens littéral de la première, certainement la victoire doit rester indécise. Tel est le cas où nous nous trouvons. Nous dirons, par exemple, que saint Augustin , en déclarant que la cause des rebaptisants n'était pas finie avant d'être jugée en concile général, n'a pas parlé dans un sens contraire à l'infaillibilité des juge-

pieuse confiance seulement qu'il faut , selon menls solennels du pape ; et cela, parce que, nos adversaires, entendre l'ordre que So- après le décret d'Innocent I, il avait déclaré

phronius donna en esprit à Elienne, évêque, d'aller de finibus terrœ ad terminos ejusdem, donec ad aposlolicam sedem , ubi orthodoxorum dogmatum fundamenta existunt , perveniat ( Vo\j. la Défense de la Déclaration du clergé de France, liv. 10, c. 6). Pourquoi? Parce qu'il n'est pas croyable , disent-ils, qu'il prétendît lui imposer une obéissance absolue et aveugle aux décrets du pape, et les lui présenter comme infaillibles, après avoir donné lui-même un éclatant exemple de la liberté sacerdotale par son inflexible opposition aux lettres peu catholiques du pape Honorius. Je ne finirais pas ce traité si

i'e voulais mettre en regard, d'un côté, les plus icaux témoignages en faveur de l'orthodoxie impérissable des décisions du pape, et de l'autre les faits et les paroles qu'on y oppose. Au reste , ce long parallèle ne servirait à rien, attendu que le peu que nous venons de dire suffit pour montrer que la première, l'unique ressource de nos adversaircséstd'cxpliquer un Père par lui-même, afin de ne lui laisser aucune apparence de contradiction. 2. Employons les mêmes moyens, et nous n'en arriverons pas moins droit à notre but. Pour concilier les contradictions apparentes d'un auteur, il faut d'abord bien établir et fixer avec précision quelle est la doctrine fondamentale d'après laquelle doivent être expliqués les textes qui paraissent opposés. Ainsi en usent les hérétiques eux-mêmes qui attaquent la primauté de juridiction ; pour

firouver, avec l'autorité de saint Jérôme, que c pape et les évêques ont une autorité égale, ils supposent que le sentiment du saint docteur soit renfermé tout entier dans celte proposition isolée . prise dans toute la rigueur grammaticale des termes : Omncs apotloli dates regni calorum accrprrunl, et ex aquo super eos Ecclcsiœ forlitudo solidatur; (l) V<iyoz au chapi 1 ), dans quel sons il parlait. DÉMONST. EVANG. XVI.

que le procès de Pelage était fini : nous dirons que, par ces paroles, si auctoritas quœritur, orbis major est urbe, saint Jérôme ne préjuge rien contre l'infaillibilité du pape; et cela, parce que, avant même que saint Damase ne prononçât son jugement, il regardait comme appartenant à Jésus-Christ quiconque restait uni à ce saint pape ; quiconque s'en séparait, comme partisandel'anlechrist. La même méthode servira pour tous les textes que nos adversaires nous opposeront. Et ils ne peuvent nous accuser de répandre un véritable scepticisme sur la doctrine des Pères en la discutant ainsi : car, de leur propre aveu, nous avons l'avantage, qui leur manque, de nous appuyer sur la pieuse confiance des Pères, pour expliquer les textes un peu obscurs.

3. Mais peut-être ne pourra-t-on pas , même par tout l'ensemble de l'ouvrage , déterminer avec précision le véritable sens de chaque passage. On le pourra sans doute, attendu qu'il n'est pas vraisemblable que dans tout cet ensemble il ne se trouve pas une proposition assez claire par elle-même et d'un sens assez bien fixé pour servir de terme de comparaison, et qui, par son accord une fois établi avec les autres, prouve que celles-ci sont pareillement d*accord entre elles. C'est ainsi qu'on fait usage des paroles qui déclarent Jésus-Chris! in forma Dei, et in simililudinem hominum foetus, pour démontrer qu'il n'y a rien de contradictoire dans les autres passages de l'Ecriture où il dit lui-même : Ego et Pater unum sumus, et Pater major vie est; parce que ces paroles, in forma Dei, ne peuvent exprimer qu'une même nature avec son Père , cl que celles-ci. Ifl tilhilitudinctH hominum foetus, ne peuvent s'entendre, comme on le prouve contre les ralcntiniens, les basilidiens et les marcioniles, que de la nature humaine, sous le rapport de laquelle i]

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DÉMONSTRATION ÉVANGÉUQUE. GRÉGOIRE XM.

n'est pas aussi grand que smi Père. Mais dans les ouvrages des Pères , quelle est, au jugement de nos ad?ersaires, la proposition si claire et si évidente qu'elle ne puisse admettre d'interprétation étrangère au sens littéral? A propps de la prétendue obscurité de l'Ecriture sainte sur le sujet présent, nous ayons déjà fait remarquer avec quel artifice ils savent corrompre les textes et plier toul a leur système. Que ne font-ils pas de mi contre les témoignages des Pères opi osés . l,s théologiens c, tholiques à leurs erreurs? \ combien de ruses n'ont-ils pas recours? à ojuelle torture ne mettent-ils pas leur esprit pour en affaiblir la force et en contester le sens? Us oui beau dire que, si aucune proposition ne présent- par elle-même assez <1 évidence pour servir de texte fondamental, on peut le déterminer parle raisonnement; car le raisonnement suppose lui-même des prémisses d'un sens certain et incontestable. Quelle sera donc celle sur laquelle ils ne puissent incidenter avec leurs principes sur les faits dogmatiques? N'enseignent-ils pas que, selon les règles de la théologie, quand une proposition, à défaut d'être assez précise , est susceptible de plusieurs sens , on ne peut pas bien déterminer le véritable par les termes isolés dans lesquels elle est conçue, mais qu'il faut le chercher dans le contexte, dans le but que se propose l'auteur, dans les principes qu il professe, dans les conséquences qu'il en lire et dans le lanrjaqe qu'il emploie (Guadaynim, Osservaz. n. 206, pag. 192). C'est précisément pour cela qu'ils ne veulent pas que l'Eglise elle-même puisse qualifier infailliblement le sens d'une doctrine, et qu'ils lui refusent même à ce sujet une infaillibilité naturelle. Ce sera donc à eux à nous prouver qu'ils ont appliqué toutes ces règles dans les interprétations qu'ils font des Pères, et que, eu les appuyant sur la critique la plus sévère du dessein, du but et des principes de l'auteur, ils ont en même temps demandé à la logique la plus profonde toul ce qu'elle pouvait leur donner pour l'intelligence de ces mêmes principes, sur leur application, sur la justesse des conséquences , bref, sur tout ce qui l'ait la liaison et la charpente de tout l'ouvra Toutefois celui d'entre eux qui entreprendrait avec succès un pareil travail, pourrait se vanter d'être le premier: car jusqu'à présent il n'est aucun de leurs ouvrages dont l'auteur ne se borne à transcrire quelques passages détachés de tel ou tel Père, et qui ensuite ne proclame d'autorité le sens qu'il lui plaît comme la pensée constante de ce même Père. Mais s'ils s'imposaient celte tâche, l'issue pourrait bien n'être pas favorable à leur dessein; car l'exemple de plusieurs écrivains nous montre qu'avec leur mélbodc même l'on peut obtenir des sens loul différents qui n'ont ni moins de liaison ni un enchaînement moins logique : ce qui est Irès-sul'iisant pour les faire prudemment douter de l'évidence de leur raisonnement. Que sera-ce si ce raisonnement est en opposition avec la pieuse confiance que ces mêmes Pères ont montrée pour les décisions du pape ?

', . n faut recourir ans interprétations

quand on ne peut échapper que par c e moj en à une conséquence absurde. Or on ne prou- , jamais que, en prenant dans leur sens naturel es d'un l'en' qui semblent

favorables a l'infaillibilité du pape, l'on soit conduit à la conclusion inadmissible qu'il se contredit. On pourra nous apporter un texte (Mi a e contradictoire, mais il pourra

s'expliquer par les rapports divers sons b quels le pape peut être considéré ïoy. le chap. -±\,. par les divers objets qu'il peut. s Ire prop • i le même déen 1, p ir la di-

versité des fins que les Pères avaient en vue et des circonstances dans lesquelles ils écrivaient. Ainsi les Père- | euvenl l r le Pape connue un docteur particulier, de même que les Pères d'un concile qui. hors le Bornent où ils décrètent ensemble, peinent re- ( hercher avec leurs seules lumières naturelles le sens de la tradition, et ne sont alors que de simples, quoique bien respectables, théologiens ; ils peuvi nt considérer dans les décrets du pape un [joint affirmé et non décidé [Guadagnini, Oturv., p. 187, n. 203, ; ils peuvent y distinguer ce qui regarde la discipline de ce qui appartient à la foi ; ils peuvent avoir diverses (ins en vue, comme on peut en voir des exemples dans l'interprétation que donne saint Augustin de ces paroles : Tu es Petrus, et super hanc petram, etc.; et dans saint Bernard, écrivant à Eugène : Panms Dominus subjeclus est pœdagogo ; nec is sui Domini dominus est... lia et tu prœsis ut • lias (Lib. III de Consid.), quoiqu'il le reconnaisse pour maître dans cet endroit, aussi bien que dans celui où il exaile la plénitude de sa puissance : Tu primatu Abel, gvbenuklu Xoe, pulriarchalu Abraham, online M< Ichisedech, dignitate Aaron, auctoritate judicaiu Samuel, potestate Petrus, unctione Chrislus.... unus omnium pastorum psêtot [Lib. II, c. 8) ; enfin ils peuvent se troimr dans des circonstances où ils doivent mettre de côté l'infaillibilité du pape, comme quand saint Augustin veut bien. avecMaximin, faire abstraction de la décision du concile de Nicée : en usant ainsi ou pour combattre les hérétiques avec les armes qu'ils ont eux-mêmes cboiMes (1), ou pour Caire ressortir la société des pasteurs préposés au gouvernement des âmes, et exaller l'unité de l'Kglisc contre ceux qui voudraient \ porter atteinte. Tels sont les fondements sur lesquels nous nous appuyons pour expliquer les textes qui paraissent contraires à notre sentiment: nos adversaires ne peuvent nous attaquer làdessus : tout l'avantage est pour nous, car tout ce qu'on attribue au pape, ou absolument, ou par l'orme de conjecture, ne dépend que de sa primauté: au lieu que ce qu'on lui refuse est subordonne à telles et telles considérations, dont chacune peut siilfire pour donner lieu de croire qu'on le lui

(1) Ces! le moyen qu'emploient les écrivains les ptus accrédités el les défenseurs 1. s plus illustres de l'iufailliliililé du pape «outre les nouvelles cireurs |i > es hommes qui se vantent d'éire les enfants irès-ol>cis>auU de l'Eglise.

TRIOMPHE DU SAINT-SIÈGE ET DE L'EGLISE

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refuse injustement. Concluons. Nos adversaires nous accordent que de tout temps les saints Pères ont montré une plus favorable prévention pour les décisions du pape que pour celles des autres évéques. Or cette prévention, ainsi qu'il a été démontré, ne pouvait venir que de la pieuse confiance où ils étaient que le pape, à raison de sa primauté, doit avoir sur tout autre évoque l'avantage d'une assistance spéciale. Donc les passages de leurs écrits, qui semblent contredire celte confiance pieuse, ne peuvent être appliqués au pape sous le rapport qui fait le fondement de celte même confiance, c'est-à-dire sous le rapport de suprême pasteur, de centre de l'unité, de juge légitime des matières de la foi. Donc les novateurs modernes ne peuvent rien conclure en leur faveur des textes des Pères qu'ils apportent. Ils doivent donc être classés parmi ceux dont parle saint Alhanase (S.Alh. Epist. ad Serap.), qui, aut ex invidià, aut ex contentionis studio, pro suajam in mente recepta senlentia, arbitratu suo verba accipiunt, et scripla pro libidine detorquent.

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