SECTION CINQUIÈME
Sur la manière d'évaluer les conversions rapportées par les journaux des missions.
1. Sur le nombre des conversions dont ils se glorifient. 2. Calculs faits d'après le nombre des Bibles distribuées ; 3. d'après le nombre des écoliers qui fréquentent les écoles des missions ; k. d'après le nombre de ceux qui suivent les sermons. 5. Ce qu'on doit entendre par les termes se convertir ou se faire chrétien, dans la bouche de ces missionnaires. 6. Caractère de ceux qu'ils ont faits chrétiens. 7. Examen de leurs succès dans 'es îles de l'Océan Pacifique.
Je crains sans doute d'avoir déjà abusé de l'indulgence de mes auditeurs; mais il me reste encore une partie importante de mon travail : c'est d'examiner à quoi se réduisent les conversions que l'on dit opérées, ou d'exciter dans les esprits beaucoup de circonspection â recevoir les rapports des missionnaires: circonspection fondée sur leurs aveux; car aujourd'hui je me permets à peine de citer des auteurs catholiques.
Et en effet, on pourrait me demander avec
raison comment on peut concilier tout ce que j'ai dit, avec les dohnées que nous fournissent les journaux protestants sur les nombreuses conversions opérées par les travaux de leurs missionnaires. Peut-être ignoreje que le Registre chrétien de celte année fait monter les prosélytes de la religion wesleyenne, jusqu'à l'année dernière, à 39,000; ceux de la Société consacrée à la propagation de l'Evangile dans les pays étrangers, à 6,042. II est vrai q.u'il passe sous silence, et il fait sagement, le nombre des conversions opérées par les autres sociétés, excepté les Moraves, dont j'ai parlé assez longuement dans la section précédente : mais ces nombres ne sont-ils pas suffisants pour réfuter toute ma thèse? Je vais démontrer qu'ils ne le sont pas : c'est l'objet de cette section. Et avant d'entrer en matière, qu'on veuille bien me permettre de faire une observation. La société qui vient d'être citée travaille depuis plus de cent ans, comme je l'ai prouvé au commencement de ma dissertation, avec un revenu énorme et tous les autres moyens nécessaires; et si le nombre des méthodistes ou des wesleyens paraît grand, il y a beaucoup de villes, dans les Indes, qui, comme je le ferai voir aussi plus tard, contiennent plus de naturels catholiques que cette secte ne se vante d'avoir fait de prosélytes dans tout l'univers. Et de plus, quelle foi doi-t-on ajouter à ses assertions triomphantes? je le ferai voir bientôt.
Après ces courtes réflexions , j'en viens à prouver que la méthode dont ces sociétés font usage pour calculer le nombre de leurs prosélytes est fausse et trompeuse.
1. Et d'abord il ne faut pas , comme on le fait souvent, croire à leur bon succès d'après le nombre des Bibles distribuées aux peuples par milliers ; elles sont en effet livrées à quiconque veut les accepter; et on ne doit pas conclure qu'il y a autant de personnes avides de la parole de Dieu que d'exemplaires distribués. En voici une preuve tirée de l'Histoire des campagnes contre les Mahrattes et les Pindarres , écrite par le général Hislop. Ces missionnaires , dit-il, pensent que la distribution des Evangiles en chinois, en sanscrit, en hindou et en malais , parmi ces peuples , suffit pour atteindre leur but ; et comme ils envoient ces livres aux agents anglais et aux magistrats, en différents lieux, ils comptent ainsi lo nombre de leurs convertis, et ils mettent le fruit de leur travail en proportion avec les exemplaires distribués. Nous-mêmes, nous avons connu plusieurs résidences d'agents de la compagnie des Indes , en Orient , où l'on voyait à peine arriver un vaisseau qui ne fut chargé d'une caisse ou d'un paquet de Bibles chinoises pour les distribuer. Le résident les envoyait dans tout le pays, par centaines à la fois. Les Chinois en prenaient connaissance , puis ils disaient qu'ils avaient de plus belles histoires dans leur littérature ; car ils ne savaient pas si ces livres étaient envoyés pour leur amusement ou pour leur instruction. Après les avoir lus ils les jetaient de côté, et le résident n« pouvait plus en distribuer. Mais le
DEMONSTRATION l.\ \M.LUijU..
lèlt ardent du missionnain ti> Maiaccatu Un suit point partir i( nt lui en remet-
tre / i \le$i elle» lui arrivaient par monci aux, pour ainti din : i f elle$ t'accumulh i nt tellement dons ta demeure, qu'il fut enfli j de les placer dune un magasin Son de ta maison. Ce missionnaire, continue le chevalier Hislop, ' tt celui <l»»t les feuilles anglaises ont rapporté, il y a peu d'années, qu'il écrivit à la Société biblique det missions, afin qu'on lui 1 m oyat trois cents millions de Bibles ou '/ letet des apôtres. Il était facile de se débarrasser, mémt 1I1 ce nombre, enmeltant <n usage la met h<> île indiquée (t).
Ce réeil «l'un écrivain protestant est confirmé mot à mot par une lettre écrite par M^r le vicaire apostolique de Siarn à son 1 R. le cardinal préfet de la S. congrégation de la Propagande; lequel, avec l'affabilité qui lui est naturelle, a daigné me la communiquer. Elle est en date du 20 juin ÎS:'/.); je la rapporterai dans l'original latin. Duo émission Socielalis biblistarum hue venerunt, adecem ci) citer mensibus : immtnsos libtos liibliorum, lingua sinica scriptos , svarserunt inter Sincnscs. Alii Mis utuntur ad fumandum tabacum; alii, adinvolvendadulciartaguoîvenr dunt; dlii denique tradiderunt nostru, quiad me detulerunt tanquam inutiles, tourneront isti biblistee libres sparsos, et postea scribunt in Europam, dicentes, tôt esse gentiles factos christianos quoi suni libri sparsi : at ego, qui sum testis ocularis, dieo ne union quiaem faclum christianum. Voluitab initio rexSiami c.rpellcre eus : signification est Mis nomint régis ut abirent; petierunt Ut simul expellerentur missionnarii apostolici. Bespondit Barcolo, priinus regni minister, sacerdotes galles habi re confidentiam régis 06 initia, etc. Videlur mini re.r limuisse hc nationem illorum offenderet; et, mediante pecunia , ut puto , usque modo rémanent.
A l'appui de ce que j'ai cité, il y a un instant, et 11 chevalier Hislop, vient la relation du Journal Asiatique de Taris; car il nous assure, sur la foi de documents certains de Macao, que les exemplaires de la Bible traduite en chinois par le docteur Morrisson , (lui l'a fait introduire on Chine, ont été vendus à l'encan, et, pour la plupart, achetés par les cordonniers , dans l'intention de s'en servir pour doubler les pantoufles (-2 .
Eu effet, il est constant, d'après de trèsnombreux exemples, (pie les Bibles sont, jo ne dirai pas reçues, mais avidement recherchées par les Gentils, sans qu'ils aient l'idée de les lire par un motif religieux Pour citer un exemple, voici comment Martxn en a di perse un grand nombre : Le 17 nov., beaucoup [d'Indiens] me suivirent jusqu'à la barque, où te leur distribuai plusieurs traités reliai eux et quelques exemplaires du Ifowcau Testament. J'arrivai à Monghir vers le milieu du jour. Dans la soirée quelques-uns vinrent à moi pour me demander des livres , ayant entendu que je distribuais des copies du Ka-
(1) Voy. le Mnuililv Revlaw, n. 91, |>. 5(59.
(2) Reuvean Journal Asiatique, is.>s, t il, |>.
mayana célibn poème uni,,, / nt v,e quand ft leur dU que ce n'i tait //"> i< Bamayana.. I Ifi fiommt suivit la barque U long '/'» murs île lu foi h tut un moment favorable, il
i lut à l> pliant, afin (fat "ir un livre :
il ne i vroy ut pus que et l'it uu!i> chose fut le Bamayana [Martyn.p. 206 .
In autre exemple, tue du même écrivain, lia connaître ce que croient devoir taire ceux auxquels on accorde des ' Huilée [princesse] de Daudnagur, à laquelle f avait envoyé un exemplain I îles
par le ministère dt son / ya
nti in priant i/u'on lui fit sut ee qu'elle en devait faire pour en tirer avunloge; si 'Ile devait dire ,,, < u-
pl'inent lui faire un salut ou '-ne inclination
[Jbid.,p. 2iU .
Mais cela m- suffit pas : il est prouvé qu'où a distribué des éditions entières de la l;i! lorsque ceux pour l'avantage <l iquels ell avaient été faites ne les pouvaient entendra.
La \ ersioo répandue p irmi les Tarlarcs, <i ■ • ri s le voisinage du Cauca e, en sera la preui on la croyait faite dans la langue de i peuples: mais le Magasin évangélique avoue (pie, ne pou1! anl pan entra compn mire cette traduction, ils en employaient les exemplaires en guise de bourre pour leurs fusils [Journ. As.).
Le chevalier Gamba , déjà cité, ne nous fournil pas une moindre confirmation en nous faisant connaître la conduit >-
saires bibliques a Astracan. Pour convertir, il t-il, les individus des différentes nations gui demeurent dans cette grande ville , ifs distribuent des Bibles traduites dans la langue de ces différents peuples; mais la plus grande partie, ne sachant pas lire , ne peut en faire aucun usage; '' ceux qui le peuvent ne se sentent pas très-disposés à abandonner hur croyance pour une religion privée de toute cérémonie et de tout cuite.
Je pourrais ajouter ici d'autres exemples pour montrer évidemment que la distribution de milliers de Uibles.au lieu de prou\. r un progrés du christianisme, ne démontre même pas que la version soit lue : ou, si elle est lue. elle n'est certainement pas entendue des païens. Mais ce sujet mérite un travail à part: et j'espère n'être point désagréable en le traitant séparément.
2. < kl ne doit pas n n plus calculer le noinnre des conversions opérées, en se guidant sur le nombre des écoliers, qui, dit-on, fréquentent h'- écoles des missions. Mainte et mainte l'ois on lit dans les journaux missionnaires qu'un II instruit quelques centaines (Tentants et même d'adultes qui fréquentent journellement son école. On verra au^si | airois le compte-rendu d'épreuves et d'examens subis par eux-mêmes en présence de l'évoque : c'est en cette Occasion qu'on donne des preuves de l'élude qu'ils font dans nos livres sacrés. Oui ne croirait, au premier aspect, que, là .iu moins, il \ a une église naissante, un jeune troupeau pour le > igneur? Con U> sion très-fausse. et cela pour deux raisons.
STÉRILITÉ DES MISSIONS PROTESTANTES
C'est M. Charles Lusington , employé à Cakutla, personnage très-porté pour les entreprises concernant les missions , qui me fournira la première. Je la prends dans un ouvrage publié en 18*24 (1) sous ce litre : Histoire, plan et état actuel des institutions religieuses, bienfaisantes et charitables, fondées par les Anglais â Calcutta et dans le voisinage. A la page 217 on lit ce qui suit :
J7 est toujours hors de doute que, jusqu'à un certain point, les naturels de l'Inde mettent à iprofit, avec une grande avidité, les moyens d'éducation; et que, dans beaucoup d'occasions, ce n'est pas un motif pour les détourner du désir d'acquérir des connaissances , que ces connaissances se communiquent au moyen de nos livres religieux. Avec tout cela, quoiqu'ils consentent à apprendre à lire le Nouveau Testament, on ne doit point voir dans cette conduite une preuve irréfragable que leurs préjugés contre le christianisme aient diminué. Ceci fait seulement connaître avec plus d'évidence jusqu'à quel point les classes les plus dégradées s'avancent pour acquérir une branche de connaissances qu'elles croient utiles â leur avancement temporel. Quelque nombreuse que soit la quantité des élèves dans les écoles fondées sur le plan d'éducation le plus parfait, cette affluence ne dure que jusqu'à ce que l'élève ait appris à lire, à écrire et à compter, autant qu'il lui en faut pour se procurer un moyen d'existence , en se faisant agréger à la nombreuse confrérie des écrivains et des teneurs de livres (siccars).
Les pères et les enfants s'appliquent si profondément pour réussir dans cet objet d'universelle envie , qu'ils ne font aucune attention aux doctrines qui sont exposées dans les lix res qu'ils lisent, puisqu'ils s'en servent comme d'un moyen pour parvenir à un emploi lucratif et pour obtenir des avantages temporels... Dans l'état actuel de leur cœur, on ne peut rai-
d'école, et que, si toutefois les maîtres n'obligent pas leurs écoliers à manger des mets in~ terdits dans leur caste, ou à recevoir le baptême et à maudire les dieux de la patrie , il» consentent facilement à toute autre chose... Les enfants seront-ils imbus, d'eux-mêmes des maximes du christianisme, ou bien les laisseront-ils s'évanouir dans leur esprit , comme nous faisons à l'égard de la mythologie qu'on nous enseigne dans nos études ? C'est une question que le temps doit décider ( Ibid. , p. 230).
La même vérité, c'esl-à-dirc que ces écoles sont aussi fréquentées dans les autres pays uniquement par motif d'intérêt , résulte évidemment du passage suivant, rapporté à la Société de l'Eglise anglicane : Les enfants se sont toujours trouvés prêts à répéter leurs leçons, chaque fois qu'il a été à notre disposition de pouvoir leur donner un morceau à manger [Rapport, comme ci-dessus, p. 21 lj. D'autres missionnaires écrivent que, pour faire un peu de bien aux enfants, il faudrait les enlever aux parents et les entretenir aussi bien que les instruire (Ibid., p. 204).
De ces réflexions je déduis une conséquence intéressante, qui met à môme déjuger le calcul donné plus haut par la Société wesleyenne , de 39,000 prosélytes qu'on dit être l'objet de la sollicitude des missionnaires. On compte encore 20,000 élèves dans les écoles de ces mêmes missionnaires. Or je demande si ces 20,000 doivent être séparés, dans le calcul , des 39,000 dont on se fait gloire; si on me dit que oui, alors c'est une preuve que les écoles ne sont pas composées de chrétiens et même ne rendent pas chrétien : autrement ces 20,000 devraient à juste titre s'ajouter aux autres 39,000, et ces messieurs se seraient fait le tort de retrancher , d'eux-mêmes , 20,000 du total qu'ils auraient pu présenter avec vérité, chose peu
sonnablement espérer de résultat différent croyable pour qui sait la manière de parler
et dans l'état présent de leur intelligence , si des directeurs de ces sociétés dans leurs rapports cl dans leurs discours
les livres dont on se sert dans les écoles font sur eux quelque impression passagère , elle doit bientôt s'évanouir faute d'être renouvelée. Je citerai encore sur ce sujet l'évéque Héber. Un missionnaire anabaptiste a établi ici (à Dacca) vingt-six écoles, suivies pur plus d'e cent enfants, qui tous lisent le Nouveau Testament sans que personne s'y oppose... De tout ce nombre, peu.il cstvrui, se convertiront (t. III, p. 399). Dans les écoles fondées récemment en cette partie de l'empire (dont neuf appartiennent à la Société des missions de l'Eglise et onze à celle qui est destinée à la propagation des connaissances chrétiennes), il est arrivé det faits inattendus. Comme toute tentative dr convertir les enfants est formellement rejetée, leurs pères les envoient sans scrupule. i)' un autre côté, ce qui semble plus étrange, mait qui est vrai pourtant, c'est qu'on n'a fait aucune opposition à ce que l'Ancien et le Nouveau Testament servissent comme de livres
M) \'hp liisiory, d.'si^n and présent slatRofthe religion*. b«nevolenl utid charitable institutions, foumled l>y llio Bntish in Cal uii.i and ils victoity.
Mais si, comme il paraît, il faut renfermer dans les 39,000 les 20,000 écoliers , les faits qui viennent d'être exposés ont montré sous quel litre on peut ranger parmi les chrétiens les écoliers des missions. On voit parla qu'il faut faire tout d'abord une diminution dans le nombre fourni par le rapport.
Mais il est encore une autre preuve démonstrative de l'erreur de ceux qui calculent les progrès de la religion par l'affluencc des écoliers : erreur dans laquelle est tombé certain journal anglais, par rapport aux Indes orientales. Celle preuve consiste dans le simple fait que c'est une règle (ixe, dans ces écoles, de n'enseigner aucunement le christianisme. C'est ce que démontre le journal de l'évéque Héber. Quand il visita l'école des missions à Bénarès, il y trouva 140 enfants, nombre d'ailleurs assez faible pour une ville qui compte 582,000 âmes. Ils lisaient le Nouveau Testament : l'évéque, qui les interrogea, resta satisfait de ce qu'ils paraissaient le comprendre et l'aimer ( T. 1 , p. 370 ). Mais quand il sortit de l'école pour visiter le temple
DÉMONSTK ITION
de Siv.T, comme un objet < mieux par iei richesses, il t'aperçai qu'il était accompagné d'un petit enfant brahmane : c'était i ment celai qui . entre tous lei autres , avait donné la meilleure opinion de loi dam l'école des missions. Il s'offrit pour guide, <'t raconta < n Langueanglaisel'histoiredes dii inités peintes Bar les murs. Mais Ml observations, continue l'évéque, m'ouvrirent grondement le» c s ui un danger que f avens redouté d'svbord -, j'avais soupçonné que quelque* enfanté, i et dan» no» écoles, pouvaient devenir profondément hypocrites, en se faisant chrétiens devant nous, et partisans télés de Brahma entre eux. Je fis part de mes réflexions à MM. l'razer et Morris, missionnaires. Ils me répondirent que M. Maclcod les avait déjà prévenus, et que, par suite de ses observations, ils avaient cessé d'enseigner le Credo
et le Décaloque , espérant que la lumière
les éclairerait peu à peu , à mesure qu'ils seraient plus à même de la suppôt tir [lbid., p. 379).
Mais ce n'est pas seulement dans les écoles de l'église anglicane qu'on doit regarder comme une fausse marque de conversion le nombre des écoliers. Voici, par exemple, ce qu'écrit le missionnaire anabaptiste à Chiltagong : Mon école forme ma congrégation. Qui ne croirait qu'au moins cette école est chrétienne? Ecoulez; elle ne l'est que dans les espérances de l'écrivain. J'espère, continuet-il, que ce ne sera pas en vain tjae je lirai régulièrement V Ecriture à mes écoliers [Regist. des miss., comme ci-dessus , p. kl). La bonne dame Judson, que j'ai comme fondatrice de la mission américaine de cette secte à Ragun, dans l'empire Birman , avait aussi une école fréquentée régulièrement par trente ou quarante filles , entre lesquelles il n'y a jamais eu même une chrétienne.
k. En troisième lieu , je dis qu'il ne faut pas évaluer le nombre des conversions d'après ces rapports, et c'est peut-être le grand nombre, qui nous représentent des assemblées immenses, et une foule d'auditeurs aux sermons des missionnaires , quand même ils seraient par milliers, quand même ce seraient des naturels. Car tantôt la curiosité, tantôt l'intérêt exerce une puissante influence, et les missionnaires eux-mêmes sont les premiers à nous donner à croire qu'une assistance même régulière à l'étude n'est point un signe de conversion. En voici quelques preuves et quelques exemples. Mes sermons, écrit ce missionnaire, de Digab, ont été trèssuivis, et cela avec une attention profonde ; mais il n'y en a pas même un dont on jiuisse dire : Celui-là prie (Registre . //. 56). Le dimanche, écrit celui de Ivissey, on rassemble un auditoire de trois cents personnes et plus ; mais jusqu'à ce moment , aucune d'elles n'a eu d'oreilles pour entendre, ni de catur pour sentir. Puis il ajoute pour expliquer un semblable paradoxe : Il ij a ici environ cinqcents personnes qui vivent d'un secours journalier du gouvernement, et qui, en conséquence, sont sous ma surveillance. Tenant aittsi le peuple, surtout à mes ordres , j'espère humblement
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effet, quoique peut-être j ,< tint ds
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( hurch, miss., //• 82 ,
l.i il i il besoin de remarquer ici que tel i »t peut-être aussi l étal des autres missions (ondées sur les rotes occident ili s de l'Afrique. Pour la plupart , ce sont , comme celle de Kissey, des colonies d'i tclaves repris par I n (lottes anglaises sur lei raisseaui qui en font secrètement Le trafic dans ces paragi pour les rerendre ensuite dans les Iles ricaines. Or ces malheureux sont dans une entière dépendance des secours du goui nement, qai certainement a l'ait de longs efforts pour les civiliser elles transformer, de s. tirages presque abrutis qu'ils sont , en des citoyens utili b et i a gens de bien. Si une lionne partie de ces peuplades, en recevant les moyens de gagner leur vie des mains de leurs "protecteurs, embrassent en même temps leur religion , il n'y aura là assurément rien de merveilleux : aussi ces missions sont-elles rangées parmi les plus florissantes, ou, pour parler le langage missionnaire, parmi les plus encourageantes de toutes celles qui existent. .M. lis les citations qui viennent d'être transcrites et d'autres rapport ailleurs, auront laissé clairement \oir la disproportion entre le fruit recueilli et I l avantages avec lesquels on répandit la semence.
Ce que j'ai dit des colonies d'esclaves sur les côtes occidentales de l'Afrique peut s'appliquer aux plantations que cultivent les missionnaires dans les îles américaines. Depuis quelques années , on a songé à donner une certaine instruction chrétienne à ces malheureux. .Maigre la résistance opiniâtre de leurs patrons, qui ne voulaient pas sacrifier leur travail du dimanche , il a été établi, comme je l'ai fait voir plus haut , que i esclaves doivent assister aux églises, cl re- ( >oir une éducation telle quelle, dans les ccoles fondées à celte intention. Quelle espèce de christianisme apprennent-ils; c\ il ce qu'on pourra dire en son lieu : pour le moment, il suffit de remarquer qu'une partie de ces nouvelles églises, et ce n'est pas la moins nombreuse, est déjà devenue la proie des émissaires du fanatisme weslcv en ; car leur conduite plus populaire et leurs sentiments plus enthousiastes leur captivent facilement les esprits des gens grossiers et ignorants.
Si j'en viens aux autres missions , je puis dire qu'il j a encore le même soin à prendre pour ne pas se laisser éblouir par l'affluencc des auditeurs présents aux discours des missionnaires. Martyn, cité déjà plusieurs fois, dans sa station A Dinapore. comme je l'ai rapporté plus haut, avait tous les dimanches
un auditoire pressé . composé de femm
mais il n'ose pas même les regarder comme faisant partie de ion église. Au contraire il se plaint éternellement, tantôt qu'avant doucement repris l'une d'elles pour sa tenue inconvenante dans l'église, la fête suivante. elles disparurent toutes de sa congrégation,-
STÉRILITÉ DES MISSIONS î'ftOTESTANTES.
tantôt que, voulant parler en particulier avec une qui manifestait une plus grande attention et à la fin versait des larmes, elle refusa tout et ne voulut jamais s'entretenir avec lui [Page 279); d'autresfois, qu'ayant pris occasion de déclamer contre les dogmes du catholicisme, le dimanche suivant, son auditoire fut réduit de moitié. J'attribuais cette absence, dit-il, à ce que j'avais prêche' ; mais Sabat (Sabat lui aidait dans la version persane ; c'était une des premières et des plus grandes gloires de la mission indienne , mais il en devint ensuite le scandale et la honte) Sabat m'assure qu'elles couvrent de mépris tout ceque je leur disais. Sabat, au lieu de me consoler et de m' encourager dans l'anéantissement de mes espérances et dans mon malheur, en accroît encore V amertume par des expressions 'l'ironie sur la parfaite inutilité de ma persévérance à les instruire. Pouvait-il s'abstenir de ces observations mordantes , quand je prévois qu'après dimanche prochain il n'en viendra plus une [Page 387 J.
11 me semble à propos de donner ici un exemple de la facilité avec laquelle les écrivains savent souvent créer de belles et grandes églises selon leur bon plaisir, quoique de fait elles n'aient aucune existence. Une lettre écrite de Bombay, et insérée dans un journal ecclésiastique protestant, communique les détails d'une visite à Gochin, sur la côte du Malabar. Après avoir décrit le collège et la maison des trois missionnaires qui s'étaient fixés en ce lieu, l'écrivain parle de la congrégation en ces termes : Le nombre de ces chrétiens protestants est de 60,000, et leurs églises s'élèvent à 55 (Christian Remembrancer, t. VII, p. 043). Qui croirait jamais que ce ne sont autre chose que les chrétiens schismatiques syriens qui existaient dans ce pays bien des siècles avant la naissance du protestantisme, et qui professent tous les dogmes par lesquels ceux-ci protestent contre l'Eglise catholique, et n'en diffèrent que par les erreurs de Nestorius, à cause desquelles les protestants eux-mêmes les condamnent!
5. Mais il n'est pas rare non plus d'entendre un missionnaire rapporter que quelqu'un s'est converti ou a embrassé le christianisme; souvent même ils le disent en parlant d'un grand nombre. Une certaine habitude de parcourir leurs rapports apprendra au lecteur, pour peu qu'il ait de pénétration, que cette manière de parler, dans la bouche des missionnaires, ne doit pas s'interpréter d'après la signification vulgaire. C'est pourquoi je juge qu'il n'y a pas encore là de preuve de véritables conversions. Quelques exemples feront voir que l'expression se faire chrétien signifie tout autre chose en Asie et en Afrique que dans notre Europe.
Une lettre de la Jamaïque, concernant les missions , parle ainsi : On a construit une nouvelle église : entre la Pâque de 1819 et celle de 1820, quatre-vingt-treize personnes ont été baptisées ou incorporées, àd'autres titres, à la congrégation (Register , page 85). Dire donc qu'un païen a été admis par un missionnaire
DÉUOXST. ÉvANG. XVI.
dans la religion chrétienne, ne suppose pas même nécessairement qu'il ait reçu le rit d'initiation! — Autre lettre d'un missionnaire à Madras : L'année dernière...., deux pauvres païens qui n'avaient jamais vu de missionnaires, mais qui avaient entendu parler de Jésus à une femme du pays , sont morts , et , comme je l'espère, sont allés en paradis {Reg., p. 70]. Sans exposer plusieurs réflexions que je pourrais faire ici, l'espoir du missionnaire que ces infidèles seraient sauvés parce que ils avaient simplement entendu parler de la vérité, donne lieu de reconnaître quelles faibles connaissances ils exigent de leurs prosélytes pour les ranger parmi les bons chrétiens. — - •
Voici un exemple de la manière dont souvent les conversions sont opérées par les missionnaires : cet exemple est rapporté par un panégyriste de ces entreprises. Il s'est manifesté en Orient un esprit présomptueuse, gui attend des résultats sans mettre en œuvre les moyens nécessaires pour les atteindre; qui se félicite des symptômes les plus équivoques comme de signes infaillibles de conversion; qui suggère des réponses au païen indifférent, puis enregistre ces réponses de perroquet, comme si c'étaient des signes spontanés de la grâce. Un certain missionnaire interrogeait un homme qui était barbouillé de fiente de vache (marque de superstition chez les Indiens); et, à chaque question, il lui répondait : Nisam, c'est-à-dire irès-certainement ; et cela d'un air excessivement grave et avec une solennelle inclination de tête. Je fus bien consolé, dit son digne pédagogue, de voir comme il approuvait de cœur la doctrine du salut ; et il est certain que s'il en fût resté là avec ses questions, cet homme aurait acquis un droit, égal à celui de bien d'autres, d'être enrôlé sur la liste des infidèles convertis. Mais, par malheur, il continua ses interrogations , et lui demanda: Quel âge avez-vous ? Combien de temps avez-vous été à Jungasée? Et toujours l'Indien répondait , avec la même emphase , Nisam, nisam (1).
Brown, dans son Histoiredes missions protestantes, nous raconte que, dans l'île de Ceylan, les Hollandais, qui la gouvernaient, forcèrent à se faire chrétiens de leur secte tous ceux qui désiraient recevoir des honneurs et des emplois. Comme on vit alors accourir à l'envi ces malheureux esclaves pour se faire enrôler ! Ce fut au point que les registres destinés à cela furent bientôt couverts de noms par milliers. Mais les qualités qu'on exigeait d'eux étaient bien légères : savoir réciter par cœur un Pater, les dix commandements du Décalogue, deux oraisons pour le malin et le soir, et la bénédiction de la table, c'était un droit au litre et aux prérogatives de chrétien (2). Que sont devenus ces malheureux, chrétiens de nom seulement, et où est venue aboutir une église ainsi fondée? Ce n'est pas ici le moment favorable pour le dire : je réserve
(i) OuartorlvReview, mars 1827, p.
(2> Moulhlv Uevïew n. 84, p. 143.
{Six.)
171 bftfONSTftATHXI
ce récit pour la section suivante, dans laquelle il tara plu* naturel d'en parler.
G Mais supposons lecasoùun missionnaire rapporte an an infldèle n'a pas seulement i
baptisé, mais est profondément instruit d la doctrine chrétienne, dans laquelle ilper ▼ère, et que même il mit preuve d'avancement spirituel : peut-être alors du moins mon incrédulité eédera, et je conviendrai, pour le coup, que cette conversion est rentable. On peutm'accuser d'obstination; mais, j<' 1 avouc ingénument, j'1 ne me rendrai pas encore facilement celte lois, et en fOÎCI la raison : je vois les hommes de tous les partis convenir que les prosélytes faits par les missionnaires protestants sont, pour la plupart, dos gens peu honorés de leurs premiers coreligionnaires; que leur conversion ne leur obtient pas plus d'estime parmi leurs nouveaux frères; que souvent ils sont attirés au christianisme, comme dit un écrivain cite plus haut par l'envie de jouir d'une morale moins austère que celle qui leur était imposée par leurs doctrines païennes. L'accusation est grave et demande des preuves satisfaisantes.
La première se lire, comme de coutume, du témoignage des missionnaires. De Candy, dans Elle dcCeylan, on nous raconte que M. Lambric avait conçu des espérances sur un prêtre païen, mais qu'elles ne s'étaient pas réalisées, et qu'il y en avait un autre qui délibérait sur son passage au christianisme. Je voudrais espérer de lui, écrit ce missionnaire, mais je ne voudrais pas augmenter lenombre de ceux qui, dans des vues temporelles, ont pris Unomdechrétiens{Miss.Beg.tp.i9S).Jedestre, écrit Norton d'Alep, je désire des conversions vraies et sincères, et d'aprèsla règle des saintes Ecritures {Jb. p. 182). On se rappelle encore combien on vanta, combien on applaudit, en Angleterre, le passage au protestantisme d'un certain évoque des schismatiqnes arméniens delà Syrie. Mais on découvrit bientôt qu'il avait été déjà excommunié et banni par les siens, pour s être engagé dans le mariage contre les canons de l'Eglise. Quoique je me rappelle bien avoir lu celte histoire dans une relation d'un voyageur protestant des plus récents, néanmoins j'avouerai, par amour de la vérité, qu'en ce moment je ne puis dire où précisément-, mais je me souviens encore qu'on y protestait avec ardeur contre de pareilles impostures. Outre cela, un voyageur pénétrant et instruit, alors nouvellement revenu de la Palestine, où il était allé par commission de l'université d'Oxford dont il est membre , nie raconta le même événement sans que je m'en informasse, et il le fit aussi avec des expressions de mépris et de dégoût.
Si on passe à l'Inde, c'est un fait bien connu de tous que le peu de chrétiens qu'on y fait sont appelés par ironie et par reproche, chrétiens de riz, comme qui dirait parmi nous chrétiens de pain; c'est que le riz est la nourriture que ces chrétiens espèrent se procurer par la conversion. Si on voulait que ce jugement ne vint que du vulgaire, qui inédit souvent de quiconque s'écarte de la voie commune , jo
Ï.YANCI V"l I lli
rapporterai une anecdote qui m'a été communiquée 'ur la fol de quelqu'un qui a ri I-
m Indi i pend int pli sonnage d une boute considération, et ini apable, pour aucun motif, d'altérer la rârii . Il ie Irouvail i n la compagnie d'un missionnaire qui désirait se pourvoir d'un domestique, quand un sien ami lui fit connaître un
Indien qu'il croyait a; te à cel emploi. Tell furent les qualités qu'il enuu.ér.ul en lui que
le missionnaire en eut envie :mai> voilà qi par malheur, ce monsieur voulant r. . r [es mérites et mettre le (omble à l'< t-
visa d'ajouter : Et mim i '< il un de vus mmru. C'en futassi i de ce mot pour ron pre le marche, car le missionnaire rcpliij'i , : Maintenant que vous mêle dites, cela suffit ; je ne puis me fier à lui; je ne puis recevoir dans ma maison un chrétien du
poy*-
Et si les missionnaires eux-mêmes apprécient tant le fruit de leurs travaux apostoliques, il ne paraîtra ni singulier ni < ;uo le gouvernement séculier en fasse moins de cas encore. Et cependant on < r lirait à peine que la défiance de ce gouvernement à l'égard de ces sujets pût aller jusqu'à les exclure de tout emploi, si petit qu'il soit. Et toutefois c'est la vérité. Dans les règlements du gouvernement de Madras, la sec lion VI ci:
Les juges delazillah recommanderont aux tribunaux provinciaux les personnes qu'ils croiront propres à la charge de mursif d'un district (charge confiéeaux indigènes); mai'.-- nul ne sera trouvé habile à cet emploi s'il n'obtient préalablement l'approbation du tribunal de province, et s'iln'estdela religion indienneou mahomel.ine [Héber, t. III. p. W3 . Mais on me dira peut-être que cedéen tcslile-liné seulement à assoupirla jalousie que pourraient concevoir les naturels, s'ils voyaient éleveraux mag tralures au-dessus d'eux ceux qui ont abandonné la croyance de la patrie. Or cel argument s'évanouit à la réflexion que , sous l'empire des princes indiens, il n'existait aucune loi pareille, de sorte qu'il était alors permis aux chrétiens d'aspirer aux chai publiques, sans qu'on redoutât de semblables jalousies. Croira-t-on jamais, s'écrie 1 eveque de Calcutta, dans la dernière lettre qu il écnvilàsa femme, croira-t-un jamais que, quand ie Raja conservait sa domination, les chrétiens étaient aptes à toutes les différentes charges de l'Etat, tandis que, maintenant, il > a un ordre du gouvernement qui les exclut de tout emploi ? En vérité, dans les affaires de religion nuis sommes le peuple le plus froid et le plus lâche de toute la terre (/&.)• Et qu'il me soit permis de faire observer que cel edil ne peut regarder que les seuls naturels du paya, c esta-dire les chrétiens des missionnaires; car les anglais, quoique chrétiens, attirent sou- \ eut à eux les meilleures charges et celles qui donnent le plus d'influence et de considération. H est vrai que l'évéque que je citais cherche, dans une lettre à M.Yv ilmol Horton, Dl expédient pour excuser ce décret, expédient d'ailleurs que son langage dévoile comme la conjecture d un esprit toujours ennemi
STÉRILITÉ DES MISSIONS PROTESTANTES
de la religion catholique, et que je réfuterai en son lieu. Les catholiques, écrit-il, sont beaucoupplus nombreux (que les protestants, dans cesprovinces,oùScIjwartz et ses collègues ont opéré, dit-on, tant de merveilles); mais ils appartiennent aune caste inférieur ~e;ct , quant aux connaissances et aux usages, on les dit de beaucoup en arrière. Celte infériorilérelombant sur le caractère général de la religion.elle a été, diton, la cause que le gouvernement de Madras a vu de mauvais œil tous les naturels convertis. S'ils n'ont pas été poursuivis de fait , on les a solennellement déclarés inhabiles à posséder aucune charge, aucune fonction civile ou militaire, sous le gouvernement de la compagnie des Indes : et cela même dans des contrées où les chrétiens étaient employés sans scrupule pendant que des princes indigènes y régnaient (IJéber, tome III, page 461 ). De ces lignes je conclus deux choses : premièrement, que la défense dont on parle n'est pas destinée à seconder la jalousie des païens, mais exprime la défiance qu'on a de certains chrétiens : en second lieu, qu'on peut réfuter l'évéque par ses propres paroles , sans attendre la réfutation que je donnerai plus tard, comme je l'ai promis. En effet, si les catholiques qui existaient sous les princes indigènes, et qui existent encore sous le gouvernement anglais, sontde bassecondition, ou bien tous de castes' inférieures, cette raison seule les excluait des emplois ; c'est pourquoi il n'y avait pas besoin de loi pour les en priver.
Mais pour montrer jusqu'à l'évidence que la prétendue ignorance des catholiques n'a pas été la cause de cette exclusion , comme on l'a dit , suivant le rapport de l'évêque, il suffit de remarquer que, môme dans les autres provinces où les catholiques sont beaucoup moins connus , le gouvernement anglais, par principe, dépose de leur charge ceux qui sont amenés par les missionnaires à abjurer les erreurs du paganisme. En voici la preuve pour l'intérieur des provinces septentrionales de l'Inde. Environ vingt personnes furent présentes : parmi elles était le naick ou caporal que le gouvernement anglais avait déshonoré en le chassant deson régiment, par la raison qu'il avait embrassé le christianisme. Cette conduite est absurde, pour ne pas dire impie. Ils lui ont cependant continué la solde (Ibid., t. II, p. 280). Ce dernier trait rend manifeste que celte mesure n'a pas élé prise pour obvier à la jalousie ; car on devait en exciter une plus grande en faisant voir qu'en se rendant chrétien, on recueillait les émoluments sans éprouver la fatigue de l'emploi. Je donnerai un autre exemple, et ce sera suffisant. J'eus une visite très-intéressanlc d'un bon vieillard, qui me raconta qu'il avait élé converti par M. Corrie , tandis que celui-ci faisait sa demeure à Agra ; il me dit qu'il avait nom Nur Mussi (lumière du Messie). Entre autres choses , il vint me prier de parler au collecteur et à M. Halhed , afin de n'être point privé de son léger emploi, qu'il disait être en péril de perdre , à cause de son passage au christianisme (Ibid., p. 256).
Si le gouvernement anglais a pris, dans
ses possessions indiennes , de pareilles mesures à l'égard de ceux qui embrassent la religion de l'état, l'empereur des Uussies n'aura certainement pas eu des raisons moins concluantes pour défendre aux missionnaires étrangers de convertir ses sujels païens. Et en effet , S. M. Alexandre , d'abord protecteur ardent de ces missions, les supprima toutes, par son décret impérial de 1822, surtout celle des Moravcs de Sarepta, auxquels il prescrivit de ne plus baptiser ni recevoir dans leur secte les Kalmoucks païens.
Il n'y a pas bien des années que l'effet produit par les missionnaires dans une colonie anglaise des Indes occidentales fut une conspiration entre les esclaves qui les écoutaient. Les autorités civiles en eurent connaissance, et elle donna lieu à un procès criminel contre les maîtres. Celui qui lut convaincu d'avoir ourdi la conjuration fut le missionnaire Smith ; en conséquence il subit le dernier supplice ; les autres , si j'ai bonne mémoire, furent exilés.
Je pourrais citer d'autres exemples afin de montrer, comme je l'ai promis, de quel genre sont les prosélytes des prédicateurs méthodistes dans les Indes occidentales; mais j'en serai parcimonieux , parce que les autorités dont je m'appuierai sont des catholiques. Tel est l'auteur de plusieurs notices sur les missions, insérées dans le journal catholique de Londres , et auxquelles je suis souvent redevable, dans ce travail, de diverses citations tirées des rapports des missionnaires, que je ne pouvais pas toujours avoir entre les mains. Mais cet écrivain, bien qu'anonyme, m'élant connu personnellement, je puis répondre de. sa véracité en tout ce qu'il écrit. C'est l'usage de ces missionnaires de baptiser tout esclave qui se présente à eux sans frire précéd< r celte cérémonie d'un cours d'instructions e;i rapport avec la circonstance. Et comme iis ont continuellement à ia bouche de beaux discours sur la liberté chrétienne, qui s'étonnera si ces malheureux conçoivent de là l'idée qu'en embrassant le christianisme on reçoit en même temps les franchises civiles et les droits de bourgeoisie? Et, au fond, il en est ainsi. Ces discours, qui donnèrent lieu à la conjuration mentionnée, causent aussi des insubordinations continuelles dans les possessions des particuliers. Pour preuve de ces assertions , l'auteur dont j'ai paie dit avoir lui-même connu le cas d'un esclave qui revenait du convenliculc où il avait reçu le baptême, le jour même : on lui demanda par hasard ce qu'il avait appris sur la très-sainte Trinité, au nom de laquelle il avait été régénéré. A celte question , il répondit qu'il n'en avait rien appris, parce que jamais personne ne lui avait parlé de cela. Il raconte encore que, plusieurs fois, il s'est présenté à lui des esclaves fugitifs qui lui demandaient le baptême; car il est prêtre. Le motif de celte demande était simplement que, devant cingler vers les pays d'où ils s'étaient enfuis , ils croyaient , comme je l'ai dit, que le baptême les aurait mis à l'abri de la servitude, puisqu'il leur aurait con-
DÉMONSTRATION ÊVANGÉI IQI I .
léré le grade de citoyens (Catholie. Mi may 1823. p. 22;
Pour coDflrmcr les assertions « l « - cet écrivain . je rapporterai une lettre qui lui fut envoyi e ur ce sujet par une pi rsanne pleinotm ni à n. nous donner des ren-
seignements vérilabi
■ i , /,««/• remplir lu promeut que je
vous m' jiii écrire quelques détails
sur ■ dis Indes occidentale»,
. et m général , que tout
,ae vous m avez refit est vrai sous lousles
rapports. Ils < -/ sont venus au point de persuader à 'lis esclaves malheureux et ignorants, qu'ils sont aussi hs ministresde Dieu, mrore quih ne soient pas baptisés. Ceci est vrai; dans notre possession de Demarara , deux esclaves ont prétendu ù cet honneur. Il parait i- ritablement que ers missionnaires ne regardent point le baptême comme nécessaire pour le salut. Il est vrai cependant qu'ils prêchent ; mais une moitié de l'assemblée n'entend rii n à l'anglais, l'autre V entend mal. Toutefois, peu leur importe ; pouTVU qu'ils puissent
ex t or quei des rétributions de ces pauvres malheureux , cela suffit ; et si pur hasard quelqu'un d'entre eux reçoit le baptême, il fdut c la soit payé bien citer.
La conséquence de ceci est que, quand, es avoir prêché trois ou quatre sermons à une chiourme d'esclaves, le missionnaire trouve leurs modiques épargnes épuisées, vite il les abandonne , et va chercher ailleurs. Ces pauvre- malheureux acquièrent quelques idées confuses sur la liberté et sur la prédestination ; ce qui les rend non moins à redouter qu'à indre, et très-souvent les porte au suicide. Il est un mot maintenant devenu commun parmi eux : Je ne puis mourir avant le temps marqué ; et alors la moindre raison suffit pour
qu'ils se fassent mourir Je pourrais
rapporter bien des choses de ce genre ; mais si on ne particularise pas, si on ne nomme pas , on croira avec peine. Donc puisque le missionnaire IV. a eu l'audace de vouloir tromperie public avec tant d'effronterie , je me crois autorisé à le nommer. Cet homme s'est fait une bonne fortune. Maintenant les esclaves n'ont plus que peu de chose ou même rien en propre, et ne peuvent en enrichir un autre que par le vol , ce dont étaient capables presque tous ses auditeurs. Il administra la cène (c'est leur eucharistie) à un esclave non baptisé, avec du rhum au lieu de vin. Il fréquentait les sociétés les plus viles et prenait part aux discours les plus obscènes. Sa conduite fut publiquement censurée par les journaux. Quelle ne dut pas être ma surprise en voyant qu'il était tenu pour un saint en Angleterre, et qu'il est toujours plein d'ardeur quand il s'agit de proclamer ses actions glorieuses et de recueillir de l'argent pour les missions. A coup sûr, un homme d'honneur se bannirait de la société plutôt que de faire parler de soi comme ce missionnaire a fuit à Démunira... Vous pouvez vous servir de ces documents de, lu façon qui vous arrange le mieux. Je suis toujours prêt à défendre ce que j'ai écrit, et si jamais il était nécessaire,
je pourrais avoir les fntilles tt les noms des
témoins <tr Demarara, J< m'estimerai toujours heureux de pouvoir vous smir. tous rt no-
tii -■ointe religion, ]>>ur laquelle je ne croirai
jamais pouvoir trop fine (/</., /. II, /;. 2%). J'ai llionneur, etc.
I J. Dl RlODBB.
Le fait sacrilège rapporté dans cette lettre, snr ce missionnaire qui administra l'eucharistie avec une matière que les protestants croient impropre à cel n I on spéci-
men <le la religion que l'on communique à misérables , comme on le verra par l'anecdote suivante. C'est la coutume, dans ce pays i que ceux qui veulent participer à ea
rit paient une certaine somme pour la dépense des éléments qu'ils doivent consommer. Or notre missionnaire , songeant que le prix élevé du vin, dans ces colonies, ne lui I .i>».iit pas un profit suffisant, crut remédier à cet inconvénient en y substituant le rhum, boisson à bas prix, et cependant mêlée d'une assez grande quantité deau. Les pauvres esclaves comme de raison, se plaignirent d'un tel ebangement; mais c'était peut-être parce qu'ils Voyaient profaner une cérémonie sacrée; peut-être parce qu'ils se sentaient privés des fruits de celte institution par l'usage d'une matière qui la rendait nulle? Rien de cela, messieurs : mais, le croirezvous ? ils murmurèrent, et protestèrent qu'on les avait trompés; c'est qu'on y avait mis tant d'eau qu'avec l'argent déboursé, ils s'en seraient procuré davantage en tout aulre lieu (/</., p. 228). Je ne sais si cette histoire, que je n'ai pas rapportée sans un véritable effroi, est plus propre à éveiller la pitié pour ces malheureux qui se mettent à croire si légèrement qu'ils ont acheté le christianisme, ou plutôt l'indignation et l'horreur pour ces imposteurs qui, sous le masquede l'apostolat, vont par le monde afin de se faire un prosélyte ; et quand ils ont réussi, le rendent, selon la parole de notre Seigneur, enfant de perdition deux fois plus qu'il ne l'était d'abord [Malt. , XXIII, 15).
Qu'on n'aille pas prendre pour une calomnie téméraire l'assertion de la lettre citée : que les missionnaires méthodistes ne croient pas le baptême nécessaire au christianisme; car ils enseignent publiquement à leurs auditeurs que ce n'est nullement là la porte du christianisme. Les méthodistes, écrit un missionnaire anglican dans la Nouvelle- Ecosse, sont nombreux; et ici [i Parsborough) comme <) Amherst et à ]Vcstmoretland, ils ne permettent pas à leurs enfants d'apprendre le catéchisme de V Eglise. Mais ils en ont un entièrement oppose au nôtre, et dont voici une des premières demandes : Par voire bapU étes-vous devenu chrétien? Rieuse* Non (1). Quant à la conduite des missionnaires anglicans en ces iles et à la morale qu'ils y enseignent, je n'ai point de données posiùms. Je vois cependant qu'un journal déjà
(lj HeporlolS. P. G. for L825, Lo.aJ., 1S24,u. 81.
cité plusieurs fois comme i'organe de cette Eglise et comme un défenseur ardent de ces missions, n'approuve pas la conduite trop scrupuleuse d'un missionnaire, qui avait refusé d'admettre à la communion un esclave, pour n'avoir pas voulu se séparer de deux femmes qu'il avait épousées dans le paganisme. Le sentiment de cet auteur est que, S. Paul voulant que, par distinction, les évéques soient unius uxoris viri, il n'oserait dès lors exclure de la communion chrétienne ce simple laïque, qui voudrait embrasser le christianisme, en se réservant l'usage de sa première polygamie (1)
De même, celte autre assertion de la lettre citée, que les colons craignent fort l'arrivée des missionnaires dans leurs terres , est confirmée par l'extrait suivant du rapport de la Société pour la promotion des connaissances chrétiennes de l'année dernière. On ne peut nier qu'il n'y ait encore bien des difficultés à vaincre , et que les préjugés et la jalousie des possesseurs, les contestations et l'agitation politique... ; ne créent des obstacles formidables à la prédication effective de l'Evangile à la Jamaïque... l'instruction orale a même été défendue en différentes circonstances, parce que les propriétaires avaient refusé d'admettre les catéchistes dans leurs possessions (2).
7. Mais en faisant disparaître avec si peu de compassion les victoires tant vantées des missionnaires, je pourrais être accusé d'injustice peut-êlre si je ne parlais des missions des îles Sandwich, dans l'océan "Pacifique : comme si, sachant que leur histoire dût démentir tout ce que j'ai dit sur la stérilité de ces entreprises, j'eusse cru plus à propos de la passer entièrement sous silence.
Mais tel n'a jamais été mon dessein , et la raison qui m'a fait réserver ce sujet pour cetle section, est qu'ayant vu qu'on en appelait à ces missions comme à l'argument le plus plausible de l'heureux succès des travaux des missionnaires, il me semblait plus convenable d'en parler ici.
Les habitants de ces îles se distinguent par la douceur, la docilité et la simplicité de leur caractère naturel. Si tôt qu'ils furent visités par les Européens et par les Américains, ils commencèrent à imiter leurs usages et à apprendre leurs arts. Le roi Tamehamcha apprit du navigateur Vancouver à construire et à armer des vaisseaux, et jeta les germes d'un commerce a-ctif avec l'Amérique et l'Asie. Il bâtit des forteresses et les munit d'artillerie, il ouvrit des routes larges et commodes, fit planter des arbres à fruit, semer des grains et des herbes, et paître des bestiaux inconnus jusque alors en ces contrées. Il changea en beaucoup de choses les usages barbares du pays, en améliora les lois, et fut véritablement le père de la patrie. Il est certain qu'il s'était dégoûté de la religion de ses ancêtres : cependant il mourut en la professant.
Il) Christ. Rcmenib.. vol. xi, Lond., 182*J, p. 843. (2J Report ol P. C. K. Soc. Lond., 1829, p. 43.
STÉRILITÉ DES MISSIONS PROTESTANTES
A peine monté sur le trône paternel, en mai 1819, son fils Iolan Riho-Riho (appelé aussi Liho-Liho) rassembla les chefs des îles et s'enlretint longuement avec eux sur l'inutilité de leurs idoles et la cruauté de leurs rites : puis il dit qu'il avait pris la résolution de profaner les temples et d'abolir ce culte. La reine mère prit le parti des dieux de la patrie : mais elle se rendit bientôt. Le jour suivant vit les temples profanés, souillés et en partie ruinés, Il fit beaucoup d'autres changements utiles à ses sujets et à l'ordre public.
Les premiers de ces princes qui voulurent professer le christianisme furent les frères Karaïmokou (qui changea ce nom pour celui de Guillaume Pilt) , et Boki , dont il sera souvent fait mention. C'étaient des plus puissants ; et ils désiraient avec tant d'ardeur d'être initiés au christianisme, que quand le capitaine français Freycinet vint aborder à ces îles, dans le voyage qu'il fit autour du monde sur la frégate Y Urémie, ils se firent baptiser par l'abbé De Quélen, chapelain du vaisseau, prêtre catholique (1).
Vous avez bien remarqué que jusqu'ici je n'ai point parlé de missionnaires ; c'est qu'en effet il n'y en avait pas encore; l'année suivante, plusieurs y descendirent d'Amérique. Ils furent accueillis avec joie et reçurent du roi une dotation libérale. Mais il n'en est pas moins vrai que le bon sens et la pénétration d'esprit des princes avaient détruit ou du moins mutilé l'idolâtrie, et qu'ils attendaient uniquement une religion meilleure afin de l'embrasser. Ils ne savaient rien des innombrables sectes qui divisent, d'une manière si déplorable, la religion chrétienne. Us cherchaient le christianisme comme un syslème opposé à leurs futilités païennes; et la première forme de cetle croyance qu'on leur présenta, sur-le-champ ils l'adoptèrent.
Cette démarche lut le résultat de leur conviction particulière, née de la comparaison qu'ils faisaient de leur paganisme avec les opinions plus saines que les Européens avaient sur la Divinité; ce furent aussi leur prudence et leur courage qui accomplirent l'œuvre et effectuèrent l'extermination presque totale du paganisme. Car ce fut la princesse Kapiolani qui,|par un acte héroïque de courage, sut dissiper le plus puissant prestige de cette religion: je veux parler de Pelé, déesse du feu. Le trait mérite, ce me semble, d'être rapporté tout au long.
Dans l'île de Owhyhéc, la principale du groupe Sandwich , il y a un volcan dont le cratère est situé dans une plaine élevée de 3,000 pieds au-dessus du niveau de la mer. La bouche de ce cratère a une circonférence de huit milles, et une profondeur de 1332 pieds. Du bord de cet abîme, l'œil découvre une scène qui réveille l'effroi même dans les plus intrépides : une mer de feu qui parfois roule en tourbillons ardents et parfois s'élance en bonds enflammés ; tantôt couverte de flammes sulfureuses serpentant sursa surface, qu'elles semblent caresser, et tantôt plongée dans des
(1) Quarlerly Rcview, t. XXXV, p. 420-422.
M.MONsTKVH'l.N
images «1»î fumée, jaillissant d'nne nouvelle in volcanique, Au milieu de ce marais de. feu le dussent vingt-une pointe» coniques, de la elrao desquell - l'élancent toar à tour autant daeolonnei de fumée grisâtre el de flamme très-vive,qui retombent, puis roulent le long dei H mes de ces fournaises noircies , pareilles à d i fontaines, et vont se rerser dans le bassin enflammé qui rougit leurs i >rds. Au milieu de cet horrible gouffre, entre I s lueurs vives des météores volcaniques et
gourd retentissement des tonnerres qui , ient de toutes parts , la terrible Pelé, o du feu, avait livé sa demeure. Telle él lit la terreur de ces pauvres ignorants, qua ni les raisons tics missionnaires, ni la con- \ erslon des princes ne purent amener le \ nlgaira à nier cette divinité, qui, d'après le sentiment du peuple, aurait, au premier affront, par un seul signe de léte, renversé l'île entière (1).
Cependant la princesse Kapiolani proclama que son dessein était de descendre dans le cratère pour défier la déesse Pelé dans son sanctuaire. Je ne dirai pas qu'elle fut assaillie de mille supplications ; elle resta toujours inexorable , une foule d'amis et de suivants raccompagnèrent par amour pour elle jusqu'au bord de la plaine; mais là ils s'arrêtèrent avec crainte et gémissement. La princesse cependant, escortée d'un missionnaire et d'un petit nombre d'amis fidèles, s'approcha du cratère et y fit construire une hutte. Ses amis la conjurèrent encore une fois de se désister de l'entreprise téméraire de provoquer la déesse. Non, répondit-elle : j'irai dans le cratère., et si je ne reviens pas sans mal, continuez encore d'adorer Pelé; mais si vous me revoyez sauve, il faudra adorer le dieu qui créa Pelé {le /cm). Ellcdesccndit avec intrépidité, suivie du missionnaire et de quelques hommes fidèles qui voulurent être témoins de cette téméraire aventure. Parvenue au bord de ce Phlégéton, elle plongea dans le brasier la baguette dont sa main était année, et dispersa les cendres sacrées au milieu des airs. Tous demeurèrent étonnés en voyant que la déesse fie s'empressait pas de punir une pareille audace; on passa de la crainte au mépris, et le culte de Pelé finit par cesser presque entièrement (2j.
le me suis étendu sur ces détails pour montrer que la conversion des îles Sandwich n'est aucunement due aux. missionnaires protestants, dans son origine, cl que la droiture et le hoir sens des habitants ont été les moyens auxquels il faut attribuer le commencement el les progrès du christianisme. Tomba-t-il jamais sous la main d'aucun missionnaire une terre plus propre à produire les plus belles vertus? Quand un prédicateur de la religion de Jésus-Christ trouva-1-il *BS esprits plus dociles, des disciples plus dépouillés de préjugés?
(1) Narrative of a tOUï in Hawaii or Owhyhce, bj ST. Elîls, missions!* : Loml.. l8M,pp. M6, MB.
(2) Voyage of H M. S Blonde to ihe Sandwich islands. Lond., i^-'T5. i>. t*7.
\.\ \\<;rr<
Ain«,i comosença !<• christiania bm dans ces
lies, sans ri< n d<-voir aux inis>,ioiiuair<
nui- maintenant, retournons la médaille, comme on «lit , et cherchons ee qu'on leur doit, cherchons ea que sont devenus, Mire leurs mains, de si heureux. < ommencemanl -. I : ■ .ii qu'ils rai été !«• fléi a roj na-
ines pacifiques; tellement qu'on en a craint le bouleversement, pour ne pas dire la ra entière. A peine les missionnaires s'étaientilg emparés de la faveur du roi, qu'ils Militaient aussi usurper son autorité. /
remarque l'écrit auquel je dois docum ut-- , les mi tom >■■> ei n'ont pas montré, cela est vrai , beaucoup de bon s dans leur manière d'agir en ce» contrée» (1). // y a bien raison de craindre que ces hommes [animés sans doute de» meilleur» motifs) ne coûtent un grand mal parmi ers simplet insulaires. Ils oui si peu de jufjemet I ' /'"t (le connaissance du caur humain, qu'il» poussent le zèle au delà d» taule metUT» in bien des occasions et de bien des manières. Nous en savions déjà beaucoup auparavant ; mais, à coup sûr, nous ne nou» étions pas préparés à voir une absurdité aussi moi t que la
tentative de forcer ces peuples à l'observance des plus ténébreuses et des plus horribles pratiques de lu discipline puritaine, 1/ après le récit de M. Ellis même [un des missionnaires), il demeure constant que tels sont les sujets les plus ordinaires de leurs serinons , qu'on ne saurait en concevoir de moins à la portée d'un peuple sans instruction (ce sont les points 1 m plus mystérieux de la religion chretieni. et ce sont précisément ceux-lè que les i noires eu.i-mémes étaient te moins capables de toucher, vu leur éducation. Ces cordonni fuyant leur atelier, ces tailleurs échappés de leur boutique, pour commencer la prédication évanyélique (2j, croiraient se dégrader M apprenant à ces pauvres insulaires à manier l'ulènc ou l'aiguille. Leur rèyle est que plus on emploie de temps èi prêcher, à prier et èi chant r, mieux on fait. Le moins que l'on r.t ige des néophyte; nus ou demi-nus d'Oichyhée, , de paraître ii l'église au moins cinq fois le jour. Les dimanches, il leur est riyoureusevv ni défendu de faire cuire aucune espèce de viande et même d'allumer du feu. Ji<d,i fut obstiné sur et point : il prolesta contre un Labu (interdit) de cette sorte; il voulait avoir son thé le dimanche uuitin, comme il avait continué de faire à Londres 13)..., oit il n'avn: mais remarqué , disait-il, que le repas du di-
(I) Quanerly Beview, ubi sup., i>. 428.
■ es expressions nous rappellent meinenl les paroles de M. ('h. Mardi dan- le parlement anglais, le premier Juillet 1813, à propos des missionnaires que l'i à envoyer aux [ndas, "ù lien n\ .«it naoa. « Les nu paires que celta pro| osilion doit déchaîner sur l'Inde, nom- Us donc des instruments câ| a> i révi lution ? Celle race qui surina de I obscurité de ■ mlère destinée, ces iposuis de la n ivette el de l'enc h
renégats des ans manuel* les plus vds, seroni ils donc des chami i<>n> de la religion, » eic.
(5) Bekï vint en Angleterre avec le roi el la rein tous deux moururent a Londres an unis de juillet I I aimoku (Guillaume Pilt), frère de celui-ci, i
n qualité «le régent, el il (.ouiiuua a ramper i ** charge après la mon du roi.
STÉRILITÉ DES MISSIONS PROTESTANTES
manche fût plus mauvais que celui du samedi. Les mauvais effets do ce système paraissent s*êlre trop clairement manifestés dans les îles Sandwich. La maladie prolongée et l'incapacité de Karaïmokou avaient entièrement soumis le roi entant à l'inDuence de M. Bingham (un des missionnaires). Nous avons vu des lettres du capitaine Bcechey, qui visita ces îles au mois de mai dernier (1826); il y écrit ce qui suit :
Les efforts de ce petit nombre de mission-* naires tendent, le plus promptemcnt possible, à dévaster le pays entier, et à plonger les habitants dans les guerres civiles et dans le sang. Une vaste étendue de terrain, qui produisait auparavant les plus belles recolles , e*t maintenant convertie en une plaine de sable. Les vivres sont rares, au point que le roi envoya dernièrement demander un peu de pain au consul américain. Les pèches sont presque abandonnées , et V école de la mission n'est nullement florissante. La raison en est assez claire : ces pauvres et simples naturels s'entendent continuellement menacer de peines éternelles, toutes les fois qu'ils négligent l'unique chose nécessaire; on leur dit que le lendemain prendra soin de lui, que les lis des champs croissent sans travailler et sans filer. L'appréhension d'une guerre civile, que manifeste le capitaine Beechey , paraît devoir s'attribuer à une fausse application d'un au tre texte de l'Ecriture, qui dit que, dans le royaume du ciel, il n'y a point de plus grand ni de plus petit; ce texte, appliqué ou expliqué comme il l'est par ces missionnaires américains, revient précisément à dire à ces malheureux que tous les hommes sont égaux.^ L'effet ainsi produit, de diminuer l'autorité des princes, était déjà très-visible : Boki se plaignit fort de ce qu'ayant eu parle passé deux mille de ses colons qui travaillaient bien volontiers pendant un certain nombre de jours aux semailles et à la récolle, et qui, pour ce service, jouissaient des terres, il en trouvait maintenant à peine dix qui voulussent se conformer à cet antique usage (1).
La vérité de ces assertions est amplement prouvée par une lettre de Boki, écrite en anglais. J'en citerai quelques passages :
lie de Woahoo, 2k janvier 1826
C'est avec une profonde amertume que je vous apprends que M. Bingham, chef missionnaire, fait sonpossible pour s'emparer des lois du pays. Nous sommes tous contents d'avoir avec nous des personnes qui puissent nous apprendre ce qui est juste et bon ; mais il veut nous soumettre entièrement à ses lois , et c'est ce qui ne saurait bien réussir avec les naturels. Moi, de mon côté, j'ai fait tout pour l'en empêcher, et jusqu'ici j'ai réussi. Il y a Caho- RMMto, qui voudrait que les missionnaires cus-
■ tl toute l'autorité; mais c'est ce que j'empêcherai tant qu'il me sera possible : car, s'ils l'obtiennent , on ne travaillera plus dans ces îhs: m ne fera pas même assez de culture pour fournir à la consommation du pays. Je désire
(I) Quarterlj Review, uisup., p. 438440.
cependant que le peuple sache lire et écrire, mais je veux aussi qu'il travaille. Les missionnaires attirent tout à eux, jeunes et vieux, et ilsles gardent jour et nuit -.tellement qu'on ne fait presque rien autre chose. Le peuple est, en général, fort dégoûté des missionnaires, précisément parce qu'on croit qu'ils cherchent à s'emparer de toute l'autorité.
Dieu vous envoie bonne santé et longue vie, Na-Boki (1).
Mais pour mener à son terme la déplorable histoire de ce prétendu Paraguay du protestantisme, il suffira de ci, <;r les dernières nouvelles qui en sont venues , rapportées dans le Times, feuille de Londres, du 20 septembre de l'année courante 1830 :
Nous devons signaler un progrès inespéré parmi les insulaires de l'archipel Sandwich : ils ont armé une expédition, composée de deux vaisseaux de guerre , contre les Nouvelles- Hébrides, où ils ont dessein de former une colonie. L'expédition est dirigée par Boki, gouverneur de Woahoo , lequel porte avec lui Manuia, capitaine du port, et trois cents soldats. D'après les dernières nouvelles , il est constant que les missionnaires acquéraient une puissante prépondérance à Woahoo, et s'étaient rendus si odieux au gouvernement, que le jeune roi désirait avec anxiété d'abandonner son royaume; et l'on croyait qu'au cas que son entreprise eût heureusement réussi, Boki ne serait jamais retourné aux îles Sandwich.
Je n'ajouterai plus qu'un seul fait, afin do faire connaître les principes de morale que ces missionnaires ont enseignés dans ces îles. Le roi lliho-Riho, qui mourut à Londres, était chrétien depuis cinq ans, grâce à l'instruction qu'il avait reçue; mais loin d'avoir appris à s'abstenir de sa première polygamie, il paraît qu'on ne lui avait pas même enseigné que l'inceste était défendu par l'Evangile, qu'il embrassait : car celle de ses deux femmes qu'il amena avec lui en Angleterre, et qui y mourut aussi , n'était rien moins que sa propre sœur (2).
Voilà le beau résultat de cette mission chez un peuple qui déjà s'était, de lui-même, soumis au christianisme; et je demande si, après cet exposé, appuyé sur des documents aussi authentiques , on voudra m'accuser d'une prévention injuste pour l'avoir passée sous silence, en proclamant l'impuissance absolue des entreprises des missions. Et, au fond, qu'est-ce que ces messieurs ont donné à ces îles, excepté la fainéantise, l'insubordination, le fanatisme et un terme à ce progrès de la civilisation qui, commencé dans le paganisme, ne demandait qu'une direction prudente, une morale saine et la religion véritable , pour atteindre sa perfection ? Une seule consolation me demeure, après une histoire qui fait frémir et pleurer en même temps : c'est l'espérance que les missionnai-
(1) Appcnd. du Quartcrly Review, t. LXX, p. 609. h) Ann;iles de l'associntion de la propagation de la fot. Num. 21, juillet 1830, p. 286.
DÉMONSTRATION ÊVANGÊL1QUE.
res français et catholiques, qui y onl abordé depuis peu, pourront opposer one digue à cei fléaux , cl gagner ces hommes d'an si beau naturel à la sainte religion de lésas-Christ (1).
J'aurais encore à parler des missions aux Iles il*' la Société, dans le même Océan; je le forai avec brièrelé. l< i comme aux Iles Sandm ici), on doit l'introduction du christianisme surtout au bon naturel du roi Pomaré : les missionnaires l'ayant convaincu de l'absurdité *lc l'idolâtrie, ils gagnèrent facilement des prosélytes parmi ses sujets, je me dispenserai de détailler 1rs guerres qu'il dut soutenir contre les princes voisins , ses Pendulaires , et de raconter comment , après les avoir vaincus par son courage cl par la bravoure des siens, il les gagna par une clémence et une modération inaccoutumées dans la victoire. 11 suffit de dire qu'une grande partie de ces peuples embrassèrent le christianisme, sous la forme que leur présentèrent les missionnaires indépendants.
Mais ici nous avons les mêmes résultats que dans les îles Sandwich, à savoir, l'intrusion des missionnaires dans les affaires, la paresse et le désordre qui se sont emparés du peuple.
11 y a déjà quelques années que Humboldt remarqua que les missionnaires devaient tout leur succès, dans ces îles, aux dissensions intestines qu'ils y trouvèrent. 11 est certain que le récit du missionnaire Ellis , déjà cite (dans se> Recherches polynésiennes , publiées à Londres l'année dernière 1829), rend manifeste qu'ils ont donné un code à ces îles, et qu'ils en règlent l'exécution; qu'ils ont convoqué un parlement de sauvages et leur ont . donné une constitution ; et tout cela au moment où le roi est encore pupille.
La première conséquence a été que, les missionnaires ayant aboli tous les exercices guerriers , les pauvres insulaires , menacés sans cesse d'une guerre féroce de la part de leurs voisins, irrités de ce qu'ils ont abandonné les dieux de la patrie, ne sont plus en état de pouvoir se défendre (2).
La seconde est que la paresse a énervé celte pauvre nation, de la même manière que les habitants des îles Sandwich. Ecoutez le rapport que nous donne à ce sujet le capitaine Beechey :
Cette île (Taïti) est encore le beau et fertile pays que tous ont décrit; mais c'est pitié de voir le changeaient (/n'ont subi les naturels. Ils semblent avoir perdu toutes les bonnes qualités (/u'ils avaient autrefois, et sont devenus oisifs au point que, si la récolte de l'arbre ù pain (arlocarpus incis. Linn.) venait, par
(1) Il y en a trois : MM. Bachelol, Armand et Short. Ils partirent de France, le 20 nov. 18:20 et arrivèrent l'ani.ée suivante. Les dernières nouvelles qu'un -m reçues (feux, en daie de décembre I82H, confirment pleinement la prédiction qu'on fait ici ; car les missionnaires i rolustanls mu beaucoup perdu de leur influence et du grand nombre de leurs écoliers : au contraire, on voit croître de jour an jour l'estime et le respect pour les nouveaux missionnaires encore trop peu exercés dans la langue du pays pour pouvoir se 1.1 ire bien entendre des naturels. \ ovex Annales de I as< iciation de Ja Propagation de la foi, juillet 18ôo, p. -27") et suit.
(2) Quarleily Review, mai, 1830. p. 53.
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malheur, <) manquer, on verrait certainement uni- disette, El d'ailleurt, c'est et qu'Ut ont déjà ]'i< que éprow pu la nour-
riture fournir par le plantain SOUVOÇe plantain alpina et par une ■ fougère, lee h teuli préservet des horreurs de lu famine. i champs de coton, dont vous me parles, ont été couverte de mauvaise herbe; les métiers qu'on y a envoyés ont été mis de rote , ,t la ti tsw t est abonde i l un jjetit enfant, ta mire une femme licencieuse; !• i princes divisée te portent envie Vun à l'aut A Tobuat, la paresse dis naturels, aj, conversion, aété telle, qu'il n'<n est pas r
plus de deux cents sur toute la populatX
A peine pourra-t-on croire que cette moi tu' provienne de ce qu'il ! dans l'oisiveté :
c'est au point qu'il leur i t /< 'nible de faire cuire des mets plus d'uni- fois pur semaine; Cette nourriture, devenant ainsi acide et malsaine, leur musettes maladies d'estomac qui les cunduist nt à la mort (1).
Maintenant vous juges , messieurs, des motifs qui m'ont amené à parler de ces missions, non pas au moment où l'on traitait de la bonne ou de la mauvaise issue des expéditions (ies missionnaires , mais où il était question du caractère des prosélytes qu'ils font, et des précautions à prendre avant d'ajouter foi aux rapports qu'on nous donne sur les nombreuses conversions qui ont été opérées par eux. Sans doute il était réservé à notre siècle et au zèle missionnaire des prolestants de démontrer, par le fait même, que le christianisme peut faire dégénérer les belles qualités qu'il trouve dans ses disciples ; et que, de dociles et d'obéissants qu'ils étaient, il est capable de les faire devenir indociles et rebelles; d'actifs et pleins de vie, paresseux et sans énergie.
Mais venons enfin à nos conclusions.
SECTION SIXIÈME. Conclusion. 1° Le mauvais succès dis missions protestantes ne peut venir de l'absence des moyens humains; 2" ni du défaut de dispositions parmi les peuples auxquels elles sont destinées. On le prouve par les relations surtout des protestants, sur les missions catholiques en Asie, en Amérique, etc. ;! /'' provient donc de ce qu'elles ne sont pas fécondées par la bénédiction divine.
11 est donc démontré, par ce qui précède, que les missions protestantes, de quelque secte qu'elles soient, à quelque partie du monde qu'elles se soient adressées, sont demeurées sans aucun effet. A présent, il ne nous reste plus qu'à rechercher la cause d'où peut provenir une pareille stérilité.
1J Ne proviendra-t-elle point de l'absence de moyens favorables, de talent dans l'administration, de zèle et d'énergie dans les ouvriers, ou de prudence dans les projets ? Mais les rapports ne se lassent jamais de signaler ces vertus comme des marques dislinctivefl de 1 urs entreprises. Alors ou manquera sans doute de sommes nécessaires pour une oruvre si vaste, ou d'un nombre suffisant de per-
(I) Idem min i>-7, p. 410.
STÉRILITÉ DES MISSIONS PROTESTANTES
sonnes qui veuillent se consacrer à cette vie. Enfin on ne sera peut-être pas secondé par les autorités civiles, ni par les circonstances locales. Mais nous avons vu jusqu'à l'évidence, au commencement de mon interminable travail, que ce sont précisément là les avantages et les faveurs qui distinguent les sociétés missionnaires de toute autre association de personnes privées. On ne peut donc alléguer de semblables motifs pour donner raison de la malheureuse issue des missions protestantes.
, 2" Mais, quoique ces messieurs se plaignent souvent de ne point jouir de ces avantages dans la proportion qu'ils désireraient, ils trouvent cependant un meilleur argument en signalant le caractère et les institutions de ceux auxquels ils prêchent l'Evangile, comme des obstacles insurmontables à la religion chrétienne. Or si je démontre, et cela, appuyé le plus souvent sur des autorités protestantes, que tandis qu'ils se plaignent d'avoir obtenu peu de résultats à cause de ces motifs, les missionnaires catholiques, sans avoir les mêmes moyens, ont su faire de nombreuses conversions et fonder des églises stables et florissantes; on devra, ce me semble, tenir pour certain que c'est à tort qu'ils s'en prennent à de semblables obstacles.
Au temps où la péninsule de l'Inde était sous la domination portugaise, cette puissance n'oublia pas d'établir les moyens de propager la religion catholique parmi les naturels du pays. Les Hollandais en firent autant pour le protestantisme dans leurs domaines. Or on verra que les travaux des premiers ont été durables et fructueux; ceux des seconds, caducs et stériles. Nous avons vu que c'est dans les provinces méridionales que les protestants placent leur gloire, tant pour le nombre que pour la prospérité des congrégations. Mais l'évêque protestant Héber, quand il en parle, ajoute : Les catholiques sont beaucoup plus nombreux (Journal, t. III, p. 460). Il fait le même aveu pour les provinces supérieures. Les naturels qui ont embrassé la religion catholique, montent, m'a-t-on dit, à plusieurs milliers (P. 338). Un rapport du parlement britanniqucaffirma, il y a peu d'années, que, dans le seul diocèse du Malabar, il y a 35,000 âmes de la communion catholique. Un autre en contient 127,000. Je passe ensuite àdes données particulières pour différentes villes ou villages : les passages suivants sont tirés des journaux dos missions protestantes. A Tinevelly, il y a 30,000 catholiques romains. Il y a ici un village dont les habitants ont été convertis à la religion catholique (Cit. dans le Cathol. Miscel., t. III, p. 278). Le missionnaire anglican, Martyn, cité déjà plusieurs fois , nous parle de la même manière du territoire de Goa, de Bombay et autres lieux. Le colonel N., qui y résida pendant qu'il écrivait l'histoire des Portugais dans cette colonie, m'assura que la population de ce territoire monte à 200,000 âmes, dont 200,000 sont certainement chrétiennes. Je priai le gouverneur de Bombay de nous procurer tous les renseignements sur les
naturels convertis, et il promit de le faire. A Bombay il y a 20,000 chrétiens ; à Salsttlt 21,000, qui tous parlent la langue mahralte (Martyn, p. 330). Tannah, écrit Héber, est principalement habitée par des chrétiens catholiques, ou Indiens convertis, ou Portugais ( Journal, t. III, p. 89 ). Des lettres de Calcutta m'ont assuré que, dans cette ville, le nombre des naturels catholiques surpasse 15,000; et que quelques-uns le font monter à 30,000. Mais le passage suivant vous donnera une idée plus précise de l'état de la religion catholique dans l'Inde. Il est tiré du Mémoire du docteur Buchanan, écrit afin de procurer l'établissement d'un siège épiscopal protestant dans l'Inde anglaise. L'Eglise catholique de l'Inde date de la même époque que la domination espagnole et portugaise en Orient ; et bien quelles soient toutes deux en décadence, l'Eglise demeure. Les biens ecclésiastiques ont été, pour la plupart, respectés dans les différentes révolutions : c'est qu'il est conforme aux principes des Asiatiques de révérer les institutions sacrées. Généralement parlant, les revenus sont faibles, comme ils le sont communément dans les pays catholiques de l'Europe; mais les prêtres vivent partout dans une condition honorable, ou du moins honnête. L'office divin se fait régulièrement, et les églises sont le plus souvent bien fréquentées; la discipline ecclésiastique se maintient ; les cérémonies canoniques s'observent comme en Europe, et le peuple est généreux dans ses offrandes. On a remarqué que, dans l'Inde, les catholiques cèdent moins à l'influence corruptrice du pays, et souffrent moins du climat que les Anglais ; ce qu'on peut attribuer à ee que leur jeunesse est environnée de ces institutions qu'ils avaient chez eux, et à ce qu'ils sont soumis à la vigilance et aux conseils de personnages religieux qu'ils ont appris à révérer (1).
Outre les églises régulières, il y a de nombreuses missions catholiques établies par toute l'Asie ; mais le zèle pour de nouvelles conversions n'a pas été très-remarquable pendant le dentier siècle : les missionnaires sont fixés, pour la plupart, dans le pays. Bespectés des naturels pour leur doctrine et leur science médicale, et généralement pour leurs mœurs pures, ils se procurent un entretien honorable et sont en état d'exercer l'hospitalité envers les autres.
A considérer en général l'Eglise catholique, il faut certainement avouer qu'outre son but principal de conserver la foi de ses membres, elle exerce de l'influence dans la civilisation de l'Asie ; et que, nonobstant son austérité naturelle, si intolérante et si repoussante quand on la compare avec les principes généreux de la religion protestante, elle a jeté beaucoup de
(t) Il y a un aulre passage du même écrivain qui vient pour appuyer celle assertion : l'auteur nous apprend que « l'observation constante des naturels de l'Inde est que les Jnqlais m professent pas de religion Au milieu de nos conquêtes en Orient, au sein de la gloire de nos armes et de notre politique, l'Anglais, au jugement d« beaucoupd entreeux, est toujours l'homme qui n'adore aucune divinité. » Meuioir, etc. j>. 18.
DEMOttSTRàTHMI t\ ANGÉLIQUE.
lumière <hi»< lu teneurs* du paganiitm i . jusqu'Ici if témoignage de Buchanan ea faveur de l'efficacité de notre religion sainte pour la conversion et la civilisation des naturels de l'Inde, et se» aveui iar la conduite on mplaire de nos missionnaire! <'i sur l'oblervntion de la discipline, sont conflrmés par les iu Irages de Mariyn. Certainement, écrit ce missionnaire à son compagnon Corrie, tertuinemeni il existe dans l'Eglise catholique une discipline infiniment supérieure à la nôtre ; a si imitais il m'arrivaii de devenir] dur de. naturels chrétiens,]" essaierais de gouverner nia- une semblable exactitude [Martyn, i>. 287). Dans un autre endroit, après avoir rapporté un entretien qu'il eut avec le révén na père Antoine, missionnaire à Bogliaporc, ou celui-ci lui avait montré unetraduclion hindoue du Missel et de» Evangiles qu'il avait faite, et qui avâil excité l'applaudissement et la surprise du même Marhn, celui-ci conclut : Je ressentie un véritable plaisir en voyant ce qu'il avait fait, quoiqu'il marche dans une voie différente de la nôtre. Dieu bénisse ses travaux {p. 321).
Et ici, qu'on me permette une réflexion : II y a à peine trois cents ans que les protestants se séparèrent de l'Eglise catholique, à raison principalement des corruptions en matière de pratiques et de discipline qu'ils prétendaient trouver en elle. C'est pour cela qu'ils changèrent, qu'ils réformèrent, qu'ils perfectionnèrent la religion, à ce qu'ils croient : au contraire, l'Eglise catholique resta immobile, elle ne changea ni dans sa discipline, ni dans ses usages. Maintenant donc que nous voyons ces écrivains avouer qu'il faut imiter la discipline de cette Eglise, quelle conséquence en devrons-nous tirer? celle-ci : ou bien cette religion qu'ils disent avoir été alors reformée, a, dans leur opinion, dégénère au point que. comparé à son état actuel, ce qu'elle abandonna comme corrompu doit être regardé, trois siècles après , comme un état de perfection; ou hien ce fut à tort qu'ils accusèrent de ces abus une Eglise a laquelle ils portent envie maintenant et qu'ils veulent adopter pour modèle. En deux mots, la réforme, pour ces motifs, fut inutile ou fut injuste. . .
Il suffira d'un dernier extrait pour laire ressortir encore plus le contraste que les protestants eux-mêmes, cédant à l'évidence ou à leur candeur naturelle, remarquent souvent entre les églises protestantes et L'Eglise catholique dans l'Inde. Il est lire de 1 evéqueHéber, à l'endroit où il décrit la \ille de Bassein, autrefois appartenant aux Portugais, maintenant ruinée et pillée pendant les guerres des Mahrattes. Après avoir remarqué que, parmi ces restes, on voit se dresser encore ceux de sept grandes églises, il continue ainsi : L'une d'elles, qui semble être adjacente à la maison des jésuites, présente encore les débris d'une belle voûte de bois de teak, sculpté et doré. L'aspect de ces objets fait naître la mélancolie ; ce sont toutefois des monuments d'une jrandeur qui n'est }>lus, d'un Cl) Mémoir. r- 1-. 15.
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.h d< la magnificence de beaucoup tupii : dé ir d'amasser de l'argent, dont la
plupart de- autres nations sont tourmenta
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laient maintenant chassés de l'Inde, v rail peu d* dt In U de l ur re-
nl(Tom. III, p. 91.J Je crois que le*
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assez que, dans le continent de l'In le. In missionnaires catholiques ont pu fon églises remarquables, tant parle nomh
le carai 1ère de eux qui nt.
Et ces témoignages suffisent encore pour réfuter, comme j'ai promis de le faire en I lieu , les ac« usalions de Héber : que les naturels catholiques sont d'un cara 1ère bien inférieur à celui des prosélytes des Bal sions protestantes : en effet nous aVOUS \u Buehanan et Marlvn en faire le p ;c,
comme du modèle qu'ils dei i nt suivre. De plus, on a vu clairement que ceségli ont survécu à l'auloiilé séculière qui coopéra d'abord à leur fondation ; ta les, en effet, se trouvent soumises à la domination anglaise.
Et avant de passer aux objections des protestants, je dirai que, même de nos jours, les missionnaires catholiques , quelque part qu'ils aillent dans la péninsule indic nue, font de nombreux prosélytes, et sont toujours secondés, dans leurs travaux, par la puissante main de Dieu. Le missionnaire Bonn md, arrivé à l'ondichéry au commencement de 1815, fut aussitôt envoyé à Bandanaidoupale, dans la province de Telinga. Ce Tut assez de six ou sept mois d'étude dans la langue excessivement difficile de ce pays, pour pouvoir prêcher les habitants ; un an et d mi après son arrivée , il avait déjà baptisé soixante-trois infidèles (1). Le missionnaire Bochaton, à Darmabourv . avait reçu a; rès dix mois, deux cents adultes aux fonts sacrés [Annal.. p. loi). Ces missions dans l'intérieur du pays, écrit le missionnaire Surpi sont intéressantes non-seulement par la ferveur des chrétiens, mais encore par le su que les hommes apostoliques obtiennent parmi les infidèles. Tout missionnaire a la consolation d'en voir chaque année un certain nombre abandonner le culte des idoles pour embr,: notre sainte religion. L'un d'entre eux a écrii que dix-huit nombreuses familles venaient d'être régénérées sur les fonts sacrés du baptême (ibid.. pag. 170).
lit ces coin isions ne se bornent pas aux classes ou castes inférieures . comme nous l'avons vu, par rapport au petit nombre de celles des protestants. Le même missionnaire Bonnand, nous assure que prei > les
chrétiens sont des castes le» plus distinguos , Nu*. 13. meurs 1828. p. 83). Voici encore ce qu'il écrivait le 12 octobre, 1828 : J'ai célèbre la Pâque à Piranguipouran. (n \,, i - m pour la Propsfstioa de h\
foi. Kum. SO. Ljon, wril lsJ°» P- l*7-
STERILITE DES MISSIONS PROTESTAMES
Le Seigneur a daigné ajouter aux travaux ordinaires de cette station un surcroît de douces et délicieuses fatigues. Elles proviennent du baptême de vingt-deux Sudras adultes. Dans mon voyage vers le Sud, j'en ai baptisé quinze, presque tous des meilleures castes (1).
Mais les apologistes dos missions protestantes ne manquent pas encore d'une réplique spécieuse : Le papisme, écrit l'un d'eux, a survécu à la puissance temporelle de ceux qui l'introduisirent , parce que, en créant des églises et en fondant une succession permanente de supérieurs ecclésiastiques, ils lui ont donné une stabilité extérieure (2). Or , pour dévoiler l'insufflsanced'une semblable raison, je veux, donner un tableau de la double histoire d'une église fondée et favorisée, dans l'Inde, par un gouvernement protestant, et d'une mission catholique persécutée et opprimée par ce même gouvernement, dans le même territoire. On pourra de la sorte mettre en parallèle le succès du protestantisme, même protégé, avec celui du catholicisme combattu.
Je parle de l'île deCeylan , où , comme je l'ai dit. les Hollandais avaient non-seulement fondé des églises , mais encore forcé les habitants à embrasser la confession helvétique, s'ils voulaient parvenir aux emplois et aspirer aux honneurs. Mais avant qu'ils se fussent emparés de l'île, en 16o0 , la religion catholique était déjà répandue par tout le pays. Car les Ghingulais ayant appris la renommée du saint apôtre des Indes , le bienheureux François Xavier, l'envoyèrent prier de venir chez eux, pour les instruire dans la religion chrétienne. Ne pouvant laisser sa mission de Travancore, il leur envoya un prêtre, qui en baptisa un grand nombre. Le roi de Jafanapatam souleva contre eux une persécution ; et, dans le cours d'une année, il en mourut six cents pour la foi , parmi lesquels fut le premier-né du prince. Deux ans après, saint François y aborda en personne; et, en peu de temps, il y implanta si profondément le christianisme, que l'idolâtrie fut
(1) Num. 20, p. 158. — En citant l'autorité de ce journal pour prouver les progrès du catholicisme dans l'Indu, je Ferai observer qu'il confirme exactement ce que j'ai arraché , pour ainsi dire , de la bouche des protestants Sur leurs Dussions dans le Tranquebar cl le Travancore. J'ai t'ait voir que ces Eglises tant vantées comme le fruit des travaux de Scbwartz et comme composées de quarante, on an moins de quinze, mille protestants, n'étaient que <ie faibles congrégations réduites a un état de décadence: et j'ai exprimé le doute, ([n'excepté les paroisses mentionnées, celles dont on se glorifiait existassent. Qu'un écoule maintenant, sur ces mêmes congrégations, le rap| ort de M. Dubois, qui a été pendant tanl d'années missionnaire en ce pays : « Il y a maintenant cent ans que les missionnaires luthériens se, sont présentés dans l'Inde, et nulle part ils n'ont obtenu de succès si nsible. Leurs congrégations se réduisent maintenant à trois DU quatre. Une à Madras, de cinq ou six cents urnes ; une seconde à Tranquebar, d'environ douze cents; une troisième à Tanjore, du même nombre ; enfin une quatrième a Trichinopoli, de trois ou quatre cents. Ils ont encore des néophytes dispersés ça et la dans la province de Madui'é, mais , lit nombre, qu'ils ne méritent pas le nom de conition (n. 13, p. 00). » J'ai passé sous silence les assertions de ce savant missionnaire , parce que mon but était de démontrer la nullité des entreprises clos missions protestantes par le seul témoignage des protestants. Ces assertions ont été cruellement accueillies par eux, mais jamais ils ne les ont réfutées.
fl) Misccl., p. 876.
abolie, et, pour ainsi dire, disparut de l'île.
A peine entrés en possession de ce pays, les Hollandais firent deux choses par rapport à la religion. D'abord, ils coopérèrent au rétablissement du paganisme. En voici la preuve tirée des voyages du docteur Davies, dans l'île de Ceylan. La religion de Bouddha était au terme de sa décadence, ses doctrines étaient tombées dans l'oubli , ses cérémonies en désuétude , les temples étaient sans ministres. Avec le secours des Hollandais, le roi ( Wimaladarme , fils de Rajah Singhe) envoya des messagers à Siam pour se procurer douze prêtres Oupasampadi ; ils vinrent à Candy (partie intérieure de l'île), où ils instruisirent et ordonnèrent quarante naturels à l'ordre oupas ampadano , et un très-grand nombre à celui </esSampadoe(l).En second lieu, ils tentèrent d'exterminer la foi catholique, non-seulement par la loi dont nous avons parlé , qui excluaitdes charges ceux qui la professaient ; mais encore par les châtiments et les peines corporelles. Privés de pasteurs , les pauvres catholiques étaient, de temps à autre, secrètement visités par des prêtres portugais , la plupart pères de l'Oratoire, ou même par des missionnaires apostoliques, qui, par le moyen des missions, y abordaient en secret ; alors seulement, de nuit et avec mille précautions, à travers mille périls, il était possible d'administrer les sacrements ou de célébrer les divins mystères. Pour preuve de ce fait , je citerai l'autorité du missionnaire espagnol D. Petro Cubero Sébastian , qui visita celle île vers l'année 1C7G Représenterai quelques extraits de sa relation : J'entrai à Colombo, principale forteresse de cette île; et, pour marquer mon respect au gouverneur Antoine Pavellon , je demandai la permission d'aller librement par la ville. Il me l'accorda, mais à condition quejeserais toujours accompagnéde gard es , a fmque je ne pusse point célébrer le saint sacrifice de la messe, ni administrer les sacrements aux catholiques. Mais, comme je n'avais que cela en vue, je cherchai la manière d'exercer mon ministère sans que les soldats qui m'accompagnaient en fussent informés. Je parvins à le faire dans Id maison d un Chingulais, où j'administrai les sacrements, eu particulier cetuidepénitence, à un grand nombre de catholiques de la ville et du dehors. La chose ne fut pas si secrète qu' elle ne parvint àla connaissance dti gouverneur; et, unjoUt que j'allais h trouver, il it avec bonté, qu'il ne convenait plus que je restasse à Colombo. Je lui répondis que je venais seulemen t pour prendre congé de lui, ayant accompli le dessein qui m'avait amené dans ce lieu (2). Il passa à la pointe de Galle , où il trouva le gouverneur Iïoblanl, déjà inforiié de son intention par un courrier envoyé do Colombo; il fut donc encore celle fois escorté de gardes, et il ne put rassembler les catholiques et leur administrer les sacrements qu'avec peine et au milieu de la nuit (3).
(t) P. 308. Annales, num. 13, p. 54.
Peregrinacion del mundo del doctor D. Pedro Cubero Sébastian, predicador apostolico. Naples, IG84, n. 577.
(3) lbtd.,p.m.
RATION ÉVANGÉI lui i;.
El encore 1rs missionnaires ne parvinrent
E;is loujuiirs à (aire Ici cboseï arec tant de onbeur. < >n peut citer pour exemple ce qui arriva au P. Joseph Vax Philippin, trente-sept ans après la conquête hollandaise. Ce père allait de maison eu maison, travesti en esclave : la nuit <le Noël, il avait fait préparer des autels en trois maisons différentes , afin de célébrer le sacrifice non sanglant à trois endroits, pour la plus grande commodité des
lidèles. Mais au moment où Ton récitait des oraisons préparatoires , les fidèles se trouvèrent assaillis par une troupe desoldats, qui maltraitèrent les hommes et les femmes, renversèrent les autels , profanèrent les images sacrées, et emmenèrent en prison trois cents personnes. Le lendemain, ils furent présentés devant le juge hollandais, Van Kheede : il renvoya les femmes, et imposa des amendes aux hommes : il y en eut huit surtout auxquels il réserva un châtiment plus rigoureux, parce que c'étaient des personnages plus distingués. L'un d'eux, qui avait depuis peu abandonné le luthéranisme pour la vraie foi, fut mis à mort avec une cruauté raffinée; les sept autres, frappés de verges aussi inhumainement que lui , furent condamnés aux fers à perpétuité et soumis à un travail pénible (1).
Tel fut donc l'état dans lequel se maintint la religion catholique pendant l'espace de 145 ans : pareille à une étincelle conservée à grand'peine , pour briller ensuite de la plus vive lumière ; et cependant la religion protestante fut toujours protégée et secondée de toute la force du gouvernement. La conséquence fut que, quand les Anglais s'emparèrent de cette île, en 1795 , la première ne comptait plus qu'un petit nombre de prêtres, qui, comme je l'ai dit, consolaient leurs ouailles; la seconde, au contraire, était établie dans d'innombrables paroisses bien fournies degrandes églises, de revenus suffisants, et de ministres bien entretenus : l'une était une église fondée à perpétuité; l'autre, une mission dépouillée.
Voyons donc quelle fut leur destinée. Vous croyez peut-être que les plus grands résultats ont été produits par les causes assignées dans la lettre que j'ai citée il n'y a pas longtemps : c'est-à-dire, que, comme dans les conquêtes portugaises , la fondation d'une église a donné à une des deux religions la force de survivre au gouvernement qui l'avait organisée, tandis que la mission accablée par tantdepcrsécutions, pendant un siècle et demi, aura été enfin anéantie? Eh bien! tout au contraire : écoutez d'abord ce qui advint de L'Eglise protestante.
. A peine l'île était-elle tombée entre les mains du gouvernement anglais , oui était aussi protestant, que la plus grande partie des naturels chrétiens passa au catholicisme ou retourna à l'idolâtrie. Je citerai les paroles du docteur Buchanan , en avertissant seulement que ce gouvernement ne mit point la religion catholique sous la protection des
(1) Vida dol Vaz dal P. Sel». Derego, in Histsel., t. mi ,
p. lut.
lois avant 1806. Dans l'ile (le Ceylan, qui. d apris un calcul fut (n 1801 , possédait 3V2000
chrétient protestants, c'est un fait bien coi sm
que plus (!>■ 50.000 $ont jiassés & il <. moine, <l<tns<<s dernières années, faute de gens pour 1rs instruire dans leur religion. Les anz nies , dont quelques-
unes sont dis constructions spacieuses, et qui,
dons la seule province de Ja/fanapatam, s '■ vent à trente-deux, sont à présent occupées pat les prêtres catholiques de Vordn t S. l'hilippe de Néri : ils ont pris tranquillement potion de l'ile presque tout entière. Si on n'y porte promptement remède, «r< peut calcul< r, qu'en peu (tannées, l'ile deCeylan sera dans le même eus que /' Irlande , par rapport à la proportion des catholiques aux protestants. Je dois aussi ajouter, quelque douloureuse que soit cette pensée, que le retour à l'idolâtrie, en quelques districts, est très-rapide. L'idole Bouddha, trouvant la maison d'où elle était sortie, vide, nettoyée et ornée, y <<ne
pour r/iiib ter encore Mémoir. dédie, p. 3j. Madame Héber, épouse de l'évêque, avoue pareillement qu'un grand nombre de naturels protestants sont toujours adonn/s aux rites du paganisme. Toi appris, écr)i-elle, que le nombre des chrétiens, le long du rivage et dans nos colonies (dans Ceylan), montait à un peu moins d'un million et demi. Mais il y en a un grand nombre qui ne sont sans doute chrétiens que de nom; ils ne font pas difficulté d'assister à notre église, et participeront sans scrupule à nos rites toutes les fois qu'on le leur permettra : puis, le soir du même jour, ils offriront un sacrifice au diable (1)1 Néaninoins le nombre des vrais chrétiens est considérable ; les congrégations dans les églises de naturels sont bonnes , et le nombre de ceux qui se présentèrent pour la confirmation (ils étaient tous approuvés par leurs ministres r>f consolant. Je crois que Vévéque en confirma plus de 200 (2). C'est ce que confirme encore le mari , dans l'extrait suivant d une lettre écrite de Ceylan : Ceux qui sont encore païens font profession d'adorer Bouddha : mais la plus grande partie ne vénère d'autre dieuque le démon, auquel on offre des sacrifices nocturnes, afin de te détourner de faire du mal. Bien des chrétiens de nom sont infectésde laméme superstition, et dès lors ne sont pas reconnus par nos missionnaires. Autrement au lieu de 300, j'en aurais pu confirmer plusieurs mille f . Nous ne manquons pas de semblables temoi-
(I) Outre le Bouddhisme, le aille le plus répandu parmi
les habitants i duré iens de CeyUn, est U détsamU
ou colle des êires malfaisants qui arasent les maladies, l( s
malheurs et la mort. On offre a c<s déoMaB, repiéseulés sens des formes .hideuses el horribles fices de
différentes espèces. Leurs attributs et la manière de se les rendre propices, sont décrits dans le poème eh Dgulais Yakkim SalUmiutua, traduit pu anglais par M. Callov missionnaire dans l'ile de Ceylan. ci publié par la société destioée à traduire les ouvrages des ùtii ntaox, à Londres en 18*». M. l'pliani dans son ituteire (tu Bouddhisme, avait déjà donné une esquisse de celle déinonoUyic , o nnue aussi sous le nom de fapOKÙme,deCapot/a, qui signifie enchaUement. Cet ouvrage est faii sur le recueil desdosseina chingulaia du chev. J< hnslon , déjà plusieurs fois cité dans 1.' texte, et il lui est dédié.
(.») Journal, i ut, p. 194.
(ô) litd., p. 400.
STÉRILITÉ DES MISSIONS PROTESTANTES
gnages fournis parles journaux des missions protestantes. Ecoutez-les : Que les congrégations des protestants, au temps de Baldcns, fussent, dans ces pays, aussi nombreuses qu'il es décrit, c'est ce qu'on ne peut mettre en doute. Les ruines d'un vaste édifice, dans chaque paroisse, démontrent tout ce que l'on fit pour détruire l'idolâtrie et introduire une nouvelle religion. Il y a ici beaucoup de pauvres naturels protestants; mais la plupart sont retournés au paganisme. Les païens , les mahométans et les catholiques sont entichés de leur système respectif de religion , et les protestants en général, sont parfaitement indifférents à la religion du Christ {Miss, reg., p. 353. Miscel. v. 2, p. 277 et 354.).
Voilà, d'un côté, le sort d'une mission protestante, élevée, nourrie et favorisée, pendant un siècle et demi, par un gouvernement zélé, puis tombée, déjà grande et robuste, entre les mains d'autres maîtres encore protestants. Voyons maintenant, de l'autre, ce qu'est devenue la religion catholique pendant le même intervalle, et dans le même territoire, persécutée à mort. Déjà le docteur Buchanan nous a avoué, qu'en peu d'années, elle s'était augmentée de 50,000 âmes, et qu'on n'attendra fias longtemps avant de voir l'île toute cathoique. Il suffit d'ajouter les suffrages des journaux des missions protestantes. J'ai eu à traiter surtout avec des catholiques romains ; au fond, la majeure partie de la population de ces contrées est de cette religion (p. 196). Cette population est presque toute catholique (p. 198).
Et en effet, un document recueilli par ordre du chevalier Alexandre Johnston, juge principal de cette possession, en 180G, rend incontestable que le nombre des catholiques était de 66,830 ; un autre semblable, en 1809, démontre qu'ils avaicntdéjà atteintle nombre de 83,595. Après 1820 on en comptait 130,000; enfin le 16 août 1826, le vicaire général , à l'occasion de son installation, déclara que leur nombre était de 150,060. Le nombre des églises catholiques est de 256 : mais les prêtres sont en bien petit nombre. Je voudrais décrire l'admirable manière avec laquelle ils savent visiter et administrer tant de différentes églises , et tenir ces fidèles dans l'ordre le plus édifiant ; mais je dois m'en abstenir : car ce serait abuser de votre bienveillance , après un aussi long discours : je vais plutôt rapporter le témoignage du juge suprême du gouvernement, sur les mœurs et les vertus de cette Eglise de naturels, et sur le zèle, la sagesse et la piété de ses directeurs spirituels.
Le 12 février 1809, le chevalier Johnston
f»arla à une députalion de catholiques dans es termes suivants : En considérant les effets que les diverses institutions religieuses existant en ces contrées ont produits sur les mœurs des habitants , j'ai souvent reconnu le pieux zèle de votre clergé et la conduite exemplaire des membres de votre religion... La haute opinion que le gouvernement conçoit de vos mérites , le dispose à condescendre à mes propositions (pour la protection du catholicisme)... Le fruit de vos efforts ne se borne pas à cette province; il s'étend évidemment à toutes les
autres ; car il résulte des actes de la visite faite par le tribunal suprême en 1806, dans l'île entière, que pas un seul individu de votre religion ne fut accusé de la moindre transgression, pendant tout le temps que dura cette visite (Calh. Miscel., f.VH, p. 273). Le 18 août 1819, dans une semblable occasion , il s'exprimait ainsi : J'ai pris la liberté de suggérer aux révérends missionnaires l'idée d'établir des écoles dans toute l'île, afin d'instruire les enfants qui sont de famille catholique. La somme déjà recueillie et le zèle avec lequel les prêtres et tous ceux qui professent votre religion ont accueilli ce dessein, ne laissent aucun doute sur le parfait succès : et nous nepouvons contempler, sans le sentiment de la satisfaction la plus profonde, l'exemple que vous avez donné au reste de l'Inde, d'un corps de 120,000 naturels chrétiens qui a résolu spontanément, sans une seule voix dissidente, de former, à ses propres frais, pour l'île tout entière, des institutions où les jeunes gens de sa religion viendront puiser l'instruction morale et religieuse. Puisse cet exemple être imité de tous les catholiques de l'Asie ; puisse le nom chrétien être toujours uni, comme il est juste, dans l'esprit des naturels, à l'idée d'une supériorité morale et intellectuelle (P. 277). {
Cette histoire, sur laquelle je me suis étendu , parce qu'elle n'est peut-être pas aussi connue , aura démontré que la durée des Eglises respectives, catholiques et protestantes , ne dépend pas de la protection ou de la haine des gouvernements civils dans leur première fondation; mais plutôt, que le protestantisme des Indes, bien qu'appuyé, à son origine, de toute la force d'un gouvernement zélé, chancelle enfin et va se dissoudre de luimême; pendant que le catholicisme, malgré les persécutions, dure et fleurit encore. Et ici je ferai observer que les protestants euxmêmes conviennent que leurs missions de l'Inde, dépendent entièrement, comme je l'ai fait voir pour l'Amérique, des efforts personnels de ceux qui les entreprennent. Les autres institutions des missions , écrit un de leurs journaux , sont entre les mains de gens qui sèment les dissensions ; et si l'une d'elles (celle des anabaptistes à Sérampour) brilla d'un éclat inattendu sous le gouvernement d'un Ward et d'un Carey, c'était alors une raison légère (et elle l'est encore plus maintenant) de croire que cet éclat puisse durer(BritishCritic.,oct. 1826, p. 203).
Mais au delà de l'Inde, il est un pays qui n'est pas sans étendue , où l'on a vu fleurir et où fleurissent encore de belles églises catholiques , sans que le protestantisme y ait jamais pu mettre le pied. Le docteur Milnc fut établi missionnaire protestant dans la Chine ; mais n'ayant pu y pénétrer, il en rejeta la faute sur la jalousie des catholiques. Mais cût-cc été possible, lorsque les journaux protestants eux-mêmes nous avouent que les catholiques étaient persécutés dans cet empire , et que, malgré la persécution, ils se multipliaient encore? Voici ce que dit le Registre des missions : Les missions c illiolijucs qui existent en Chine depuis longtemps tout dans une situation critique. De temps en temps
on publie ÛM '''Ht" contre la religi " ''<" tienne, tt du l urop i • - '/'"' * •
Chinois souffrent le martyr*. Néanmoint «a dit que lu religion catholique te propage au $êin de ce* persécution* P. w . Bien effet, on i i âlcolé que, «Lins la seule province de |o- Ciuen, le nombred< i dalle» baptisés, de 1800 à 1827, l'élève à 22,000 (Annal**, n. 18, p. S Monseigneur Pontana, évéqne de Binite, vicaire apostolique de cette province, noua lionne, dans nne lettre écrite le 22 septembre 1S2V, les déUilfl sui\;inls : Depuis le nio.s
de septembre précédent jusqu'au moment où
il écrivait, 839 adultes avaient été baptisi et il y avait encore alors 1,511 catéchumèm i qui se préparaient pour celte cérémonie sacrée. Le nombre total des chrétiens, y compris ces derniers, était de W,287 [Num. 11, août 1827, p. 257). Dans une autre lettre écrite le 18 septembre 1826, il nous rapporte que, l'année précédente , le nombre des adultes baptisés avait été de 339, et il y avait alors 285 catéchumènes. 11 nous dit, de plus, que, dans son vicariat apostolique, il y a vingtsept écoles pour les garçons et soixante-deux pour les filles [P. 260).' Mais, outre ces provinces, il en est d'autres dans la Chine qui contiennent aussi un bon nombre de catholiques , quoique je n'aie pas trouvé sur elles de documents aussi authentiques. Les missionnaires français, en effet, outre la province de Su-Ciuen, administrent celles de Yunnam etdeKouei-Tcheou; les franciscains italiens, celles de Chensi , Kansiu et Kaukouan ; les dominicains espagnols, celles de Fokien et de Kiansi, où il y a 40,000 catholiques (1); les prêtres portugais, Canton etKouansi. Et tous ces progrès que j'ai rapportes ont eu lieu, comme l'avouent les protestants, au sein de continuelles persécutions, au milieu des outrages et de toutes sortes de vexations. Au Thibrt, il y a, sous la direction des pères capucins, une église qui mérite bien aussi quelque attention.
Depuis des années, les missions des royaumes de Tong-King et de Cochinchine gémissent de même sous la persécution de, leur commun empereur Minh-Menh (2) ; mais malgré cet obstacle, on voit chaque jour s'accroître le nombre des prosélytes. Le Tong-King est divisé en deux missions : l'une orientale, sous les soins des révérends pères dominicains espagnols, et gouvernée par un vicaire apostolique de cette nation, ne couplait pas moins, en 1827, de 170,000 catholiques, avec 780 églises et 87 maisons religieuses (3; ; l'autre, occidentale, est dirigée par un vicaire apostolique, Français de nation, avec quel-
(1) Voyez la fouille poWiéa a Rome en 1821, BOUS le litre de j'miio cite rappreunta il numéro delk tourne cite la provinciu ilel ss° r.osurio dd oritine de p edtealon ttene a earico, etc. ..
{-') Pour connaître les motifs et h marche decelte cruelle persécution, yojei l'ouvrage intitulé : cartas, la un jtl" ii ir sénat »■ Fr. ;</. nelgrmlo, vu. op. en et runKm. il là olra del coadjutor de dicho mur obispo; ornons r vas u l" persecucion que contra 1 1 n Ugio i chrtrttana de esiulLr eu lus i eiuo* de cocliinclnna y nouait. Maurul , 18*6.
(5) l'iuno, clc, comme ci-dessus.
ÏV.W.I.I.!' 19«
ques mUttonMifM du m^mepnys.etplui de 80 | rein s indigènes. Cette mission possède ,,,, v lési istiqna qui renl
200 ■ lèves, deui collèges, <i plusieurs communautés, daiih lesquelles il y a 700 rdigieuses (t).
Von i des table un « omparalifi de 1 1» ces iiii^-i'iii^ pendant le «ours de troi-, années :
Ba| oleo-
m i> d'enfants >l ii
H iptémesu?adultea
lis.
1 i Communions.
En 1824 «m évalnail le nombre total des catholiques à 200,000. Dans le royaume de
Cochin, qui est aupi >'-
que est florissante malgré les
en 18-26, le nombre des enfants qui reçurent
le baptême fut de 2,1)55; celui des adultes convertis, de 106.
On doit ajouter à ces églises celle de S qui, moins nombreuse que les autres , l'est cependant assez pour prouver que la religion catholique pénètre partout, et fait fies conversions là où le protestantisme n'a pu encore mcllre le pied. El c'est en effet une chose à remarquer, que le nombre des c ilboliques d'une seule de ces provinces surpasse de beaucoup celui que nous présentent les r ports des missionnaires les plus e\.
comme le résultat des travaux réunis de toules leurs sectes sur lout le globe; et qi d'un autre côté, ils avouent encore que, dans tes contrées où nos missionnaires et les leurs travaillent également, le nombre des catholiques surpasse de beaucoup celui des protestants. Et qu'on ne croie pas que les \ . testants n'aient fait aucune tentative de i versions dans quelques-unes de ces pvoyifl ) reculées de l'Asie : car les extraits suivants des lettres de nos missionnaires feront \oir que ce n'est pas faute de zèle et d'efforts que leurs émules ne réussissent point. I.'ile de Pulo-Pinang, près de la péninsule de Mal M renferme le séminaire chinois pour la province de Su-Ciuen; elle appartient maintenant aux Anglais, et conséquemment ell ! est devenue le théâtre des travaux des divei sectes protestantes; les anglicans vont l'une école où les orphelins peuvent s'in>tniire gratis, toujours cependant dans la religion protestante. Les anabaptistes y ouvrirent pareillement une école et une église. //<;<reutc»ient , écrit le missionnaire catholique, tous leurs efforts ont été infructueux : ils n'ont pas encore pu convertir un seul infidèle. Leurs esclaves et leur» domeslioues tnt'mcs ne veulent pas aller les entendre: le ministre anglican envoi/a chercher M. Boucho (pi catholique), pour baptiser son esclave, qui ah
(I) Annales, n. 10, awil 1827, p. l'Ji.
.-,) Num. 17. mai ISSfcLp. 445.
(0 Num. tl.jmllet 1830, p. 31t.
497 STERILITE DES MISSIONS PROTESTANTES
lait mourir; elle refusait obstinément de recevoir ce sacrement des mains de son maître , précisément parce qu'il était protestant. Elle ne voulait pas, disait-elle, embrasser la religion des Orang-Pote (c'est ainsi qu'ils appellent les Anglais), et prétendait que ce n'était pas un vrai père (ou prêtre ), puisqu'ils ne se trouvaient que parmi les Portugais (ou les catholiques]. Tandis que les missionnaires protestants réussissent si peu h opérer des conversions dans ces îles, il est à remarquer que la religion catholique, qui y fut préchée il y a peu d'années par quelques chrétiens siamois qui échappaient à la persécution, compte maintenant parmi ses enfants 1,500 naturels, et que ce nombre va toujours s'augmentant. Notre missionnaire continue ainsi : Cet éloignement pour l'hérésie, si ma-
nifeste ici, ne l'est pas moins à Java, à Sincapour, à Malacca, à Macao, etc. J'ensuis témoin oculaire. J'ai demandé , fai recherché si un seul infidèle avait été converti par ces prêcheurs anglais ou hollandais , et je n'ai pu le trouver: tous, catholiques et protestants, m' ont avoué ingénument qu'ils n'en connaissaient pas. Un Ecossais que je vis sur un vaisseau anglais, me dit : « Nos missionnaires ont la simplicité de croire que tous ceux qui viennent les entendre sont des prosélytes; mais en peu de temps ils se trouvent seuls et abandonnés de ceux qui les suivaient. Je ne connaispersonne, excepté les missionnaires catholiques, oui fasse des conversions. » Voilà ce que m'a dit un protestant, qui ne pouvait avoir, je crois, aucun motif pour vouloir me tromper ([). Un autre exemple suffira pour mettre en opposition évidente les résultais des travaux respectifs des catholiques et des protestants dans le même territoire; c'est le fragment d'une lettre écrite par le missionnaire Boucho, ci-dessus cité , en date de Pinang, 5 mars 1828. Maintenant il est nécessaire de vous dire quelque chose à l'égard de nos adversaires les méthodistes. Un d'eux , qui s'occupe entièrement de la conversion des Malayais, n'en a pas encore converti un seul ; il se vante cependant d'en avoir converti plusieurs; mais il ne dit pas ce que tout le monde sait ici: qu'ils lui restent fidèles tout le temps seulement qu'ils sont payés par lui. Il est encore arrivé dans l'île un autre missionnaire du même genre, pour faire des prosélytes des Chinois, quia bandent parmi nous; mais il ne réussit pas mieux que son compagnon... Il va de tous côtés, dans une litière, accompagné de sa femme, et distribue des Itibles. A peine avaient-ils pu former un auditoire de sept Chinois pour entendre leurs prédications. Un de nos catéchistes, informé du fait, alla les visiter; et son colloque réussit si bien avec eux qu'ils abandonnèrent aussitôt les méthodistes , et vinrent suivre le cours d'instructions qui se fait dans notre collège chinois, où ils ont été admis au nombre des catéchumènes (2).
Ceci suffit pour les régions au delà du Gange; mais, avant de quitter l'Asie , je ne
(I) Annales, num. 15, p. 211.
(S) Anuales, num. 20 , avril 1850, p. 213-214.
puis m'empêcher de citer les paroles d'un écrivain protestant et très-sensé, sur les missions catholiques aux îles Philippines. Voici donc comment s'exprime sur ces missions le docteur Pritchard dans ses Recherches sur l'histoire physique du genre humain : Un grand nombre de missionnaires ont été envoyés aux îles Philippines. La première tentative fut faite par les auqustins en 1565... Les différents ordres religieux partagèrent le territoire en autant de provinces spirituelles, et s'efforcèrent avec une extrême assiduité de répandre la bénédiction de la foi catholique parmi les paiens et les sauvages île ces îles, ■dont on élève la population à 3,000,000 d'âmes. Ils se rendirent bientôt savants dans les différentes langues des peuples parmi lesquels ils devaient travailler, et ri semble que leurs efforts aient élé couronnés d'un parfait succès. Si l'on doit ajouter foi aux récits de ces zélés et honnêtes missionnaires , le ciel aurait opéré des miracles en leur faveur (1). La province dominicaine renferme à elle seule plus de 150,000 naturels catholiques (2).
Je me suis tellement étendu sur les contrées de l'Asie , que la nécessité m'oblige de passer sur les nombreux et intéressants détails qu'on pourrait donner sur les missions ca'.holiques chez les sauvages de l'Amérique septentrionale. I! n'y a pas de pays au monde plus propre à réfuter l'excuse des protestants, q ue j'ai pris à tâche de détruire, à savoir: que l'absence d'effet dans leurs missions provient du peu de dispositions dans les peuples qu'ils enseignent. Je pourrais donner différents exemples d'instances faites par des tribus sauvages , ;:fin d'obtenir des missionnaires pour les instruire dans le christianisme, mais toujours à condition qu'ils seraient catholiques (3j. Ainsi, par une supplique en date du 12 août 1823, les chefs de la tribu des Oltawas prièrent le président des Etals-Unis de vouloir bien leur accorder un maître ou ministre de l'Evangile qui fût de la société à laquelle appartenaient les membres de la compagnie catholique de saint Ignace (4). De même, le chef de la tribu des Kansas se présenta, en 1827, au gouvernement américain, à Saint- Louis; et, dans une assemblée publique, il demanda une personne qui pût instruire sa nation dans la manière de servir le Grand- Esprit (c'est le nom qu'ils donnent à Dieu). On offrit aussitôt un ministre prolestant qui se trouvait là. Le prince le mesura du regard depuis la télé jusqu'aux pieds, et répondit en souriant que ce n'était pas de ceux-là qu'il demandait : car celui qu'on présentait lui semblait élr* un homme ayant femme et enfants, comme lui et toute sa nation , et que dès lors il n'en voulait pas. On comprit enfin que c'é-
(1) Rrsenrclips inki tba pliysical liislory of Mankind. 2' éd. Lond., 182G, l. I, p. 4jj.
(2) Slalo, oie.
(3) Les sauvages <le l'Amérique septentrionale distinguent les missionnaires catholiques des autres .par le célibat, qne les nôtres gardent; par l'image de la croix, qu'Us portent; el plus que tout cela, par l'habit Jnng dont ils .sont revêtus. Cesl i our cela qu'ils appellent les prêtres catuoliquesdu nom de robe notre.
(t) Annales, etc., n. 9, nov. 1826, p. 102.
DÉMONSTRATION ÊVANGÉUQUÏ.
IN
taiei i les missionnaires catholiques qu'il demandait. Us lui furent accordés par le gouvernement [Num, ih, p. 550), et le mis* sionnaire Loti lit bientôt une abondante
recolle de Iiouik s .unes parmi CCI U u\ âges
si bien disposés (/'• 556). Enfin , les Miasnis se présentèrent, quelques années après, an
gouverneur île Vincennes. il demandèrent des
ministres de l'Evangile. I.r gouverneur, charmé de ces disposition! , l>ur répondu qu'il
en enverrait bien volontiers. — d'est bien, mon père, reprit i orateur ; mais quelle sorte de jiersvnnages pensez-vous nous envoyer? c'est ce que nous voudrions savoir d'abord. — Je vous enverrai , répliqua le gouverneur, des gens qui vous parleront du Maître de la vie. — Auront-ils des femmes, reprit l'autre, ou bien porteront - ils la croix et la soutane ? — Le gouverneur embarrassé répondit : Quant aux premières, oui, ils en auront ; mais quant aux croix et aux habits longs, non. — En ce cas, répliqua le sauvage, nous n'en voulons pas. L'ambassade finit par obtenir des prêtres catholiques qui les instruisissent. [Num. 12, p. 3i8). J'aurais encore donné des exemples de leur vénération pour les évoques et pour les prêtres de l'Eglise catholique (Num. 5, p. 59); du mépris et de la défiance qu'ils ont pour les prédicateurs sectaires (/(/., p. 66; 18, p. 573); et surtout du grand fruit que nos missionnaires recueillent tout à coup parmi eux, et des belles congrégations qu'ils maintiennent en différentes parties des Etats-Unis (1); j'aurais encore pu communiquer sur les missions des sulpiciens aux Hurons et aux Algonquins dans le bas Canada, des anecdotes dont m'ont fait part, à moi-même, des missionnaires qui leur étaient envoyés : elles sont propres à peindre le beau naturel, les vertus et l'affection de ces bons sauvages pour la foi catholique, comme aussi le zèle, la prudence et la piété tle leurs directeurs; mais je ne puis laisser dans le secret les témoignages que les journaux des missions protestantes rendent au bon succès des nôtres parmi des peuples qui, d'après ce que nous leur avons entendu dire, étaient inaptes à recevoir le christianisme. Je ne puis m'empécher de rappeler un objet fort intéressant que je rencontrai à environ deux lieues du village de Saint-Pierre : c'est la chapelle indienne, ainsi appelée parce qu'elle est entièrement l'œuvre des Indiens. Elle est située sur un coteau délicieux, avec une maison pour le prêtre. Saint-Pierre a toute sa population chrétienne (2). J'arrivai au village de Saint-Régis, habité presque tout entier par des Indiens. Ils professent la religion romaine, ainsi que tous les Indiens de la province inférieure (3). Il y a 18,000 catholiques, dont 500 sont Indiens (i).
Je ne devrais pas omettre les éloges accordés par les prolestants aux missionnaires
(I ) Voyez ces intéressants détails, num. 10, p. 300, 349; et uum 9, p. lis el suiv.
u') Report ofS. P. G. for 182(. I.ond., 1835, p. 83. Loltor ofrev. C. lugles, Nouvelle-Ecosse,
(3) ntem. for 181 . l o id . 182t>, p. 117.
( i) Idem for 1827. Lood., 18J7, p. 75.
raols el portugais dans les autres partial de l'Amérique, el a l'benreni su. ces dé leurs misi ioni : ruais je serais trop long si je vou-
lais les transcrire (1).
Je fermerai mon sojel par l'aveu du mis* sionnaire Iowett:que l'Eglise catholique),
ayant parcouru la terre et les BUTS, a conquis à l'autorité papale et conset \ t tncOTê des protélytes de toute religion chrétienne et de toute nation , excepté VAby ■ i li | rODOM
même nos missions pour modèles a SOI i nfrères (3).
Il est donc démontré que, partout où h-9 protestants ont essayé «le fonder îles missions, en Asie ou eu Amérique , malgré toutes Un chances de SUCCès possibles qui étaient eu leur fa\eur, ils n'ont jamais pu parvenir à fonder une église, à convertir les infidèles ■ tandis qu'il a été facile, pour ainsi dire, aux catholiques d'obtenir ces résultats. Dès lors , pas une des raisons sur lesquelles se rejettent les prolestants pour excuser celte absent e de tout succès n'est valable : ce n'est pas le défaut de moyens humains; ce ne sont pas les vices du terrain qu'ils cultivent, ni des nations auxquelles s'adressent leurs enseignements.
Il ne reste donc plus qu'une seule cause possible : c'est la stérilité de la semence que l'on dépose. Le Seigneur n'a promis sa coopération qu'à la propagation d'une seule foi, la foi des apôtres. A ceux-là seulement qui avaient cherché un reruge dans l'arche, il dit î Croissez et multipliez - vous. Parleurs tentatives, nos adversaires ont pleinement démontré qu'ils ne sont pas les héritiers de ces promesses , mais qu'elles sont réservées à la seule Eglise catholique.
Ces tentatives suivront la route tracée à toutes les choses humaines. Elles en sont maintenant à l'espérance de l'enfance; elles auront peut-être la vigueur momentanée de la jeunesse. Elles laissent déjà voir des symptômes qui annoncent des principes internes d'une désorganisation lente mais assurée. Un jour on verra l'illusion s'évanouir, dissipée par l'expérience , et l'enthousiasme disparaître, éteint dans la réflexion. Déjà les dissensions intestines, déjà les accusations réciproques ont commencé à préparer la voie à une réaction générale , à la connaissance de la futilité de ces entreprises et des artifices mensongers sur lesquels on les appuie.
Oui, qu'elles s'accroissent encore, pour éprouver toujours de plus en plus que celui qui plante , celui qui arrose, n'est rien , mais que c'est Dieu gui donne l'accroissement. I! se pourra faire peut-être que celte semence, dégénérée sans doute , mais préparée et fécondée avec tant d'artifices, produise par hasard des apparences trompeuses et même des frnUs ; mais quand viendra la saison de les cueillir , l'illusion sera évanouie. Encore quelques années, et l'histoire de ces mis-
(l) Voyoz, pqnr exemple. Quart. Review, num. 63, p 3.
(21 Christian Researchesin the MoJiterranean, tro s. 61 , LoikI., IS14, p. 349.
(3) Christian Researches iu Svria aud ihe Holy Land., soc. éJ., Loud. I8it> v. 550.