‹ Démonstrations évangéliques (volume 2)Chapitre 46 sur 167 · LETTRE PREMIERE · texte numérisé non relu

LETTRE PREMIERE

Monsieur,

Un article du journal le Times a récemment attiré mon attention sur un ouvrage public par vous, et tendant à établir l'alliance du papisme avec le paganisme. Quoique, par les nombreuses citations du journal, j'aie bientôt reconnu que vous n'aviez fait que répéter une fable vingt fois déjà publiée, j'ai voulu rue procurer votre livre, et le parcourir. Bien qu'occupé d'autres matières plus conformes à mon goût, et aussi, j'espère, plus avantageuses à mes coreligionnaires chrétiens uue ces effusions de votre zèle, je

me suis décidé à consacrer quelques heures à consigner par écrit l'impression qu'elles ont produite sur moi, et à en appeler à votre bon goût et à votre incontestable érudition sur la convenance, la méthode et la validité des arguments que vous avez jugé à propos d'em ployer.

Le premier sentiment excité en moi ne fut pas l'admiration, mais l'étonnement, à la vue de la riche diversité des moyens merveilleux par lesquels l'esprit de charité se manifeste dans ce pays. J'avais longtemps entendu parler de vous, dans mon séjour à l'étranger, comim1 d'un homm? qui se dévouait tout

LUV

Dl MONSTRATIOM I \ vm.I'i.UjI I

entier a l'abolition des sacrifices humains

dans riniic , el i li' / lequel l'éloqaence et le savoir, inspires par l'humanité, i étalant réunis pour arracher la veuve égarée à la cou- 1111111" barbare de partager le pécher de son

mari. Mais après cette longue lotte pour abolir le tttttée dans les contrées lointaines, vous avez résolu d'échapper an reproche si souvent adresse à vos amis, d'aller ,i l'I Esl et a l'Ouest pour exercer des u'iivres de charité, tandis que leurs compatriotes gémissent autour d'eux; de concourir par leurs souscriptions au soulagement de quelque victime de l'inondation dans l'Inde, tandis qu'une population entière, à leurs côtés, souffre une rude agonie sous ce que (laideron appelle si énergiquemenl le couteau de bois de la faim; et voilà que vous commencez enfin à répandre parmi vos coreligionnaires de la Grande- Bretagne, la douce abondance d'un amour fraternel, qui, pendant trop longtemps, n'avait eu de sympathie quepourle Gangeoule Burrampooter. Mais comme cet esprit de charité, nouveau Protée, sait prendre toutes les formes ! Vous ne paraissez plus aux yeux du public préoccupé du désir d'éteindre les flammes volontaires que la veuve indienne ambitionne; mais, avec un saint zèle, vous saisissez une torche longtemps étouffée, pour mettre en feu la bigoterieiet le fanatisme d'un parti, et enflammer l'indignation amère et l'irritation déjà si vive de l'autre; vous voulez que cette torche, semblable au brandon de l'Apocalypse, dessèche ou change en absynlhe les sources saintes et pures des relations amicales et sociales, où les hommes de toute opinion se sont désaltérés ensemble pendant longtemps; et, sans doute encore, dans les calculs de votre pieux zèle, ce n'est qu'un prélude, un pronostic de la destinée que les idolâtres doivent attendre ailleurs.

Tout ceci est curieux assurément, comme vous nous le dites vous-même dans votre préface extrêmement charitable, Car un chrétien de cœur montrera dans ses paroles un caractère de zèle et d'amour (p. 9); mais ce qui est doublement curieux, c'estde voir comment, après avoir, durant cent cinquante pages, appelé à chaqueligne les catholiques idolâtres, el nous, prêtres, imposteurs, vous vous plaignez avec une sensibilité pathétique de l'injustice avec laquelle l'Eglise de Rome accuse d'hérésie sa jeune sœur i Eglise protestante (p. 115). J'étais peu préparé à un reproche aussi aimable el aussi tendre que celui-là; je ne me serais pas douté que vous fissiez un monopole aussi exclusifdu droit d'employer de pareils noms. J'ignorais que vous fussiez homme à vous inquiéter d'être considéré comme hérétique par des idolâtres, et à réclamer encore quelque compassion de notre part. Mais, monsieur, permettez-moi dédire que, dans les publications des catholiques ou dans leurs sermons, vous lie trouverez pas le nom A'Itérétiuut donné aux protestants, quoique nous considérions leurs doctrines comme des hérésies: — choses qui, observez-le bien, diffèrent essentiellement (1). Mais vous, à chaque page de votre (I) Vojta s (.liijsnsiome. Hom. n, ne lue. nui.

ou\ rage, roui doui appelés personnellement idolâtres; H m quelqu'un parmi nous s'ai is.iit d'appeler le feu «lu ciel, comme roua ares

fait, - sur B09 Compatriotes, nous dirions a cet homme, tomme il fi:l dit à d'autr. s an-

cienneraenl : — Vous w savez pas de quel

efjirit von- fies.

M. us je passe de l'esprit 4 la substance de votre outrage. La seconde impression que la

lecture en produisit sur moi. fut de me I

apercevoir une multitude d'omissions. Je lus

surpris qu'après avoir pris tant de peine (comme il est évident que vous avei hrl pour trouver des analogies entre nos pratiques religieuses et celles des autres peuples, dans l'ancien et le nouveau monde, roua ayez ajouté si peu de choses neuves, et oublié tant de conformités très - remarquables I mon avis : par exemple, la coutume de tendre l'extérieur de nos églises avec des rameaux d'arbres dans les jours de fêles, coutume crite par Virgile même :

Nos delllbra D.'inn, misi-ri quîbas nllirnu* i Me dies, testa relamus fronde, per arbem;

la pratique de la confession, que Volnev soutient avoir été en usage dans la Grèce; la forme des vêlements sacerdotaux, parmi I quels la chape ou pluvial est manifestement l'habit romain avec le lotus cl a vus par de vaut ; l'amictou amictus, porté sur la tête dans quelques ordres religieux lorsqu'on monte à l'autel, qui rappelle clairement le voile dont les prêtres des anciens tempsse cou\ raient la léle, en allant au sacrifice; — pourtant, il est, pour le dire en passant, très-sérèremenl enjoint parles canons de l'église d'Angleterre de porter chapes et chaperons, dans tonte église cathédrale ou chapelle collégiale (1); — ces particularités, et beaucoup d'antres que j'omets, auraient grandement enrichi votre cabinet d'anatomie religieuse comparée, et rompu la monotonie d'une nouvi Ile lecture dcMiddlcton. En vérité je ne saurais me rendre compte de celle omission de tant de précieux documents que M. Blunt vous pouvait fournir, ni m'expliquer comment son ouvrage n'a pas eu l'honneur de trouver place dans l'édifiante liste de collaborateurs, qui se trouve à la tin du vôtre.

Mais vous avez recueilli un nouvel élément; et pour celui-là . je vous remercierai bientôt de tout mon cœur. C'est une comparaison de nos rites et pratiques avec ceux de l'Inde. A présent j'ai seulement à me plaindre que vos additions de ce genre aient été si rares. Pourquoi ne pas découvrir quelques ressemblances entre nous el les (iuèbres : ce qui était si facile à Faire arec quelques lambeaux détachés de notre culte ! Que ne rompariez-vous notre rosaire à celui des derviches ; nos reliquaires, aux fétiches de l'Afrique ; nos exorcisâtes, aux cérémonies du Bcbamanisme lartare ! Comment se Eait-il que vous ayez oublié k grand lama et son consistoire, et les cloches sur ses églises el les

(l) r.nnslilulions et canons ecclésiasUqaes, § 2i. Lond.

LETTRE I A M. JEAN l'OYNDER.

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vêtements de ses prêtres, et la pompe de son culte ; ou les talapoins d'Ava, avec leur noviciat, leur profession et- deurs saints vœux de pauvreté? J'ai peine à croire que les découvertes d'Abel Rémusat ou de Pilchourinski vous aient fait renoncer à une comparaison aussi heureuse et aussi détaillée. Et maintenant que nous avons étendu nos relations si loin dans l'Orient, comment avezvous passé sous silence les nouvelles et étonnantes analogies qui se rencontrent dans l'hémisphère occidental, chez les populations indigènes de l'Amérique? Si vous aviez examiné le vieil Acosta , quoiqu'il soit jésuite, vous auriez vu dans la seconde partie de son Historia natural y moral de las lndias, un chapitre sur la confession pratiquée par les Mexicains; un autre, sur leur communion, ainsi qu'une notice sur beaucoup d'autres pratiques très-profondément catholiques. Ou, si vous aviez consulté le magnifique ouvrage sur les antiquités mexicaines , publié par Aglio, sous les auspices généreux de lord Kingsborough, vous auriez trouvé sur ce sujet un long essai qui révèle des traits de ressemblance si marqués , qu'ils ont conduit l'auteur à conjecturer que des chrétiens s'étaient établis en Amérique longtemps avant sa découverte par Colomb.

Ainsi vous voyez , monsieur , que je ne crains pas le genre de recherches auquel vous vous êtes livré, mais que je suis tout disposé à prêter ma faible assistance pour éviter à d'autres la peine de compléter ce que vous avez commencé, et pour épargnera notre littérature la honte de voir de nouveaux noms s'associera une œuvre aussi fanatique et aussi impie que la vôtre. Maintenant que je vous ai signalé ces imperfections de votre ouvrage, et communiqué quelques petits renseignements additionnels sur ce sujet, je ne puis fermer celte lettre sans vous remercier des grandes connaissances dont je vous suis redevable, concernant des matières sur lesquelles je m'étais cru jusqu'à présent passablement instruit.

J'ignorais, avant d'avoir lu votre ouvrage, que, d'après nos croyances, l'eau bénite avait le pouvoir d'effacer le meurtre, comme votre très-convenable citation d'Ovide me l'enseigne (p. 20).

Je ne savais nullement, avant de 1 avoir appris là, qu'elle possède une puissance narcotique,etque l'on en use pour faire dormir; non, j'avoue ma profonde ignorance, je ne savais pas du tout qu'il fût d'usage de l'administrer intérieurement. Je pense qu'une nouvelle édition des pharmacopées aura l'avantage de contenir ces documents précieux.

Quoique j'aie passé plus de la moitié de ma vie à Rome, il y a un grand nombre de particularités touchant ses antiquités et ses coutumes dont je suis exclusivement redevable à votre livre. Ainsi jamais je n'avais entendu parler de la Maria in triviis (p. 32) , si connue dans toute la contrée ; quoique très-familier avec les paysans , et accoutumé à les voir chaque jour, lorsque j'étais à la campagne, passer en foule devant les croix de bois

ou les chapelles (et non les autels) rustiques situées à l'entrée de leurs villages , je ne les vis jamais faire une génuflexion ou prostration en passant devant elles ; seulement, peutêtre, ils touchaient leurs chapeaux en signe de respect. Je ne savais pas non plus que les pauvres postillons, qui ne sont pas civilisés , auraient cru mériter d'être tués avant la fin du jour, s'ils avaient omis les actes ordinaires de piété prescrits par leurs prêtres (p. 32). Serait-ce à dire que les postillons fléchissent le genou ou se prosternent devant chaque croix qu'ils rencontrent sur leur route? J'ai souvent vu l'église de Sainte-Agnès et la belle statue de la sainte à laquelle vous faites allusion (p. 41); mais je pense qu'un Phidias aurait été embarrassé de faire d'une joviale statue de Bacchus , comme vous dites qu'on a fait, par un petit changement de la draperie, qui dans les anciens Bacchus est un peu étroite, une modeste et touchante vierge qui se tient au milieu des flammes, les yeux et les mains levés vers le ciel. Mais dites-moi, monsieur, sur l'autel opposé, n'avez-vous pas vous-même observé avec élonnement la statue de saint Sébastien , ouvrage d'art si exquis, que quelques-uns ont conjecturé qu'autrefois c'était peut-être un Apollon î Même chose à dire des deux Jupilcrs changés en saint Pierre : l'un en recevant une nouvelle tête et une paire de clés , à la place de la foudre; l'autre, pour avoir été refondu. Voilà un renseignement tout nouveau pour les antiquaires de Rome, qui n'ont jamais, jusqu'à ce jour, confirmé cette tradition des valets de place : car je suppose qu'eux seuls ont pu conter la fable du changement de tète (p. 41). Encore un mot à celui qui vous informe ; je crains qu'il ne se soit trompé sur les dimensions de l'autel saint Léon, dans Saint-Pierre ; car il n'est pas plus grand que les autres; dans son horreur d'examiner les idoles, il a transformé saint Pierre et saint Paul en un ange chassant Attila (p. 55). Peut-être est-ce la même peur de considérer de trop près les choses papistes qui vous a conduit à placer le puits de saint Wincfred dans le comté de Slafford (p. 103).

Il est impossible que vous ayez lu le livre que vous censurez si sévèrement.

Je n'ai jamais trouvé, dans les livres dt l'office romain , la prière que la rubrique ordonne d'adresser au tableau miraculeux et sacré de sainte Véronique (p. 43), bien que je sois passablement versé dans les rubriques et les livres d'office : et pourtant , si ce que vous dites est exact, il suffit de les entendre convenablement pour se convaincre du fait. De plus, quoique j'aie lu beaucoup sur le sujet, je ne savais pas encore que , pour être canonisé, il faut avoir fait des miracles pendant sa vie (p. 33) : ou que la création des saints était devenue presque aussi fréquente que celle des cardinaux (p. 35) : car j'ai déjà vu faire quelques vingtaines de cardinaux , et n'ai pas encore vu canoniser un seul saint.

Mais la [dus précieuse connaissance que j'aie acquise dans votre savant ouvrage, concernant ma religion, c'est le fait étonnant que

ht eonfèuion <t une efficacité anticipée pow les cri/net i/ni se commettront dam la mite, au$$i bien quepour ceux (/xi déjà $ont accomplie (l>. 71 j. La tenle choie à examiner, ou, comme nous l'appelons, l,i question scolaslique sur ce point, semble rire, (I i 1 1 > r «"• - vous, si l.i pénitence aussi n'a pas la même efficacité [p. 71). J'ai été ici formé depuis l'enfance à la pratique de ce devoir, sans qu'aucun de nus maîtres ail jamais eu la bonté ou le bon

sens de m'inslruire de cette prérogative si

utile de la confession? Et quelle a été la conséquence nécessaire d'une telle stupidité? c'est que j'ai enseigné et dirigé les autres pendant des années, et que j'ai toujours dit le contraire de ce que vous m'annoncez maintenant être la doctrine de mon Eglise. Je crains bien que le mal soit à présent sans remède; car je vois que tous mes confrères sont enveloppés dans la même ignorance que

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moi, el qu'ils enseignent la même doeti que moi sur ce sujet.

Vous blâmé -je, monsieur, d'être ignorant sur des matières telles que notre crojran c touchant la confession <>u l'ean bénilefNon, cet lainemenl : mais je vous blâme sérèremenl d'écrire sur des sujets sur I' squels roui «'tes ignorant. Si un aveugle sort dans les nus, m- heurte contre moi et me blesse aussi I ien que lui, je ne puis pas lui reprocher d'être aveugle, mais de ne s'être pas procuré quelqu'un, ne fût-ce qu'un infant, pour guid< r ses pas. Maintenant, monsieur, voilà \ sèment \otre cas; el je vous dirai de même, a vous: Pourquoi n'avez-vous pas prie un de

niants qui fréquentent nos >■■ o\* - de

charité, où il a appris son catéchisme, de vous instruire sur ces divers [joints? Certes, monsieur, il vous ,iurail mieux instruit. Je suis, etc.

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