LETTRE DEUXIEME
Monsieur,
Je me suis contenté, dans ma précédente lettre, de noter simplement la première impression produite sur mon esprit par la lecture de votre ouvrage; j'examinerai dans celle-ci la valeur des arguments qu'il renferme ; puis, dans la suite de cette correspondance, je descendrai à un examen plus détaillé des principaux chefs d'accusation dirigés contre nous.
Votre livre s'annonce comme démontrant l'alliance de la religion catholique, ou, pour user de votre terme, du papisme, et du paganisme, et prouvant l'identité de beaucoup de cérémonies ou de doctrines, comme vous di tes, dans les religions ancienne et moderne de Rome. Votre plus douce conclusion est naturellement que le papisme est une religion humaine, et ne saurait prétendre à une origine divine.
Je vous accorderai pour un moment, dans toute leur étendue, vos suppositions et vos prémisses; je vous accorderai la vérité de tous les faits que vous avez mis en avant, et l'exactitude de tous les parallèles que vous avez établis entre nos rites et ceux du paganisme; j'irai droit à vos conclusions pour les soumettre à des épreuves tout à fait irrécusables.
Vous savez sans doute que le docteur Spencer, savant théologien de l'Eglise établie, a publié deux volumes in-folio, pleins d'une érudition extraordinaire, sous le titre de : De Legibus Hebrœorum ritualibus, et earum Rotione; ces deux volumes ont eu plusieurs éditions tant ici que sur le continent. Or tout le but et l'objet de cet ouvrage est évidemment double. Le premier est de prouver que le grand dessein de Dieu, en donnant aux Juifs des rites et des cérémonies, élait d'empêcher qu'ils ne tombassent dans l'idolâtrie; le secend, de démontrer que presque toutes les
pratiques, rites, cérémonies et actes, ainsi donnés, étaient directement empruntés aux païens d'Kgyplc. Si vous désirez vous satisfaire vous-même sur ce dernier point, vous n'avez qu'à parcourir la table des matières de plusieurs des livres, et vous y trouverez que, soit qu'il s'agisse des prescriptions les plus solennelles et les plus importantes, ou des plus minutieux détails de la loi cérémonielle : de la circoncision, du sacrifice dans toutes ses formes et avec toutes ses circonstances caractéristiques, des purifications, des ablutions et des néoménies, de l'arche d'alliance et des chérubins, du temple et de son propitiatoire, de l'urim et du thummim, et du bouc émissaire ; Spencer a cherché à prouver, et cela à la satisfaction de plusieurs savants, que toutes ces choses se retrouv aient parmi les Egyptiens et les autres nations voisines. Je ne prétends pas vous amener de force à une opinion aussi précise : je veux vous laisser le choix dans vos conclusions.
En premier lieu, vous déclarez-vous d'une opinion contraire à celle de ce savant théologien, et affirmez-vous qu'il n'a pas réussi à établir que toutes, ou presque toutes, les cérémonies et institutions judaïques dérivent de celles du paganisme? Alors, monsieur, je conclus qu'il peut exister, entre les cérémonies et les institutions de deux religions, l'une fausse et l'autre vraie, dos analogies assea nombreuses pour fournir la matière de deux volumes in-folio, quoique ces ressemblâmes soient purement accidentelles, ci qu'elles ne prouvent aucune connexion réelle entre les deux religions. Voire in-octavo de cent-vingt pages n'a pas fait autant pour nous que les deux in-folio de Spencer pour les Juif- : c\ -l pourquoi nous pouvons l'aire aussi peu de (asile vos laborieuses recherches que de celles de votre maître devancier.
Secondement, admettez-vous, avec un grand nombre de savant-, que Spencer a prouve s.i