‹ Démonstrations évangéliques (volume 2)Chapitre 58 sur 167 · PREMIERE LETTRE · texte numérisé non relu

PREMIERE LETTRE

Mon cher monsieur,

Un journal comme le rcUw esl le canal I • plus propre pour porter à la connaissance du public certains points de littérature saerée qui, étant; «le leur nature, partiel* et détachés, ne méritent pas d'être pnbliéi parement. Je ne m'excuserai donc pas devant -vous ni devant vos lecteurs de vous communiquer quelques réflexions sur certains points de l'importante controverse dont est l'objet le v. 7 du ch. Idela 1" Epître de saint Jean ; bien que je doive plutôt les rassembler en forme de notes détachées, que les arranger de manière à en former une dissertation complète. Car je prévois bien d'avance ope le sujet de mes lettres sera extrêmement diversifié,etquejeme trouverai probablement amené à dire mon humble opinion sur plusieurs points qui n'auront pas une liaison immédiate avec le principal objet de mon travail.

Peut-être la plus forte preuve en faveur de ce passage, qui est depuis si longtemps l'objet de tant de discussions, consiste-t-elle dans l'autorité de témoignages latins, la Vulgate et les Pères de l'Eglise latine. Les adversaires du verset en question ont été forcés de reconnaître qu'il se trouve dans la plupart des manuscrits latins; mais ils ont prétendu, en revanche, qu'il manque dans les plus anciens. Le docteur Porson développe cet argument dans les termes suivants:^ quoi nous en rap porterons-nous? est-ce à l'âge ou au nombre ? D'un côté , les témoins sont graves : ce sont des hommes d'un âge mûr qui ont vécu à une époque très-peu éloignée du temps où le fait qu'ils attestent est arrivé, et leurs témoignages sont parfaitement unanimes ; de l'autre côté, le nombre des témoins est infiniment supérieur, mais ce sont des témoins qui ont vécu à une époque trop récente pour avoir une connaissance compétente de la cause (1). Mais quelle est l'antiquité respective attribuée par ce savant écrivain aux deux classes de témoignages? Si l'on en juge d'après ses observations sur les deux manuscrits de Harlej , il semble être d'opinion que ce verset ne se trouve dans aucun manuscrit latin antérieur au xr siècle. Voici en effet comment il s'exprime : Le n° 7551 du catalogue de Harleg contient trois copies de la première Epitre de saint Jean. La première parait être du x' siècle, la seconde du ix'; et, dans les deux, les témoins célestes manquent ( p. 152). D'un autre côté, le plus ancien manuscrit qu'il cite, où ne se trouve pas ce verset, est le fameux

(t) Letters in M. àrcudeacon Travis, en réponse à sa

défense des trois témoins céli stcS. Ldnd., 17!>l>. p. 151.

I "<m, publiépnr Mahillon. qu'on croit

avoir 1200 an a d'existence, c'est-à-dire être «lu septième siècle [p. 153). L'opinion de G bacb paraît s'accorder arec les dates ainsi fixées par Porson. Voici scs propres paroles : Codires latini unte senti um nonuiii scripti. m septimum plane non habent a prima manu... Invenilur in nonnullis seento mo exaratis ; fartasse etiam (a prima manu) in uno et altéra secula nano scripto, siouidem de eorum œtate recte judicarunt, qui eos tracluverunt (1).

Le docteur Horne, en traitant ce sujet , commet une singulière bévue, qu'on s'explique facilement dans un compilateur qui n'a pas toujours soin de concilier les nus arec les autres des passages disparates extraits de divers écrivains. Il dit : « Ce passage ne se trouve dans aucun manuscrit ( latin ) antérieur au dixième siècle. «Quelques lignes plus bas, dans la même page et le même alinéa , il continue en ces termes : Après le huitième siècle, l'insertion est devenue générale ; car les manuscrits postérieurs à cette époque contiennent généralement, quoique jias toujours, ce passage dans le corps même du texte (S). Les manuscrits de l'époque intermédiaire entre ces deux dates, ou qui ont été faits dans le neuvième siècle, doivent être de bien curieux documents. Contiennent-ils. ou ne contiennent-ils pas ce verset? S'ils le contiennent, la première assertion du docteur est inexacte ; s'ils ne le contiennent pas, c'est la seconde qui est fausse.

On le voit évidemment, il est de la plus haute importance de faire briller aux xeiiv du public toutes les lumières qu'il est possible de se procurer sur celte question importante ; et le but principal que je me propose en m'adressant à vous en ce moment, est de communiquer les observations faites par moi sur deux manuscrits latins de date antérieure à toutes celles qui ont été jusqu'ici attribuées à ceux où se trouve le verset en question, par les critiques qui en contestentl'authenticité, cl où l'on prouvera cependant qu'il est en effet.

Le premier document sur lequel j'appellerai l'attention des critiques est un superbe manuscrit de la Vulgale. conservé dans le vénérable monastèn des Bénédictins de La Gava, situe entre Neples et S.ilerne. Les archives de celle antique maison renferment plus de. 30.000 rouleaux de parchemin qui datent d'une époque très-reculée ; la bibliothèque aussi possède plusieurs manuscrits

(1) No», festam. éd. Lrad . tsis. toLH, p, 610. Introduction à l'élude et .i la science crilNpe d. > suintes Ecritures, ix» 1 1828, v l. IV, p. 108, lî* «Ht

lecteurs le voient conclure en disant que ce manuscrit n'a que mille ans de date. 11 appert,

d'un grand prix. La Vulgate dont je viens de

parler en fait partie ; et lorsque je visitai , il

y a quelques années, cette partie de l'Italie , d'après ses propres expressions, quecelte con

je me détournai de ma route pour aller à ce clusion ne découle pas tant de ses prémisse!

monastère, dans le dessein spécial d'examiner ce manuscrit. J'ai cependant eu depuis une occasion plus favorable d'en étudier le texte. Car l'infatigable bibliothécaire du Vatican, Mgr. Mai, a jugé ce manuscrit d'une assez haute importance pour mériter d'être transcrit avec la plus grande exactitude. Cette transcription fut ordonnée par le pape Léon XII; et, dans le courant de l'été dernier, les dernières feuilles en ont été déposées à la bibliothèque du Vatican par le P. Rossi, archiviste de La Cava. Il serait difficile, de loin, d'apprécier l'exactitude et le soin qu'on a mis dans l'exécution de ce travail. Il contient l'Ancien et le Nouveau Testament, copiés ligne pour ligne et mot pour mot, avec une reproduction exacte des peintures et des autres ornements qu'il renferme. Sans compter les deux copies exactes qu'il a faites de ce manuscrit, cet habile archiviste a, dans l'espace de deux ans, classé toutes les archives, et dressé en onze colonnes un catalogue explicatif de 9,000 documents.

J'ai examiné trop à la hâte le manuscrit original pour pouvoir rien statuer sur l'antiquité qu'il a droit de revendiquer. Il est écrit sur un magnifique vélin, grand in-quarto; chaque page, comme le fameux manuscrit du Vatican (1209), contient trois colonnes. Les mois ne sont séparés les uns des autres que quand il se trouve un point ; le caractère est excessivement fin ; les lettres initiales des alinéas sont un peu plus grosses, et placées en dehors des lignes ; les notes marginales sont en écriture si fine, qu'il faut une bonne loupe pour les déchiffrer. Toutefois il a été publié une description (rès-délaillée de notre manuscrit par l'abbé Rozan , qui a recueilli avec beaucoup de soin tous les traits qui peuvent être de quelque importance pour en constater la date (1). Je vais exposer le résultat de ses investigations.

Des trente etun traits caractéristiques notés par lui, treize sont mentionnés dans le traité de diplomatie comme une marque décisive d'une très-haute antiquité; cinq, comme indices d'une époque antérieure au neuvième siècle; trois, comme indices du huitième siècle au moins; quatre, comme marques décisives du septième au plus ; et quatre autres, comme indices du sixième; les deux qui restent sont trop vagues pour être de quelque secours. (p. 136-144). Il est bien vrai que l'abbé Rozan lui-même propose quelques difficultés qu'il voit à attribuer une très-haute antiquité ace manuscrit; et se fonde principalement sur la petitesse et sur la forme des lettres, parmi lesquelles il y en a de minuscules. Mais il résout lui-même ces objections en citant des exemples de lettres semblables dans des manuscrits du cinquième siècle; et ce n'est pas sans une extrême surprise que ses

(1) Lettre à M. le bibliothécaire de la bibliothèque du roi a A'aples. Ib., 1822.

que de la crainte qu'on le trouve exagéré dans son admiration pour ce précieux monument (p. 148). En effet, il pourrait bien n'être pas hors de propos de faire remarquer qu'un grand nombre d'erreurs peuvent être occasionnées par l'idée trop généralement répandue, depuis la publication des canons diplomatiques des Mauristes, que les lettres majuscules seules furent en usage dans les premiers siècles. Il devait y avoir alors dans l'usage ordinaire quelque forme de caractère plus commune; et l'on trouvera une preuve péremptoire de ce fait dans un manuscrit très-précieux de saint Hilaire, conservé aux archives du chapitre de saint Pierre : il y a , à la fin de ce manuscrit, une note écrite d'une manière aussi suivie et aussi rapide qu'on le pourrait faire de nos jours. En voici la teneur : Contuli in nomine Domini Jesu Christi apud kasulis constitutus, anno quarto' decimo Transamundi régis (1). Cette note a donc été écrite en l'année 509, et par conséquent le manuscrit, par suite de la révision, duquel cette note a été ajoutée, doit être plus ancien encore. Or, la forme des lettres de ce précieux manuscrit se rapproche beaucoup de celles du manuscrit de La Cava ; et, en vertu de cette ressemblance, le savant et expérimenté Mgr. Mai n'hésite aucunement à regarder le dernier comme du septième siècle au plus lard ; peut-être est-il même plus ancien. Nous avons encore à l'appui del'antiquité de ce document les particularités qu'en offre le texte, qui cependant est celui de saint Jérôme.

Je vais maintenant reproduire la partie de la I" Epître de saint Jean où se trouve le verset des trois témoins célestes, en commençant au quatrième verset du cinquième chapitre , et conservant exactement l'ordre et l'orthographe des mots, ainsi que les annotations qui se trouvent à la marge.

Quoniam homne quod natum est ex deo vincit mundiun Fuies nra. Quis est autem qui vincit mundum nisi qui crédit quia' lus (llius dei est. Hic est qui venit [>er aquam et sanguinera et spm lus x|js.

Et non in aqua solum sed in aqua et sanguine et S|lu. Spirilus" est qui teslincatur. quâm Ihs est veritas. Quia très sunt qui testimonium dant in terra. Spiritus el aqua et sanguis : et lui très hunum sunt. in xpo Ihu. Et tus sunt qui testimonium dieunt incaelo. Pater, verbum. et sps. et*" hii très huuum sunt. Si testimonium uomiuumaccipimus, etc.

* El Anus praedicat creaturam.

** Si veritas, quo nioilo creatura ? quum creatura vera esse possit. Denique de uullo angelorum legilur quod veritas Bit.

**" Audiat hoc Arius et céleri.

(I) On peut voir un facsitnile du ms. de saint Hilaire et de cette précieuse, inscription daus le Symmaeiiut de Mgr. Mai, Rome, 1823

Dl MONSTRATIOH I VANGÉUQI i

ÏC4

nuelques simples observations termineront ce que j'.i\.u- i dire de cet important document.

1" Nous voyons .ni quatrième rend un exemple bien remarquable du pouvoir de i monstre dévorant, !'■-'■<--- similitudede

désinence), ainsi que l'appelle plaisamment quelque part le docteur Porson, si je ne me trompe. Pour ceui de mes lecteurs qui n ont pas autant d'expérience en cette matière, je crois nécessaire de rappeler ici que, dans la critique sacrée comme dans la critique profane, une 'les sonnes les plus fécondes d'omissions dans les manuscrite est la ressemblance des mots placés à peu de distance les uns des autres. L'œil du eopiste quitte un instant le texte original après avoir lu la première phrase, et lorsqu'il s'y reporte de nouveau , il se fixe par erreur sur le mot semblable placé un peu plus loin ; et ainsi toute la partie intermédiaire entre ce mot et le premier se trouve omise dans la copie. Cette similitude de désinence constitue ce qui en termes tecbniqucs est appelé 6/iouHXeuw>. Ceux qui ont pris la plume pour la défense de notre texte supposent généralement qu'il a été omis dans les manuscrits grecs , par suite d'une erreur de ce genre; parce que le passage qui le précède immédiatement finit par les mêmes mots. Or , comme je viens de le faire observer , notre manuscrit, dans les deux premières lignes que j'ai transcrites, nous offre un exemple intéressant de la facilité d'une erreur de cette espèce. Avant Fides nostra, sont omis les mots et hœc est Victoria quœ vincit mundum ; évidemment parce que la clause précédente finit également par vincit mundum; de sorte que l'œil du copiste s'est mépris. Avec quelle facilité une méprise de ce genre n'a-t-elle pas pu avoir lieu au verset septième 1

2° Dans ce manuscrit , le huitième verset vient avant le septième ; et Griesbach , en effet , a fait remarquer qu'il en est de même dans les plus anciens manuscrits -.Antiquiores fere unteponunt cotnma octavum septimo (ubi sup.).

3° L'usage dogmatique qui est fait de ce texte à la marge est également digne d'une attention toute particulière. La manière si vive avec laquelle sont présentées toutes les preuves de la divinité du Cbrist par celui qui a écrit ces notes nous conduirait presque à supposer qu'elles furent écrites pendant qu'on était aux prises avec les ariens. Cette annotation forte et énergique , Audi ut hoc Arius et ceteri , démontre mieux que ne le pourrait faire le plus long commentaire , toute la force que l'auteur attribuait à notre verset, et combien son esprit était exempt de toute espèce de doute sur son authenticité. La seconde note paraîtra peut-être un peu obscure, à cause de l'omission du second membre d'une antithèse. Elle porte que l'on peut bien dire d'une créature qu'elle est craie, mais qu'on ne peut dire, en propres termes, qu'elle est la vérité.

Lutin, pour conclure, nous avons ici un

manuscrit latin où se trouve le verset en question, qui <st antérieur de trois siècle», pour le moins, I l'époque déterminée pai i adversaires, comme celle où il aurait été m dans le texte . et ce document nous mon in en même temps l'usage dogmatique que l'on faisait de i e passage.

La seconde autorité sur laquelle je d< appeler l'attention des critiques est d'une importance pins grande encore : ce n i t plus ici simplement un manuscrit de la liible

qu'il s'agit de produire , C'ett nn auteur ancien qui le eile dans le but formel de démontrer le dogme de la Trinité.

On conserve dans la bibliothèque de la Sainte-Croix, à Jérusalem, un manuscrit qui contient deux traités 1 1 1 lésiasliquef. Le le- <ond de ces traites est le livre de saint Cy* prien ad Quirinum ; on ne trouve pas, au commencement do premier, de titre qui soit de la main de celui qui l'a primitivement transcrit; mais il finit par ces mots : Explicit liber tistimoniorum. C'est là probablement ce qui a porté une main beaucoup plus t à lui donner le titre que \ oici : De testimoniis icripturarum Augustini contra donatistas et idola. Mais à en juger d'après ce que saint Augustin dit lui-même de l'ouvrage qu'il a composé sous ce titre , on voit clairement que ce n'est pas le même. Dans ses Rétractations, il parle de son livre Probationum et testimoniorum adversus donatistas , comme étant une réfutation de ces hérétiques, sire de ecclesiasticis , tive de publiât Qtttis , nvt de scripturis canonicis (Retract. I. II, cap. 21 ; t. 1, p. 51, éd. maur.). Nul doute que ce ne soit le même ouvrage que son zélé biographe Possidius désigne sous le titre De testimoniis scripturarum contra supra script os , et idola (Indical. opusc, ïb., t. X. p. 28i). Or le traité dont nous parlons est tout composé de témoignages tirés de l'Ecriture exclusivement, et il n'a aucunement pour but de réfuter les donatistes,

Une main plus ancienne avait donné antérieurement à ce livre un titre beaucoup plus plausible , en écrivant sur la première page les mots , Libri de speculo. Ceci nous conduit à une discussion fort intéressante . et qui est d'une grande importance par rapport a i e qui fait l'objet de nos recherches : avonsnous ici le véritable outrage de s tint Augustin, intitulé Spéculum, ou bien n'est-ce là qu'un titre entièrement supposé? Je serai aussi impartial que possible dans la solution de ce problème. Voici l'ordre que je suivrai: 1° Je vous rendrai compte de ce lhro tel qu'il existe dans notre manuscrit ; S je produirai les raisons qui s'opposent à ce qu'on le regarde comme l'ouvrage de saint Augustin; et enfin je proposerai les raisons qui semblent supposer qu'il en est l'auteur. \ quoi je procéderai à examiner le degré d'autorité que, dans toute hypothèse , ce document possède pour prouver l'authenticité du verset.

1° L'ouvrage dont il est ici question s,compose de plus de cent chapitres . renfermant les points les plus importants de la foi

et de la morale chrétiennes. Sur chacun des sujets qui y sont traités, on cite tous les textes de l'Ancien et du Nouveau Testament qui y ont rapport, sans la moindre réflexion ou explication. Au surplus, c'est à peu près le même ouvrage qui a été publié par Jérôme Vignier, sous le titre de Spéculum de saint Augustin (i). Mais il en diffère par cette importante particularité , que le texte dont on s'est servi dans notre manuscrit n'est pas la version de saint Jérôme pour l'Ancien Testament, ni celle corrigée par lui pour le Nouveau; mais l'ancienne Vulgate, telle qu'on la trouve dans les citations des Pères, et qui a été recueillie en entier dans les grands ouvrages de Nobilius, Bianchini et Sabbatier. H remplit en effet beaucoup de lacunes qui existent dans ce dernier ouvrage vraiment inestimable, et est par conséquent une précieuse acquisition ajoutée à nos trésors de critique sacrée. Aussi l'actif et intelligent bibliothécaire de la Sainte-Croix prépare-t-il en ce moment une publication totale de cet ouvrage, dans le but principalement de corriger et d'augmenter notre texte de l'ancienne Vulgate (2).

Le manuscrit est en format in-quarto, sur vélin ; il est écrit en lettres onciales , semblables pour la forme et pour la grosseur au caractère latin du Codex Bezœ ou du manuscrit du Nouveau Testament de Cambridge.

Il est, dans toute son étendue, très-bien écrit; et je dois prémunir mes lecteurs contre toute idée d'en juger d'après le spécimen donné par Bianchini (3), dont les fac-similé, pour n'avoir pas été dessinés, m'ont tous sans exception paru incorrects (k). On peut sans risque l'attribuer au sixième ou septième siècle.

Pour en venir maintenant au point le plus important, cet ouvrage cite le texte des trois témoins célestes, comme une preuve dogmatique de la Trinité. Au chapitre II, qui a pour titre : De distinctione personarum , fol. 19, ver., nous trouvons le passage suivant :

Item Joannis in epistola Item il lie très

sunt qui testimonium dicunt in cœlo, Pater (5), Verbum et Spirilus , et hi très unum sunt. Je n'ai pas besoin de faire remarquer à mes

(1) S. Aur. Augustini operum omnium supplem. Par. 1838, 1. 1, p. 517.

(2) J'ai la douleur de dire que la mort de cet ecclésiastique de si grande espérance a, pour le moment, interrompu celte entreprise.

(3) Lvangclior. quadrup. Borna-, 1748, t. II, fol. 593, pi. 2. n. 2.

(4) 11 en est de même de la plupart des anciens fac-similé qu'on se contentait de copier à vue d'oeil. Le spécimen du Codex Vulic, l'ait par Zacagni pour Grabe, et publié par Home , fait le plus grand tort à ce manuscrit si joliment écrit, qui offre une ressemblance bien plus étroite avec l'Homère de Bankes, publié dans le premier numéro du Musée philologique. Puisque j'ai l'occasion de parler de ce précieux reste de l'antiquité, qu'il me soit permis de

que, dans la collection de papyri (papiers)du Vatican, il se trouve un très-petit fragment 'do. l'Iliade, que j'oser.us presque affirmer avoir originairement l'ait partie du même manuscrit que celui de M. Bankes.

(3) Ce mol fut d"abord écrit, par erreur, parler, mais il a été depuis passé un coup de plume sur le premier r par le copiste lui-même.

DÉMONST. ÉVANG. XVI.

lecteurs la coïncidence qui existe entre ce manuscrit et un que j'ai cité plus haut, dans l'emploi du mot dicunt au lieu de dant. C'est ainsi que lit Idatius Clarus , le plus ancien écrivain ecclésiastique qui cite cette partie du texte (1).

2° Le titre donné primitivement à cet ouvrage dans notre manuscrit est-il son titre légitime, et avons-nous ici le vrai Spéculum de saint Augustin? C'est assurément un point de très-grande importance, dans l'histoire de ce texte, que de s'assurer s'il a été vraiment cité par cette grande lumière de l'Eglise. Je commencerai par les raisons alléguées pour démontrer que cet illustre docteur n'est pas l'auteur de ce traité. Deux ouvrages, parfaitement distincts l'un de l'autre , ont été publiés sous le titre de Spéculum de saint Augustin. L'un est celui dont il a déjà été parlé, comme édité par Vignier, et avec lequel notre traité offre une étroite ressemblance. Il a été rejeté comme apocryphe par les Mauristes, qui y ont substitué un autre ouvrage d'une forme toute différente (Op. t. III, p. I, p. 681). Il se compose simplement de textes choisis de l'Ecriture, disposés dans l'ordre des livres sacrés, à commencer par l'Exode, mais sans être rapportés à certains chefs ou sujets distincts. Toutefois il a cet avantage marqué sur l'autre ouvrage , et conséquemment sur le nôtre , qu'il est précédé d'une préface : ce que le nôtre n'a pas. Possidius nous apprend que le Spéculum était précédé d'une préface. Je vais vous citer en entier ce qu'il dit à ce sujet, parce que j'aurai probablement occasion d'y renvoyer plus d'une fois : Quique prodesse omnibus volens , et valentibus multa librorum légère et non valentibus , ex utroque divino Testamento , Vetere et Novo, prœmissa prœfatione , prœcepla divina seu vetita , ad vilœ regulam pertinentia, excerpsit , atque ex his unum codicem fecit ; ut qui vellet legerct , et in eo vel quam obediens Deo inobediensve esset agnosceret; et hoc opus voluit Spéculum appellari ( Vita Aug., ubi sup.,p. 277). Le Spéculum de saint Augustin était donc précédé d'une préface ; et si la préface donnée dans l'édition des PP. Bénédictins est authentique, il s'ensuit que tout l'ouvrage l'est pareillement. En effet, la préface se termine ainsi : Ab ipsa igitur lege quœ data est per Moysen, divinorum prœccplorum, qualia nos commemoraturos esse promisimus, aggrediamur exordium. Les éditeurs bénédictins donnent une autre raison de rejeter le Spéculum de Vignier et de préférer le nôtre : c'est qu'un ouvrage où les témoignages tirés de l'Ecriture sont rangés sous certains chefs , semble plutôt destiné à éclairer l'esprit qu'à former un code de morale. Beaucoup, je le pense, ne seront pas de cette opinion : il est beaucoup plus aisé de fixer les • regards sur ce qu'enseigne l'Ecriture sur un point de morale et d'en faire la règle de notre conduite, lorsque nous trouvons réuni

(1) C'est le nom qu'a pris Vigilius Tapscnsis. Op. éd., Chifflet. p. 306. Saint Eucherius est plus ancien, mais sou texte est tort contesté.

{Neuf. )

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ensemble tout ce qui esl écril sur ce sujet, (|ue quand il bat chercher ça el la lei

i qui y ont rapport el qui s> trouvent dispersés pans tout le volume sacré, mêlés avec d'autres matériau hétérogènes. Ce sont l'i loules les raisons que produisent les i urs bénédictins , a l'appui de la préférence qu'ils donnent à Leur texte. La seule qui ait quelque poids est la préface dont Possidius fait mention.

3* Nous pouvons tirer une preuve très-

forte en faveur de l'authenticité du texte île la Sainte-Croix, de ce que les citations j sont

(ouïes prises de L'ancienne version latine et non de celle <le saint Jérôme. On sait fort bien que saint Augustin se montra singulièrement opposé au projet formé par son ami, de traduire l'Ecriture sur l'hébreu > el qu'il n'approuva jamais la version qu'il en fit. J'aimerais mieux, lui écrivait-il, que traduisissiez les Ecritures canoniques, telles que les donne lu version authentique des Septante. Car ce serait une source de difficultés, si votre version venait à être adoptée pur un certain nombre d'églises; pur la raison que les églises latinis et les églises grecques se trouveraient ainsi mises en désaccord [Ep.

LXXI, Op. t. Il, p. 100).. Je désire

avoir de vous une version fuite d'après les Septante, afin que ceux qui décrient vos utiles travaux puissent enfin comprendre que le motif qui me porte à ne pas désirer que votre version d'après l'hébreu soit lue dans les éqlises, c'est la crainte que, présentant quelque chose de nouveau qui ne s'accorde pas avec les Septante, elle ne cause de grands scandales et de grands troubles parmi les fidèles dont les oreilles et les cœurs sont accoutumés ci cette version, qui d'ailleurs a été approuvée et sanctionnée parles apôtres (Ep. LXXX1II, ibid., p. 203). En effet il apporte en exemple un grand scandale qui venait d'avoir lieu, par suite de la tentative qui avait été faite d'introduire la nouvelle version dans une église du voisinage. Un de nos frères évéques ayant voulu faire usage de votre version dans l'église à la tête de laquelle il est placé, l'attention du public a été vivement piquée par un passage de Jonas que vous avez traduit d'une manière totalement différente delaversion avec laquelle les sens et lu mémoire de tous les fidèles étaient depuis si longtemps familiarisés , et qui est consacrée par l'usage d'une foule de siècles. Il s'éleva un si grand tumulte parmi le peuple , à l'instigation principalement des Grecs, qui intentaient avec chaleur contre vous l'accusation de faussaire , que Vévéque (car c'est dans une ville que cela est arrive) fut obligé

d'en appeler au témoignage des Juifs

Quelles en furent les conséquences? C'est qu'après avoir encouru de graves dangers , Vétéque , pour n'être pas abandonné de son troupeau, fut contraint de réprouver votre traduction comme fausse (lbid., p. 101). Après une preuve si manifeste de 1 attachement de saint Augustin pour L'ancienne version; de la conviction dont il était pénétré qu'il serait extrêmement imprudent, pour ne pas dire profane, de chercher à en introduire

INSTRATIOM i \ INCEL I i .

une nouvelle; el de la per-in - 1- mi eonSCien-

cieuse dans laquelle il était qu'on ne pouvait l'adopter sans compromettre le (émois de l'antiquité, L'autorité des apôtres ei î unité d. l'Eglise ; enfin après ce fait qui smm acquis, que dans aucun de ses écrits, je parle m sur lesqo i il n'j a pas de contestation . il ne cite que d'après iam ienm sion. pouvons-nous hésiter un - ni instant à conclure (pie le Spéculum publié par le nédiclins , et qui se compose de paloiis cités d'après la version de s iint Jén

nrait être, tel qu'il est maintenant, la vraie production de saint Anguslin?

Les savants éditeurs ont cherché, il vrai, à écarter cette difficulté en sup| que ce l'ère aurait, dans la suite , surmonté Ses préjugés contre la nouvelle version , et s'en serait servi dans un ouvrage spécialement composé pour l'usage du peuple. Ils en appellent à ce qu'il cite celte version dans quelques-uns de ses derniers ouvrages, particulièrement dans le quatrième livre de la Doctrine chrétienne, qu'il composa sur la fin de sa vie. A quoi je répondrai : Premièrement, que l'intention qu'il avait d'écrire cialement pour le peuple, lui devait cire une nom elle raison de préférer l'ancienne version. A Home même , le pape saint I se servait encore de l'ancienne version . au cinquième siècle ; et même au sixième, saint Grégoire se servait de l'une et de l'autre indifféremment; ce qui nous montre clairement I époque de transition de l'une à l'autre. Second nient, la seule inspection du pa* auquel les Mauristcs font allusion , suffira pour convaincre tout lecteur que saint Augustin crut avoir besoin de s'expliquer. : que, dans une occasion extraordinaire, il lit usage de la version nouvelle: et qu'il ne pensait pas que tous ses lecleurs dus>i -ni Connaître la traduction faite par le prêtre Jérôme, homme versé dans la connaissance des deux langues (1).

Il est encore, comme je n'ai guère besoin de le faire remarquer, un autre moyen de résoudre la difficulté: c'est de supposer qu'une main plus récente a «bauge le texte i composé l'ouvrage d'après la version de saint Jérôme. Il faut avouer que cela était facile à faire; et l'existence des deux originaux de notre Spéculum, l'un avec l'ancien texte, «'. l'autre, celui qui a été édile par Vignier, avec le nouveau, prouve qu'il s'est trouvé des gens qui ont cru qu'il ne serait pas in ligne d'eux d'entreprendre cette tâche. J'ajouterai que. par rapport au texte des bénédictins, ce n'est là qu'une hypothèse insoutenable. Nous n'avons aucune preuve qu'il ait jamais existe dans une autre forme que celle qu'il a aujourd'hui : et, à ce titre . il ne s tarait être l'ouvrage de saint Augustin. Pour l'autre, au contraire, nous avons une preuve positive qu'il se composait originairement du texte employé par ce Père.

Il est un autre argument en faveur d« l'authenticité de notre exemplaire, qui a file

(I) De «Jocir. chr. I. IV, C. 7. t. III. pari. I, p 71.

observé par celui qui s'était engagé à en préparer une publication. II me donne avis qu'il a remarqué une ressemblance trèsprononcée entre les titres de quelques-unes des sections et l'interprétation mystique des

fiassages correspondants de saint Augustin. 1 ne serait pas difficile de vous en donner des exemples, car j'en ai aussi noté quelques-uns ; mais il sera plus convenable et plus satisfaisant de lui laisser entre les mains le plein développement de cet argument important.

Avant d'aller plus loin dans cet essai, j'ai à résoudre une difficulté sérieuse qui exige une longue et délicate investigation. On pourrait, avec une grande apparence de vérité , me faire cette objection : L'existence même du verset des Trois témoins, dans cet ouvrage, n'est-elle pas une preuve qu'il est apocryphe? Est-il croyable que saint Augustin citerait ici ce verset en preuve de la Trinité, et le passerait absolument sous silence dans son commentaire sur l'Epître de saint Jean et dans ses livres sur la Trinité, où la suite de ses idées , où l'intérêt de sa thèse, lui commandaient impérieusement de le produire ? Il entre dans mon plan de concilier cette contradiction apparente; que mon lecteur ne soit donc pas surpris si je semble reculer à une grande distance pour mieux exécuter mon œuvre : car le tisserand est souvent obligé d'attacher à une grande distance les fils sur lesquels il veut construire graduellement un tissu compact et durable.

Je suppose que mes lecteurs savent trèsbien que saint Augustin est le seul écrivain antique qui parle d'un texte latin des Ecritures, sous le titre de Version italique. Voici ses propres paroles : In ipsis autem interpretationibus, Itala cœteris prœferatur ; nam est verborum tenacior, cum perspicuitate sententiœ (1). Ce passage a donné lieu à un des

firoblèmes les plus difficiles à résoudre dans a critique sacrée ; et c'est à la solution de ce problème que je me propose de m'appliquer. Cela est indispensablement nécessaire pour détruire la difficulté que je viens de soulever, et en même temps éminemment utile et important pour débarrasser toute la discussion du ti'xtedes Trois témoins de quelques difficultés sérieuses; pour expliquer certaines anomalies frappantes dans les raisons qu'on produit en sa faveur, et pour préparer la voie à un nouveau genre de preuves. Indépendamment de ces motifs et de ce que j'ai dit en commençant pour prévenir mon lecteur de l'intention que j'avais de donner dans des digressions , j'ai la confiance que l'espoir de dénouer un nœud sérieux et compliqué dans la littérature biblique sera une excuse suff'^aiite pour une longue digression.

Deux hypothèses ont été bâties sur le passage qui vient d'être cité. D'abord on a supposé qu'il existait, dans l'Eglise primitive, en Occident , une version authentique appelle Italique, que saint Augustin préfère ici à toutes les autres ; cette hypothèse est presque universellement reçue. Sur cette préten-

(1) Ibid.,\. H, c. 15, p. 27.

due assurance, Flaminius Nobilius, Bianchini etSabbalicr, ont travaillé à refaire celle version d'après les citations de tous les Pères indistinctement, et sans avoir égard aux lieux qu'ils habitaient; et grand nombre d'auteurs bibliques et théologiques lui ont attribué une existence incontestable sous le nom de Velus Itala. Cette dénomination peut être regardée comme presque irrévocablement autorisée.

La seconde hypothèse est en partie fondée sur un autre passage de saint Augustin, où ce Père parle de l'existence d'une multitude de versions latines. Ce passage va être cité et discuté tout à l'heure. Les défenseurs de ce système , généralement attribué à Mosheim (1) , mais qui avait été mis en avant, bien des années auparavant, par le docteur Whitby (2), supposent que la version italique, Itala-, n'élait qu'une de ces nombreuses traductions d'un usage journalier, que notre Père , pour des raisons qui sont maintenant impénétrables, a voulu préférer.

Les difficultés que présentent ces hypothèses sont si manifestes, que quelques-uns des plus hardis critiques les ont abandonnées toutes les deux, et, au lieu d'essayer à expliquer le texte de saint Augustin, ont résolu de le corriger. Bimlley proposa de remplacer itala par illa , et nam par quœ ; Ernesli , qui ne jouit pas d'une moindre réputation en ce genre, soutint chaudement sa conjecture; mais Casley , avec une certaine assurance que lui donnait un simple manuscrit , prélendit les corriger à leur tour. Cette tentative de changer le texte peut être maintenant regardée comme n'ayant plus de partisans.

J'ai dit que les deux hypothèses ci -dessus mentionnées sont environnées de difficultés insurmontables.

Quant à la première, si italique était vraiment le nom d'une version universellement adoptée dans l'Eglise d'Occident, comment s'expliquer qu'il n'ait été nulle part fait mention de ce nom dans toute l'antiquité, sinon dans cet unique passage de saint Augustin exclusivement? que saint Jérôme , saint Grégoire , saint Isidore, Cassiodore , Alcuin et autres, qui ont écrit sur l'ancienne version, n'en aient jamais prononcé le nom; qu'on ne trouve aucun manuscrit contenant l'ancien texte qui porte ce titre? Tout le monde reconnaîtra qu'il est impossible de donner à cette difficulté une solution satisfaisante.

Pour la seconde , on peut dire qu'elle repose presque uniquement sur l'autorité d'un passage fort équivoque , que je vais discuter sur-le-champ. Le soin qu'ont pris plusieurs écrivains de faire une collection des diverses leçons qu'on rencontre dans les Pères, dans le but formel de soutenir celle hypothèse, est loin d'atteindre ce résultat. Les Pères en effet diffèrent souvent les uns des autres, dans leurs citations, d'une manière qu'il est au-

(1) Comment, de rébus Christian, ante Constant. Hcimest., 1753, p. 225.

(2) Observ. plnlo!.-crit., cum. prœfat. Havercamp. Luiut. Bal., 1753, p. U v v '

DÉMONSTRATION ÉVANGÉLIQ1 I

deMMdaUrateeipècedetoteiit^Mlartdjj conjecture., d'expliquer. De là donc il arrive

MMageendirer»e8ocça»oM,e»tau«id^ Kent de lui-même qu'il lest de. autre» PèreVrievoM- nous supposer pour cela on H :,„> dans L'usage de se servir de rersfona SSérentes dans ces diverses circonstance, j

On trouvera de môme «les anomalie. a< wnre aussi frappantes dan. les Pères grecs; !rcnrétienBen.mchaai8,danssafameuM Jontîoverse avec Bengel, a produit des exem-

nies d'inconcevables variantes dans leurs diverses leçons, aussi extraordinaires qu il soit

possible d'en citer des écrivains de l^glise

latine (1) Personne cependant ne s est jamais mâtiné qu'il y eût parmi eux autant de textes Sn de version» différentes. D'un autre côté quand même on pourrait recueillir de nombreux exemples dune diversité aussi marquée; quand même toutes es ressources de l'art critique seraient insuffisantes pour concilier ensemble cette variété fortuite de leçons dont on se prévaut pour démontrer l'existence d'une multitude de versions, en s'aidant môme de la supposition que ces citations se faisaient de mémoire , ou dans un sens accommodalif, ou enfin que la mémoire n'était pas toujours fidèle, je n en suis pas moins convaincu qu'un examen ramde des citations des Pères latins, en gênerai, convaincra tout critique doue d une expérience et d'un discernement ordinaires que leur accord unanime en un grand nombre de leçons extraordinaires ne peut venir que de l'usage d'une seule et même version , mais altérée par les causes ordinaires. Ce qui me semble mettre ce sentiment tout à fait hors de doute, c'est le ton et le sty e qui régnent Sans tous'les passages de l'Ecriture : cités par les Pères. La dureté générale des phrases, le retour continuel de mots qui ne sont pas usités dans les écrivains classiques, le caractère constant de ressemblance qu'on y remarque partout avec l'origina ; en un mot uniformité qu'offre partout la conlexlurc du texte qui semble sortir du même mou e , tout cela 11c montre- 1- il pas qu'il va dans tous un môme type , la production d une seule contrée, d'un seul homme peut-être? Or si, dans l'Eglise, on eût eu la liberté de traduire a son «rA'Ecriturc,commequelqucs écrivains! ont

induit des paroles de S. Augustin; s .1 y eût ele d'usage de se servir des diverses traductions dont ils déduisent l'existence des diverses leçons qu'on trouve dans les Pères, pouvonsnous supposer que les écrivains les plus élégants et les savants les plus accomplis auraient invariablement choisi parmi tant de versions diverses une traduction dure et barbare? ou bien supposerons-nous que c privilège de faire une traduction nouvelle lut exclusivement réservé aux plumes les moins habiles? D'ailleurs, s'il y avait alors en circulation une telle multiplicité de versions; alors môme que, comme saint Augustin nous

(1) TrscUtio ctïiiea de varlis leclionibus N. T. caute folliKOûdis el dijudicandis. Hall, t7l>.\ p. 20.

l'apprend, l'introduction d'un moi nooveai cboquail el scandalUail les auditeur. , comment un évêque OU Un prêtre d'un dio.es,,

aurait-il pu prêcher ou enseigner dan. un antre dioi èse sana i au»er du désordre ou de I,, confusion! Au reste, ces arguments m ront présentés avec beaucoup plu. de force un ma se< onde lettre.

Mais le. parole.de saint Augustin aulon-

sciit-elles les conséquences qui en sont déduites par tant d'habile, écrivain. , même de nos jour.? Voici ce passage: Qui enim San-

pturas ex hebrœa linqua in grœcam i trterwst, numerari possunt ; latini autan interprètes, nullo modo, Ut enim cuique, primii fidei tes*poribus, in nmnw venit eodea greecus, et oMquantulum facultatif tibi utrtusqw hnywe habere videoatur, ausut ttt interpretan I . \u premier abord , le. mots tnierprefan et verterunt semblent désigner clairement une traduction réelle : mais il faut bien nous garder «le presser trop ces expressions. Souvent, chez les anciens, elles sont enip un sens moins rigoureux , pour n »ign H r rien de plus qu'une correction ou up sion d'une version déjà existante. l'ai prouvé ailleurs cette assertion en ce qui concerne les écrivains grecs et syriens (2) ; il ne s. pas difficile d'en faire autant pour ce qui regarde saint Augustin. Voici, par exemple, en quels termes il écrit à saint Jérôme : Proinde non parias Dca grattas agimus de opère tuo, quod Evangelium ex grœco interprétatif i (3). On voit ici la même expression prérîi ment que dans le passage cité plus haut. < >r cependant il est certain que saint Jérôme n'a jamais traduit le Nouveau Testament: il n'a fait que le revoir et le corriger; car il dit luimême : Novum Testamenlum grœcœ fidei reddidi auctoritati {'*). Il est certain qu'il n'entend la phrase de saint Augustin, interprétatus es, que dans ce sens limité. Voici en effet en quels termes il y répond : El M me in emendatione Novi Testamenti suscipis (5). En effet saint Augustin explique lui-même son expression dans une autre circonstance. Il écrit à son ami en ces termes : Ego sans te mallem (jrweas potins canonicas nobis interpretan Scripturas quœ L\X interpretum auctoritateperhibentur. Puis, quelques lignes plus bas, il s'explique ainsi : Aeper hocplurimum profueris, n eam grœcam Scripturam quam LXÏ operati sunt, latin» veritati re.l dideris (6). Le mot vertere ne saurait présenter de plus grave difficulté. Saint Jérôme, dans sa lettre à Sunnia et Frelella. dit : En autem (la version des Septante qua habetur in Hexaplis, et quam nos vertimui 7 . El cependant il nous assure, en d'autre, endroits, qu'il n'a fait que corriger la version existante : Septuaginta interprètes.... quos ante

(l) De Doct elinsi., ubi Bup., cap. Il, p. 25. (ï) Dans les Bore sjr. imprimées a-dessus. (ô' Ep. Lxxi. ui sup. p. 161.

De miis illusir. . eap. Tv), l. Il , p. 941, éd. ^ allars. ; Ep. ad Lodn . i Wi. I«n. '• P- « tt) lu Op. S. Ulg. Ep IXXV.I.II, p. t<».

(t. Md., p 160. „

(7) Ad Suiiiiiajn el Krolel. 1 p . c.vi, l. 1, p. 637.

annos plurimos .diligentissime emendatos,meœ linyuœ studiosis dedi (1). — Septuaginta interpretum editionem et te habere non dubito, et a/nte annos plurimos diligentissime emendatam studiosis tradidi (2).

On voit par là que le grand , que l'unique argument historique en faveur de la multiplicité des versions dans l'Eglise, ne prouve nécessairement autre chose qu'une variété de révisions ou de corrections du texte. Donc il n'est pas besoin de regarder Vitalique comme le nom d'une version spéciale, exclusive^ ment à d'autres traductions. Nous avons vu aussi qu'elle ne peut pas être regardée comme le nom d'une version unique généralement reçue. Indépendamment de ces raisons, l'analogie des autres Eglises nous porte à croire qu'il n'y avait en usage dans l'Eglise d'Occident qu'une seule version, sujette, il est vrai, à bien des modifications fortuites ou volontaires , mais qui partout restait la même quant à la substance. La grande tendance à faire des changements de ce genre devait nécessairement amener certaines grandes variétés, naturellement déterminées par les principales divisions géographiques, ou circonscrites par les limites des diverses juridictions ecclésiastiques. Ces variétés sont bien connues dans la critique biblique, sous le nom de familles ou révisions. En Orient, mes lecteurs trouveront une pleine justification de cette remarque, dans le texte grec: la version syriaque a suivi la même loi; et tous, catholiques, nesloriens et jacobites, ont leurs textes particuliers du Peschito. Ceci ne s'applique pas exclusivement à l'Ecriture ; tout autre livre souvent transcrit devra présenter le même phénomène. Aussi M. Gence , dans son édition critique de l'Imitation de Jésus- Christ, a-t-il clairement signalé les révisions ou éditions corrigées de Flandre , de France et d'Italie, dont les manuscrits de l'abbaye de Mœck , de la chartreuse de Villeneuve et d'Arona peuvent être considérés comme les types ou originaux, et embrassent une foule de manuscrits qui s'accordent ensemble dans les choses essentielles, mais où l'on aperçoit une ligne de circonscription critique aussi bien qu'une ligne de circonscription géographique (3).

Il en devait donc également être ainsi de la version latine; et les textes de Gaule, d'Italie et d'Afrique devaient nécessairement offrir les traits distincts qui caractérisent les diverses révisions, et ces traits doivent apparaître beaucoup plus clairement à ceux qui ne possèdent pas seulement quelques fragments des Ecritures , mais qui les possèdent en entier. IJ y a tout lieu de douter, en effet, que même Griesbach ou Scholz fussent parvenus à découvrir les révisions du texte grec, quelque marquées qu'elles soient, s'ils n'avaient eu pour exercer leur critique que les

(t) Adv. Rufin., 1. il, t. Il, p. 518.

Ad Lucin., ubi sup.

(i) De imit. ciir. iii.ri iv, ad pervetustum exempter aecfton ad codd. complnres ex di versa regione , variis ûuuc priiimru leclionibus subjunclis, recensai. Par., INAi.

citations décousues qu'on rencontre dans les Pères.

Or ce qui pour moi résulte clairement des preuves fournies par l'histoire et par la critique, c'est que, dans le passage où il s'agit de la version italique, itala , saint Augustin n'a pas d'autre intention que de marquer la préférence qu'il donnait au texte contenu dans les manuscrits italiens ; en d'autres termes , que le mot itala n'est pas un terme appellatif, mais simplement un terme relatif adopté par lui , par la raison qu'il vivait en Afrique.

1° Lorsque quelqu'un , soit par cas fortuit, soit par choix, a lui-même adopté un texte ou une édition , il est naturel qu'il continue de s'en servir et de lui donner la préférence. D'après l'histoire de saint Augustin , il est moralement certain que l'exemplaire ou les exemplaires de l'Ecriture dont il se servait étaient italiens. 11 déclare luimême que , dans le temps qu'il était à Cartilage , avant sa conversion , il avait un profond mépris et une profonde indifférence pour les Ecritures , à cause de la dureté de leur style {Confess., I. III, cap. 5, t. I, p. 91). Il vint à Milan, sans aucun but religieux ; et là enfin , il commença à les envisager sous un jour tout différent (Ibid., I. VI, c. 3,4, p. 118, 122). Etant allé écouter les prédications de saint Ambroise , il découvrit que beaucoup de choses qui lui avaient paru absurdes et ignobles dans l'Ecriture étaient pleines de sens et de dignité. 11 demeura pendant quelque temps dans un état de doute et de fluctuation , et de grands obstacles lui fermaient la voie à une recherche complète de la vérité. Ecoutez-le lui-même exposer un de ces obstacles : Ecce jam non sunt absurda in libris ecclcsiasticis quœ absurda videbantur, et possunt aliter atque honeste intclligi. Fifjam pedes meos in eo gradu, in quo puer a parentibus positus eram, donec inveniatur perspicua veritas. Sed ubi quœrctur? Non vacat Ambrosio , non vacat légère. Ubi ipsos codices quaerimus? Unde aut quando comparamus ?

A quibus sumimus (Ibid., c. 11, p. 128) ? A ce moment-là donc il cherchait à se procurer un exemplaire de l'Ecriture. Immédiatement après sa conversion miraculeuse , il se retira à Cassiciacum , maison de campagne de Vcrecundus , et c'est de là qu'il écrivit à saint Ambroise pour lui demander quels livres de l'Ecriture il devait lire. Ce saint évoque lui recommanda Isaïe , et saint Augustin le lut , évidemment pour la première fois. Verumlamen, ego primam hujus lectionem non inlelligens , totumque talem arbitrans, disluli repetendum, exercitatior in rfominico eloquio (Ibid., I. IX, c. 5, p, 162). Alors aussi il se mit à lire les Psaumes (Ibid., c. 4, p. 160).

Après son baptême , saint Augustin se rendit à Rome. Entre sa conversion et son retour en Afrique il composa et publia plusieurs livres , tels que ses Soliloques, ses traités de beata Vita, de Ordinr, de libero Arbitrio, de Immortaliiatr animée, de Moribus mamcliœorum , et, de Moribus Ecclesiœ. Plu-

M MONSTimiDN l'.V'.M.fl JOIE.

lleurtde ces oqvragee, \e dernier principalement, démontrent clairement, parla facilite irec laquelle il cite l'Ecriture . qu'il l'avait tléjà parfaitement gravée dam ea mémoire, et qu'il l'avait étudiée à fond. (a-ttc « nmir esquisse historique prouve certainement que c'est dans le texte italien que saint Augustin avait étudié les livres sacrés ; et il n est réellement pas probable que, de retour en Mi ique , il l'ait abandonné pouf en prendre un autre. Au contraire, il est plus probable qu'il donna toute sa vie la préférence

au texte qu'il avait étudie le premier.

2° Mais il est un passage , dans un île ses traités polémiques , qui me parait expliquer

complètement ses sentiments et ses expressions par rapport à Vitalii/ue, ilala. Dans un écrit contre l'auste, il pose une règle de critique à suivre pour décider entre les diverses leçons alors débattues. L'bi, cum ex adverso audiêris :Proba, non confuyias (A) ad cxempla veriora, vel (B) piurium codicum, vel (G) antiquorum, vel (D) linguw preecedentis , unde hoc in uliam linguatn interprelututn est (Adv. Faust., I. X, c. 2, t. VIII, p. 210). L'ordre qu'il prescrit est donc 1° (A) de consulter les mss. qui contiennent un texte plus véritable ou plus authentique ; 2° (II) de compter le nombre ; 3 (G) d'examiner l'antiquité des témoignages; et V (D) si la question reste encore indécise , de recourir aux originaux. Quelques phrases plus loin, il s'exprime ainsi : Quîd agis? quo te couvertes? Quam libri a te prolati (A) originem , quam (C) velustatem, quant (D) sérient successionis lestent citabis?Ei\ comparant ce passage avec le précédent, et nous rappelant qu'il n'y est rien dit du nombre de mss., (B), parce qu'il n'y est question que de l'examen d'un seul de ces textes, nous voyons que c'est en remontant à leur origine qu'il faut chercher à découvrir les excmpla veriora ; car ces deux termes sont pris l'un pour l'autre dans la série d'autorités critiques dont saint Augustin fait mention. Quelques lignes plus bas, il explique quelle est cette origine qui doit faire décider si un manuscrit est véritable et authentique ; car il répète la même série de conditions en y substituant une nouvelle clause importante , présentée sous la forme d'une conséquence découlant de son raisonnement précédent. 1 laque, si àVfide exem-

plarium quœstio verteretur vel (A) ex alia-

rum regionum codicibus unde ipsa doclrina commeavit , nostra dubitatio dijudicaretur ; vel si ibi ipsi quoque codices variarent, (B) plurcs pauciori[)us , aut (G) vetustiorés recentioribus prœferrcntur ; et si adkuc esset incerta varietas, (D) prœcedens lingua , unde illud interpretatum est, consuleretur. Qu'on me permette de faire quelques réflexions sur ce passage : d'abord saint Augustin , par codices aliarunt reyionum , etc., ne veut pas certainement désigner les versions latines : car il renvoie au grec , prœcedens lingua , comme à une dernière et spéciale ressource. Ensuite , ce passage nous autorise à conclure que différentes Balises ne faisaient pas usage de versions particulières et distinctes; car,

Bans une question oq il s'agit de la différence <le leçon , il serait aosurde de renvoyer le critique a une traduction totalement différente el parfaitement indépendante. lui troisième lien, la règle decriliqq par s mit Augustin est «pieu cas de doute sur l'exactitude dune leçon, il tant tyoir

d'abord recours lui versions > n usa.

le pays d'où la foi est venue. Saint Augustin écrit en Afrique; nous n'avons donc qu'a i ■ b n lier (lequel paya il pensait que la loi

y avait été apportée : or, d'après ma première

observation, il suit nécessairement que doit etrede quelque Eglise latine. I mee

de l'Eglise d'Afrique était indubitablement que l'Italie, et Home en particulier, était la source d'où lui était venu le christianisme. Saint Grégoire écrivait en ces terme- a Dominions, eVéque de Caithage s , terea unde in Africains partibus sumpt ordinatio sacerdotalis txordium , laudaùiliter agitii quod, seâetn opottolicam diligendo, ad officii vestri originem , prudenti recordatione recurritis, et probabil i in tjuê affecta contttmtia permanetis(Ep. LVIII, n 33; éd. Maur. t. II,/). 922). Or, évidemment, saint Augustin partageait celte opinion , comme on le verra par le passage suivant : Erat etiam (Carthago) transmarinis cicina regionibus, et fama ceteberrima, nobilis; unde non mediocri* utique auctorilalis habebat episcopum, gui potset non curare conspirantem mullitudinem mimicorum , cum se videret et romance Ecclesiœ, in qua semper apostolicœ cathedra- viguit prin» cipatus , et eceteris terris unde Evcmgelium in ipsam Africain nuit , per communicatorias titteras esse coujunclum (Ad Glor. et E h Ép. XLI1I, vol. II, p. 91). Cette phrase, 17:'glise romaine et les autres pays d'où i Evangile est venu en Afrique , est suffisamment claire. Je pourrais faire remarquer encore que les pays d'outre-nier, dont Carthage était voisine , et ces autres églises dont il i t parlé dans ce passage , n'y forment évidemment qu'une seule et même chose : car la considération dont jouissait l'évoque de Carthage dans ces pays d' outre-mer, et sa communion avec les autres Eglises , sont ici ; S entées comme un même motif de sécurité. Or il ne peut y avoir de doute que, par i - Eglises d' outre-mer, il entendait les Eglis d'Italie; car. faisant allusion au procès dp Cécilien (Cecilianus) , il dit : .4» forte non debuit romaine Ecclesiœ Melchiades episcopus, cum collegis transmarinis episcopis, illud sibi usurpurc judicium [Jbid., p. 9i ). Or nous apprenons de saint Optai que les collègues du pape Melchiades étaient tous Italiens, à l'exception de trois évéques des Gaules qui avaient été formellement pétitionnes par les donatistes (Ad©. Parmen . /. I, cap 23, éd. Dupin.. Pur.. 1702, ;;. 23. Donc saint Augustin considérait l'Eglise d A frique comme descendant de celle d Italie.

(l'est donc une règle de critique clairement posée par ce Père, que quand, en Afrique, il pouvait s'élever quelque doute sur une leçon diverse, le premier pas à faire, en fait de critique, était de recourir aux textes ou aux

éditions italiennes corrigées. Soumettons maintenant à cette règle le passage où il est parlé de la version italique, et voyons s'il peut en recevoir quelque lumière. D'abord , ici comme dans son livre contre Fauste, saint Augustin est tout occupé de la diversité des leçons et de la correction du texte. La phrase* qui précède immédiatement est celleci : Plurimum hic quogue juvat interpretum numerositas, collatis codicibus, inspecta atque discussa; lantum absit falsitas : nam codicibus emendandis primitus débet invigilare solertia eorum qui Scriplurasnosse desiderant, ut eniendatis non emendati cédant, exuno duntaxat interpretationis génère venientes [De Doctr. chr., I. II, c. \k, t. 3, par. I., p. 27). Secondement après avoir dit ainsi qu'il faut préférer les textes les plus corrects , pourvu qu'ils descendent de la même version originale, il déclare quel est le texte qui doit être préféré ; ce qu'il fait , non en forme d'assertion , mais sous la forme d'un canon de critique : In ipsis autem interprétationibus, itala cœteris prœferatur. Troisièmement, il poursuit, comme dans le passage du livre contre Fauste, en disant qu'il faut regarder le texte grec comme celui auquel il faut en appeler en dernière instance, même de ce dernier. Et latinis quibuslibet emendandis grœci adhibeantur.

Un examen impartial des deux passages convaincra, j'en suis sûr, tous les esprits , qu'il existe entre eux une parfaite similitude, un parfait parallélisme, et que la préférence donnée à l'italique n'est rien autre chose que la préférence donnée aux éditions les plus authentiques de la même version , conservées dans le pays d'où l'Evangile était venu en Afrique ; il y est question de manuscrits et de corrections , et nullement de versions.

3° Il ne reste plus rien à désirer pour compléter la solution de la difficulté soulevée au sujet de Y italique , que de la confirmer par les règles de la critique ou par la pratique. Si saint Augustin avait apporté ses manuscrits d'Italie et s'en servait en Afrique, son texte présente-t-il les caractères qui doivent nécessairement résulter de cette hypothèse ? Quoique usant de la même version, pour le fond, que les Pères africains, s'en écarle-t-il cependant en certaines occasions d'une manière sensible , tandis qu'ils sont tous d'accord entre eux , et par suite avec les Pères italiens ? La discussion de ce point de critique nous entraînerait dans un long examen des diverses leçons, qui ne pourrait offrir d'intérêt à la plupart des lecteurs, quand même tous les détails dans lesquels nous venons d'entrer les auraient intéressés. C'est pourquoi je ne serai pas long. Il y a quelques années , dans un moment où je poursuivais avec plus de loisir l'étude critique des Ecritures , j'apportai quelque attention à ce point particulier. Quoique bientôt arraché à cette étude , j'y découvris assez de lumières pour me convaincre si bien, que de-

Smis , dans les cours de théologie que je proèsse dans cet établissement, j'ai, à plusieurs

reprises, présenté la théorie de la Vulgate , telle que je la présente ici au public. Je vais citer quelques exemples des diverses leçons des Pères italiens et des Pères africains, pris dans quelques-uns des premiers psaumes; et l'on verra clairement par là que saint Augustin s'écarte sensiblement des Pères africains , et s'accoHe avec les italiens , alors que les écrivains de ces deux pays se rangent sur deux lignes opposées et fortement tranchées.

Ps. I. Psalt. rom. et mediol., codd. corbej., sangerm., Ambr,, Hil., Cassiod., etc., lisent: In lege Domini fuit voluntas ejus. — Tert., Cypr.,Opt., Opus imper f. in Mal., omettent le verbe fuit. — Saint Augustin est conforme aux premiers, et cette leçon est tenacior verborum, puisque, dans le grec, il y a l<m ; elle a aussi plus de clarté.

Ps. II. Tertullien et saint Optât le considèrent comme faisant partie du premier ; saint Augustin , d'accord en cela avec les Pères italiens , en fait le second psaume.

Ps. II, v. 1. Cod. sangerm., Ambr., Hil.: Quareùemuerunt gentes. — Tert., Cyp., toujours : tumultuatœ sunt. Saint Augustin est conforme aux premiers.

V. 2. Sangerm., Ambr., Hil. : Convenerunt. — Tert. (généralement) , Cypr. : congregati sunt. Saint Augustin est conforme aux premiers.

Ps. VI, v. 6. Psalt. rom., cod. sangerm., Ambr., Hil., Léo, Cassiod., Philast., etc., ont : inferno. — Tert. , Lucif., Calar.(l) : apud inferos. Saint Augustin est conforme aux premiers.

P. XVIII, v. 6. Psalteria, cod. sangerm., Ambr., Hil., Cassiod., Maximus Taur., Philast. : Sponsus procedit. — Tert., Cypr. : egrediens. Saint Augustin est conforme aux premiers.

Il me faut laisser à quelque autre critique qui ait plus de loisir qu'il ne m'en est donné, le soin de pousser plus loin cet examen. C'est une tâche fatigante etsouvent ingrate : car, en général, les différentes leçons ne sont qu'une masse de désordre et de confusion, qu'on ne peut soumettre à aucune règle, et sur laquelle il est dilGcile d'établir quelque conjecture plausible. Au reste, dans tout ce que j'ai examiné, je doute si je pourrais citer un seul cas où les écrivains africains se trouvent unanimement en opposition avec ceux d'Italie, sans que saint Augustin se trouve du côté des derniers. Cela suffit pour éclaircir toutes les difficultés. Car en même temps que les Pères de divers pays s'accordent assez ensemble pour qu'on en puisse conclure qu'ils ont tous fait usage de la même version , leur séparation fortuite en classes nationales prouve l'existence de divisions géographiques bien distinctes. Or le fait de la conformité constante qui se remarque cnlrc saint Augustin et les Italiens, ajouté aux preuves historiques déjà données, démontre clairement qu'il s'est servi

(1) Je range col écrivain au nombre des Africains parce que la Sardaigne était réellement considérée connue formant la septième province de l'Afrique et raisail partie du même diocèse. L'union de ces deux . sent

suffisamment marquée dans l'histoire ecclésiastique.

lJ7'l

de la version italienne et non du texte africain , et qui- ce n'est paa l Bglise d'Afrique, mail celle d'Italie qni a droit de revendiquer ■on témoignage dans toutes les question! critiques qni ont rapport à l'Ecriture. Les conséquences importantes qni seront déduites de cette conclusion justifieront la longueur démesurée de cette discussion; et son résultat

final, < 1 1 a i est de donner, à ce que dit saint A>UgUStin de. l'italique , un sens qui soit en

harmonie avec les laits, avec son histoire, avec les citations qu'on trouve dans ses ouvrages, et avec le silence absolu de tous les anciens écrivains, suffira, j'aime à l'espérer, pour m 'excuser da manque de discrétion commis dans celle lettre.

Mais quelque excusableque soit cette faute,

je sens que mes lecteurs ont acquis le droit d'oublier le sujet qui nous y a conduits, et de s'attendre à être ramenés au point de départ. Le voici en deux mots : saint Augustin, dans tous ses autres ouvrages , omet le verset des Trois témoins ; or ce verset se trouve dans le manuscrit de la Sainte-Croix, n'est-ce pas une raison suflisanle de conclure que cet ouvrage n'a pas ce Père pour auteur ? C'a été pour ré-

DF.MONSTIIATION EVAKGtl IQ1 I

pondre a cette objection, que j'ai principalement entrepris celte longue discussion : et

Voici la réponse qu'elle fournil : g, Augustin se servait ordinairement, dans ses ouvrages, «l'une version italienne corrigée, d'où

ce verset avait disparu des les premiers temps, depuis fort longtemps. Bon Spéculum, connue mais l'apprend Possidins , lui composé pour

les gens MMS instruction, el C'est pourquoi il

- j est servi du texte africain, où ce verset se trouvait universellement. J'ai prié l'écrivain

qui s'est chargé de la publication de cet ouvrage de l'aire, dans ce but, une attention toute particulière aux diverses leçons qu'il présente, et il m'a certifié qu'elles s a» ordent généralement d'une manière très-remarquable avec les Pères africains.

Dans ma seconde lettre, j'examinerai le témoignage de ce manuscrit, dans l'hypothèse que saint Augustin n'en serait pas l'auteur, et je continuerai à noter certains autres points qui se rattachent à celte célèbre controverse.

J'ai l'honneur d'être, etc. N.Wnra im.

Collège anglais, Rome, 26 juin 1832.

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