LETTRE SECONDE
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Mon cher monsieur,
Après avoir traité la question de savoir si saint Augustin est l'auteur du traité contenu dans le manuscrit de la Sainte-Croix, il me faut maintenant , selon la promesse que j'en ai faite, m'occuper à rechercher quel degré d'autorité il possède par rapport à la controverse à laquelle le texte des Trois témoins a donné lieu , dans le cas où l'on supposerait qu'il fût sorti de la plume d'un écrivain moins célèbre. Je dirai d'abord quelques mots de l'époque à laquelle il a paru , et du pays qui l'a vu naître.
Peut-être un examen plus approfondi qu'il n'est présentement en mon pouvoir de faire de ce traité, m'aurait-il fourni plus de moyens de solution que je n'en ai recueilli en ne l'étudiant qu'à la hâte ; ceux que j'ai recueillis cependant suffiront, je pense, pour atteindre le but que je me propose. L'exactitude et la précision avec laquelle y sont exprimées plusieurs propositions relatives à la Trinité sont une preuve qu'il a été composé après les controverses dont ce dogme important a élé l'objet dans l'Eglise. Le chapitre d'où j'ai tiré le verset de saint Jean porte pour titre : De distinctione personarum. Or il ne parait pas que le mot personne ait été employé dans le sens précis et marqué dans lequel il est pris ici, avant le troisième siècle. Le docteur Wa- (crlaud a remarqué que Terlullien l'a appliqué aux hypottaset ou personnes de la Tri-
nité (1). Ln effet, dans le livre de cet écrivain contre Praxéas , on rencontre fréquemment ce mot, surtout du chapitre onzième au quinzième (2). Toutefois il n'est guère vraisemblable qu'il ait eu dès lors une signification théologique et rigoureuse. Facundus Hermianensis dit qu'il ne commença à être en usage dans l'Eglise qu'à l'occasion de l'hérésie des sabelliens, en 257. Voici ses propres paroles : Personarum autem nomen nonnisi cum Sabellius impii<jnaret Ecclcsiam, necessario in usuin preedicationisassumptum est, ut oui semper trrs credili sunt... commuai personarum nomine Wh carentur (3). Mais celte asserlion est en opposition directe avec ce que dit saint Grégoire de Nazianze : que le sabellianisme est né en Occident de l'emploi de ce terme. Les Latins, dit-il, se trouvèrent forcés, propter egestatem linguœ et rerwn novitatem, d'appliquer le mot personne à la sainte Trinité ; d'où il s'ensuit que le sabellianisme naquit d'une fausse application de ce terme (4). Pour concilier ces deux témoignages contraires . il nous suffit de dire que ce terme fut vraiment en usage
(I) OEuvres de Walertoad par Van Mildert, vol. in,
(-2) Ton. adv. Pin*., pp. 505-508.
(3) Del. trium cap. 50 Ub. Il, p. \'.\
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dès le temps même de Tertullien , bien qu'il n'eût pas encore acquis cette signification précise, déterminée, théologique, que la querelle avec les sabelliens et, plus tard, la division qui eut lieu au concile d'Alexandrie, lui durent nécessairement donner. Mais la manière dont il est employé dans notre traité démontre clairement qu'il a été composé à une époque où le terme en question avait déjà reçu celte signification précise et déterminée.
Il est une autre circonstance qui doit faire rapporter ce traité à une époque plus récente. Après le passage que nous avons cité en faveur du texte de saint Jean, il s'en trouve un autre qui a pour but formel de prouver la divinité du Saint-Esprit; ce qui donne lieu de supposer que la controverse dont ce dogme important fut l'objet, en dehors de la question générale de la Trinité avait déjà commencé. II résulte de là qu'il faut placer l'apparition de ce traité au temps des macédoniens, c'està-dire vers le milieu du quatrième siècle. L'usage qu'on y fait de l'ancienne version ne nous permet pas de lui assigner une époque plus rapprochée de nous, et il n'y a rien dans tout l'ouvrage qui puisse nous autoriser aie faire.
11 ne saurait y avoir de difficulté à déterminer le pays auquel appartient ce traité. Par le fait même qu'il se trouve réuni dans un même volume avec un livre de saint Cyprien qui le suit immédiatement, on voit clairement au premier aspect qu'il est africain. Or ce point est complètement décidé parla ressemblance marquée dans ses leçons avec celles des Pères africains. La publication de l'original mettra ce point important hors de toule discussion.
Peut-être paraîtra-t-il à quelques-uns de mes lecteurs de fort peu d'importance d'avoir gagné le témoignage d'un écrivain africain obscur du quatrième siècle en faveur du verset de saint Jean. Pour moi , je suis d'un avis tout différent ; je crois devoir attacher plus d'autorité au témoignage confirmatif de tout écrivain africain qu'à celui de tout autre écrivain d'une autre partie de l'Eglise d'Occident ; beaucoup peut-être trouveront la raison de cette préférence encore plus paradoxale : c'est que toutes les autorités qu'on a pu jusque alors recueillir peuvent être regardées comme africaines.
Tout homme versé dans l'étude de la science biblique ne saurait ignorer ce grand principe de critique , posé d'abord par Bengel , mais qui est resté sans être pleinement établi et mis en pratique jusqu'à la publication faite par Gricsbach des diverses éditions corrigées du texte latin , que les témoignages en faveur d'une leçon diverse n'ont pas une force individuelle, indépendante de l'édition ou de la famille à laquelle ils appartiennent, et qu'il faut décider d'une leçon , non par le nombre d'autorités distinctes', mais par le mérite de l'édition où elle est contenue.
Il est clair qu'on peut appliquer le même principe à tout autre texte aussi bien qu'au texte grec, où l'on peut reconnaître les diverses éditions. Nous avons prouvé que l'an-
cienne Vulgate est dans ce cas; nous pouvons donc nous servir sans crainte de ce principe pour établir l'authenticité du verset de saint Jean, qui est ici contesté. Or il a été suffisamment observé par tous ceux qui ont écrit sur cette controverse, que presque tous les témoignages en faveur de ce verset sont africains. SaintCyprien,MarcusCélédensis, saint Fulgence , Victor Vitensis , les quatre cents évêques assemblés sous Hunneric à Carthage, étaient tous membres de l'Eglise d'Afrique. Maxime le Confesseur avait reçu ce passage de ce même pays (1) ; Euchérius était Espagnol, et son texte est trop incertain pour être cité; Phébadius était un religieux de Lérins, et l'un et l'autre, par conséquent, probablement en communication avec l'Eglise d'Afrique. Mais en observant ce consentement unanime de tous les écrivains d'une Eglise, ce grand nombre d'auteurs n'ont pas placé leur témoignage dans son vrai jour. Ils les ont. traités comme autant d'écrivains africains , ou même comme l'Eglise d'Afrique tout entière , rendant témoignage à l'existence d'un passage , mais non comme les représentants de Védiiion ou du texte africain , comme l'organe d'une grande famille critique, dont il faut établir l'antiquité et l'autorité, comparée à celle des autres textes.
En présence de ces faits , et spécialement de celui que j'ai établi dans ma première lettre, savoir, que les Pères africains et les Pères italiens sont partagés en deux classes séparées et distinctes, non-seulement sur ce verset, mais sur un assez grand nombre d'autres passages, pour prouver la différence des éditions dont ils se sont servis, je vais adresser quelques remarques qui, à mon avis, portent sur toute la controverse en général , et en même temps sur le manuscrit de la Sainte- Croix.
1° L'existence d'une édition africaine où se trouve le verset en question nous donne droit de regarder comme des citations, des passages d'écrivains africains qui , dans les livres d'auteurs italiens , pourraient paraître douteux. C'est en arguant de la forme incomplète des citations qui se trouvent dans Tertullien et saint Cypricn que Griesbach et autres ont essayé d'en faire de pures interprétations mystiques. Or la certitude acquise par l'examen des témoignages d'une époque plus récente, que toute l'Eglise à laquelle ils appartenaient connaissait et citait ce verset, nous fournit une raison critique légitime de juper que leurs citations sont réelles et véritables. Le système suivi parles adversaires du texte, d'attribuer au respect porté à saint Cyprien et à Tertullien , d'abord l'allusion au verset précédent, etensuite sa commutation en texte nouveau, est tout à fait insoutenable. Ces deux écrivains jouissaient d'une vénération aussi grande, plus grande peut-être, en Italie; et il n'y a pas de raison pourquoi leurs écrits auraient eu plus d'influence sur les autres auteurs africains que sur leurs admirateurs
(I) Voyez Nolanos Inquiry into ihc integrily of lliê grcok Vulgate, p. 302.
DÉMONSTRATION f* \ ^ * - ï' i IQ1 I
d'outre-mer. Or on tout cas , pourquoi saint
Augustin n'a-l-il pal suivi l.i même ligi pourquoi n'a-l-il pas, comme I ont i lit, .1 que Ion prétend . les antres -, draina africains,m gué du huitième rersel expliqué dans un sens allégorique? pourquoi n'a-Wl, comme «m l'avoue, jamais « fté ce rerset?
1 Que si, au lieu de l'aire «les arguments, nous considérons ces passages comme des citations; si au lien des écrivains africains, dous n'envisageons que le texte africain , nous écarterons une difficulté qui a paru insoluble à tous les partis, je veux dire le silence (le saint Augustin, l'n écrivain moderne (1) a fait observer, avec une grande apparence de raison et de force, que ce Père, qui a beaucoup écrit sur PEpHre de saint Jean, a fourni à Sabbatier des matériaux pour la reconstruire en entier jusqu'à l'endroil OÙ devrait être place ce verset, et revient à son secours immédiatement après ; mais que pour ce verset, il lui fait entièrement défaut. Cette remarque paraît, au premier abord, un argument négatif d'une grande force : j'avouerai même volontiers que SOUS le point de vue dans lequel on envisage ordinairement celte question, il n'y a rien à y répondre. Mais avec les principes déjà posés plus haut, toute difficulté s'évanouit : ce verset appartient essentiellement au texte africain , et saint Augustin se servait de l'italien ; donc plus d'anomalie, plus de difficulté aucune. J'oserais même presque assurer que si ce verset se trouvait dans les ouvrages de saint Augustin, cette circonstance aurait besoin d'explication. Celte explication , il est vrai . ne serait pas difficile à trouver ; je l'ai même suggérée dans une autre occasion, en alléguant ses rapports nécessaires et intimes avec PEglise d'Afrique, et les raisons de convenance qu'il aurait pu avoir dans certains cas, d'adopter un texte qui lui plaisait moins, pour consulter les sentiments ou les intérêts du peuple. Au reste, dans toutes sortes de classifications ou de divisions en familles, ce sont toujours les variétés sporadiques , comme les appellent les naturalistes, qui embrouillent et dérangent. Plus les limites de chaque liasse sont clairement et définitivement marquées ; plus les règles et les circonstances qui les dirigent sont précises et déterminées ; plus elles sont exemptes d'exceptions; plus leur étendue et leur valeur est décisive, plus aussi seront satisfaisants tous les raisonnements qui les auront pour base. Bien loin donc que le silence de saint Augustin soit une difficulté par rapport à la preuve du texte de saint Jean, il écarte au contraire un embarras.
3° La conséquence à tirer de ces remarques, c'est que la découverte, quelque insignifiante qu'elle puisse être sous tout autre rapport, d'un écrivain africain des premiers temps. qui cite le verset contesté, a beaucoup plus de poids pour confirmer la valeur 1 > elle des preuves qui sont en sa faveur, que le témoignage d'un écrivain italien d'une beaucoup
(1) Horebiblics, p«rC. Butler; OEuvres choisies. Lond., 1817, vo|. I, p. 396.
plus grande célébrité, parce que le premier
tendra touiooi dlder et à comp
l'autorité d'un t< 1 te, tandis que l'autre ne fera que prêter un concours individuel et anomal. Or ce principe détermine la râleur du moignag ■ fourni p ir I manuscrit de la Sainte Croit C I Une nouvelle preuve aîoo
à la masse des preuves réunies des écrivains africains en faveur de l'existence du verset dans le te\i<- ou l'édition corrigée de cette Eglise.
La controvei rouvant ainsi réduite
à une discussion entre les d< ux éditions de l'Ei ritore , l'africaine et l'italienne . il reste uniquement à savoir quelle esl celle qui a droit de revendiquer une plus grande autorité, quelle est celle qui mérite d'éli lée arec raison comme la véritable reproduction de la version originale. Car si une fois il paraissait très-probable ou certain même que
c'esl en Afrique que la traduction latine a 1 réellement laite, et que par conséquent le
te\t>' africain , conservé par les écrivains de cette Eglise, remonte à une plus haute antiquité non-seulement que l'italien, maison'; uciin autre manuscrit grec encore existant,
nous aurions un argument beaucoup plus compacte, précis et solide en faveur de i'autbenticité du verset controversé, qu'en balançant, comme on le fait ordinairement , des citations et des textes.
M. Nolan a donné plusieurs raisons pour lesquelles l'autorité de l'Eglise d'Afrique sur cette matière doit être jugé'- gravi' et imposante [Inquiry, p. 295); mais il ne parle nulle part de l'unique moyen réritable de décider le point controversé, ilont la solution se trouve dans le texte original.
Je me dois, non pas tant à moi-même qu'à l'intérêt de la cause que je défends, de prév enir mes lecteurs que l'examen qui va suivre a été entrepris, comme celai qui est contenu dans ma première lettre, sans aucun rapport à celte controverse; qu'il est le résultat de recherches faites dans un but scientifique, lorsque j'ai eu à traiter de la Vulgate dans un cours de dissertations tbéologiqui s
l'n palimpseste d'une version latine antérieure à saint Jérôme avant été découvert il y a quelques années à Wurtzbourg, le d leur le 1er en a transcrit tout ce qui était lisible; ce qui se conquise de Jérémie. d'I chiel et de Daniel. Ces fragments furent transmis par lui au savant docteur, f< u M. Miinter . évéque de Seeland , qui en publia un compte-rendu dans une lettre adressée au ebre M. Crégoire. Cette notice parut dans la Kcvue Encyclopédique de mars 1819, pag. .Vi.'>; la lettre est datée de Copenhague, 1 lévrier. Dans cette lettre il suppose que ce- ti ments sont d'origine africaine; il dit qu'ils ne peuvent appartenir à la rersion italique, parce qu'ils manquent de clarté d'expression. Il promet de les publier : et . si je ne nie trompe, ils ont été donnes dans les. Viscellanea Hafnetwa, mais n'ayant pas en ce moment ce journal sous la main, je ne puis rien affirmer présentement. Je lésai certainement *us dans quelque publication de ce genre.
Eichhorn cependant est le premier auteur qui se soit hasardé à conjecturer en général que la Vulgate latine avait été originairement faite en Afrique. Ce n'est là , à proprement parler, qu'une conjecture; car il n'essaie aucunement d'en démontrer les raisons. La principale ou plutôt l'unique raison sur laquelle il se fonde, est le langage barbare dans lequel elle était écrite (1). Nous devons protester contre le mot barbare ; et nous avons pour agir ainsi le suffrage du fameux lexicographe Gesner, qui était dans l'habitude de dire qu'il regardait la Vulgate comme un auteur classique, puisqu'elle le mettait à même d'envisager la langue latine dans toute son étendue (2).
Au lieu de ces vagues conjectures je vais essayer de mettre sous les regards des critiques bibliques quelques preuves spécifiques, particulières, qui tendent, selon mon humble opinion, à démontrer que l'Afrique est le pays natal de la version latine.
D'abord je ferai remarquer que la littérature grecque fut tellement en renom dans l'Italie sous les césars , mais spécialement sous Trajan et les Antonins, qu'il n'était pour ainsi dire pas besoin de version latine. C'est une chose singulière que presque tous les noms qu'on rencontre dans l'histoire de la primitive Eglise de Rome sont grecs, tels que Clet, Anaclet, Soter, Eleuthère, Lin, Evariste, Télesphore , Hygin. Plusieurs d'entre eux en effet étaient Grecs d'origine , et leur élection à la dignité pontificale indique la prépondérance qu'avait cette nation dans l'Eglise romaine , et combien peu leur troupeau devait être étranger à la langue grecque. Mais ce qui démontre encore mieux ce que j'ai avancé , c'est que dans les deux premiers siècles et même au delà on trouve à peine un écrivain ecclésiastique, appartenant à l'Eglise italienne, qui ait composé ses ouvrages dans une autre langue que la langue grecque.
L'Epître de saint Clément, ou, comme on l'appelle avec emphase, Clemens Romanus, fut écrite vers l'an 96, en grec {Euseb., H. E. lib. III , cap. 16, p. 107). Il était certainement Romain de naissance; et cependant il n'y a rien dans ses écrits qui indique qu'il se servît d'interprète ou qu'il écrivît cette langue avec effort. Je pourrais ajouter que celte lettre fut écrite au nom de toute l'Eglise romaine.
Je n'ai pas besoin défaire mention de saint Justin et de Tatien ; car on ne peut dire de l'un ni del'autrequ'ils fussent membres de l'Eglise italienne , bien que ce soit à Rome qu'ils ont publié leurs écrits , qui sont en langue grecque.
Modeste , qui est placé par Cave vers Tan 176, semble, d'après son nom, avoir été Latin, et cependant il paraît avoir écrit en grec; car saint Jérôme dit : Feruntur s'ub nomine ejus et alia ffùvT«y//aT« (De Viris illuttribus, cap. 32, tom. II , p. 858 ). Eusèbc en
(1) Eirileitung in das Alto. Testament. Ed. 4. Gœlthiq., 1823, vol. il, p. 406.
(2) Micli.ielis's Iutrod. par Marsh., vol 11, p. 116.
parle en même temps que de saint Irénée [Lib. IV, cap.Z$,pag. 188).
On ne voit aucune raison de douter que la correspondance entre les Eglises de Rome et de Corinthe, sous Sofer, ne se fit en grec (Ibid., lib. V, cap. 21, pag. 239).
Saint Irénée, évêque de Lyon, en 178, composa tous ses ouvrages dans la même langue. La fameuse lettre des Eglises de Vienne et de Lyon est également en grec.
Saint Jérôme dit que Tertullien est le plus ancien écrivain latin après Victor et Apollonius (Loco cit., cap. 53, pag. 875). Le premier est, à n'en pas douter, le pape de ce nom ; l'histoire du second est plus obscure. Dans le catalogue de saint Jérôme il est fait mention de deux écrivains de ce nom. Le second est un sénateur romain qui composa une apologie, et c'est en grec certainement qu'il écrivait ( Ibid. , cap. 42 , pag. 869 ) ; car, dans un autre endroit, il est rangé au nombre des écrivains grecs (Ep. ad Magn., 70 , tom. I, pag. 427); et il n'y a point! de doute qu'il ne soit le même auteur dont Eusèbc a publié une apologie (H. E. lib. V, cap. 21 , pag. 189 ). Il est probable qu'il écrivit quelques autres ouvrages en latin ; mais il suffit pour le but que je me propose ici d'établir qu'il se servait indifféremment de l'une ou de l'autre langue.
Caius, ce prêtre romain si célèbre, qui vivait en l'an 212, passe généralement pour avoir rédigé en grec ses nombreux traités. Ce point est solidement établi par Tillemont, suivi par Lardner (OEuvres;Lond. 1827, vol. I, pag. 396).
Le dialogue contre Artémon, dont l'auteur est inconnu, paraît manifestement, d'après les fragments donnés par Eusèbe (Lib. V, cap. 28, pag. 195 et seqq.) et d'après d'autres circonstances encore , avoir été écrit à Rome par quelque ecclésiastique; et cependant il semble, à n'en. point douter, avoir été composé en grec.
Asterius Urbanus paraît, à en juger d'après son nom, avoir été Italien ; et cependant c'est en grec qu'il a écrit et discuté. Son livre est dédié à Abercius Marcellus. Si l'on en croit Eusèbe, ce fut un accident qui le conduisit en Galatie, où ses conférences furent mises au jour (Ibid., cap. 16, pag. 182).
Saint Hippolyte Portucnsis était, comme le supposent quelques-uns, évêque de Portus Romanus ou d'Adan, en Arabie ; selon d'autres, de Portus, aujourd'hui Porto, à l'embouchure du Tibre. On peut voir dans Lardner les raisons sur lesquelles ces deux opinions sont fondées (Ubi supra, pag. 426) : cet écrivain cependant a omis de dire que l'Eglise de Porto, ainsi qu'une fontaine qui y est en grande vénération, portent son nom. Peu importe : Hippolyte vivait et écrivait à Rome. On peut voir son Cycle pascal gravé sur sa chaire, dans la bibliothèque du Vatican ; il est en grec comme tous ses ouvrages.
De tous ces exemples, les seuls qui nous soient parvenus, il résulte que Victor est le seul auteur appartenant à l'Eglise romaine
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(I Italie ou des Gaules, que nous sachions avoir écrit en latin, avant l'an «lu Sei gneur 2.'10 ; et on ne manque pas déraisons de conjecturer qu'il entendait également lo grec. Cependant ou ne voit pas en Afrique un seul écrivain ecclésiastique se servir de la langue grecque; et toutefois Tertnllien, saint Cyprien, Lactance el Minueius Félix, qui sont les plus anciens Pérès latins, étaient de ce pays. Ajoute/ a cela que l'Evangile de saint .Marc, a été, connue l'attestent d'anciens auteurs , composé pour l'instruction de l'Eglise romaine; c'est en grec cependant qu'il fut écrit ; et c'est aussi en cette langue que saint Paul adressa son Eptlre à celle église. Il serait étrange qu'ils eussent agi de la sorte, s'il eût élé nécessaire de recourir à une traduction latine; d'où il nous faut conclure que la langue grecque était parfaitement entendue des fidèles de Kome, et qu'il continua quelque temps d'en être ainsi. C'est ce qui en effet résulte des
{neuves que nous avons .apportées plus laut.
Ces réflexions nous fournissent un haut degré de probabilité historique, que la première version latine fut faite non en Italie, mais en Afrique. Il y a ici plus qu'une simple conjecture; car nous avons une preuve positive dans les citations des écrivains africains qu'il existait une version de ce genre dans leur patrie, avant le quatrième siècle ; tandis que toutes les preuves que nous fournit l'histoire par rapport à l'Italie, nous portent à conclure qu'on s'y servit du texte grec jusqu'au commencement de ce siècle. Or, ayant démontré dans ma première lettre que la version en usage dans les deux églises était la même, il s'ensuit que le texte italien avait été apporté d'Afrique.
Mais la méthode la plus convaincante dont on puisse se servir pour déterminer le lieu natal de la Vulgale, est d'en examiner les mots et les phrases. Cet examen aura un double résultat. D'abord nous verrons qu'elle est pleine d'archaïsmes, ou formes d'expression vieillies, qui ne se trouvent que dans les écrivains antérieurs au siècle d'Auguste. C'est là une forte raison d'admettre que celte version est originaire de province; car ces sorles d'expressions sont toujours plus longtemps à disparaître dans les contrées éloignées de la capitale que dans son voisinage. Or tous ceux qui ont tant soit peu étudié les écrivains africains des premiers siècles, ont dû remarquer combien ils ont retenu de ces formes vieillies (1). On en verra quelque
(1) Arnobc, par exemple, emploie <les expressions et des formes grammaticales évidemment surannées. Il serait facile d'eu produire beaucoup d'exemples s'il était nécessaire. Ainsi, lib. I a<tv.Genl.,p.â'ô(Luqa'. Hut.. 1651), il emploie le mot slribiligines. Aul. de luis, \ncl. ait. lib. V, c. 20, p. 541 (Mit. (.ronov. Luçiil. liai., ITOli), dit en parlant de cette expression : » SotoCÙflNU : ii'ttistiovil'its Latinis slribiliqo dicebalur, quasi ilerobitigo ausedain. » Dans le passage d'Aruobe dont il est ici quesUon, cet écrivain veut polir le style rude de l'Ecriture, de l'original probablement. Comp, Clem. Alex. ProtrepL l>e plus, Arnobe emploie souvent l'ancienne forme de l'inflnitif passif; p. 1G0, velaricr et eoronorfer; p. 120, ivmcsliricr .
chose dans les exemples que je vais citer. Toutefois il est probable qu il y avait primitivement dans l'ancienne Vnlgate beaucoup plus de ces arduâsmet qu'il n'j en reste aujourd'hui, par suite des diverses corrections qu'elle a subies. I\ir exemple, dans l'ancien exemplaire de saint Matthieu public par monsignor Mai dans sa Scriptorum veterum nova eolleetio, tome ni. Borne, 1828. ou trouve Matth., IV, 18 pag. i.r, . le un
liant pour nlnn. Or nous .nous en preuve de cette leçon une leçon semblable dans Plante, que cite Prisciee (1). Nom tune a operem ludoi feeiêsei el setiam Mm sei ood lieu nous découvrirons un grand nombre d'africanismes incontestables . < est-à-dire d'expressions qui ne se trouvent que dans les écrivains africains, les plus voisins de I époque à laquelle a paru l'ancienne ■version (3). Le principal de ces écrivains est, comme on le sait, Terlullien. Dans les e\< mples que je vais citer, et qui seront suffisants au moins pour attirer sur ce point l'attention des plus habiles philologues, je me bornerai presque entièrement au Nouveau Testament, aux Psaumes et à L'Ecclésiastique, qui ont été conservés de l'ancienne Vulgate , dans la version qui est en usage dans l'Eglise. J insérerai aussi dans le lexte les renvois aux auteurs, pour ne pas embrouiller et rai Je lecteur en le forçant de reporter à chaque instant les yeux au bas de la page.
Un archaïsme, ou comme on l'appelle souvent par erreur, un solécisme très-commun dans l'ancienne version, c'est d'employer les verbes déponents dans une signification passive. Priscien dit expressément que c'est un archaïsme : Ex fus mulla anliqui tc»m pa quam activa significatione protulisse in'rcmuntur(p. 790). Et ailleurs : Mulla similiterancipiti terminatione , in una cademgue significatione prœtulerunt anliqui (p. 799). Par où l'on voit que ces verbes déponent» étaient anciennement actifs. Dans un aulre endroit (p. 797) il dit en parlant des verbes dépo-
(1) P. 759. F.dit. Putsch. C'est l'é lilion dont je me servirai toujours quand je citerai les grammairiens.
(2) Hud., set. IV.se. 1,9.
(5) Quiconque a lu les premiers écrivains chrétien appartenant s l'Eglise d'Afrique a do être frapi <• de Pair de fjmille qui règne entre eux , priocipale*enl dans l'emploi d'expressums et de formes particulières qu'on ne rencontre pas orjmmunétnenl, si ce u'est par hasard i eutêtre dans des écrivai is antiques. Ainsi 1> mot stricvisu, ou, comme récrivent, je crois, quelques éditions, husincutiu, i our dire un jeune garçon, ne se trouve que dans Arnobe (li*. v. p. 174), et daus Terlullien [De Paltio,c. 4). Les éditions | lu^ amie. mes portent us'ricolas, qui ne i résente aucun sens. Arnobe emploi,- souvent au au lieu de c, comme arquai i sella [Lib. il, p. 59| srqaataarM, liirquitius (p. 165 . etc. Cela vieul d'une erreur eomnMiM > lit/ les écrivains antiques. Nous voyons la pratique contraire dans Terlullien, qui, par exemple, dit licci pour li- Quet. i De Pan., c. 6. Je rite ici acodenteMeaeat d'après la vieille édition de Paris de 1515; ailleurs c'est d'après celle de Etigalliusou Rigault.) Piaule et dent de même Heraldusi im/wj</i,.«d'.4rnor>..p TT^semble voir lk un africanisme, mais d après les remarques d lius sur insece et hiseqne , celle forme de langage [Lirait avoir dé roinmune aux écrivains antiques [Lb. mil i . '.', Je pourrais ici multiplier les i en da-
vantage ; il s en trouvera plusieurs dans le texte. Je |>ourrais également signaler d'autres ressemblances de phraenire rcrtulUen ci Lactance on saint Cyprien , unes cela n'est pas nécessaire.
nents : Prœterea plurima inveniuntur apud vetustissimos , quœ contra consuetudinem , activant pro passiva habent terminationem. Entre autres il énumère consolo et horto. Aulu-Gelle (lia. XV, cap. 13, p. 681 ) dit précisément la même chose de ces verbes. On les trouve tous les deux employés passivement dans la 2e Ep. aux Cor., 1,6. Le premier est employé également au psaume CXV11I, 52, et en saint Luc, XVII, 25.
L'Epître aux Hébreux , XIII , 16 , nous fournit un exemple du même genre : Talibus enim hostiis promeretur Deus. Que mereo dans les modes du passé fût souvent employé, c'est ce qui sera évident pour tout homme versé dans l'étude des auteurs classiques ; promerco cependant ne paraît pas avoir été employé avec autant de facilité par les écrivains de Yûge d'or. Nonius ( De cont. gen. verb. opp., p. 475, éd. Paris., 1641 ) a un article sur promeres pour promereris, et cile Plaute (Trinum, acl. III, se. II, 15) à l'appui. Il s'y trouve en effet souvent (voy. Amphit., act. V, se. II, 12), ainsi que dans Térence (And., act. II, se. I, 30; Adeip., act. II, se. I, 47 ). 11 est aussi employé par Ovide et quelques autres peut-être. Mais outre l'archaïsme qu'il présente évidemment, ce mot me paraît encore digne de remarque, à raison de la signification dans laquelle il est ici pris, apaiser Dieu par un sacrifice de propitiation, qu'il n'a dans aucun auteur classique, et qui, autant que je le peux savoir, ne se trouve que dans Arnobe, écrivain africain, qui dit : lta nihil prodest promereri velle per hostias Deos Icevos (Adv. Gent., I. VII, p. 229).
Il y a dans le Nouveau Testament une foule d'exemples du verbe ministrari pris dans le sens passif : ainsi , Mat th., XX , 28 ; Marc, X, 45; II Cor., VIII, 19, 20; II Pet., 1,11. Les vrais écrivains italiens l'emploient rarement ainsi. Nonius cite un passage de Plaute ainsi conçu : Boni ministranlur, illum nunc irrident malt. Les plus anciennes éditions cependant , comme celle qui est citée plus haut , portent : Boni immiseranlur, illhunc irrident mali. Columelle aussi, originaire de Cadix, quoique écrivain élégant, emploie ce mot {lib. II, 1).
Le traducteur de la Vulgate a conservé parfois la terminaison en ibo du futur des verbes de la quatrième conjugaison : ainsi, psaume L1X, 8, partibor et metibor. Or cette désinence est signalée par les anciens grammairiens comme une forme vieillie. Nonius en cite un grand nombre d'exemples , lires tous des plus anciens écrivains, tels qu'Ennius, Accius , Novius. Tels sont : reddibo , expedibo [p. 476); esuribo, invenibo (p. 479); audibo (p. 505); aperibo (/).506); operibo et obœdibo (p. 506), etc. Il est bien singulier que Charisius (Instit. gramm., p. 222, cd. Putsch.) ait donné feribo pour le futur régulier de ferio. Horace cependant ( od. II, 17, V, 32) dit : Nos humilem feriemus agnum; et pourtant ( od. 111, 23, V, 19) nous lisons : Mollibit adversos Pénates. Cette forme néanmoins ne cesse pas d'être pour cela un véritable archaïsme.
Dans l'ancienne Vulgate, le verbe odio était employé d'une manière bien plus marquée qu'on ne le voit dans celle d'aujourd'hui , quoiqu'il y conserve encore certains modes non usités dans les classiques, comme odientes. Ainsi, dans le fragment de l'Evangile de saint Matthieu , dont il a été parlé plus haut, on trouve, c. V, 44 (p. 259), odiunt, et encore, VI, 24 (p. 260) , odiet. Tertullien cite ainsi ce texte du Lévit., XIX, 6 : Non odies fratrem tuum (Adv. Marcion. Ibid., IV, c. 35). Au même endroit saint Augustin lit, odio habebis ( Quœst. LXX in Lev., t. III, p. 520). Festus , à ce mot, dit que les anciens se servaient du verbe odio; mais on en trouve difficilement des exemples, si ce n'est dans Tertullien, où l'on trouve odientes (ibid., c. 16) ; oditur ( Apolog., c. 3 ). Il est attribué à Petronius Arbiter une fois, mais audientes est la meilleure leçon. Si je n'avais égard à l'autorité de Festus, je le regarderais comme un africanisme.
En saint Matthieu , XXII , 30, nous lisons nubentur. Nonius dit que nuberc ( veteres ), non solum mulieres, sedvirosdicebant (p. 143). Celte expression peut donc être regardée comme un archaïsme . quoiqu'elle ne soit employée de cette manière que par les écrivains africains presque exclusivement. Tertullien dit (Ad. Ux., lib. I, c. 1 ) : Apud Patrinrehas, non modo nubere, sed etiam mullifariam matrimoniis uti fas fuit ( Cf. cap. 7 ). Ailleurs (Adv. Marcion. , lib. IV, cap. 38) : Prœstruxit hic quidein nubi , ubi sit et mori. Ainsi Piaule (Persœ, act. III, se. I, 58) : Cujus modi hic cum fama facile nubitur. Saint Jérôme aussi , qui paraît souvent imiter les écrivains africains qu'il admirait si fort, emploie ce terme; mais peut-être fait-il allusion au texte de saint Matthieu (Ep. XXII, n° 19).
Psaume LXI, 7. Emigrabit te de tabernaculo tuo : archaïsme manifeste. Il est cité par Nonius d'après Tininnius (p. 2). Quot pestes, senia, jurgia sesemet diebus emigrarunt, corrigé par des critiques plus récenls , qui ont construit ainsi la phrase : Sese meis œdibus emigrarunt. Aulu-Gelle l'emploie également (1) : Atque ita cassita nidum migravit (lib. II, c. 30, p. 201). Thysique dans son commentaire, remarque que c'est une expression surannée ; Gronove le nie, et en appelle à Cicéron (De offic. lib. I, c. 10). Mais s'il l'emploie ici et ailleurs (comme De Fin., lib. 111, c. 20; De Leg., lib. III, c. 4), c'est toujours dans le sens de transgresser une loi ou un devoir ; sens qu'il a aussi dans Turlullicn ( De Cor. mil., c. 18 ). Nec dubita quosdam scripturas emigrare. La signification de ces mots est fort obscure.
(I) Ainsi donc, par la même qu'on trouvera une expression dans Aulu-Gelle, on n'en pourra pas conclure qu'elle ne soit pas un archaïsme. Au contraire, son élude constante des écrivains antiques l'avait familiarisé avec leurs expressions, et le portail a s'en servir lui-même. Aussi Saumaise dit-il de lui : « Antonianorum œvo Agellius (4. GetlUis) polilissime et elegantissime scripsil, et prorsms «f/cf.xov dicendi modum imitalus est.» [DeHellen., p. 57. f C'est pourquoi nous le verrons souvent, dans le texte de celte lettre, cité uniquement en confirmai ion des expressions trouvées dans l'erlullieu ou autres écrivains de cette classe.
DÉMONSTRATION I \ \HG\ LIQl E.
Je ne sais >-i je «lois faire ■« i mention de l'expression contumeliam fucere qu'on i contre souvent, par exemple llMach. 1 , 28 ; lue. XI, V7; //«//. xi. 29 ;et une rois dans la version de sainl Jérôme , l/ic. VII , 6. Be mcoup dr lecteurs se rappelleront -.m- doute la critique sévère de Cicéron sur cette phi dans une occasion où Antoine B'en était servi (l'Itil. III, s 9) : Quid est porro facere contumeliam .' qui» sic loquilur ! Ceci i ulefois ne s'applique pas à nuire expression, puisque Quinlilien ( //<w. lib. IX, c.'.i) ilii qu'elle avait été employée en celte circonstance dans le sens passif, de la même manière que nous pourrions dire facere jacturam. Le passage 3e Cicéron néanmoins esl devenu un champ fécond exploité par d'ingénieux critiques, comme mes lecteurs pourront s'en convaincre en consultant Muret {Var. !<■<■:., lib. VI, c. 18j, ou Grono) e l'ainé [Observ., I. III, c. 8, 2* Mit., p. '»88). Je pense toutefois que celle expression, prise même activement, ne se trouve guère que dans les écrivains les plus antiques. On la voit dans un fragment d'un discours de Q. Melellus Numidicus, conservé par Aulu-Gelle [Lib. XII, c. 9, p. 564] : Tanto vobis quam mild majorera contumeliam facit. 11 est remarquable qu'Aulu-Gelle, ayant à répéter la même idée en son propre nom, évite soigneusement ce tour de phrase et s'exprime ainsi : Majori vos contumelia affecit quam me. Elle se trouve aussi dans Piaule l Asin., act. II ; se. IV, 82) et dans Térence (Hecyr., act. III, se. V ; Phorm., act. V, $c. Vil).
Jusqu'ici je ne vous ai donné que quelques échantillons des archaïsmes de l'ancienne Vulgalc, dont beaucoup se trouvent principalement dans les écrivains africains ; je vais maintenant vous citer ce qui me paraît être en elle des africanismes.
Nous ne pouvons manquer d'être frappes du nombre extraordinaire de mots composés de la préposition super, qui se trouvent dans les parties de la Vulgate qui appartiennent à l'ancienne version. Je vais vous donner la liste de ceux qui ne se rencontrent dans aucun auteur profane ; et ce qui forme avec cela un contraste singulier, c'est que sainl Jérôme, dans toute la partie qui est de lui, n'en emploie pas un seul qui ne soit sanctionné par des autorités classiques, si on en excepte le mot super exaltatus qu'ila conservé de l'ancienne version.— P*.XXXIV,19,2i;XX XVII, 17, supergaudeo; XXXVI, 35,/ac.,II, 13, supcrexalto; Ps. LVII, 9, supcrcado;L\\], 16, supercxtoUo; CXVIII, 43, etc., super spero; Jicclrs. XL1II, 32, supervaleo ; IV Esd. (apocryphe),Yll,23,superdico;XV,é,superpolluo; 29, suprrinralesco ; XVI , 20, suprr.<i<pior; Mat th., VI, 11, supersubstantialis ; XIII, 25, superscminti; XXV, 20, superlucror;Luc, VI, 38, supereffluens ; X, 35, supererogo; I Cor., VU, 36, superadultus; H Cor.,V, », supervestior; XVI, 15, superimpendor ; Jud. 111, supercerto. J'ai donné celte longue lisle, parce qu'elle semble clairement signaler une classe de mots qui indiquent la tendance à former un dialecte. Je pourrais 3 ajouter encore le
mol p rœdifico, qui se trouve n pi fois '!;.ns
le uveau Testament, quoique les écrivains
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• dan l'"- exemj 1 lires plus an< 1 effet Tcrtull en \dt , Gn 13 . 1 ii.n.
vers. 37 du ch. VIII de l'EpIlre aux Romains, se serl du verbe fupervenio, tandis que 1 exemplaires portent l • a -1-1I pas
bien singulier d'observer précisément la mène' tendance dans I - écrits de cet Africain, l'auteur le plus voisin «le l'époque où la ver-ion latine a été faite ; c'est ce qui détermine à donner une liste des verbes de la même forme qui ne se trouvent dans aucun autre écrivain antique que lui. Super indura [Adv. Hermog., c. 20 ; superargumentor [Ibid., c 37 ; tuperacervo \<n.,
Iil>. I, e. 15); luperfrulico {Adv. Volent., c. 39 ; superinauctitiut [Adt .Marcion.Jib.V, c. 3y ; tuperordino Ib., 1 ndumen-
tum [IL., c. 12 ; De 1.
cxtollo (De Resur., c. 1\ : tup rterrenut th., c. (9 ; supercœlestis Ib.; et de Anima, c. 23) ; supersapio [Ibid.); super séminal or Ib , supermelior [Ib., c. 38); supernomino l.\pol., c. 18) ; superscendo [De Pœnit., c. 10 : vecto (De Bapt., c. k). El pour en venir à une comparaison tout à fait spéciale, Terlullien emploie aussi le mot superœdificatio [Adv. Marcion., liv.V, c. 6), dont se sert également Victorin, qui n'est pas moins Africain [Mai, Script, vet, ut sup., p. 112). Assurément il serait difficile , pour ne pas dire impossible, de trouver en aucun cas dans deux petites collections d'écrits semblables à ceux que j'ai cités, un nombre pareil de mots composés de la même forme qui ne se rencontrent pas ailleurs : car dans la Vulgate comme dans Terlullien , c'est-à-dire dans la petite portion que j'ai citée de l'une et de l'autre , j'ai omis un grand nombre de mots composés, de cette forme, qui leur sont communs avec d'autres écrivains.
Une autre classe non moins frappante de mots particuliers à la Vulgate et aux écrivains africains se compose des verbes terminés en ifico , dont beaucoup ont élé reçus depuis comme des termes ecclésiastiques consacrés. 11 suffira des exemples suivants pour éclaireir ce point. Mortifico est souvent employé pour tuer iPs. XXXVI. »2; XL1II, 22; I.XXV11I , 11 ; Rom., VIII, 36, etc). Saint Jérôme s'en esl servi une ou deux fois dans sa version. El même dans ces passages où, suivant l'usage ecclésiastique de ce mol, nous le rendons par mortifier, comme Rom. VII. '» : VIII, il signifie en réalité tuer, de même que mortificatio, II Cor., IV, 10, signifie indubitablement mort; ou, comme le traduit la version de Douay, dying, l'action de mourir. Mais j'aurai plus lard occasion de parler plus au long de ces diverses leçon-. Qu'il suffise de dire que ce verbe morti/ico et ses dérivés ne se trouvent dan- aucun auteur classique, quoiqu'il >oit très-commun dans Terlullien , qui l'emploie sans faire la moindre allusion à ces textes. Ainsi />< Resur., r. 57), Caro non prodest quidquam, morlificatur enim.
ailleurs ( Adv. Marcion., I. V, c. 9) , Quod si sic in Christo vivificamur omnes, sicul morlificamur in Adam , quando in Adam corpore morlificamur, sienecesse est et in Christi corpore vivificemur. Cœlerum similitudo non constat si non in eadem substantia înorlificalionis in Adam, vivificalio occurret in Christo. Il ne sera pas hors de propos de citer ici un passage de Festus (De verb. sign. Amst., 1700, l. IX, p. 253) , qui explique le mot munilio par mortificatio ciborum. Scaliger propose de lire morsificatio. Meursius cependant préfère retenir la leçon ordinaire, mais en faisant dériver ce mot de mortare, conlercre, qui, je pense , ne se trouve dans aucun ancien auteur. Vivifico est un autre mot de l'Ecriture, dont les écrivains profanes ne se sont point servis. 11 serait superflu d'en citer des exemples , puisqu'il se trouve dans presque tous les livres du volume sacré. Saint Jérôme s'est vu réduit à la nécessité de l'adopter souvent, par celte raison que l'idée de donner ou de rendre la vie est si essentiellement chrétienne , qu'il n'y avait point de terme païen pour l'exprimer. J'ai cité des exemples de ce verbe et du substantif qui en dérive, pris dans ïcrlullien. 11 se sert aussi du mot vivi/îcator (De Resur., c. 37; adv. Marc, II, 9). Glorifico est employé aussi fréquemment que le précédent, et il se trouve pareillement dans la seconde Vulgate. La plus ancienne autorité qu'on puisse invoquer en sa faveur est encore Terlullien (IdoL, c. *22;adv.Prax., c. 25, sœpius). Clarifico ne se trouve que dans l'ancienne version, comme III Esd.,VIIL 28, 82 ; IX, 53; Joan.,XII,18, 23, 28, etc.; Gai., I, 24., et ailleurs. Dans les anciennes édilions de Pline, ce mot était employé (Hist. nat., I. XX, c. 13) dans le sens de purifier, visum clarifient; mais le père Hardouin y a substitué, d'après les manuscrits, compurgat. La plus ancienne autorité en faveur du sens qu'il a dans la Bible est Laclance (lib. III, c. 18), et c'est dans saint Augustin que le mot ctarificatio paraît pour la première fois (De div. Quœst., c. 62 , t. VI , p. 37) ; or ces deux écrivains étaient africains. Sanctifico est un autre verbe inconnu aux auteurs profanes , et qui cependant se rencontre à presque cha-
3ue page de la Vulgate. Terlullien l'emploie ans son commentaire de l'Oraison dominicale (De Orat.,c. 3), et ailleurs encore (Lxliort. ad castit., c. 7 ) , comme aussi sanctificalor (Adv. Prax., c. 2 ; S. Aug. Conf., I. X, c. 34) ; et sanctificatio (Exh., c. 1). Salvifico appartient à la même classe , et se trouve en saint Jean, XII, 27, 47. Sédulius l'emploie, mais évidemment par allusion à ce passage (/.VI, 7). Tertullien, suivant quelques éditions, se sert du mot salvificator ( De Pudicit., c. 2). Salvificator omnium hominum maxime fidelium. Les plus anciennes éditions cependant portent salulificator. Justifico est encore un de ces termes communs dans les saintes Ecritures et inconnus aux classiques; il se trouve dans presque tous les livres de Terlullien , sous toutes les formes possibles (Adv. Marc, lib. II , c. 19 ; IV, 17 ; De Orat., c. 13 , etc.). Muynifico aussi tst souvent employé dans un
sens inconnu aux écrivains classiques, pour rendre grand, comme (Ps. XVII, 5k ; LVI ,11). Je ne sache pas qu'il se trouve dans ce sens dans Tertullien. Ainsi voilà huit exemples de mois d'une forme particulière, absolument inconnus aux classiques, et cependant presque d'un usage ordinaire chez les écrivains africains les plus voisins de l'origine de la Vulgate. Que si on objectait qu'ils ont pu les prendre dans cette version, et que, si ce sont des termes inventés, ils peuvent tout aussi bien être d'origine italienne, je répondrais qu'il n'en peut certainement pas êire ainsi : car j'ai fait remarquer qu'outre ces mots il s'en trouve d'autres absolument de la même forme, à chaque pas, dans ces écrivains africains , qui sont étrangers à tous les autres .écrivains ; c'est pourquoi il me paraît probable que les Africains étai< nt dans 1 habitude d'employer ou de forger des mots de cette espèce , et que cette forme d'expression leur était favorite. Pour en citer quelques exemples , Tertullien se sert du mot extraordinaire angelifico (De Resur. carnis, c 25). Quœ illam (carnem) manent in regno Dei reformatam et angciificaiam; on y voit aussi les dérivés salutificator ( Jbid., c 47 ; De carne Christi, c. 14) ; et veslificina (DePallio, c 3); enfin déifiais (Apol., c. 11). De même Arnobe emploie souvent le mol auctifico pour honorer spécialement les dieux par l'offrande des sacrifices ( Adv. gent., pp. 224, 233 ) ; ce mot lui est particulier, comme les autres le sont à Tertullien.
Eph., V, 4,on trouve le mot stultiloquium, Matlh., VI , 7, multiloquium , conservé aussi dans les Proverbes, X, 19. Ces expressions, je crois, ne se rencontrent dans aucun autre ancien écrivain que Plaute, qui emploie aussi stultiloquium (Mil. glor., act. II, se III, 25); slulliloquus (Pers., act. IV, «c. 111, 45), et slulliloquentia (Trinun., act. I, se. II, 185: de même multiloquium (Mercat. Prolog. 31); multiloquus (Pscud., act. III, se. II, §;Cistcl., act. 1, se III, l).Ce qui confirme puissamment l'africanisme de ces mots composés, c'est le retour fréquent de formes semblables dans Tertullien , telles que turpiloquiunt ( De pudicit., c 17) ; spurciloquium ( De Resur. car., c 4), et même risiloquium (De Pœnit., c 10). Les mots vaniloquus (Tit., I, 10). et vanilo— quum (I Tint., 1, 6) appartiennent à la même classe ; le premier n'est employé dans le sens qu'il a dans ce texte que par Piaule (Amph., act. I, se I, 223); d'autres l'ont employé, par occasion , dans un sens différent. Le second ne se lit dans aucun ancien auteur.
Le texte qui vient d'êlre cité m'en rappelle un autre (TU., 1, 7), où nous voyons le mot composé grec KÎc^oMpSa rendu par turpis lucri cupidum. Piaule emploie celle expression , mais sous une forme composée : Turpilucrircupidwn vocant te cives lui (Trinunc, act. 1, se II, 63).
Condignus est un des mots favoris du traducteur de l'ancienne Vulgate. Nous le trouvons, par exemple, Il Mac, IV, 38; Rom., VIII, 18.11 est souvent employé par Plaute (Amph., act. I, se. 111, 39; voyez aussi Cass., act. \,
M. V.42; Ilacch., art. III, se. 11, S ; et nn<-
ou deui luis par Aulu-Gelle p. 'il , ^±2 . Il est commun dam Arnobe ho. I, n.l, 15;